‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 392 sur 452 · B. — DISTENSION ET ARRACHEMENT DES NERFS · texte numérisé non relu

B. — DISTENSION ET ARRACHEMENT DES NERFS

On donne le nom û^an'achemerU ou de déchirure des nerfs aux solutions de continuité de ces organes, survenues sur leur trajet ou à leur racine, à la suite d'une distension exagérée.

On réserve le nom d* élongation k la, distension des nerfs pratiquée dans un but thérapeutique. — Celle-ci a pris dans ces dernières années une grande importance; nous l'étudierons dans le chapitre réservé aux opérations qui se pratiquent sur les nerfs. 11 est donc inutile d'insister beaucoup ici sur la distension accidentelle des nerfs, dont l'histoire se trouvera comprise dans celle de la distension chirurgicale ou élontjation.

Ëtiologie.

La distension des nerfs peut être lente ou brusque ; dans le premier cas, elle peut être due au développement d'un tissu pathologique, dans le second au déplacement d'un os par luxation ou fracture, ou à certains mouvements forcés, comme dans la flexion forcée de la cuisse, position dans laquelle le sciatique est distendu et étalé sur le col du fémur, ainsi que j'ai pu le constater expérimentalement sur le cadavre. Campenon a cité à la Société clinique de Paris le cas d'un homme qui eut une paralysie passagère de la jambe pour être resté trop longtemps

NICAISE. — BIÂLADIES CHIRURGICALES DES NERFS

à genoux, assis sur son talon et la cuisse très fléchie. La paralysie a pu être attribuée dans ce cas à la distension du nerf, ou à sa compression par le talon. Mais la cause la plus fréquente de la distension des nerfs réside dans les tractions exercées sur les membres, notamment dans celles qui sont faites dans un but thérapeutique pour la réduction des fractures et des luxations, surtout des luxations de Tépaule. Cet accident survient principalement quand la luxation est ancienne, ce qui s'explique par la production d'adhérences qui empêchent les cordons nerveux de glisser librement dans le tissu cellulaire qui les entoure, et font ainsi porter l'allongement sur une portion limitée du nerf, au lieu de le laisser se répartir sur toute sa longueur. On peut également observer dans ces conditions la déchirure des nerfs, comme le prouve le cas si connu de Flaubert, dans lequel l'arrachement du plexus brachial à ses racines médullaires avait été la conséquence de tentatives de réduction d'une luxation de l'épaule. 11 n'est pas besoin de dire que la déchirure des nerfs se rencontre dans les cas d'arrachement total d'un membre; on peut encore la voir compliquer certaines plaies contuses faites avec un instrument en forme de crochet par exemple.

Anatomle pathologique.

Nous décrirons les lésions de la distension à propos de l'élongation ; quant à la déchirure, elle peut être complète ou incomplète; les différentes parties du nerf n'ont pas en effet la môme extensibilité; les tubes nerveux se rompent tous au même niveau en général, et plutôt que le ncvrilème qui résiste le dernier et s'allonge comme un tube de verre chauffé à la lampe. La rupture peut dans certains cas ne porter que sur un certain nombre de tubes nerveux, mais alors les tubes persistants ont subi une distension telle qu'ils sont altérés d'une manière parfois incurable. La rupture des nerfs peut se faire au point d'application de la force, mais le plus souvent elle se fait ailleurs, en des points trop variables, d'après les expériences de Trombetta, pour qu'on puisse en tirer aucune conclusion ; cependant dans les expériences de Tillaux le seialique s'était rompu presque constamment au niveau de sa sortie du bassin. Nous renvoyons, pour la résistance de chaque nerf, à ce que nous en disons à propos de Télongution.

Les symptômes de la distension nenrease sont représentés par les phénomènes qu'on observe à lasuite de l'élongation. L'arrachement s'annonce par une perte absolue de la sensibilité et du mouvement avec disparition de la contractilité électrique, d'après Duchenne, de Boulogne. Dans le cas déjà cité de Flaubert, il y avait une paralysie totale du membre supérieur et du membre inférieur du môme côté. Les déchirures incomplètes peuvent amener des phénomènes de névrite ; du reste les symptômes secondaires ne diffèrent pas de ceux que l'on observe à la suite des sections nerveuses complètes et que nous étudierons dans un chapitre spécial.

D'après Tripier, il faudrait compter la mort subite au nombre des conséquences possibles de la distension et de la déchirure des nerfs. Cet auteur en effet explique par des lésions étendues de la racine des nerfs et de la moelle, survenues sous l'influence du tiraillement des cordons nerveux, les cas de mort subite obsenés pendant la réduction d'une luxation de l'épaule.

Diagnostic.

Les troubles fonctionnels observés dans le domaine des nerfs lésés mettront facilement sur la voie d'une lésion nerveuse. Mais il sera souvent difficile de reconnaître au premier abord si l'on a affaire à une contusion, à une distension ou à une rupture du nerf. En dehors des considérations étiologiques qui peuvent rendre le diagnostic très facile, on pourra éliminer la rupture si la motilité ou la sensibilité persistent plus ou moins complètement. La distension ne peut guère ôtre distinguée de la contusion si l'on manqué de commémoralifs, qu'en cas de paralysie isolée de la motilité et de la sensibilité, qui permettrait de reconnaître qu'il ne s'agit pas d'une contusion ; enfin dans les mômes conditions on peut encore confondre ces lésions avec des paralysies de cause cenlrale. Nous renvoyons à ce que noiis en avons dit k l'article « Compression et contusion des nerfs ».

Pronostic.

Ces lésions nerveuses ne paraissent pas plus graves par elles-mômes ou par leurs conséquences que les autres traumatismes des nerfs;

PLAIKS DES iNERFS. — PHYSIOLOGIE ET ANATOMIE PATHOLOGIQUES.

la régénéralioii parait en effet possible après rarrachcment ; on est au moins autorisé à le croire après les guérisons obtenues par Duchenne de Boulogne (Follin). Le pronostic devra être réservé en cas de déchirure incomplète dans la crainte d'une névrite. Enfin la possibilité de la mort subite devra être présente à l'esprit du chirurgien dans les tentatives de réduction des luxations anciennes de l'épaule.

Traitement*

C'est celui de toutes les plaies nerveuses : immobilisation, position favorable, résolutifs, calmants, enfin électrisatioa pour parer à l'atrophie musculaire. Quant au traitement des accidents secondaires, il ne présente aucune indication spéciale et nous renvoyons à ce que nous en dirons à propos des plaies des nerfs.

Page 1