TRANSFUSION
Bien souvent pendant la dernière guerre civile, de grandes hémorrhagies, qui ne tuaient pas sur le coup, étaient suivies d'un état d'anémie-et de débilité générale dont le malade ne pouvait être tiré môme par la diète la plus substantielle et par les meilleurs stimulants alcooliques, en môme temps qu'avec le chlorure de fer ou le citrate de fer et de quinine ; et il en résultait la mort par épuisement anémique un nombre considérable de jours après l'hémorrhagie. Ces faits sont attestés par de nombreuses observations publiées dans l'histoire médicale et chirurgicale de la guerre. En jetant un coup d'oeil rétrospectif sur ma propre expérience durant cette période, je ne puis douter qu'un certain nombre, peut-être la plupart, de ces blessés, que j'ai observés, auraient pu être sauvés par la transfusion opéroe à temps. Pour cette raison je crois que la transfusion se montrera très utile dans la pratique militaire aussi bien que civile, et qu'elle réclame justement l'altenlion sérieuse de tous les chirurgiens. Les différents procédés de la transfusion ont déjà été décrits (i).
L'instrument d'Aveling a été modifié par l'addition d'un autre renflement au tube et par la fabrication du tube et des renflements d'une seule pièce. Grâce au renflement nouveau, on peut gagner du temps, et le sang peut être conserve en mouvement à travers le tube presque sans discontinuité. Le tube et les renflements étant d'un seul morceau, la portion métallique
(1) Voyez Petite chirurgie in Encycl. de chir.y t. II, p. 65.
qui les réunit dans l'appareil d'Aveling manque, et par là le risque de la coagulation est diminué, tandis que l'appareil en entier peut être plus complètement comprimé, en cas de besoin. Dans l'instrument de Fryer, comme dans celui d'Aveling, il n'y a pas de valvules ; mais dans celui de Fryer la paroi interne est parfaitement lisse partout, le passage du tube aux renflements est graduel, de façon à éviter des coin» dans lesquels le sang pourrait stagner et se coaguler.
L'appareil de Fryer consiste en deux parties, dont l'une sert à la transfusion immédiate et l'autre à la transfusion médiate. L'adjonction d'un récipient en verre, qui peut être adapté aa tube, en fait un instrument qui peut servir à k transfusion médiate, si on le désire.
Voici la manière de se servir de l'instrument pour la transfusion immédiate : la canule B est introduite dans la veine de celui qui fournit le sang ; la canule C dans celle qui le reçoit Le tube et les renflements sont d'abord remplis d'eau chaude, ou, mieux encore, d'une solution saline chaude (chlorure de sodium, 60 grains; chlorure de potassium, 6 grains; phosphate de soude, 3 grains; carbonate de soude, 20 grains; et eau, 20 onces) ; puis on les ajuste aux canules, et on laisse couler le sang dans Tappareil. Les canules étant fixées par un aide, on pousse le tube entre les doigts à son extrémité du côté d'où vient le sang, puis on comprime le renflement et le sang est ainsi refoulé du côté du malade. Tandis qu'on tient le renflement aplati, on cesse de pincer le tube du côté de celui qui fournit le sang, et on pince la portion du tube située entre les renflements ; le renflement n» i est alors relâché, le renflement n» 2 doit être comprimé, puis le tube est fortement pincé du côté de celui qui fournit le sang pour empêcher la régurgitalion et on laisse l'appareil tout entier se remplir. On répète la même manœuvre jusqu'à la fin. 11 faut quelquefois une force considérable pour faire pénétrer du sang ou un autre liquide dans les veines. On peut de temps en temps injecter quelques gouttes d'une solution ammoniacale dans les renflements au moyen d'une seringue hypodermique à pointe fine, de manière à empêcher la coagulation plus sûrement.
Pour la transfusion médiate on opère delà manière suivante ; le récipient de verre A est adapté au tube à la place de la canule réceptrice B ; on y verse le sang à transfuser. Puis on manœuvre comme ci-dessus. Si le sang n'est
TRAlTEMEiNT DES HÉMORRHAGIES CHIRURGICALES.
pas défibriné et fiUré, il faut ajouter à chaque once trois oa quatre gouttes d'ammoniaque pour empêcher la coagulation (1). Quant aux autres méthodeSy et elles sont nombreuses, le lecteur se reportera au premier volume de celte encyclopédie.
Quand le malade est en danger de mourir dliémorrbagie, il faut immédiatement recourir & la transfusion. « J'ai vu, dit Agnew (2), des malades mourant d'épistaxis sauvés par la transfusion de quelques onces de sang dans la veine du bras. Non seulement cette opération est indiquée dans les hémorrhagies excessives, mais j*ai observé plusieurs cas d'anémie obstinée grandement améliorés parla même opération. » Les C€is dans lesquels la transfusion est indiquée sont : {'* ceux dans lesquels Thémorrhagie provient de gros vaisseaux, et ne peut élre arrêtée avant que la mort ne soit imminente; 2* les cas d'épistaxis prolongées, dans lesquels la mort est menaçante ; 3*» les cas d'hémorrhagies post-puerpérales dans lesquels la réaction est impossible sans le secours d'un sang étranger ; 4* les cas d'épuisement anémique causé par de grandes pertes de sang, et dans lesquels les moyens ordinaires sont insuffisants ; ces cas sont malheureusement nombreux, surtout chez les blessés de guerre ; 5<> les opérations chirurgicales ; la débilité due aux hémorrhagies étant un des facteurs les plus importants de l'empoisonnement du sang, il est souvent indiqué de la combattre par la transfusion.
C'est, dans tous les cas, du sanghumain qu'on doit transfuser ; celui des animaux ne répond pas au buL Le sang doit être pris sur une personne bien portante, entièrement exempte de toute maladie constitutionnelle, et jeune, si c'est possible. On fait passer le sang ordinairement dans le système veineux du malade ; mais Hûter, de Greifswald, recommande de l'injecter dans le système artériel, dans la pensée qu'il doit atteindre le cœur d'une façon moins rapide et plus égale. Ainsi, quand le cœur du malade présente une faiblesse organique, par exemple delà dégénérescence graisseuse, la transfusion dans les artères, conseillée par Htiter, serait préférable à la transfusion dans les veines.
La transfusion immédiate, quoique simple, réclame une habileté considérable et beaucoup de délicatesse dans la manipulation ;et les praticiens qui devront la pratiquer feront bien de
(1) Med. Record, 15 avril 1874.
(î) Agnew, Principies and praciice of surgery ^ vol. I,
p. ne.
Encycl. de cbirurgie.
s'exercer sur les animaux, pour n'éprouver aucune difflculté à la pratiquer sur Thomme. Elle est surtout utile après des hémorrhagies profuses, quand les vaisseaux sont relativement vides et que la tension vasculaire est faible ; dans les cas chroniques, quand les vaisseaux se sont de nouveau remplis selon leur capacité normale, le sang ne doit être transfusé qu'en petite quantité à la fois, à la dose de six onces environ, de peur de trop surcharger le cœur. Il faut avoir grand soin d'éviter l'entrée de l'air dans les vaisseaux, car cet accident pourrait être promptement mortel.
Immédiatement après l'opération de la transfusion, il se produit souvent de la rigidité, mais elle disparait très vite. Quelquefois la syncope est menaçante, mais cet état de faiblesse disparaît aussi bientôt. Quand l'indication de la transfusion a été bien saisie et que l'opération a été bien faite, l'élat du malade s'améliore aussitôt. Les lèvres pâles prennent une teinte rosée, le pouls remonte et le malade lui-même sent ses forces revenir.