TRAITEMENT DE L'ÉRYSIPÈLE
d'une théorie grossière et non de Texpérience clinique.
Une autre méthode de traitement local consiste dans l'application de stimulants sur la partie enflammée. Un des premiers mis en usage fut un vésicatoire^ dont Télendue n*était bornée que par celle de Térysipèle. On cite des cas où on le faisait envelopper tout un membre ; et quoique, ainsi que cela arrive ordinairement aux agents thérapeutiques, la nouveauté du moyen lui attirât quelques éloges et un crédit sans fondement, sa condamnation ne se fit pas attendre, car la démonstration de ses bons et de ses mauvais résultats n'était pas difficile. Plus tard, on appliqua des vésicatoires autour dea membres atteints d'érysipèle, non pas sur la partie enflammée, mais sur la peau saine à une petite distance de l'érysipèle ; on croyait ainsi prévenir les progrès du mal dans cette direction ; mais l'expérience a montré que cette croyance était erronée et que l'érysipèle ne s'arrête pas devant de semblables barrières. Un moyen presque identique aux vésicatoires volants dans son mode d'action, c'est la solution forte de nitrate d'argent, qui, d'après les revendications faites en son nom il y a déjà longtemps et renouvelées plus récemment par le D. Higginbottom, auteur de la méthode, arrêtait absolument les progrès de la maladie.
La perte absolue de confiance en ce moyen si vanté, qui était non seulement douloureux mais inefficace, est un nouveau fait parmi tant d'autres qui prouvent que l'érysipèle se guérit ansd peu que la variole par les remèdes appliqués sur la peau. Parmi les agents appartenant à cette classe, l'iode est un des meilleurs, n compte naturellement à son actif un grand nombre de «guérisons» ; mais c'est certainement on palliatif sérieux de la douleur et du gonflement dans quelques cas d'érysipèle, surtout de la lace* La solution composée, ou la teinture composée, doit être employée en badigeonnages sur la partie enflammée.
U est inutfle de discuter la valeur du cautère actuel ou des moxas, qui ont été vantés par certains chirurgiens dans cette maladie ; ils sont aossi cruels qu'inutiles.
Comme agent substitutif et isolant, le Uniment térébentkiné, ou baume de Kentishy est un paOiatif très convenable des symptômes locaux dans les cas d'érysipèle superficiel et a longtemps été employé à cet efi*et. Plus récemment (1869), Luecke (1) supposait qu'il avait le
(1) Laecke, BuOelin de Thérapeutique, i. LXXVI, p.423.
pouvoir spécifique de détruire le prétendu virus de l'érysipèle.
Un autre remède auquel on reconnaissait une action analogue, est Vhyposulfite de soude, et son pouvoir curatif était attesté par plusieurs médecins et chirurgiens d'une réputation établie. Mais, comme les succès de ce remède étaient, disait-on, aussi grands qu'on l'employât à l'intérieur ou comme topique, nous pouvons hardiment conclure que son efficacité était plus apparente que réelle, déduction que confirme l'oubli complet dans lequel il est tombé depuis son apparition, vers (860.
Une appréciation analogue relative à Viodure de calcium appelle probablement semblable critique.
Parmi les applications topiques usitées dans cette maladie, on peut mentionner le camphre, qui est calmant, et qui, si on l'emploie en solution alcoolique et qu'on le laisse s'évaporer, est aussi réfrigérant.
A une époque, la pommade ma^curielle était donnée par quelques auteurs comme enrayant presque à coup sûr l'inflammation et les progrès de l'érysipèle ; mais ces effets se sont montrés incertains, sinon chimériques, tandis que l'apparition fréquente de la salivation aprèsles onctions mercurielles entraînait leur abandon général. On ne peut admettre qu'elles guéris sent des cas qui n'iraient pas bien tout seuls.
Enfin, on peut mentionner que le brome, en solution aqueuse, a été employé sous forme de lotions. S'il est de quelque utilité dans l'érysipèle superficiel, il faut supposer qu'il agit comme stimulant local et comme calmant.
Dans l'érysipèle phlegmoneux, quand il existe une solution de continuité et surtout quand il se produit du sphacèle du tissu cellulaire, une solution de brome peut être employée comme stimulante et désinfectante.
