LIGATURE DES NERFS
L'étude des corps étrangers dans les plaies des nerfs nous conduit à parler de la ligature de ces organes.
L'importance de cet accident qui peut survenir dans des opérations diverses nous engage à nous y arrêter un moment. Son étude peut être entreprise et d'après des faits expérimentaux, et d'après des faits cliniques.
Faits e^ipérirncntaux. — Des recherches sur ce point ont été faites depuis longtemps par plusieurs auteurs, parmi lesquels nous citerons Thierry, Valsalva, Descot, Arloing et Tripier. Ces derniers ont constaté que les petites branches nerveuses sont presque coupées par le fil ; sur des branches plus volumineuses, la constriction n'interrompt jamais immédiatement la continuité du nerf, à cause de la résistance du névrilème; cependant la transmission nerveuse ne se fait plus. Si un nerf avait été lié en môme temps qu'une artère à parois épaisses, en enlevant de suite la ligature, on peut compter sur l'intégrité d'un certain nombre de tubes nerveux, ce qui est important au point de vue de la motilité.
Quand on enlève rapidement la ligature, le
nerf présente plus tard un renflement au niveau du point comprimé.
Les phénomènes anatomiques qui suivent la ligature ont été bien décrits par Descot : il se fait une infiltration plastique au-dessus, audessous et autour de la ligature ; les deux bouts sont maintenus dans un contact exact parl'épaississement du tissu cellulaire environnant ; il n'y a jamais d'écartement entre eux.
Dans leurs expériences. Arloing et Tripier ont constaté que les animaux éprouvaient de la douleur au moment de la constriction et que les fonctions du nerf étaient interrompues; ils n'ont jamais observé d'accidents nerveux consécutifs.
Faits cliniques. — Au commencement de ce siècle, les chirurgiens, tout en cherchant à éviter de comprendre dans la môme ligature l'artère et le nerf correspondant, ne croyaient pas, le cas échéant, qu'il pût en résulter des accidents.
Larrey et Swan s'élevèrent contre cette opinion; le premier, dans un cas de tétanos, soupçonnant qu'une des branches du crural était comprise dans la ligature, coupa celle-ci, et il se produisit une rémission dans les symptômes.
Nous avons cité une observation de Descot, dans laquelle, chez un malade mort du tétanos, on trouva un nœud de ligature dans le sciatique. Dans une observation de Richerand l'artère cubitale et le nerf furent compris dans une môme ligature : « Une vive douleur dans les « doigts annulaire et auriculaire se fit sentir au « moment où je serrai le nœud, dit Richerand : « la face palmaire du petit doigt et le côté cu- « bital de l'annulaire perdirent leur sensibilité; a elle se rétablit graduellement, et au bout de « quinze jours ils l'avaient recouvrée. »
En résumé, d'après les expériences sur les animaux, la ligature des nerfs n'a pas amené d'accidents nerveux consécutifs ; est-ce à dire qu'il en doit ôtre de môme chez l'homme? Non, sans doute. Dans quelques faits, des chirurgiens éminenls ont cru trouver la cause du tétanos dans la présence d'une ligature sur un nerf. Il faut donc tenir grand compte de ces faits et éviter de comprendre les nerfs dans une ligature artérielle. Si l'on s'aperçoit de l'accident, il faut sans hésiter couper la ligature, contrairement à la pratique qui semble résulter d'une observation de Richerand citée par Descot, d'après laquelle, si dans une ligature le nerf était saisi en môme temps que l'artère, on ne devrait pas recommencer la ligature.
PROCESSUS DE RÉPARATlOiN APRÈS LES PLAIES DES NERFS.
11 peut donc aussi y avoir du danger à pratiquer la ligature artérielle en masse. Cependant dans les ablations par écrasement ou par ligature, on ne rencontre généralement que des ramifications nerveuses grêles, non protégées par un névrilème épais ; ces opérations sont douloureuses, mais ne paraissent pas s'accompagner consécutivement d'accidents nerveux graves.
CAVTÉEISATION.
Nous n'avons que peu de chose à dire de ses effets sur les nerfs ; employée autrefois dans le traitement de certaines maladies des nerfs, elle est abandonnée aujourd'hui. Nous rappellerons que les troncs ou les branches nerveuses, par l'épaisseur de leur gaine et le mode de distribution de leurs vaisseaux, résistent mieux que les autres tissus mous aux différents processus et
agents de désorganisation, à la brûlure, à la cautérisation ; c'est un fait dont il faut se souvenir dans les brûlures profondes. Ranke admet que la chaleur peut amener la rigidité des nerfs, comme la rigidité musculaire. Certains auteurs admettent aussi que la constitution physique et chimique des nerfs peut être modifiée par le froid. Crecchio a vu la moelle des tubes se solidifier, phénomène qui était accompagné de la suppression de toute manifestation nerveuse.
Rarement la cautérisation est suivie d'accidents. On cite cependant l'observation du D' Frère, dans laquelle une application de potasse caustique intéressa le nerf musculocutané; il survint une flexion de l'avant-bras sur le bras, du trismus, des conlraclures tétaniques des muscles du cou et du tronc, et le malade mourut le cinquième jour.