‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 181 sur 452 · TRAITEMENT DES DIVISIONS PARTIELLES DES ARTÈRES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES DIVISIONS PARTIELLES DES ARTÈRES

liquide sanguinolent, une masse de sang coagulé et des matières fécales. La balle avait blessé le petit intestin en deux points, traversé l'S iliaque, divisé complètement riUaque externe et la veine incomplètement, ete., pois s*étàit logée dans les musclos fessiers (1).

Dana les deux cas suivants Fartère et la veine fémorales furent sectionnées :

Heory Clinton, artificier au 2* régiment dMnfanterie, dans une rixe k Louisville, le 19 octobre 1863, eut la cuisse droite traversée obliquement par une balle de pistolet ronde, qui coupa Tartère et la veine fémorales, an oiveau du passage de ces vaisseaux à travers le grand adducteur. La mort survint au bout de quelques minutes par hémorrhagie (?).

William Neff, du 9* régiment de cavalerie, fut reçu à ItiOpital de Fort Stockton, dans un état d'épuisement et d*anémie extrême avec un coup de feu dans ehâqne cuisse. Un tourniquet fut appliqué sur chaenna des artères fémorales. L*état du blessé excluait la possibilité de lier les vaisseaux. L*autopsie montra qne la veine et Tartère fémorales étaient divisées (3).

Je viens de résumer neu^ observations de division complète de grosses artères par des balles de carabine ou de pistoleL Buit des blessés succombèrent àrhémorrhagie primitive. Chezquelqnea-unsla mort fut instantanée; chez d'autres eîie survint au bout de quelques minutes, et cbex quelques-uns au bout de quelques heures, mais chez presque tous la mort survint dans un temps très court. La compression digitale faite dans la plaie immédiatement après l'accident, el continuée jusqu'à ce qu'une ligature puisse être posée sur les deux bouts de l'artère^ conslitne presque le seul moyen de sauver ces malades.

Un seul de ces neuf blessés survécut à l'hémorrhagie primitive. Il vécut jusqu'au dix-huitième jour, où il fut enlevé par une hémorrhagie secondaire presque subitement. Dans le cas sui- Tant la mort fut déterminée par une hémorrhagie secondaire :

James Brown, du 3* régiment d'infanterie montée,

eit la cuisse droite traversée, juste au-dessous du

Unment de Poupart, obliquement d'avant en arrière,

lia bataille de Cbickamanga ; le projectile avait suivi la

direction de l'artère fémorale, sans toucher l'os. Le

^easé fht transporté à l'ambulance ; on ne sentait plus

de palsations au-dessous de la plaie et on crut à une

divition de la fémorale ; il n'y avait pas à ce moment

d'bémorrbagie importante; aussi on abandonna les

fl) Ibid., p. 55.

V IbiU, p. 78.

% Ibid., p. 85.

choses à elles-mêmes ; le blessé alla bien pendant six jours ; il eut alors une hémorrhagie subite en allant h la garde-robe. On injecta JmmédiutHmoni dans la plaie du porsulfate de fer, et on fit la compression, mais sans succès. L'iliaque externe fut alors liée par le procédé d'A. Cooper, mais le blessé ne put se remettre de sa perte de sang; il déclina rapidement et mourut d'épuisement le dix-septième jour après l'opération (i).

Dans ces hémorrhagies secondaires, il faut faire la compression digitale sans délai dans la plaie et la continuer jusqu'à ce que les bouts de l'arlère puissent ôtre liés; c'est à peu près la seule manière de sauver le blessé.

On a souvent observé la gangrène chez les blessés ayant survécu au shocic et à l'hémorrhagie primitive consécutifs à la division des grosses artères par de petits projectiles; en voici quelques exemples :

Gross, du G» régiment de cavalerie, reçut, le .30 mai 1804* une balle Minié qui lui traversa les deux cuisses à la partie moyenne, de gauche à droite, en divisant l'artère fémorale gauche, mais sans toucher à l'os. Le blessé resta dans les bois pendant vingt-quatre heures; il eut plusieurs hémorrhairie^t qu'il put arrôtcr en partie en faisant de la compression avec ses doigts. Le 31 mal, on le recueillit et on le transporta à l'ambulance, où l'artère fut mise à nu et reçut une double ligature. Le 4 juin, il entra à l'hôpiial Stanton daiif; mon service ; pâleur du visage, pouls faible, membre très tuméfié, œdémateux et présentant des taches sombres ecchymotiqu es autour de l'airie. Le 5, hémorrhagie secondaire modérée, arrêtée par le lersulfate de fer, etc. ; elle se reproduisit et fut arrêtée par la compression digiialc. Le 8, la gangrène apparut au pied et gagna de bas en haut. Le U, il mourut. Autopsie: Membre très tuméfié; musclos infiltrés de pus depuis l'aine jusqu'au genou ; artère fémorale coupée à sa partie moyenne ; les deux bouts avaient été liés, mais la ligature périphérique avait glissé; la veine fémorale portait aussi une ligature. Tous les viscères normaux (2). La gangrène se montra le dixième jour après la blessure.

Le D' Baylor, de Norfolk, a rapporté un autre cas :

Dinguid, blessé par une balle Minié^ le l"" juin 1864. Artère fémorale divisée dans son tiers inférieur; pas d'hémorrhagie consécutive ; mort le 15, quaiorxe jours après l'accident. Autopsie: La gangrène était apparue au pied ; pas de trace de réparation dans la plaie de la cuisse (3>.

(1) U. S. sanitary commission^ surgical Memoirs^ vol. 1, p. 51.

(2) Ibid.y pp. 53, 54. 57.