TRAITEMENT CHIRCRGICAL*
Les moyens chirurgicaux qui conviennent à l'érysipèle se rapportent principalement au traitement de ces cas d'érysipèle phlegmoneux, dans lesquels il faut faire des ouvertures à la peau pour donner issue au tissu connectif modifié et aux produits liquides de Tinflammation. Ils se rapporten aussi au traitement de la plaie qui est le point de départ de la maladie. Mais souvent l'inflammation produit des bulles ou des abcès, qui sont de dimensions limitées, et ne réclament pas d'autre traitement que celui qui conviendrait en l'absence d'érysipèle, à savoir l'évacua-
ALFRED SULLE. — ÉRYSIPËLE.
pî
tion de ces bulles et de ces abcès, et leur pansement avec des compresses humides ou des cataplasmes, ou bien avec des poudres astringentes sèches, ou avec des pommades. Les mômes applications conviennent aux cas où il se produit des eschares superficielles. Comme ces eschares se montrent souvent dans les régions dont la peau est délicate, comme aux paupières, aux oreille*^ > et aux parties génitales, si cet accident paraît dû à la tension de la partie plutôt qu'à la délicatesse de la peau, il est en général nécessaire de faire des ouvertures par lesquelles les produits de Tinflammation puissent s'échapper. Ce résultat peut quelquefois être obtenu par des mouchetures^ ou plus complètement par de larges incisions (Copland Hutchinson), au point le plus convenable, le plus déclive de la tuméfaction, mais non sans que la tension de la partie, les douleurs, la tendance de la suppuration à s'étendre, ou des menaces de gangrène fournissent l'indication d'intervenir.
Les mouchetures ont été préconisées vivement, il y a plus d'un demi-siècle, par Dobson, qui les employait dans tous les cas au nombre de dix à quinze, et d'une profondeur variant entre deux et quatre dizièmes de pouce, les répétant de deux à quatre fois dans les vingt-quatre heures, et sur le cuir chevelu, à la face, au tronc ou aux extrémités, suivant que le demandait le cas. Il soutenait non seulement que les téguments étaient mieux préservés en faisant plusieurs petites ouvertures que par une grande incision, mais que les produits d'exsudation s'évacuaient tout aussi bien. On peut objecter à cette méthode qu'elle entraine des souffrances très inutiles dans toutes les variétés d'érysipèle, sauf la phlegmoneuse, puisqu'elles tendent spontanément à la guérison ; et au moment où on la proposa pour la première fois, on ne disait pas qu'elle s'appliquât à la forme phlegmoneuse. C'était toutefois une pratique bien douce en comparaison de ceUe de Lawrence, qu'elle était destinée à remplacer et qui consistait « à faire dans la peau enflammée et les tissus cellulaire et adipeux sous-jacents des incisions », qui étaient quelquefois d'une effrayante longueur. Dans un cas, il est dit « qu'une incision fut faite du mollet au talon, et dans un autre cas, où Térysipèle occupait l'avant-bras, les incisions « s'étendaient sur presque toute la longueur du membre». La méthode des mouchetures et celle des courtes incisions paraissent suffire amplement à toutes les exigences de la maladie. On dit que les premières conviennent à la période de dé-
but; mais, comme on l'a déjà vu, la nécessité de cette pratique est si loin d'être évidente, que des circonstances exceptionnelles paraîtraient seules l'exiger. A cette période de l'inflamiB^ tion où les tissus sont tendus et résistants, on recommande u de faire sur la surface enflammée des incisions d'un à deux pouces de long et distantes de deux à trois pouces dans la direction générale des fibres musculaires soosjacenles » (Ashhurst) et par rangées alternantes, comme i | l ; « on obtient ainsi la plus grande diminution de tension avec le moios de dégâts. »
