‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 321 sur 452 · INTRODUCTION DE CORI'S ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DE CORI'S ÉTRANGERS

L'introduction de corps étrangers dans le sac

(1) Sonihàm^British Médical Jowr/i., aug. 18, 1883.

(2) Ce résultat de la ligature dans des conditions où cette méthode se montre d'ordinaire désastreuse doit être attribué à Tapplication instantanée de la compression et à la présence immédiate du chirurgien, ce qui rendit impossible toute perte considérable de sang.

est une méthode qui prit naissance, en 1864 (1), avec Charles Hewitt Moore, de rH6pital du Middlesex. Moore choisit pour cette entreprise un cas désespéré d'anévrysme thoracique : il introduisit dans le sac une fine canule et, par la tubulure, fit pénétrer à l'intérieur 26 mètres de fil de fer très fin. L'opération se fit aisément et presque sans douleur; rhémorrhagie fut légère; mais le résultat fut déplorable. Le sac et les parties voisines s'enflammèrent ; il y eut des infarctus emboliques du rein, de très Tives douleurs, et le malade succomba le cinquième jour.

En 1873, le D' Levis de Philadelphie modifia légèrement ce procédé en employant da crin, au lieu de fil de fer (2). L'anéTrysme siégeait sur l'artère sous-clavière droite. Le malade mourut au bout de quatre jours. A Taotopsie, on trouva le crin derrière le lobe sopérieur du poumon : l'anévrysme s'était rompa. « En divisant le lobe supérieur du poumon droit, on rencontra, derrière lui, une masse de sang noir, coagulé, s'étendant au-delà de la ligne des côtes, surtout dans la région axillaire, immé^atement au-dessous de la clavicule, sur une distance de près de 5 centimètres. A la partie supérieure de ce caillot mou se trouvait attaché un caillot blanc et dense, qui entourait l'orifice inférieur de communication de l'anévrysme avec la sousclavière. C'est à la partie postérieure du caillot fibrineux que se voyaient les crins. »

En novembre 1873, M. Bryant traita de la môme façon un anévrysme poplité qui s'était montré rebelle à la compression : il fit pénétrer dans la tumeur environ 6™,50 de crin, pendant que Ton comprimait la fémorale. « Le membre fut ensuite entouré d'un bandage ouaté. On pouvait encore sentir les battements de la tibiale antérieure. Une demi-heure après l'opération, ces battements avaient diminué (3). » Le malade survécut quatre jours, mais la mort parut entraînée moins par le traitement mis en usage que par une affection du cœur et la compression antérieure qui avait été continuée avec une très grande rigueur pendant plus de cent heures. On trouva le sac rempU en partie de caillots auxquels les crins étaient mêlés, mais, comme un mois avant la mort on avait constaté qu'il y

(1) Hewitt Moore, Medico^Chirurgical Transactions, vol. XLVll,p. 136. Je crois qa^antérieurement on avait essayé d'amener la guérison de l'anévrysme en faisant pénétrer dans le sac de la limaille de fer très fine.

(2) Levis, Philadelphia Médical Times, march 28,

(3) Bryant, Pathological Transactions, 1877, p. 103.

DES ANÉVRYSMES EN GÉNÉRAL. — TRAITEMENT CHIRURGICAL

avait beaucoup do caillots dans le sac, il esbfort difficile de faire à la compression et à l'emploi des crins leur part réelle dans le résultat local et général.

[En iS74,.le D'Rubio, de Madrid, avait recours à cette même méthode pour un anévrysme de l'artère innommée. La tumeur, longue de

10 centimètres et large de 4, remplissait tout le creux sus-claviculaire et soulevait le premier espace intercostal; la peau était amincie en ce dernier point. Le malade étant assis, le D' Rubio enfonça à la partie supérieure de la tumeur, là où la peau était saine, une aiguille creuse par laquelle il fit pénétrer à l'intérieur du sac des crins, sur une longueur totale de 2 à 3 mètres.

11 oe survint aucun symptôme fâcheux ni pendant ni après l'opération. L'observation est malheureusement incomplète et ne dit rien des suites plus éloignées (i).

Le D' Van der Meulen, d'Utrecht, a songé récemment à profiter de la solubilité du catgut pour enlever à la méthode de Moore une partie de ses dangers;ceux quirésultent de la présence à demeure d*un corps étranger dans le sac anévrysmal. Chez une femme de 22 ans, qui portait un anévrysme de la partie supérieure de Fartère humérale, du volume d'un poing d'enfant, deux applications de la bande d'Esmarch, avec compression digitale, étaient demeurées sans effet. Van der Meulen se décida alors à introduire dans le sac une certaine longueur de catgut. L*opération ne fut suivie d'aucun accident et la guérison eut lieu (2). Malgré ce succès, ce que nous savons de la façon dont disparait le catgut est de nature à faire craindre que le procédé nouveau n'expose singulièrement aux risques d'embolie.]

