‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 110 sur 343 · AVEC 9 FIGURES INTERCALÉES DANS LE TEXTE · texte numérisé non relu

AVEC 9 FIGURES INTERCALÉES DANS LE TEXTE

DELIMUM TRAUMATIQUE

Le mot DeHrium a une étymologie bizarre, il est fonné des mots de (hors de), lira (ligne, sillon). Le Terbe latin deliro veut dire « s'écarter d'un nHon en labourant ». Cependant, à Faide d'une Induction libre, on pourrait lui donnçr le sens de « dévier, de s'écarter d'une ligne déterminée ». On est arrlTé ainsi à employer le mot a divagation 9 pour exprimer l'idée de délire dans une maladie. Ceux qui ont fabriqué ce mot ont mieux réussi qu'ils ne pensaient, eu égard à ce que nous savons aujourd'hui du cerveau et de ses fonctions. Comme nos connaissances, en fait de localisations des centres nerveux et de leurs fibres conductrices, deviennent tous les jours de plus en plus précises, on comprendra de suite quelle influence exercera sur les circonvolutions le désordre quel qu'il soit qui mrviendraît dans le conducteur (impression externe) ou dans une portion du conduit (malade interne). Le signe caractéristique et essentîd du délire est constitué par un trouble temporaire des facultés intellectuelles et perceptives le manifestant dans les paroles et les mouvements du malade. La parole n'est pas l'agent in- ^pensable par lequel se traduit le délire, car un loord-muet, un aphasique, peuvent être atteints ie délire aussi bien que n'importe quel autre, et 3 est prouvé que l'on peut produire expérimentelement le délire chez les animaux.

(1) Traduit par'le jy Paul Rodet.

Encyel. de chirorgie.

Le délire continu ou chronique conduit fatalement à la foliCf et, au point de vue scientifique, il doit être étudié avec cette maladie. L'accès peut être fatal, en tant qu'il s'agit du malade, et le délire, sous une forme plus ou moins aiguë, peut ne pas cesser jusqu'à la mort ; mais si le patient survit et si le délire persiste indéfiniment, l'individu doit être rangé parmi les aliénés. Ce qui constitue le caractère transitoire du vrai délire est extrêmement variable dans ses manifestations : quelquefois ce sera une simple bizarrerie passagère dont il sera difficile de s'apercevoir; ou bien encore l'individu pourra se contenir tant que son attention sera tenue en éveil par quelqu'un ou par quelque objet; mais, dès que ces circonstances disparaîtront, on verra se produire l'incohérence de paroles et d'actions. Puis surviennent des moments et quelquefois des périodes assez longues de lucidité pendant lesquelles il a plus ou moins conscience de ce qui s'est passé et où il déclare à ceux qui l'entourent qu'il a dit des insanités et qu'il se promet bien de ne plus recommencer. Malgré cela les divagations et les absurdités ne tardent pas à revenir et, si la maladie prend le dessus, elles peuvent persister en s'aggravent jusqu'à la mort. Les mouvements du malade présentent également de grandes variations, depuis la simple déviation du type normal, que l'observateur le plus habile pourrait à peine découvrir, jus-

WILLIAM HUffT. — DELIRIUM TRAUMATIQUE.

qu'aux mouvements les plus désordonnés dans lesquels le patient peut se blesser lui-même ou ceux qui l'entourent.

Anatomie pathologique du délire.

Le délire est un de ces états auxquels on peut appliquer avec le plus de justesse le terme de « fonctionnel », si Ton cherche à expliquer ce phénomène. Il se manifeste, d*après ce que nous savons, à la suite d'impressions produites sur la substance grise du cerveau. Les fibres et les cellules nerveuses de cette substance doivent être dans un état de réceptivité spécial, sans qu'il soit nécessaire qu'elles présentent quelque chose d'anormal. En fait, une substance corticale absolument intacte, si les opinions physiologiques admises sont exactes, sera exposée aux formes les plus graves du délire, plutôt qu'une autre substance nerveuse qui se trouverait dans l'état inverse. Les troubles fonctionnels sont le résultat de lésions de voisinage telles que inflammations des méninges, légère exsudation irritative, hémorrhag^e agissant par compression ; et si la compression est un peu forte, elle supprime toute activité fonctionnelle. Mais la cause peut venir de plus loin, il peut se faire que le sang qui est apporté au cerveau ait subi des altérations dans sa quantité ou sa qualité, il peut contenir des produits morbides ou des éléments toxiques. Alors les sens spéciaux sont, par ce fait, surexcités et apportent au cerveau des impressions fausses qui doivent forcément se traduire au dehors par des idées insensées et des mouvements désordonnés. L'expérimentation a démontré que la production du délire était bien manifestement liée à un état de réceptibilité spécial de la substance grise, car chaque fois que les expériences ou des observations cliniques ont porté sur le cerveau proprement dit, abstraction faite de la substance corticale, il n'a pas été fait mention du délire.