A une époque plus avancée, quand la résistance a fcdt place à une mollesse pâteuse annonçant qu'il s'est déjà produit une mortification des tissus sous-cutanés, de larges et profondes incisions, longues de trois ou quatre pouces, peuvent être nécessaires, à l'effet de prévenir la gangrène de la peau et de faciliter l'issue des parties mortifiées, dont la séparation peut être hâtée avec les pinces et les ciseaux. Des fomentations chaudes doivent être constamment tenues appliquées, et les antiseptiques peuvent être employés largement, non seulement dans les pansements, mais encore en injections avec la seringue dans les tissas. Quand la suppuration est très profuse, on peut négliger les fomentations; la partie serasioiplement recouverte de lin et de charpie, de filasse, d'étoupe ou de coton cardé, et soutenue par un bandage légèrement compressif (Ashhurst). Lorsque l'inflammation, comme cela arrive le plus fréquemment dans l'érysipèle traumatique, montre encore moins de tendance à se limiter, et que dès le début la région est mollasse en même temps que fortement tuméfiée, et qoe l'affection offre le type typhoïde, les incisions dont nous venons de parler sont impérieusement nécessaires pour diminuer le danger delà gangrène de la peau et fournir une issue aux produits de décomposition. « Au cuir chevelu, les incisions cruciales sont les plus efficaces, tandis qu'au scrotum, une indsion unique et étendue de chaque côté du raphé sera d'ordinaire tout ce qu'il faudra. » Quand les paupières sont très gonflées, il est prudent de lès inciser parallèlement aux plis, pour empêcher le pus de s'amasser. Si le globe oculaire devient très proéminent et s'il y a quelque raison de penser qu'il y a derrière du pus infiltré, il faut iDciser profondément les parties molles situées audevant du plancher de rori>ite, et introdnîfe un stylet ou un condacteor boutminé Jos^'tn siège présumé du »*«• '~ Ite ht lame
TRAITEMENT DE L'ÉRYSÎPÈLE.
d'aoe lancette ou d'un bistouri, tenue à plat. En dehors de son emploi comme moyen de pansement dan s les cas chirurgicaux dont il vient d*étre fait mention, l'acide pliéiiique a été mis en usage de différentes façons. Ainsi Zuelzer(i) raconte que Kaczorowski appliquait sur la région enflammée un mélange d'une partie d'acide phénique et de dix parties d'essence de térébenthine, quiy en irritant momentanément la peau, amenait une diminution marquée de l'inflammation ; d'après le môme auteur, Wilde injectait sous la peau de la région enflammée une solution de sulfo-phénate de soude (1 : 12) ; et Hûter de la même manière une solution d'acide phénique au 3/iOO*. Les expériences de Tillmann l'ont amené à conclure qu'une solution d'acide phénique (2 à 4 pour 100) rendait absolument inerte, au point de vue de l'inoculation de l'éry» sipèle, un liquide antérieurement actif (2), et il a, plus récemment, recommandé les injections hypodermiques d'une solution semblable sur les limites de la peau affectée, dans les premiers moments de l'inflammation. Ce mode de traitement ne cause, dit-on, aucune douleur et détermine la décoloration etla flétrissure delà peau (3). Tassi prétend avoir guéri quatre cas d'érysipclc avec une solution concentrée de cet acide employé de la même manière (4). Rothc attribue à la lolution suivante le pouvoir de modiûcr heureusement l'inflammation, tant au point de vue de sa durée que de sa gravité :
y Adde phénique (90 cciitigr.) ;
Alcool (XV gouttes) ;
Essence de térébenthine (15 graaimesj;
Teinture d*iode (XV gouttes) ;
Glycérine (4S grammes).
La partie doit être baignée avec ce mélange toutes les deux heures, et tenue recouverte de ouate.
Le D' S.-J. Radcliffe a rapporté l'observation d'une femme très vieille et fort affaiblie, chez laquelle un érysipèle qui avait débuté au pied, à la suite d'un durÛlon, s'étendit à tout le membre inférieur, en amenant un gonflement énorme et gagna la fesse où il détermina une eschare. Après avoir employé sans aucun succès les isolants et à l'intérieur le fer et le quinquina,
(1) Ztemssen, hc. cii,
(3) Tillmann, Edinburgh medicnlJoumal, vul.XXV, p. 667.
{%) Phiiadelphia médical Times f january 1881,
(4)TtMi, Bulletin de Thérapeutique, t. C, p. 230.
il fit des applications d'une solution (1 : 16) d'acide phénique dans l'huile d'olive, répétées trois fois par jour; les parties étaient ensuite recouvertes de ouate. Le soulagement fut presque immédiat ; les phénomènes locaux diminuèrent rapidement et la malade guérit (i).
