ANÉVRYSME ORBITAIRE, OU MIEUX, TUMEUR PULSATILE DE L'ORBITE
Variétés.
Cette question présente plusieurs problèmes d'un haut intérêt et d'une difficulté non moins grande, car il ne faut pas supposer que les battements indiquent nécessairement une maladie de l'artère ophlhalmique, ou même une affection siégeant dans l'orbite. Les maladies susceptibles de déterminer l'apparition d'une tumeur pulsatile dans cette région peuvent être classées dans Tordre suivant :
A l'intérieur
de
l'orbite.
A l'intérieur
du
crâne.
I Tumeur érectile.
Sarcome myéloide ou encéphaloide.
Méningocèle faisant issue par la fente sphénoidale ou par une suture.
.- ^. , ^. . / Thrombose de la reine ophtbalmique (2^.
AffecUon» du système veineux l ^ , , / u*u i • /«x
.,,.'' { Etat Tanqueux de la veine ophthalmique (2).
ou capillaure ) . . ^ ^ /, , , * ^ '
1 Anévrysme par anastomose (cirsoide).
IAnévrysme circonscrit de l'artère ophtbalmique dans l'or- Anévrysme diffus.
Anévrysme artérioso-veineux.
Lésions du système veineux.... | Thrombose du sinus caverneux (3).
Anévrysme circonscrit de la carotide interne dans le sinus
caverneux.
Anévrysme diffus.
Anévrysme artérioso-veineux.
Affections du système artériel..
Diagnostic.
Le diagnostic différentiel entre les néoplasies mentionnées les premières et une affection vas-
(1) On pourrait faire rentrer dans cette catégorie certains faits do battements que M. Collard, à défaut de lésions trouvées à Tautopsie, attribuait [Gaz, médicale, 1866, p. 631) à un état morbide des nerfs vaso-moteurs nés du ganglion lenticulaire. Sans vouloir contester Texactitude possible de cette étiologie, Je préfère ne point lu donner place dans mon tableau, car elle est jusquMci purement hypothétique et ne repose en réalité sur aucun fait snatomo-pathologique.
(2) Dans les deux cas, la cause peut résider à l'intérieur du crâne.
(3) Des tumeurs solides, comprenant le sinus caverneux, pourraient produire le même effet, mais la chose n'a point été observée.
culaire doit être établi d'après les données générales indiquées page 518; mais, dans cette région particulière, les difficultés augmentent en raison du peu d'étendue de la cavité où siège Taffeclion et de rimpossibilité où le chirurgien se trouve d'employer le toucher. La méningocèle de Torbite est fort rare et ne pourrait guère s'observer que chez de très jeunes enfants; tout au moins, on apprendrait que la maladie a débuté dans la première enfance. La nature réelle de la tumeur que. M. Guersant présenta à la Société de Chirurgie de Paris (1) ne fut reconnue par aucun des chirurgiens qui l'examinèrent, et le traitement par le séton entraîna une mort rapide. L'existence d'une tumeur nettement
(l) Guersant, Maladies chirurgicales des Enfants, p. 246.
RICHARD BARWELL. — ANÉVRYSME.
pulsatile, la possibilité de vider aisément celte tumeur par la pression, sont deux signes susceptibles d'induire en erreur ; mais Tabsence de tout bruit de soufDe perceptible pour le chirurgien, et du bruit retentissant perçu ordinairement par le malade, ferait soupçonner qu'il ne s'agit pas d*un anévrysme. Si la tumeur, laissant les ?eines libres, n'avait pas déterminé d'engorgement de ces vaisseaux, ni de congestion marquée, le diagnostic resterait à établir entre raCTection en question et les deux autres tumeurs indépendantes de toute lésion vasculaire; mais, si ces troubles veineux existaient, les difficultés du diagnostic s'en trouveraient augmentées. Un des faits publiés était d'origine traumatique : l'accident était arrivé à l'ftge d'un an. Le chirurgien (Oettingen) examina le malade à Tftge de treize ans.
