CAUSES DÉTERMINANTES
Elles se divisent en causes périphériques qui agissent sur les nerfs, causes centrales qui agissent à distance ou par action réflexe.
Les causes périphériques renferment toutes les causes de traumatisme des nerfs eux-mêmes, qui amènent la névralgie iraumatique, que Ton peut souvent rattacher à une congestion, à une inflammation des nerfs; elles comprennent encore les corps étrangers des nerfs, les maladies et les tumeurs de ces organes, Tenclavement d*un nerf au milieu d'un cal, sa compression par du tissu cicatriciel, par réburnation du tissu osseux (ostéite névralgique, Gosselin], névralgie des édentés (Gross).
Il faut y ajouter les altérations du nerf amenées par une lésion des parties voisines ; enfin le froid, qui joue souvent un rôle important dans le développement de certaines névralgies, particulièrement chez les arthritiques (névralgies rhumatismales) .
Les causes centrales comprennent les lésions des centres nerveux ou de leurs enveloppes (tumeurs, lésions des noyaux d'origine du nerf, etc.).
Les névralgies réflexes sont amenées par la maladie d'un organe plus ou moins éloigné. Huchard s'exprime ainsi à leur sujet : « Par suite d'une sympathie existant entre les organes profonds et les parois qui les recouvrent, des afiections internes très variées, douloureuses ou non douloureuses, font passer dans les nerfs des parois les mêmes impressions morbides que les ramifications viscérales ont subies. » A cette classe de névralgie appartiennent les névralgies lombo-abdominales et autres qui se montrent dans les affections de l'utérus, de lovaire, dans les orchi-épididymiles (Ch. Mauriac), etc. On pourrait peut-être y faire rentrer certaines des névralgies traumaiiques secondaires précoces de Verneuil, qui se manifestent dès le début du travail réparateur, et dont nous parlerons plus loin. Celles-ci se distinguent des névralgies traumaiiques primitives résultant de la blessure des nerfs, et des névralgies traumaiiques secondaires tardives qui se montrent après le travail de cicatrisation, dans les moignons d'amputation, par exemple.
Symptômes.
Le symptôme essentiel et souvent unique de la névralgie est la douleur ^ qu'il faut distinguer en douleur spontanée et douleur à la pression; la première se présente souvent sous deux formes, une douleur continue et une douleur rémittente.
La douleur continue s'accuse par une sensation de tension, de pression, d'endolorissemcnt, elle afi'ecte de préférence certains foyers déterminés qui seraient le point de départ des douleurs rémittentes.
La douleur rémittente présente quelquefois une périodicité régulière (douleur intermittente), elle est aiguë et se montre sous forme de douleurs paroxystiques, d'élancements, de déchirements, de piqûres, d'arrachements, de brûlures, de commotions électriques, de secousses douloureuses. Elle se montre par accès pendant lesquels les douleurs se répètent plusieurs fois par minute, ou seulement une, deux, trois fois en un quart d'heure, etc. La durée totale de l'accès est des plus variables, quelques minutes, quelques heures, plusieurs jours, etc. Quand ces douleurs sont très rapprochées, les malades ressentent de l'agitation, une anxiété plus ou moins vive, de l'insomnie, et l'état général peut finir par se modifier et par présenter une sorte de nervosisme acquis. Quelquefois les douleurs diminuent ou disparaissent même au moment d'occupations importantes et forcées. Ces élancements ont des foyers où ils restent fixés pendant le même accès ou pendant une partie de sa durée ; d'autres fois ils s'accompagnent d'irradiations douloureuses.
Dans d'autres cas les foyers se déplacent et se portent, soit vers la racine des nerfs (névralgie ascendante de Cotugno), soit, le plus souvent, vers leur extrémité.
En un mot, le déplacement des foyers ne suit pas la loi qui préside à la propagation des impressions périphériques, il ne suit pas généralement la direction de l'influx nerveux ; nous savons, il est vrai, d'après les expériences de P. Bert, que les nerfs sensibles sont capables de conduire dans les deux sens.
On a dit, depuis Valleix, que ces foyers étaient précisément les points douloureux que la pression faisait découvrir : si cela est vrai pour un grand nonibre de cas, il n'en est pas cependant toujours ainsi.
Quant à la direction des élancements, elle varie: tantôt l'élancement a lieu sur place, tan-
^flCAISE. — MAUDIES CHIRURGICALES DES NERFS.
Uà 90U9 forme d'éclairs (douleurs fulgurantes) qui suivent le trajet d'une branche nerveuse, tantôt il y a plusieurs irradiations douloureuses partant du même point.