Le D^ A. G. Mfller, d'Edimbourg, bien que porté à regarder comme utile l'emploi à l'intérieur du sulfo-phénate de soude^ et celui des phénates de soude et de quinine, signale leurs effets irritants, et surtout ceux des dernières préparations, sur l'estomac et la vessie (2).
La médication interne de l'érysipèle dans les anciens temps consistait, comme nous l'avons vu, principalement dans l'emploi de purgatifs, que l'on jugeait être cholagogues, et qui paraissaient indiqués par le trouble gastrique qui est l'accompagnement ordinaire du début des affections fébriles dans les climats chauds. A une époque récente, les émétiques ont été plus généralement employés dans le môme but, et peutêtre, par le choc qu'ils impriment à l'économie, afin de rompre la « chaîne des associations morbides », pour employer le langage figuré et expressif dune autre époque. Quoi qu'il en soit, la fréquence des vomissements spontanés était regardée comme indiquant un trouble biliaire et « un état saburral » de l'estomac, et cette croyance était confirmée par l'existence concomitante d'un enduit épais sur la langue. Mais aujourd'hui, il est certain que le vomissement est un prodrome fréquent d'affections fébriles de nature très diverse, et que la nature et l'épaisseur de l'enduit de la langue se lient directement à l'état général de l'économie et pas du tout à l'état de l'estomac. Si dépourvues de fondement qu'aient pu être les bases sur lesquelles s'appuyait le traitemeat de l'érysipèle par les vomitifs, la méthode eUe-même peut s'être montrée bonne, car les faits valent généralement mieux que les opinions, et la pratique que la théorie. 11 peut très bien arriver qu'un émétique ou un cméto-cathartique, donné dans le premier stade de l'érysipèle comme de bien d'autres maladies fébriles, en diminue la gravité et en modifie la marche, d'une part en débarrassant le tube digestif de son contenu putrescible, et d'autre part en activant toutes les sécrétions éliminatoires, et peut-être en rejetant de cette manière une partie du poison morbide contenu dans le sang. C'est un traitement qui peut être utile sans être
(n HadclilTc, VhUathlphia médical Times, vol. XI, p. -i,'»'*.
(2) MiUor, Edinburgh médical Joumalj vol. XXV, p. 1095.
ALFRED STILLÉ. — ÉRYSIPÊLE.
brillant, et qu'il soit utile, c'est ce dont notre expérience, surtout dans les hôpitaux, ne nous permet pas de douter. Le vomitif le plus convenable est ripécacuanha, le moins recommandable est le tartre stibié ; ou, si on emploie ce dernier, il doit être prescrit à petiles doses, dissous dans une solution faible de sel d'Epsom ou quelque autre sel analogue. Le traitement par les vomitifs, il est à peine besoin de l'ajouter, ne convient pas aussi bien à l'érysipële chirurgical qu'au médicaL
L'usage des stimulants alcooliques^ dans les cas ordinaires d'érysipèle, est non seulement inutile mais préjudiciable, car ils augmentent la fièvre, diminuent l'appétit et affaiblissent les fonctions digestives. Dans le système de stimulation que le D» Todd, de Londres, mit en faveur vers 1860, on administrait contre l'érysipële, à des temps fixés et à petites doses, de manière à ne pas provoquer de nausées ni d'intolérance, du thé de bœuf et de l'eau de-vie. Todd allait même jusqu'à dire : « Si j'étais réduit à un seul remède dans celte affection, je choisirais certainement Teaude-vie (i). » Et il reproduisait et développait cette idée dans ses leçons cliniques publiées quatre ans plus tard; Si l'on songe qu'il avait affaire à une variété d'érysipèle qui n'était ni la chirurgicale (Iraumatique), ni la puerpérale, il est certain qu'il allait, dans ses recommandations, bien au delà de ses contemporains ou de ses successeurs. Il est on ne peut plus certain que l'érysipële par lui- môme ne réclame pas le traitement alcoolique ; mais il est incontestable que les formes et les stades typhoïdes de la maladie peuvent exiger et exigent l'emploi des alcooliques, comme le font ces mêmes conditions dans les autres affections fébriles. Il en est ainsi, non pas seulement pour l'alcool, mais pour d'autres stimulants, cardiaques et nerveux, parmi lesquels il faut mettre au plus haut rang l'essence de térébenthine, comme on doit le faire pour toutes les variétés de fièvre où se montre une tendance à l'état typhoïde; et à côté ou même plus haut, si ce n'était de la courte durée de son action, il faut placer le carbonate d'ammoniaque.