C'est à sir Everard Home (1796} qu'appartient

l'idée d'introduire des aiguilles dans l'anévrysme

pour en amener la guérison : Home combinait

l'emploi de la chaleur avec l'acupuncture. La

tendance du sang, quand il se meut lentement,

^ se coaguler sur tout corps étranger contre

lequel vient se briser son courant, a engagé des

^chirurgiens bien connus, Velpeau, Pruvaz, Agnew

^t autres, à essayer celle méthode, mais sans

«qu'ils en aient tiré grand résultat pratique. Le

CViit le plus heureux est celui du D' Macewen (3j.

Il s'agissait d'un anévrysme poplilé; la com-

(1) El Anfiteatro anatomico Espahol, 1874, n" 4*?, 1>. 219.

i2)Van der Meulen, Necierlansch Tijdschrift voor Gtnetikunde^ 1880.

(3) Macewen, The Lance^ vol. II, 187G, p. 18i.

pression n'avait réussi qu'incomplètement ; une aiguille fine fut introduite et déplacée dans le sac toutes les dix minutes pendant une heure : la compression fut continuée tout ce temps et dix minutes encore après. 11 faut remarquer que l'influence deraiguille est, dans-ce cas, douteuse ; bien souvent un anévrysme, qui s'était jusqu'alors montré rebelle, a été guéri par la dernière demi-heure de compression. M. Heath (1) après avoir, dans un cas d'anévrysme de la sousclavière, fait sans succès la désarticulation de l'épaule, eut recours à l'acupuncture, mais sans bon résultat ; il introduisit six aiguilles, se croisant par paires dans le sac, et les laissa quatre jours. Dans son mémoire, M. Heath dit que M. Marshall a, dans plus d'une occasion, produit ainsi une coagulation momentanée sur une étendue considérable. M. Constantin Paul (2) a aussi employé des aiguilles, mais en les laissant seulement un quart d'heure le premier jour, et, après un intervsdle de trois jours, une heure et demie ; au bout de trois semaines, il a recommencé ces deux mêmes séances. Le bénéfice, affirme-t-il, a été considérable. Bacelli (3) conseille d'introduire un ressort de montre très fin, qui, d'après lui, provoquerait la coagulation et ensuite s'oxyderait et se réduirait en poudre, en augmentant la résistance du caillot, mais ses deux faits se sont terminés fatalement, sans aucune amélioration apparente.

On a donc introduit dans la cavité du sac anévrysmal un grand nombre de substances, dont quelques-unes ne sont même pas indiquées ici. 11 n'est pas un chirurgien qui adopterait un tel mode de traitement, si des moyens plus efficaces et plus directs étaient applicables ; mais, dans certains cas où il est impossible de faire autre chose, on pourrait avoir recours à l'introduction de quelque substance étrangère; toutefois je condamne formellement l'emploi du fil de fer, du crin de cheval, ou de tout autre corps solide, introduit dans l'anévrysme pour n'en être plus retiré; aucun des malades ainsi traités n'a survécu longtemps; sans doute, on a trouvé quelques caillots au voisinage du corps étranger, mais l'inflammation, la suppuration ou môme la rupture du sac sont les complications qu'il faut alors redouter.

(1) Hcalh, Medico-Chirurgical Transactions^ vol. LXIU, p. 71.

(2) C. Paul, Gazette des Hôpitaux^ n" 54, 1879.

(3) Bacelli, Bulletin de VAcculémie de médecine,

RICHARD BARWELL. — ANÉVHYSME.

ELECTROLYSE OU GALVANO-PUNCTURB.

L'électrolyse ou galvano-puncture, comme on peut indifféremment appeler la méthode, fut introduite en Angleterre par Benjamin Philipps, en i829, comme un perfectionnement du procédé d'Everard Home, cherchant à obtenir la coagulation du sang de Tanévrysme à Taide d'aiguilles chauffées. Mais cette proposition de Phillips passa inaperçue.

