WILLIAM HUNT. — DELIRIUM TREMENS
de recevoir l'impression d'une influence mauvaise, tel est le terrain le meilleur pour le développement de la maladie. Mais sous Tinfluenco d'attaques répétées, cette bonne constitution va être atteinte et la victime ne tardera pas à tomber dans ridiotie ou la démence.
Causes da Delirinm tremens,
La pathogénie du delirium tremens est la même que celle des autres formes de délire. La différence consiste dans les effets particuliers produits par la cause. Cette maladie présente un intérêt capital pour le médecin en raison de sa fréquence par suite des progrès croissants de Talcoolisme. Il n*y a pas de maladie ni de traumatisme sur lequel elle n'imprime son cachet et & qui elle ne donne un caractère de gravité qu'elle n'aurait pas présenté sans cela. Dans la plupart des cas, médicaux ou chirurgicaux, on doit suspendre le traitement tant qu'on ne s'est pas rendu maître du délire. Ainsi le delirium tremens n'est pas seulement un supplice par lui-même, mais, quand il vient compliquer d'autres affections, il devient une source de tourments sans bornes.
La cause est presque toujours l'abus des boissons alcooliques. On prétend que l'usage habituel d'autres substances peut le produire : telles seraient l'opium, la belladone, la stramoinc, le tabac, le haschisch, certains champignons et môme le thé ou le café. V opium et le tabac auraient, paraît-il, pu produire le delirium tremens, ainsi que le prouveraient certains faits relatés dans les traités de médecine. J'ai observé un cas d'empoisonnement par la stramoine, 11 y avait des hallucinations jointes à un délire très grave avec troubles de la vision; mais la cause en étant connue, les symptômes cédèrent rapidement sous l'influence d'une médication évacuante. De trop fortes doses de belladone produisent des effets analogues et quelquefois un délire furieux. Ce n'est pas un fait commun en raison de la grande consommation que l'on fait de ces deux dernières substances. L'absorption d'une substance capable de produire le delirium tremens semble être une condition essentielle à sa manifestation. Le haschisch est très employé en Orient ; on prétend que, « plus que toufttutre agent, il trouble la perception naturelle des objets, ainsi que leur état et leurs rapports normaux ». S'il en était ainsi, son usage devrait être rapidement suivi de symptômes analogues à ceux du delirium tremens. J'ai observé on cas assez curienz
du pouvoir que possède cette substance de donner au malade le sentiment d'une double individualité, je l'avais administrée à un malade qui avait une affection thoracique. Il ne se doutait pas du tout de ce qu'il prenait. Un jourQ me dit : « Docteur, il faut supprimer ma potion, je ne sais ce que c'est, mais me voidid, moi, Jean, sur cette causeuse et je parle k uo autre moi-même, qui est là sur cette chaise. Gela ne peut durer, et si vous continuez je deviendrai fou. » La suppression de la potion fit disparaître ce phénomène. Y a-t-il un côté du cerveau qui possède la faculté de créer le sentiment d'un autre soi-même, sentiment dont aurait conscience l'autre côté du cerveau ? L'unité dans la conception des idées et des objets externes semble être le résultat d'actes produits par des organes ou des centres cérébraux doubles, à l'état normal. Mais qu'une maladie oo un agent toxique vienne troubler cet état, et cette propriété particulière pourrait subir riufluence de la perturbation, d'où résulterait le phénomène curieux que je viens de rappoiler. Les anesthésiques tels que l'éther et le chloroforme, comme chacun le sait, produisent quelquefois un délire violent. On l'observe au début de l'anesthésie, puis il disparaît complètement; mais, de temps en temps, on rencontre un cas où il persiste, même après que l'opération que l'individu a subie, est terminée. J'en ai tu un cas de ce genre qui provoqua une attaque de delirium tremens dont la cause, éloignée mais persistante, devait être rapportée à l'alcoolisme. Je n'ai pas l'intention de passer en revue ici toutes les substances qui pourraient causerie delirium tremens. Celles que j'ai citées plus haut sont les plus importantes. Dans la pratique, le delirium tremens causé par l'usage habituel des boissons alcooliques est celui qui s'impose à l'attention du chirurgien. L'affection, ainsi que le prouvent les examens cadavériques et les résultats des divers modes de traitement, consiste dans la dépression de l'organisme, quoiqu'elle puisse se manifester par une excitation intense, d'où ces hallucinations auxquelles il a été fait allusion et que l'on attribuait à une méningite vraie. On croit généralement que la cause doit en être rapportée à la suppression du stimulus habituel. Cela peut arriver quelquefois, mais ce qui est le plus probable c'est qu'an moment de l'attaque il y a une rébellion des o^ ganes digestifs surmenés. L'estomac a de la tendance à chasser ce qu'il contient, le foie refuse d'accomplir ses fonctions propres, les intestins sont inertes, les reins ont une action
OELIRIUM TREMfiNS ET MANIE ALGOOUQUE.
înégulière et, quand la lésion est ancienne, sont tellement altérés qu'il y a une anurie temporaire.
Ainsi les divers résultats de cette yicieuse métamorphose des tissus, outre ceux de Talcool, sont d'introduire dans le sang des éléments touques qui, amenés par la circulation en contact direct ayec la substance corticale, produisent cette forme particulière de délire que nous étndions. C'est un fait avéré que, dans la plupart des cas de traumatisme, la suppression brusque
d'habitudes de boisson fera éclater la maladie. C'est-à-dire que, sans son accident, le malade n'aurait pas eu d'attaque; mais cette circonstance est par elle-même une cause primordiale de dépression et amène ainsi l'état le plus favorable au développement de la maladie.
Delirinm tremens et manie alcoolique.
11 est important d'établir une distinction entre le delirium tremens proprement dit et ce
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hg.29. — Tracé Ihermométrique de H. M. âgé de 35 ans. Manie alcoolique après des brûlures par l'eau bouUlaotede U face, du cou, du cuir chevelu, des avant-bras, des mains, des malléoles. Ce malade aUa bien malgré m lempéralure élevée Jusqu'à la veille do sa mort, quand un de ses amis l'ayant empoisonné en lui donntntde Tean-de-vie exécrable qu'il avait introduite clandestinement à rhôpital, il eut une attaque de manie alcMliq«e et après un Jour et une nuit de délire le plus aigu et le plus violent, il mourut d'épuisement. Le traitaniant consisU dans l'administration de larges doses de bromure de poUssium, d'hydrate de chloral et de sullata de morphine.
Mm «iga, féroce, qu'on observe à la suite 1*006 orgie, le délire ébrieux, la véritable monte ■iosoM^ue. Le chirurgien se trouve souvent en de cet cas, car au milieu d'une dédee accidents de toute sorte peuvent ■liier. jOo meontre tons les degrés chez ces oriide» dflfwe « le remord qui pleure jusqu'à tfogefol ngil »*i]l fout avant tout les em-
Bn-mdmes ou d'autres pero.foe let effets immédiats de |l ' dlrorole*
doses excessives d'alcool soient disparus quand il y a quelqu-e difficulté de les soigner, ce qui est rare. La figure 29 représente un cas de ce
genre.
La cause, la soudaineté de l'attaque et la nature du traumatisme, qui pouvait aussi bien produire le délire, nous présentent le tableau d'une véritoJ)le manie alcoolique. Le tracé nous indique presque avec certitude le jour de l'introduction clandestine de l'eau-de-vie où com-