Dimleur à la pression, — Une pression exercée par une large surface, la paume de la main, calme généralement la douleur. Avec Textrémilé du doigt, au contraire, on détermine sur le trajet du nerf, en un ou plusieurs points, une douleur quelquefois très vive ; si on répète la pression, on finit par ne plus déterminer qu'une douleur légère.
La pression exaspère la douleur continue et quelquefois détermine l'explosion des élancements.
D'après Valleix, les points douloureux sont aux points d'émergence des troncs nerveux, aux points où ils deviennent superflciels, aux points on les filets nerveux traversent les muscles ou les aponévroses, aux points où les rameaux nerveux s'épuisent dans les téguments. Le même auteur pensait que la douleur de la névralgie afTectait exclusivement les nerfs sous-cutanés ou qui entretiennent la sensibilité tactile ; mais souvent la pression sur les nerfs profonds est douloureuse.
Los points douloureux à la pression manquent fréquemment. Trousseau a voulu leur substituer los points apophysaires (points douloureux sur lus apophysoH épineuses^ mais ils n'ont rien de oararlérinliquo dans les névralgies, môme inter- <'o.sl»l(»s, où ils ptuivcnt faire défaut.
Le iiornlu'o des points douloureux sur le trajet d'un nerf vaiie lians chaque cas. Ils peuvent avoir un ou deux centimètres de diamètre, quelquefois ils ont des limites très netlenienl circonscrites, d'autres fois plus diffuses.
Kn général 1 intensité de la douleur à la pression est en rapport avec celle de la douleur spontanée. Non seulement la pression, mais les cITorts, les mouvements du malade, le contact des corps chauds ou froids, ramènent les élancements.
SYMPTOMES CO.NCOMITAMS.
Pendant les accès on peut observer de l'injection des parties malades, de la congestion, une augmentation des sécrétions (du mucus, des larmes, de la sueur, etc.), de l'hyperesthésie ou de l'aneslhésie cutanées, des mouvements convulsifs (tic douloureux) ; s'il se montre de la paralysie, c'est qu'il y a une lésion grave du nerf.
En outre de ces troubles locaux, on peut rencontrer des sensations générales, de l'agace-
ment, de Tanxiété, du vertige, de Tinaptitude au travaiL A la fia des attaques le malade rend quelquefois des urines abondantes et aqueuses.
Quand la névralgie est ancienne, des troubles trophiques peuvent se montrer; on a signalé l'hypertrophie d'une moitié de la face (Axeofeld), la chute des cheveux, et dans ces derniers temps l'adipose sous-cutanée et l'atrophie musculaire; mais alors il ^f a névrite ou lésion médullaire (Landouzy, Fernet).
Enfin la santé générale des malades peut être modifiée, ils deviennent impressionnables, le» digestions s'altèrent.
Ces symptômes de la névralgie peuvent se rencontrer dans toutes les espèces étiologiques, mais les néimilgies traumatiques secondaires précoces de Verneuil présentent quelques particularités.
Elles se montrent généralement, d'après l'auteur, en dehors de toute lésion matérielle des nerfs, après la cessation de la douleur primitive due à la blessure et à la lésion des nerfs, et àés> le début du travail réparateur de la plaie, c'està-dire dans le premier septénaire ; elles diffèrent des névralgies tardives qui se montrent après la cicatrisation {névralgies des cicatrices et des moignons).
Ces névralgies s'accompagnent de contractions cloniques, de contracture, de parésie, d'altérations des bourgeons charnus ^congestion, ecchymose, hémorrhagie) ; la plaie prend quelquefois un aspect diphthéroïde ; enfin on peut rencontrer des phénomènes généraux, de la fièvre, des vomissements.
Verneuil en distingue plusieurs variétés d'après le siège :
[^ Douleur locale limitée au foyer traumatique;
2° Douleur locale avec irradiations périphériques ;
3° Douleur locale avec indolence périphérique et manifestation à distance;
4<> Douleur locale périphérique et distante tout à la fois ;
5^^ Indolence locale, douleur uniquement à distance.
Ces névralgies sont intermittentes et calmées par le sulfate de quinine.
La marche de la névralgie est en général irrégulière. Le début peut être brusque ou graduel, précédé d'une sensation de gêne. Les attaques ont une durée variable, elles sont rémittentes, quelquefois intermittentes, comme dansTintoxication palustre ; les accès douloureux, les élancements qui la constituent sont plus ou moins rapprochés les uns des autres, et plus ou moins violents.