Il n'y a pas bien des années, la théorie régnante de l'érysipële attribuait directement ses phénomènes à l'extravasation des globules blancs du sang, et, comme à cette époque, la quinine se trouva dotée d'un pouvoir de contrôle spécifique sur cette migration, elle fut jugée l'antidote naturel de l'érysipële. Mais comme cette théorie ne
(1) Todd, Médical Times and Gazette, Janoaiy, I86&1 p. 29.
pouvait embrasser tous les cas dans lesquels l'utilité de la quinine a été démontrée, on attribua à celle-ci une autre propriété, à savoir celle de détruire les germes morbides; et, enfin, comme c'était encore une explication insuffisante, on invoqua les propriétés antipyrétiques de la quinine pour rendre compte de son action curative dans l'érysipële. On oubliait cependant de prouver que, dans un sens vrai et réel, la quinine guérit, c'est-à-dire enrayât la maladie.
On prétend que l'usage de fortes doses de quinine dans l'érysipële fut inauguré, au moins dans ce pays-ci, par un chirurgien militaire, Satterlee, dès 1835, pendant la guerre delà Floride. En 1836, Latham (i) soutenait que, dans certains cas, les malades seraient morts sans quinine, et • qu'elle les guérissait directement, sans remplir aucune indication intermédiaire > ; et il rappelait qu'au commencement du siècle présent, le quinquina était regardé par tous les médecins expérimentés comme un spécifique de l'érysipële. A la vérité, Heberden, Hoffmann, Fordyce, Pearson, Gooper et bien d'autres le prescrivaient pour corriger la tendance à l'état typhoïde caractéristique de la maladie. En 1857, Goale prescrivait des doses de dix grains (OS',SO) de quinine dans un érysipële du pharynx (2). Plus récemment, la quinine a été employée dans un but absolument différent, c'està-dire à des doses capables de produire une impression sédative. En 1874, Le D' F. Satterlee conseillait, dans le premier stade de l'érysipële, l'administration du sulfate de quinine à la dose de vingt-cinq à trente grains (1^,25 à {''fiO), mais, quand la maladie était en plein dévébppement, il donnait une dose semblable tous les soirs pour trois prises successives. Il prétendait que dans quelques cas une seule de ces doses s'était montrée suffisante pour faire avorter la maladie^ tandis que dans d'autres cas la température et le pouls tombaient notablement, les phénomènes généraux cessaient ou diminuaient, et la maladie avortait après vingt-quatre ou quarante-huit heures (3). Binz et Liebermeister ont aussi employé cette méthode avec les mêmes résultats. A ces données, on peut ajouter, sans y attacher grande importance, que, d'après Rombla, le bromhydrate *dé quinine, employé par la voie hypodermique, détermina une atténuation rapide des symptômes dans un cas d'érf*
(1) Latham, op, et^, p. 461.
{%) Goale, Boston médical ani iurgieêl Joumait februaty, 1857, p. 6S.
(8) Sfttteriee» Ninp-Forlb mèdieai iùwmal,ynL XI,
TRAITEMENT DE L'ËRYSIPËLE.