(3) Amer. Jown. med, se, 1865, p. *25'i-

JOHN A. LIDELL. — PÎ.AIES DES VAISSEAUX SANGUINS

Dans deux de ces cas la gangrène n'apparut que fort tard : dans le premier le dixième jour et dans le dernier vers le onzième. Les deux blessés paraissent avoir été tellement affaiblis, que Tamputation ne put être faite au moment de Tapparition de la gangrène.

Dans les quatre cas suivants la division de Tar-' tère poplitée fut suivie de gangrène trois fois :

James Dutcher, do 3* régiment d*artillerie, ftgé de 24 ans, entra dans mon service, le 24 Juin 1864 ; il avait en, le 31 mai« le genou traversé d'avant en arrière par une balle conique, qui avait suivi le trajet de Tartère poplitée. Très affaibli, et la jambe déjà atteinte de gangrène, on le soumit à un régime reconstituant pour le préparer à supporter l'amputation . 5 Juin : pied et Jambe très tuméfiés, d'un brun sombre, odeur gangreneuse. Cuisse très tuméfiée et chaude, ecchymosée sur une grande étendue ; gonflement s'étendant jusqu'à Taine. Pas encore de ligne do séparation. Face pâle et anxieuse, pouls fréquent et faible ; débilité générale excessive. Le blessé a conservé toute son intelligence et désire vivement être débarrassé de sa jambe ; Je fais Tamputation au tiers supérieur de la cuisse par la méthode à lambeau; le fémur est scié à trois quarts de pouce au-dessous du petit trochanter. Le shock dû à l'opération très marqué ; réaction difficile et incomplète Jusqu*au lendemain. Autopsie du membre amputé : la poplitée était complètement divisée par la balle. Juste au-dessous de sa bifurcation en tibiale ant«^rieure et postérieure. 6 juin : malade faible, pftlo et anémié. 7 juin : même état ; 00 pulsHtions environ, faiblesse malgré les toniques, les stimulants et les aliments. 8 juin : pas d'amélioration ; le moignon a mauvaise mine. Mort à 11 heures du soir. Le dernier jour vomissements et hoquet opiniâtres.

Dans ce cas Thémorrhagie s'arrêta spontanément. Elle avait dû pourtant être considérable, car elle avait laissé le blessé dans un étal d'épuisement anémique dont il ne sortit pas ; la mort fut accélérée par la septicémie.

Mac Creary, âgé de 24 ans, eut, à Chantilly, le 1*' septembre 1862, le creux poplité droit traversé par une balle, qui, après avoir pénétré à environ trois pouces au-dessus de l'insertion du biceps fémoral, passa immédiatement derrière le fémur, et traversa les tendons du jarret en enlevant un fragment du condyie interne et en divisant l'artère poplitée. Il perdit beaucoup de sang sur le champ de bataille, mais Thémorrhagie cessa spontanément. Quatre jours après, il entra à rhôpital d*Alexandrie, faible et exsangue ; pas do pulsations dans les tibiales, jambe froide, gangrène débutant par les orteils. Le 16 sept., amputation à quatre pouces au-dessus du genou par la méthode à lambeaux. Pendant près de trois semaines, le blessé fui dans un état presque désespéré; anorexie presque absolue, eschares au sacrum. Le malade guérit pour-

tant lentement, et le 4 décembre il quitta Thôpital, le 'moignon presque guéri (1).

Ce dernier cas est presque le prototype exact d'un cas de plaie de la poplitée, qui fut soumis au même traitement et donna les mêmes résultats (2).

Thompson, du 5* régiment de cavalerie, âgé de 40 ans ; balle Minié dans le genou droit, ayant pénétré à la partie externe du creux poplité, traversé le condyie interne et émergé à la partie externe de Tarlicnlaiion ; artère poplitée complètement divisée ; pat d'hémorrhagie consécutive ; pas de traces d*an travail de réparation. Cet homme, blessé le 7 mai, moomtle 11. Observation du -D' Baylor, de Norfolk (3).

Je viens de rendre compte des quatre cas de division de la poplitée par des balles Minié.

Dans tous ces cas Thémorrhagie 8*arréta spontanément; mais dans chacun d'eux la perte de sang parait avoir été considérable, et avoir déterminé un état d'épuisement. Dans trois d*entre eux le pied et la jambe se spliacélèreoL Dans l'autre, si la gangrène ne se montra pas, la mort fut probablement due à l'anémie. L'amputation de la cuisse sauva deux des trois malades atteints de gangrène. Mais pourquoi la garfgrène est-elle consécutive à la division de la poplitée par des coups de feu? L'anatomie nous eu donne la raison : quand la poplitée a été divisée par on coup de feu, le pied et la jambe doivent recevoir le liquide nourricier par des voies collatérales, qui sont les artères articulaires du genou, et ces artères sont trop petites pour fournir une circulation collatérale abondante. Dans les coups de fea de l'espace poplité, le gonflement inflammatoire constant diminue encore l'afflux du sang à la jambe en comprimant ces vaisseaux; il les empêche du moins de subir un développement suffisant de leur calibre. Ces plaies doivent donc être classées parmi les plus difficiles et les plus dangereuses. Les indications du traitement sont doubles. Il faut d'abord arrêter l'hémorrhagie, soit par la compression digitale, soit par la ligature élastique d'Esmarch. Ensuite il faut faire la désarticulation du genou avant l'épuisement du malade et avant l'apparition de la gangrène et de la septicémie.

Voici deux observations de division de It <ibiale postérieure par des balles cylindro-coniques.

(1) V. S. Sanitanj commission surgical Memoin, vol. I, pp. 57, 58. NewYork, 1870.

(2) lOUL, p. 58.

(3) Amer. Jauni, med. se, 1865, p. Î54.

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