C'est ainsi que, dans les lésions de la protubérance, on observe une tendance à pleurer plutôt qu'à rire. Il y a une faiblesse émotive qui pourrait être prise pour de l'hystérie, mais on ne constate pas de délire. Les lésions des pédoncules se traduisant par une paralysie de la troisième paire avec la diplopie et l'amaurose qui en sont la conséquence ainsi que par un certain trouble de la parole dû probablement à de la paralysie faciale, pourraien tout d'abord en imposer pour du délire, qifand en réalité les facultés intellectuelles sont intac-

tes. On constate de même l'absence de tout trouble mental à la suite d'une lésion du corps strié, quand les premiers symptômes résultant de cette lésion ont disparu. Il peut y avoir un léger embarras de la parole ainsi que des phénomènes émotifs mais non du délire, les lésions de la couche optique ont une symptomatologie moins nette que celles du corps strié, mçds malgré cela le délire ne figure pas parmi leurs manifestations. Les lésions de la substance blanche des hémisphères ne produisent pas non plus le délire, de même que je ne le trouve pas mentionné parmi les signes de lésions du cervelet. Les lésions des parties pos* téro inférieures des lobes frontaux donnent lieu à l'aphasie type, et un observateur attentif ne confondra jamais ce symptôme avec le délire.

On localise le délire dans certaines portions de la substance grise corticale de la surface des hémisphères et de leurs circonvolutions qui sont sigettes à des influences irritatives. Ces remarques sont confirmées par les observations cliniques. Il faut cependant être averti que le délire peut coexister avec des maladies ou des lésions d'autres régions que eelles que nous venons de citer; mais, quand il survient dans ces circonstances, il y a tout lieu de croire qu'il est produit par une alTection méningitique de voisinage. Le D' Morris l^ngstretb m'a dit avoir compulsé les observations de plus de trois cents cas de tumeur cérébrale, sans qu'il soit fait mention du délire comme l'un des signes de l'affection et, quand il était signalé, on pouvait toujours en rapporter la cause à une maladie des méninges qui venaient excercer leur influence nocive sur la susbtance corticale. Autrefois, quand j'étais prosecteur à l'Université de Pennsylvanie, je me souviens avoir montré de superbes cerveaux provenant de gens admirablement constitués. La provision de sujets était grande et nous était fournie en moyenne partie par les salles d'aliénés de Almshouse. Je me rappelle encore très bien ces membranes adhérentes, ces masses de lymphe organisée, ces arachnoïdes perlées, ces stalactites osseuses; mais, après avoir enlevé tout cela, je coupais mon cerveau en tranches, je le disséquais et je le montrais comme un type de beau cerveau que tout anatomiste un peu enthousiaste aurait plaisir à contempler. Je me souviens d'un cerveau oà la masse de lymphe organisée était si étendue qu'elle formait une véritable membrane recouvrant les deux hémisphères et au-dessous de

CAUSES DU DÉLIRE TRÂUMATIQUE

laquelle était un cerveau magnifique. Que de désordres toutes ces néo-formations ont dû produire sur les manifestations intellectuelles el perceptives des cellules de Técorce I