ïde{\ ). On remarquera que la quinine in égal succès, qu'elle soit donnée à s ou toniques, ou bien à doses mastives, celles dites antipyrétiques, irt, on doit penser que les premières t mieux aux formes épidémiques et 3 la maladie, et les dernières aux cas {ues, dont Térysipèle de la face, avec habituelle, peut ôtre pris pour type, •e de percMorure de fer fut, à une ardée presque co mmc un spécifique, ans les formes idiopathiques de l'é- 1 i85i, M. G. H. Bell, d'Edimbourg, e pendant vingt- cinq ans il en avait ins avoir un seul cas d'insuccès. Dans lins il prescrivait quinze gouttes et > graves vingt- cinq gouttes du médi.
tes les deux heures, jour et nuit, si B fussent la fièvre et le délire, jusqu'à laladic eût complètement cédé* Ces ; furent appuyées par C. Bell et par 1 1852, Begbie rapportait plusieurs ïsquels l'emploi du médicament fut
suivi de la rémission de tous les (2). Pirric établissait que sous son inétat fébrile paraissait heureusement
fréquence du pouls diminuait, les organisme se relevaient, sans que û l'intestin souffrissent d'irritation, luence, la céphalalgie et les troubles atténuaient.» Pirrie prescrivait de 15 toutes les deux ou trois heures, jusla convalescence fût pleinement étarance,leperchloruredeferfutbienlôt 1 usage par Aran, Malhey et d'autres, hey, au troisième jour après le début nt, souvent au second ou môme au r, les progrès de la maladie étaient Dutefois il ne donnait pas plus de es par jour; mais Aran portait la L ou trois fois autant, ou même plus
et obtenait des résultats également ;. Aran reconnaissait que certains t pas modifiés par ce traitement, sur- )servés chez des personnes jeunes et s tempérament sanguin, et qu'il était cace quand les sujets étaient d'une
délicate, faible, lymphatique, ou épuisés par une maladie antérieure, lammation locale était œdémateuse
, Compendium de Thérapeutique ^ 1880,
Monthiy Journal of médical Science, iSt, p. 24t.
EiMmtgk tmdkal Journal, july, 18C1.
plutôt que phlegmoneuse, le pouls mou plutôt que plein, et la température pas très élevée. Le traitement paraissait surtout avantageux dans les formes les plus bénignes et les plus superficielles de rérysipèle traumatique, dans les formes chronique et erratique, en un mot dans toutes celles qui entraînaient une débilitation de l'économie. U semblerait aussi avoir été employé avec succès comme prophylactique pour des personnes qui étaient sur le point de subir une opération dans des salles de chirurgie où régnait l'érysipèle (i). Récemment encore, en 1880, l'efficacité de la teinture de perchlorure de fer dans cette aff'ection était établie à Edimbourg, car Miller déclare qu'à l'infirmerie Royale de celte ville le traitement ordinaire de l'érysipèle consistait en une purgation, la diète lactée et le perchlorure de fer, avec un pansement à la farine et à la ouate. Ses effets sur les cas bénins se manifestaient invariablement en peu d'heures. L'expérience de l'auteur confirme absolument ces données, et, si l'utilité du médicament ne peut toujours être évaluée au même degré, elle ne lui parait pas moins prompte et certaine, et se montre telle incontestablement dans les formes les moins sthéniques de la maladie. L'impression qu'il a conservée de sa pratique, c'est que cette préparation a un double mode d'action; qu'elle agit en provoquant la constriction des vaisseaux sanguins et en limitant ainsi les progrès do l'inflammation, et que, par l'influence qu'elle exerce pour maintenir le sang dans sa constitution normale, elle s'oppose aussi à l'action nuisible du poison contenu dans l'économie.
Il est juste, cependant, de reconnaître qu'un jugement moins favorable a été porté par quelques cliniciens. Il y a longtemps, Todd, prévenu sans doute en faveur de sa propre méthode stimulante, pensait que le fer pouvait être utile dans des cas d'ailleurs bénins, en partie et surtout parce qu'il excluait un traitement spoliateur. « Mais, ajoutait-il, je songerais aussi bien à me fier à lui dans le traitement des cas graves qu'à me fier à un billionième de grain d'aconit, ou d'arnica, ou de sulfure, ou à toute autre absurdité homœopathique (2) ; » mais cinq ans plus tard il modifiait cette opinion dédaigneuse en conseillant de ne pas se fier à ce seul médicament, mais « de l'employer comme un adjuvant du traitement stimulant (3). » Neftel (4) ne
(1) Bulletin de Thérapeutique, t. LIII, p. 12.
2) lodià. Médical Times and Gazette, july, 1855,
(3) Todd, Clinical lectures, 1860, p. 216.