Peu après, en France, Alphonse Guérard suggérait la même idée à Pravaz (I), et ce médecin, se jetant avec enthousiasme dans cette voie, établissait la méthode qui a été depuis adoptée et perfectionnée par Ciniselli (2), et en Angleterre par Duncan (3), Fraser, Poore et Althaus (4). Les règles qu'il convient d'observer dans l'application de celte méthode sont les suivantes : la batterie doit avoir une tension élevée mais une faible intensité, c'est-à-dire être formée d'un grand nombre de petits éléments; la machine de Stohrer, ou la batterie deLeclanché, avec les modifications de M. Foveaux, conviennent très bien; mieux vaut encore l'appareil Foveaux- Smee, dans lequel le degré d'immersion peut être réglé à volonté.

Il faut aussi avoir plusieurs aiguilles très fines — de quatre à six — disposées à l'extrémité d'un conducteur forme d'autant de fils, ou encore une aiguille d'acier, fixée au bout d'un des pôles ou des deux pôles à la fois; dans l'un et l'autre cas, les aiguilles doivent être recouvertes dun enduit isolant jusqu'à une courte distance de la pointe.

Jusqu'ici, tout le monde est d'accord; mais ensuite le manuel varie avec les opérateurs, l'un voulant qu'on fasse pénétrer dans le sac le pôle positif, un autre le pôle négatif, un troisième les deux pôles ; quand un seul pôle est introduit dans le sac, l'autre doit être appliqué sur la peau, mais non sur le sac, par Tinter-

1 1) Lettre de M. Vravaz sur l'acupuncture, à M. Velpeau. Gazette médicale de Paris^ Janv. 8, 1831.

(2} Ciniselli, Sulla clettro-puntura Jiella cura degli Aneurismi, Cremona, 18î>6; — Bullet. de la Soc. de chirurgie. Paris, :> sept. 1860.

(3) John Duncan. 0?i the treatment of aneurism hij EUctrolysis[Edin/mrgh medicalJournal, 1868, t.XllI, p. 101}.

(4) Althaus, On the use of Galva7iism and Eiectromagneti^iin in medicine and surgery. London, 1808. Voyez aussi Saint-Germain, article Électricité du I^ouveuu Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1870, t. XIÎ, p. :>38.

médfeire d'une éponge humide. Autour du pôle négatif, surtout quand on l'emploie seul, apparaît une écume constituée par des bulles gizeuses et se perdant dans un caillot difOuent et très mou. Autour du pôle positif, se forme un caillot plus résistant, mais petit ; on voit aussi au même point un liquide noir (i), qui semble se produire en quantité considérable et qui rappelle par son aspect et sa consistance no goudron peu épais. Quand un malade est soumis à ce traitement (et je n'ai guère besoin de dire que la galvano-puncture ne convient qu'aux anévrysmes internes, et presque exclusÎTement aux anévrysmes intra-thoraciques), il doit être gardé au lit, dans une position demi-couchée; l'anesthésie par le chloroforme ou l'éther est contre-indiquée, mais on peut, comme l'a fait voir le D' Poore (2), émousser la sensibilité à l'aide d'injections hypodermiques de morphine. Les aiguilles (je préfère pour ma part en employer deux) doivent être huilées ; on les fait pénétrer dans le sac par un mouvement de torsion rapide mais modéré, et, après s'être assuré que leurs pointes ne sont pas en contact à l'intérieur de la tumeur, on les met en communication avec la pile. 11 faut soigneusement surveiller l'effet produit sur le pouls et les fonctions vitales ; à moins de symptômes DIcheux, l'usage du galvanisme peut être continué une ou même deux heures, pourvu qu'il ne se montre pas de rougeur autour des piqûres. Quand on a introduit dans Tanévrysme les deux pôles, l'extrémité de l'aiguille positive, laissée sans enduit, se dissout presque entièrement dans le laps de temps indiqué plus haut, si le courant a été suffisamment fort. Lablation des aiguilles doit être pratiquée avec une grande douceur, pour déranger le moins possible les caillots qui peuvent s'être formés autour d'elles, et aussi pour éviter toute déchirure que pourrait produire la pointe de l'aiguille, rendue probablement rugueuse par l'action dissolvante du courant galvanique.

[11 faut citer ici, plutôt à titre de curiosité scientifique que comme exemple à imiter, une modification assez étrange, apportée récemment à la galvano-puncture par le professeur G. Corradi. On a vu plus haut que Bacelli avait essayé d'obtenir la coagulation du sang dans le sac anévrysmal en y introduisant un ressort de

(I) D' John Duncan, British médical Journal, may 20, 1870.

(î) Poore, Electricity in Mvdecine and Surgery^ p. 233.

