PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DU SHOCK
certains nerfs ; on a montré de la façon la plus nette que ce résultat avec toutes ses conséquences pouvait être le fait d*un traumatisme externe Soigné ; et surtout de ce traumatisme externe de forme spéciale, qui est plus que tout autre apte à produire le shock, la contusion abdominale , ce fait a été établi par le professeur Go]ts(i), de Strasbourg, par une expérience remarquable :
On prit une grenouille que l'on suspendit les jambes en bas dans une position verticale, après lui avoir
mis le cœar à nu. On attendit quelque temps pom* que les battements soient redevenus réguliers et envoîent la quantité normale de sang dans l'aorte ; on appfiqoa alors un coup violent sur les intestins ou tnen inr la surface de l'abdomen de la grenouille en même temps qu'on en notait le retentissement sur le cœur et sur la quantité de sang qu'il fournissait. On remarqua que le cœur s'était arrêté tout d'un coup ; firritation avait été portée jusque sur le bulbe qui Vivait réfléchie par le nerf vague. Au bout de peu de temps le cœur parut reprendre son action et recommencer à battre. Mais il y avait une grande différence entre Taspect qu'il présentait alors et celui qu'il présentait aTant que le coup n'ait été appliqué. Au lieu de se remplir de sang à chaque diastole et de prendre par ce fait une coloration rouge écarlate, il restait complètement p&le et vide, et bien qu'il se contract&t figooreusement, la circulation était arrêtée, car le coeur ne pouvait pas envoyer de sang. La cause n'en était pas difficile à trouver : la grenouille était pendue les Jambes en bas et les veines caves supérieures étaient vides; les veines intestinales, généralement dans un état de semi-contraction due aux nerfs vaso-moteurs, l'étaient relâchées et la quantité de sang, nécessaire pour les remplir complètement jusqu'au cœur, était ÎBSoflbante, de sorte qu'elles n'étaient qu'à demi remplies. Il n*y avait pas seulement que les nerfs d'arrêt du cœur qui étaient entrés en action, mais aussi ceux qui règlent de la même manière le centre vaso-moteur; car on ne put obtenir le même résultat après qQ*on eut placé l'animal sous l'influence anesthésique ou qu'on eut sectionné les nerfs vagues et splanchniqnes. Quant à la grenouille, elle guérit dès qu'on l'eut placée dans une position horizontale qui permettait au ung d^arriver Ju8qu*au cœur ; chez l'homme, l'arrêt du cœur en diastole serait instantanément fatal ; Taffaiblitsement de son action et la dilatation des vaisseaux abdominaux, permettant l'accumulation d'une pareille quantité de sang, — soustraite en réalité de la circulation générale, comme s'il y avait eu une hémorrhagie — auraient pour résultat d'abaisser la pression ar-
• térielle et de produire le shock.
n est éTident que des expériences comme celle-là, que tous les physiologistes ont reproduite avec les mêmes résultats, ont jeté une
(I) Vircbow's Archiv, t. XXVI et XXIX.
grande lumière sur ce qui auparavant n'était qu'une simple hypothèse. L^opinion de Travers et d'autres que, lorsque ces phénomènes s'observent dans le shock, ils ne peuvent être produits que par la suspension de l'influence nerveuse agissant sur le système circulatoire, a reçu la démonstration la plus évidente des expériences de physiologie; et Ton peut considérer comme admis sans contestation que dans le shock il y a une paralysie réflexe du cœur et des vaisseaux abdominaux. Il y a d'ailleurs des faits qui prouvent que l'action peut ne pas être limitée à ces derniers mais doit, comme on pouvait s'y attendre, d'après ce qui a été dît plus haut, s'étendre à tout le système vasculaire, peut-être d'une façon inégale, comme Brown-Scquard le supposait, d'après les rapports qui existent normalement entre le sang des capillaires et les tissus qui les environnent. Car les symptômes du shock ne sont pas identiques à ceux de l'hémorrhagie, et bien qu'on ait noté la congestion passive qui résulte de la dilatation des vaisseaux abdominaux (comme par exemple pendant l'ovariotomie), si l'on tient compte des examens cadavériques elle ne pourra pas atteindre le degré extrême qui serait nécessaire pour rendre compte des symptômes. En outre, Tappeiner (i) a montré en liant la veine porte et estimant la quantité de sang contenue dans ses branches, que même chez les mammifères, comme les lapins, avec des viscères abdominaux relativement volumineux, contrairement aux opinions généralement reçues, tous les vaisseaux de l'abdomen, veines et artères, ne présentaient pas une capacité suffisante pour contenir plus de seize pour cent de la quantité totale du sang de l'animal, et, tant que les vaisseaux sanguins conserveront l'intégrité de leur innervation, cette quantité sera tout à fait insuffisante pour produire un abaissement de pression ; car Millier (2) a démontré que, tant que les nerfs vaso-moteurs conservaient leur pouvoir, la quantité totale du sang pouvait être diminuée de moitié ou doublée sans produire une différence appréciable. On a constaté le même résultat après la section bilatérale des nerfs splanchniques ; par ce fait, tous les vaisseaux des viscères abdominaux sont complètement séparés de leurs nerfs vaso-moteurs et distendus au maximum par la stagnation du sang dans leur cavité (il ne semble en effet pas possible qu'il y ait une dilatation active ; l'in-
(1) Tappeiner, Ludwig's Arbeiten. Leipzig, 1872«
(2) M aller, Ludwig's Arbeiten, 1874.