Mes observations cliniques me font incliner do côté de ceux (Hughlings, Jackson et autres) qui croient que les lobes postérieurs sont en rapport avec les processus intellectuels, plutôt que les lobes antérieurs. J'ai observé un très grand nombre de lésions corticales et j*ai très iooTent remarqué le retentissement presque mil qu*clles avaient, eu égard aux lésions énormes des lobes frontaux. J*ai vu se produire à Invers ces derniers, ainsi qu'à travers les lobes médians, des hernies de substance cérébrale sans que Tintelligence parût en ressentir le moindre trouble. Si le cas se terminait par la mort, on voyait survenir le délire vers la fin, alors qu'il y avait eu un temps graduellement mffisant pour que l'irritation ait pu s'étendre; mais quand le patient survivait au traumatisme, la guérison se faisait sans qu'il y eût la moindre manifestation incohérente. En fait, je suis assez porté à croire que, dans ces cas, la guérison est la règle plutôt que l'exception. b'on autre côté, je suis sûr que les choses ne se passent pas ainsi quand les lobes postérieurs sont le siège d'une lésion corticale. Le délire apparaît alors tout d'un coup et peut cesser quand la compression produite par l'épanchement, hémorrhagique ou autre, augmente ; mais si cet épanchement disparaît soit par le fait d'une opération, soit par résorption, le délire peut alors se montrer de nouveau et diminuer ou augmenter selon que la maladie se terminera par la guérison ou par la mort. Aussi ces lésions compromettent la vie et l'inlelligence beaucoup plus que les autres. Les produits inflammatoires, les épauchcments, fhypérémie, l'anémie, les altérations qualitatives ou quantitatives du sang sont des causes beaucoup plus puissantes du symptôme délire, que les modifications pathologiques qui surviennent dans la substance nerveuse proprement dite.

Gauaea da délire traumatlque.

Les considérations qui précèdent nous ont amené à étudier ces formes de délire traumatique consécutives aux lésions de l'encéphale. De l'avis des médecins aussi bien que des chirurgiens, on doit considérer comme de beaucoup le plus fréquent le délire de cause aateme al tirant par conséquent son origine

d'un élément qui peut afi'ecter le sang dans sa qualité ou dans sa quantité. Les altérations portant sur la qualité sont de beaucoup les plus nombreuses, d'où il s'ensuit que le délire brusque dans les cas chirurgicaux, n'est pas tout à fait aussi fréquent que celui qui survienty quand il s'est écoulé un temps suffisant pour permettre l'apport d'éléments septiqucs divers.

Une des causes du délire brusque, est une hémorrhagie soudaine et abondadtc. Cette variété peut en général être rangée dans les formes adoucies de la divagation qui procure au patient des sensations plutôt agréables que d'une autre nature. S'il survient une syncope, elle suffira pour arrOtcr l'hémorrhagie, et si, dans l'intervalle, on a recours à des procédés chirurgicaux pour empocher son retour, le patient recouvre quelquefois très rapidement ses sens et exprime le regret de voir disparues les illusions merveilleuses qui le charmaient. Si lo cas doit avoir une issue fatale, on verra survenir une agitation pénible, en môme temps que le délire, et cela jusqu'à ce que la mort vienne y mettre un terme.

Voici une forme assez rare de délire traumatique brusque avec lequel cependant doivent être familiers les chirurgiens des grands hôpitaux et tous ceux qui sont exposés, comme les chirurgiens militaires sur les champs de bataille, à se trouver en présence d'éventualités graves et soudaines. Le mot délire pourrait sembler un terme vicieux, car ce qui le caractérise ici c'est la non-incohérence des mots et des idées. Il y a une grande exaltation d'esprit, mais un besoin impérieux de se rendre compte du traumatisme qui a eu lieu. Très souvent la moelle a éprouvé un choc et la voie de communication avec le cerveau est interrompue, mais ce n'est pas une conditiou essentielle. Tout d'abord il n'y a pas de collapsus, la température est normale, le pouls plein et un peu fréquent, la face peut être plus rouge que d'habitude, les yeux sont brillants et expressifs.

Un chirurgien entro dans uno salle, après qu'un terrible accident venait d'avoir lieu, et trouve une des victimes que Ton venait d'apporter sur un lit. Le blessé le reconnaît do suite comme une autorité et lui dit : « Comment allez-vous, docteur? Pourquoi m'a-ton apporté ici? Je ne souffre pas I Non, monsieur! Regardez cola ; n et il sort le bras du lit avec la force d'un boxeur de profession qui porto une botte h son adversaire, et il essaye de soulever sa jambe, trompé qu*il est par son sonsorium qui lui dit que ce mouvo-

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