(4) NeOol, Médical Record, vol. IV, p. 78.
ALFRED STILLÉ. — ÉRYSIPÈLE.
fut pas plus heureux en déclarant que ce médicament « devait être absolument proscrit du traitement de rérysipèle, parce que, comme toutes les préparations de fer, il augmente la température et par suite est nuisible dans les maladies fébriles. » La question n'est pas de savoir si le fer élève la température, mais s'il aune influence sur la guérison de Térysipèle. Estlander soutenait qu'il n'était d'aucune utilité réelle (1); et le D' R.-J. Lee arrivait à conclure que les cas traités ainsi avaient une durée plus longue que d'ordinaire (2). Mais la masse des témoignages donnés sur le sujet est absolument concluante contre ces critiques.
Il serait facile d'énumérer bien d'autres médicaments que le petit nombre dont nous avons parlé et qui ont été préconisés comme possédant dans l'érysipèle une influence modificatrice et curative vraie ; mais, pour choisir un exemple, on peut rappeler l'appréciation suivante que donnait de l'un d'eux un écrivain traitant de la question : « Il est difficile de décider quel est le meilleur traitement, mais l'expérience parait décider en faveur du bicarbonate de soude, fortement dilué dans l'eau, à prendre chaud (3). » De semblables appréciations montrent combien est grande l'incompétence de quelques observateurs pour juger de l'action des médicaments.
Dans l'érysipèle des enfants nouveau-nés, il n'y a pas de traitement qui ait grande valeur, mais il doit nécessairement consister surtout dans les agents topiques qui ont déjà été énumérésà propos de l'érysipèle des adultes. Dans ce nombre, l'oxyde de zinc et la pommade mercurielle sont le plus généralement recommandés.
Quand l'érysipèle affecte des sujets arrivés à l'autre extrémité de la vie, la seule modification au traitement ordipaire doit consister dans l'administration large et abondante des slimu-
(1) Estlander, Médical Times and Gazette, décember 1871, p. 716.
(2) Lee, Practitionnei\ vol. VIII, p. 158.
(3) Brait hwaite's Retrospect, Quarterly epitome, 1880, p. 171.
lanls alcooliques et des préparations de quinquina à doses toniques et stimulantes.
Quand la maladie débute dans le pharynx ou s'étend dans le larynx, ces parties doivent èlre traitées avec les astringents (nitrate d'argent, perchlorure ou sulfate de fer) qui peuvent être portés sur le point malade à l'aide d'une éponge oud'uo pinceau, ou, mieux encore, au moyen d'un poirérisateur à vapeur, qui convient également quand l'inflammation envahit les bronches. Si le goQfl^ ment de la membrane muqueuse du larynx gène la respiration, il faut la scarifier, et, si ce mojeo ne suffît pas à procurer du soulagement, Topération de la trachéotomie reste comme dernière ressource. Il est possible qu'un grand vésicatoin sur la poitrine soit de quelque utilité, mais la démonstration de son efficacité est encore à donner.
Il est inutile dans cet article de discuter en détail le traitement de Vérysipèle épidémiqmj ou même de ces formes typhoïdes qui s'obse^ vent quelquefois dans l'érysipèle sporadique. Gomme dans tous les cas semblables, le traitement de l'affection locale doit être subordonné au type général de la maladie, c'est-à-dire au traitement de l'état typhoïde. Convaincu de ce fait, le praticien ne doit pas se laisser tromper par l'existence du délire jusqu'à croire quH existe une méningite, car on ne trouve jamais après la mort les lésions appartenant à cette maladie. Les remèdes les plus efficaces sont Talcool et l'opium, mais le premier peut être remplacé par le café ; le quinquina convient aussi, à doses petites et répétées, sans ooblitt une alimentation stimulante. Comme dans ks autres affections typhoïdes, la serpentaire, l'ammoniaque, le camphre, le musc, etc. , peuventètre utiles. Dans cette forme de la maladie, des soins éclairés sont de première importance; ils ooiftprennent non seulement les mesures hygiéniques qui ont été signalées, mais l'admiaistration ponctuelle et judicieuse de stimulants, d« toniques et de nourriture, suivant querexigeflt les différents états du malade.