Les autres divisions du tableau se rapportent à différentes formes d'affection vasculaire, et il vaut mieux, pour le moment, donner un exposé général de leurs symptômes, sans nous occuper de leur anatomie pathologique autrement que pour dire que la dilatation veineuse et la dilatation artérielle sont toutes deux susceptibles de donner naissance à une tumeur pulsatile de l'orbile et k la saillie du globe oculaire (lequel peut aussi être animé de battements), et cela, que la lésion morbide soit limitée à l'intérieur de la cavité orbitaire ou siège derrière elle, c'està-dire dans le sinus caverneux elles tissus avoisinants. Les symptômes, pris dans Tordre habituel de leur apparition, sont les suivants : douleurs dans l'orbite, la tempe, la région sourcilière ; bruit dans la tôle ; gonflement des paupières et de la conjonctive, avec congestion considérable, et, peut-ôtre, état variqueux des deux portions, oculaire et palpébrale, de cette membrane ; battements du globe oculaire (ils font quelquefois défaut) ; exophthalmie ou cxorbitisme, à marche rapide ; désorganisation plus ou moins prompte du globe ; formation d'une tumeur distincte entre l'œil et le rebord de l'orbite, généralement à la jonction des tiers interne et moyen de l'arcade sourcilière. Dans la plupart des cas, le bruit, perçu par le malade, peut être entendu à l'auscultation, pratiquée sur le front et sur la fosse temporale, ou à l'otosçope. L'exorbitisme est, dans quelques cas, poussé à un point extrême; — dans une observation, il est dit que l'œil pendait sur la joue, au-dessous de l'os malaire. Les troubles de la vision et la paralysie des muscles orbitaires ne sont pas en rapport exact avec l'étendue de l'exorbitisme — ces signes apparaissent plus tôt et sont plus marqués
dans certaines formes de la maladie que» dans d'autres.
Plus de la moitié des faits publiés, c'esl-àdire 41, étaient d origine traumatique. Sur ce nombre, il y a eu 3i hommes et iO femmes; la cause a été 19 fois une chute, 13 fois un coup sur la tête, une fois un coup sur la nofoe, 7 fois une plaie (i fois par coup de fusil durgé à plomb, i fois par éclat de verre, 5 fois fsr coup de canne ou de parapluie). Dans les autres 33 faits, l'affection était idiopathique : cette fois on compte seulement 9 hommes, pour 24 femmes. Mais presque toujours, dans cette 4^niëre catégorie, l'affection débuta brusifuement — quelquefois après un effort, pendant le travail de l'accouchement, ou après une crise violeDte de toux — tandis que d'autres fois ce déhat brusque eut lieu pendant le sommeil, sans cause immédiate apparente. La première annonce de la maladie, dans les cas de ce genre, a été donnée par un bruit soudain, comme un craquement, un coup de feu ou de fouet, qui précédait ou accompagnait d'ordinaire la sensation de quelque chose qui se rompait dans la tête (1). 11 est permis d'attribuer à l'embolisme une grande inûuence étiologique quand on remarque qu'un tiers des faits de nature idiopathique, observés ches les femmes, se sont montrés pendant la grossesse.
Sur les 76 faits connus (trois ont été publiés depuis le mémoire de M. Rivington), on n'a eu que 13 fois l'occasion de faire l'autopsie. Voici les résultats fournis par cet examen nécroscopique :
Dans deux cas, anévrysme circonscrit de l'artère ophthalniique, une fois à l'intérieur de l'orbite ; une fois, à sa naissance de la carotide.
Dans trois cas, rupture de la carotide interne dans le sinus caverneux.
Dans un cas, athérome avec dilatation de la carotide dans le sinus caverneux.
Dans trois cas, anévrysme artérioso-veineux dans le sinus caverneux (traumatique).
Dans deux cas, oblitération du sinus caverneux et de la veine ophthalmique.
Dans deux cas, accumulation et arrêt du sang venant de l'orbite dans le sinus caverneux.
Bien que ce tableau ne donne point la liste exacte de tous les états morbides, qui peuvent
(1) Un excellent et fort intéressant mémoire de M. Rivington {Medic(xhirurgical Transactions, vol. LVIli, p. 183) contient des statistiques détaillées, relatires à l'âge, au sexe, au côté affecté, etc. Pour des reoseignemenu plus complets, je dois renvoyer à ce mémoire.