DES ANÉVRYSMES EN GÉNÉRAL. — TRAITEMENT CHIRURGICAL

di voulut ajouter rélectricité à ce citant l'extrémité du fil, laissée au mmunication avec le pôle positif it le pôle négatif était appliqué au a tumeur. L'opération fut bien idemain, les battements avaient ;t-cinquième jour, Tamélioration encore; mais bientôt les accidents )ur augmenter rapidement, et, près l'opération, le malade mou- ; de l'anévrysme à l'intérieur (i).] mmédiat de la galvano-puncture ijours une certaine augmentation e la tumeur, et une certaine dibattements; tout au moins, ceuxis éloignés . Un résultat consécufréquent, c'est la disparition de ^orables. Le caillot, formé sous courant galvanique, disparaît nme la neige au soleil, nne le tableau statistique sui-

1' Nombre de faits. Guérisoas. Morts.

re carotide

rière 12 3 fi

)oplitce, a.

8 jl ^

que me parait devoir être accep- *ès grande réserve, non pas que la véracité et la bonne foi de l'interprétation des résultats est e suis contirmé dans cette opi- §sultats énoncés dans une publiante (3) : sur cinq malades traiano-puncture, trois ne parurent ir été améliorés, un le parut penjours, un dernier quitta le service lloration en apparence considérevint au bout d'un mois et mouissitot par asphyxie. Plus récem- 4), Dujardin-Beaumetz, en comla Société médicale des hôpi-

mtaie, avril 1819, p. 445; mai 1880,

ulta elettro-puntura nella cura degli

\ne Aneurismi délia Aorta toracica eaumetz, Union médicale, n^ise, 1877.

taux un fait d'anévrysme de l'aorte qu'il avait traité sans succès par la galvano-puncture, citait une lettre de Ciniselli fournissant les résultats suivants : Sur 29 faits, 11 fois l'amélioration relative avait duré 4 ans, 37, 33, 21, 17, 16, 7, 7, 6, 4, 1 mois. 7 fois, elle avait duré 28, 16, 12, 8, 6, 3, 3 mois, et persistait encore, il fois, il n'y avait pas eu d'amélioration.

La pratique d'autres pays semble avoir été moins favorable, comme le montre par exemple la statistique dressée par le D' Poore (1) :

ALévryime de V Nombre des cas. Guérisons. Morts.

Aorte thoracique 8 0 8

Innominée i 0 1

A. BOUft-clavière, 3* partie., l amélioration 0

A. cubitale • i o 0

A. fémorale (2) i 1 0

En consultant les recueils médicaux de date postérieure, je trouve 8 faits. Sur ce nombre de malades :

4 moururent pendant le traitement (3) ;

i ne fut pas amélioré et mourut au bout de 13 mois (4);

2 furent améliorés, mais non guéris (5) ;

i fut guéri (6) ou très notablement amélioré.

[M. L. H. Petit, dans le mémoire le plus récent paru sur la question (7), a réuni 130 faits d'anévrysme traité par la galvano-puncture. L'étude de ces faits, auxquels je joindrai 5 faits d'anévrysme de l'innominée et 3 d'anévrysme

(1) Op. et/., p. 253.

(2) Le mj^ade ayant été traité par la compression combinée avec la galvano-puncture, il est difficile d'établir à laquelle des deux méthodes la guérison doit être attribuée.

(3) Deux, aorte thoracique. Drummond, Lancet, Aug. 9, 1879.

Un, aorte thoracique. Gardner, british Médical Journal, July 19, 1879.

Un, aorte abdominale. Mondan, Lyon médical, note, 1879.

(4) Ombonl. L'observation note une amélioration, mais on ne voit pas bien en quoi cette amélioration a consisté. (// Raccoglitore Medico^ feb. 1877.) Aorte thoracique.

(5) Carter, Lancet, nov. 1878. Bucquoy, Progrès Médical, n'* 4, 1879.

(6) Verardini, Gazetta Med. Ital.Lomà,, n^'S, 1878. Guérison apparente, très rapide (24 minutes); puis glace et repos. Récidive au bout de dix semaines ; le même traitement amena un semblant d'amélioration, qui ne fut pas de plus longue durée.

(7) L. H. Petit, Dictionnaire encyclopédique, art. Galvano-puncture, 4* série, t. VI, p. 597.

RICHARD RARWELL. — ANÉVRYSME.

sous- clavier (1), permet de dresser le tableau qui suit :

. , ^ . Xombri* Aniélio-

AnévryMnes. j^, j^.^, ^^j^^^

De Taorte thoracique. 114 iM

De l'aorte abdominale. 2 I

Du tronc cœliaque. . . 1 0

De l'innominée Il r»

De la sous-clavièrc. . (! 2

(Côté droit da cou).. 1 0

De la fémorale i 0

De la poplitée 1 1

De la cubitale I u

"TÛT TîT

Morts.

Insuccès.

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