VIII. — Cautà*isation
L'application du fer rouge est un des plus anciens procédés pour arrêter les hémorrhagies. Le fer rouge agit mécaniquement en formant une sorte de bouchon avec les tissus carbonisés. Cette méthode est loin d'être complètement abandonnée. Royer rapporte le fait instructif suivant :
Un domestique jouait de la harpe juive : quelqu'un lui donna un coup qui lui poussa l'instrument dans la bouche ; le sang coula ; on appela un chirurgien qui ordonna des gargarismes astringents ; ils ne produisirent rien ; il tamponna alors la bouche, mit un bandage qui rapprocha les deux maxillaires, mais sans succès; l'hémorrhagie continua pendant vingt-quatre heures, et le malade était presque épuisé, quand Rrasdor, professeur de l'ancienne école de chirurgie, qui rapporte le cas, fut appelé. Son premier soin fut de voir d'où venait le sang. 11 vida la bouche du blessé et la nettoya. L'hémorrhagie venait de la partie inférieure et antérieure de la bouche; il fit chauffer un fer et l'appliqua sur ce point; il se forma une eschare, le sang s'arrêta immédiatement, et le malade guérit (2).
C'est l'artère ranine qui avait été ouverte dans ce cas; on ne pouvait y appliquer une ligature, à cause de l'inaccessibilité de la région, et toute compression était impossible à cause de la mollesse et de la mobilité de la langue. Dans tous les cas semblables d'hémorrhagies de la bouche ou de la gorge, le cautère actuel est le meilleur moyen de les arrêter. Le cautère est également employé avec succès pour arrêter l'hémorrhagie des petits vaisseaux profonds que ne peut attein-
(1) Med. Record, pp. 208-310. New-York, 1875.
(2) BojeTf Traité des maiadiei ehirurgiaUeSf t. I.
dre la ligature ; de môme quand le sang sort en nappe par beaucoup d'orifices à la fois, comme après certaines opérations sur les maxillaires, quelquefois après l'excision des amygdales.
Le cautère consiste en un bouton de métal à l'extrémité d'une longue tige, adaptée à un manche. Son extrémité peut être globulaire, olivaire ou en forme de bouton, etc. ; chaque forme s'adapte le mieux selon les cas. Le cautère peut être chaufifé à la fiamme d'une lampe à espritde-vin ordinaire ou à celle d'un chalumeau destiné à cet usage (l).
On peut improviser des cautères avec des tisonniers, des lames de couteaux, des aiguilles à tricoter, des fils de fer, etc. On peut en improviser facilement avec des fils de télégraphe,
Fig. 903 et 904. — Cautères improvisés avec les fils de télégraphe, d'après Brandis (Ësmarch).
en enroulant un des bouts en spirale, en épointant l'autre bout et en le fixant dans un morceau de bois comme manche (fig. 903 et 904).
Pour arrêter les hémorrhagies, il ne faut chaufi'er le cautère que jusqu'au rouge sombre; si on le chaufi'e jusqu'au rouge clair ou au blanc, on détruit l'artère sur une trop grande étendue ou bien l'eschare s'attache au fer et est enlevée avec lui, et le but n*est pas atteint. Quand on le peut, il faut faire passer le fer dans un tube de verre de façon à protéger les parties voisines. George Mac Clellan, de Philadelphie, introduisait de celte manière des fils rougis au feu de la plus grande dimension dans la gorge et les narines pour arrêter le sang dans les cas de tumeurs vasculaires.
Le thernuhcautère est un instrument très ingénieux et très utile, inventé par Paquelin ; le cautérisateur en platine peut être très rapidement porté au rouge clair ou même au blanc, et peut être conservé au même degré de chaleur aussi longtemps qu'on veut sans aucune difficulté, il convient particulièrement aux opérations qui se pratiquent dans la bouche,
(1) Voyez Petite chirurgie, in Encycl, de chir,, t. Il, p. 53.
JOBN A. LIDELL. — PUIES DES VAISSEAUX SANGUINS.