C. W. MANSELL-MOULIN. — SHOGK ET EMBOLIE GRAISSEUSE
mais non abolie, et, tandis que dans la syncope c'est la seule faculté nerveuse qui paraisse atteinte, dans le shock elle l'est au môme degré que toutes les autres ; dans Tune, la plus simple cause qui est efficiente est la diminution de la pression sanguine dans la cavité crânienne; dans l'autre, la seule qui puisse offrir une explication des symptômes est une suppression, générale et étendue à tout le corps, de la tension vasculaire même quand il n'y aurait pas eu d'hémorrhagie, la lividité et la pâleur de la peau, la diminution de la sensibilité, l'inertie des fonc* tions cérébrales ; la diminution du pouvoir contractile des muscles et de leur promptitude à répondre au stimulus; la rapidité, la petitesse et la dépressibilité du pouls, la suppression partielle des sécrétions et surtout la persistance prolongée des symptômes qui ne peuvent pas disparaître en quelques minutes, comme dans une syncope, tout dénote un arrêt général de la circulation capillaire et par suite une suppression générale de la tension artérielle.
Physiologie pathologique du shock.
C'est à la physiologie expérimentale seule qu'il appartient de nous donner l'explication véritable de la façon dont ces changements se produisent. Il a été démontré que le cœur est si indépendant de toute autre innervation que celle qu'il renferme dans ses propres parois pour son fonctionnement régulier, que celle-ci subsiste même après qu'on a détruit les grands centres nerveux ; d'autre part, il est si directement soumis à son innervation propre que l'irritation d'un des nerfs qui se rendent à ses parois peut amener un arrêt subit du cœur, et qu'aussi longtemps que les connexions seront intactes, le même effet peut être produit d'une manière réflexe par une excitation appliquée aux nerfs centripètes. On sait en outre que les vaisseaux sanguins, artères et veines, sont soumis à une influence tellement analogue à la précédente, que les mêmes causes produisent sur eux les mêmes effets, comme il était permis de le supposer, eu égard à la similitude de développement du cœur et des vaisseaux. Car si l'on examine l'individu ou la race, à son origine primitive, l'appareil circulatoire est simple et uniforme dans sa structure et ses rapports, il augmente de volume proportionnellement aux autres parties du corps, conformément aux principes ordinaires de la division du travail, il devient si complexe, qu'il y a des divisions qui atteignent un tel degré de spécialisation
qu'on a l'habitude de les considérer et de les étudier comme des parties indépendantes et distinctes des autres. Il est vrai qu'à première vue la similitude de subordination au système nerveux n'est pas aussi nette qu'elle pourrait l'être; car, d'après Topinion généralement adoptée, l'autonomie du système vago-moteor n'existe pas et celui-ci n'est pas distinct du sys' tème nerveux central, il est situé dans la moelle allongée et se prolonge jusqu'en bas de la moelle épinière, ainsi que les expériences l'ont prouvé ; mais sa puissance spéciale et indépendante est conservée, bien que peut-être latente, comme l'ont montré les expériences dans lesquelles on enlevait tout le système yaso-moteur d'une partie du corps; d'abord les vaisseaux étaient dilatés passivement et restaient ainsi pendant quelques jours, peut-être quelques semaines, puis ils recouvraient graduellement leur tonicité et pouvaient se contracter ou se dilater, comme auparavant, mais, naturellement, soos l'influence d'une excitation locale.
11 est possible, pour employer le langage de la téléologie, que pour la convenance du reste de l'organisme, les centres nerveux qui commandent aux vaisseaux, au lieu d'être distribués à profusion dans tout le corps, comme cela devrait être s'ils étaient placés sur les parois de leurs vaisseaux (comme dans le cas du cœur) ont été réunis en un seul groupe qui est situé au centre, disséminant dans tout le corps des centres indépendants. Et ce n'est pas le seul rapprochement que l'on peut faire entre le centre vaso-moteur et les ganglions cardiaques, en apparence si différents, car ceux-ci sont influencés par irritation directe ou réflexe d*an nerf spécial, il en est de même du premier, mais en raison de sa position centrale, il n*est accessible qu'aux réflexes. Ainsi ce grand principe peut être admis comme un fait général, que le cœur et les vaisseaux forment les parties coordonnées d'un même système et peuvent être simultanément influencés parla même ex* citation ; et tandis que Travers regarde le shock comme produit par une action nerveuse s'exer çant sur le cœur seul, U n'y a rien, dans la physiologie de la circulation, qui exclut la possibilité d un effet beaucoup plus général, retentissant à la fois sur le cœur et sur les vaisseaux.
Mais ce n'est pas tout ce que le sujet du shock doit aux recherches physiologiques : il ne suffit pas de savoir que les fonctions du cœur et des vaisseaux (d'où dépend, avec la résistance des capillaires, la pression du sang) poissent être suspendues par l'irritation directe ou réflexe de