C. W. MANSELL-MOULIN. — SHOCK ET EMBOLIE GRAISSEUSE
minution de fréquence du pouls, qui disparait bientôt pour faire place à des battements rapides et irréguliers. Le signe le plus net c'est l'accroissement de force des battements du cœur, qui arrivent bientôt à être moins rapides et à présenter un rythme plus régulier. Le vomissement, surtout quand l'estomac est plein, est très commun ; mais il ne se reproduit pas et ne doit pas être confondu avec ce signe de la persistance du shock où l'irritabilité énorme de Testomac ne permet pas à cet organe de rien garder dans sa cavité. Puis les respirations deviennent plus profondes et plus égales, la face perd sa pâleur livide, la physionomie commence à prendre de l'expression et les membres, au lieu d^ôtre étendus immobiles, commencent à faire quelques mouvements, mais il faudra encore longtemps, quand bien même il ne surviendrait pas de fièvre, avant qu'ils ne reprennent leur puissance ordinaire, et ceci aussi bien qu'une autre cause ne peut pas être étranger à la rétention d'urine prolongée que l'on observe souvent. En général, même s'il n'y a pas eu de plaie, la réaction est annoncée par une poussée fébrile; la peau devient chaude et sèche, la face est vultueuse, l'urine peu abondante et fortement colorée, le pouls plein et bondissant, il y a de la soif avec de l'insomnie et de la céphalalgie. Quand le ^ shock, consécutif à des accidents ou à des opérations, a été grave, il y a d'habitude un accès de fièvre traumatique ordinaire variant avec la nature de l'accident, la méthode du traitement et la constitution du patient, depuis la légère élévation de température qui coïncide avec l'insomnie et la constipation habituelle jusqu'à un état d'excitation extrême conduisant à grands pas à l'épuisement fatal; c'est cette forme, à laquelle Travers a donné le nom de « prostration avec excitation » ; puis la langueur qui avait été le trait caractéristique de la période de début fait place à de l'insomnie, de la jactitation et de l'anxiété précordiale ; souvent, mais non pas toujours, on observe un délire dont l'intensité varie depuis la simple incohérence jusqu'au délire furieux avec l'excitation la plus violente, survenant plus fréquemment et augmentant pendant la nuit; quelquefois c'est à peine si l'on peut le distinguer d'une attaque ordinaire de delirium tremens. Bientôt arrive l'épuisement, marqué par la somnolence ; le corps est couvert d'une sueur visqueuse et glacée, les yeux sont hagards, le pouls petit et irrégulier, les respirations extrêmement rapides et haletantes, des convulsions, du hoquet, des soubresauts, la stupeur et le slertor apoplectique, enfin la mort.
La question du pronostic dépend du traumatisme éprouvé ; car, bien que le shock ne lui soit pas complètement lié, dans les cas graves on observe soit une lésion d'une grande étendoe, soit la lésion d'une partie importante. La peite de la faculté de la déglutition montre qu'A y a eu probablement une atteinte portée au noyâu bulbaire duglosso-pharyngien, dans le voisinage immédiat d'autres centres nerveux indispensables à la vie ; l'insensibilité de la conjonctive prouve une lésion de la 5* paire, voilà deux symptômes qui indiquent un état d'une gravité extrême. Une hémorrhagie, même légère, est la complication de beaucoup la plus dangereuse . à laquelle on pourrait penser tout d'abord, en • raison de la dépression extrême de la tensbn artérielle déjà existante; l'observation clinique de Travers, sur l'importance capitale d'une perte de sang même légère dans la syncope ou le shock, a reçu une démonstration évidente deà recherches physiologiques de Tappeiner. Plus la réaction tarde à se produire, plus elle est incomplète, plus elle présente de fluctuations et plus le cas est désespéré. Cependant, môme dans les cas les moins favorables, quelquefois la guérison survient, en dehors de tout espoir, après que le patient est resté des heures et même des jours dans un état presque sans vie. Les conditions regardées comme défavorables sont : les deux extrêmes de la vie et surtout l'âge avancé et aussi cet état de dégénérescence prématurée dont les viscères abdominaux sont si souvent le siège.
Dans les cas d'opérations, le pronostic peut souvent être rendu beaucoup plus facile et certain par Texamen attentif du malade, de ses idées et de ses sentiments; s'il est plein d'espoir, gai, comptant sur une guérison rapide oa, au contraire, s'il est abattu et désespéré, opiniâtrement convaincu, sans qu'on puisse le raisonner, qu'il ira mal — cette conviction suffit à amener les pires résultats. Car la plupart dei cas de mort, après de légères opérations, après un travail tout à fait normal, et même, à un jour fixe, doivent faire disparaître toute espèce de doute sur l'influence fâcheuse qui imprime une marche défavorable à la maladie quand le patient s'entretient dans cette idée fixe que la guérison est impossible. 11 y a du moins deux formes distinctes d'influence morale qui agissent puissamment sur le résultat. Dans la première, la gaité est le fait de l'espoir et de la ferme croyance dans une issue heureuse ; ou bien h dépression est produite par le désespoir et la conviction enracinée d'une issue fatale. Dans la