‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 417 sur 452 · VI. — TÉTANOS · texte numérisé non relu

VI. — TÉTANOS

Définition.

Le tétanos est une affection caractérisée par une contraction permanente et douloureuse de la plupart des muscles volontaires, qui commence habituellement dans les muscles des mâchoires et du cou, s'étend peu à peu aux autres muscles, et s'accompagne de redoublements convulsifs. Richelot (1), dans un article excellent, considère le tétanos comme une névrose traumatique et comme n'étant que le plus grave des spasmes traumatiques.

Le tétanos peut être traumaUque ou spontané (tétanos a frigore, tétanos rhumatismal) ; chronique, aigu, ou suraigu; continu, discontinu ou intermittent ; enfin, il peut occuper différents groupes musculaires : on donne le nom de trismus à la contracture des élévateurs de la mâchoire in-

(1) Bichelot, Revue des sciences médicales, 1877-1878.

férieure, d'opisthotonos à celle des extenseurs du cou, du tronc et des membres inférieurs, qui est la plus habituelle, lïemprosthotonus à celle des fléchisseurs, enfin le pleur o-sthotonos est constitué par la contracture des muscles qui inclinent latéralement la colonne vertébrale: celte dernière variété est très rare. Le tétanos est dit tonique quand la contracture musculaire est généralisée (Follin).

Étiologie.

On a divisé le tétanos en tétanos traumatique et tétanos spontané, celui-ci a été attribué au froid et à des changements de température.

Tous les traumatismes, dans toutes les conditions, avec ou sans plaie, peuvent se compliquer de tétanos; il faut reconnaître, cepen* dant, avec tous les auteurs, qu'il paraît plus souvent après les plaies contuses des extrémités, les plaies articulaires des doigts et des orteils.

NICAISE. — MALADIES CHIRURGICALES DES NERFS

les plaies du cuir chevelu et, en généra], des régions où abondent les corpuscules de Paccini (Gubler). Le siège de la plaie peut donc avoir une certaine influence sur la production du tétanos, mais sa gravité et son étendue n'en ont aucune : on a vu le tétanos survenir après des injections sous-cutances de sulfate de quinine ou la dilatation du col de l'utérus avec l'éponge préparée, comme après les traumatismes les plus graves. Dans certains cas, cependant, on trouve dans la plaie môme une cause suffisante pour expliquer la production de la maladie : lésions des herfs, corps étranger enclavé dans un nerf, bourgeons charnus douloureux ou cicatrice comprenant une extrémité nerveuse.

Le plus souvent, ce n'est pas dans la plaie elle-même qu'il faut chercher la cause principale du tétanos, mais dans l'état du sujet et les conditions de milieu où il se trouve. L'âge a peut-être une certaine influence dans la race nègre, les nouveau-nés y seraient très sujets. Le sexe parait sans influence; la race, surtout, parait jouer un rôle, le tétanos étant plus fréquent chez les nègres, indépendamment des influences climatériques ; enfin, Yhérédité a été invoquée dans un cas de Metzquer. Vétat puerpéral a été considéré comme étant une cause prédisposante ; en tout cas, l'on peut considérer le tétanos qui se montre après raccouchemenl conirue un tétanos traumalique. — Valcoolismc n'ainôiie aucune prédisposition. Le paludisme paraît y prédisposer (on a môme décrit une tièvrc intermillenle à forme tétanique). Mais la condition la plus importante est la prédispositimi iuiividu€lb\ cause vague que l'on est réduit à adinetlro en présence de la disproportion qui oxish» entre le nombre des tétanos et celui des ras oii sont réunies les conditions qu'on croit suffisantes à provoquer cette affection. L'état de surnu'nage et de dépression morale ont pu être Invoqués quelquefois avec vraisemblance, comme prédisposant au tétanos, mais il faut citer surtout les conditions de milieu qui jouent un très faraud rôle dans son développement et dont la plus importante est le froid. Le froid, le froid humide et surtout les variations brusques de température, ce qui explique la fréquence du tétanos dans certains climats à température élevée ((Mayenne, par ex.), sont des causes occasionnelles admises par tous les auteurs et qui peuvent sufflre (tétanos a fviyore)y mais ne se rencontrent pas dans tous les cas. Rappelons le fuit cité par Mirbeck dans lequel un enfant américain mourut de tétanos quatre jours après

avoir reçu en pleine poitrioe on verre d'eta glacée, éUDt en sueur. C'est par rinflaeoce de causes communes, Crmd et dépression morale, pour les blessés restés sur un champ de bataille, par exemple (bataflle de Bautxen), qu'on explique, en général, les épidémies de tétanos qae l'on observe quelquefois. Certains auteurs admettent la possibilité d'une emUaçion, d'une inUmcation^ comme dans les septicémies chirurgicales. Betoli rapporte le cas d'esclaves morts da tétanos après avoir mangé la chair d'un taureau qui avait succombé à cette aflection. Ce dernier mode de transmission serait admis, parait-il, dans certaines régions de l'Amérique.

Anatomie pathologiqne.

Les lésions caractéristiques du tétanos ont été successivement cherchées dans la moelle et dans ses enveloppes, dans le cerveau, dans les nerfs voisins de la blessure et enfin dans les muscles) nous allons pas^r en revue les principaux résultats des autopsies et nous verrons ce qu'on peut en conclure.

Le cerveau est ordinairement sain ; on a signalé la congestion des méninges, des circonvolutions, de la protubérance, des tubercules quadrijumeaux et du corps strié, la dégénérescence colloïde d'une partie du cervelet (Jackson) ; en somme rien de constant. Les méninges bulbo-spinales qu'on a trouvées irritées ou même enflammées sont le plus souvent normales.

C'est sur la moelle que se sont surtout concentrées les recherches, et c'est aussi de ce côté qu'on a trouvé le plus souvent des lésions. Les faits observés peuvent être rangés, avec Richelot, en trois classes. Dans la première, rentrent les cas négatifs où la moelle n'a présenté aucune altération après la mort, malgré un examen histologique pratiqué par des observateurs d'une autorité indiscutable; dans la seconde classe sont les cas où l'on n'a constaté qu'une hyperhémie simple , surtout prononcée autour des noyaux bulbaires des nerfs crâniens, autour du canal de l'épendyme et des racines des nerfs de la région blessée. Enfin, la troisième classe comprend les lésions du tissu nerveux : la prolifération nucléaire dans la substance réticulée et les régressions des éléments cellulaires, soit par inoditication du protoplasma, soit par dégénération de la cellule ; plaques de désintégration granuleuse de Lockhart Clarke, qui sont, d'après Michaud, des foyers d'exsudation péri-vasculaire ; dégénérescence colloïde, etc. ; en somme, myélite plus ou moins avancée occu-

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