‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 128 sur 343 · NATURE DE LA PYOIIÉMIE · texte numérisé non relu

NATURE DE LA PYOIIÉMIE

soin et de persévérance pendant un certain nombre d*annécs. Il est arrivé aux conclusions suivantes: «Il est démontré qu*il existe dans les liquides de putréfaction un produit spécifique de nature chimique, soluble dans Teau. Cette substance, introduite dans le sang, donne lieu aux symptômes parti/:uliers de ce qu'on appelle habituellement infection putride ou septique. Elle possède des propriétés infectieuses, môme après avoir été dépouillée de toutes espèces de micro-organismes. » Toutes les tentatives faites pour isoler cette substance infectieuse et pour définir sa composition chimique sont restées jusqu'ici sans résultat. Hiller (1876) alla plus loin et arriva à cette conclusion, qu'il y avait deux poisons putrides : Un poison chimique dont l'intensité des symptômes variait avec la dose ; et un ferment septique d'une grande malignité, qui se trouvait augmenté par des inoculations successives. Outre ces hypothèses d'un poison chimique putride, il ne faut pas oublier que la pénétration de différentes substances dans le torrent circulatoire peut produire la fièvre. C'est ce que l'on observe quand on injecte du sang, des solutions de sulfate d'ammoniaque et même de l'eau distillée. Il faut aussi rappeler qu'on peut observer de la fièvre dans les cas de fracture simple où il n'y a aucan germe contenu dans l'air ambiant. Dans ces cas, il parait probable que la résorption des tissus, détruits par la contusion, peut agir comme cause efficiente.

m. — Théorie des germes.

Cette théorie est basée sur les travaux de Pasteur, concernant la putréfaction et la fermentation. Il a démontré en efTet, à la satisfaction générale, que la putréfaction et la fermentation étaient dues à la présence et au développement de certains micro-organismes, que leur présence était indispensable au développement de la fermentation et de la putréfaction, que ces organismes se trouvaient en suspension dans l'air et que c'était pour cette raison que l'accès de l'air amenait la putréfaction. De là on pouvait considérer comme probable que les différentes maladies infectieuses reconnaissaient un processus analogue, l'introduction de micro-organismes dans le corps et leur multiplication. La septicémie et la pyohémie ont surtout été étudiées à ce point de vue. Cependant, malgré le grand nombre de travaux laits dans ce sens, on est encore loin d'avoir des résultats définitifs. Les recherches ont été

dirigées de deux côtés : I» examen du sang et des tissus des individus morts de pyohémie et de septicémie!; 2*" production et étude de lésions semblables chez les animaux.

i» Examen du sang et des tissus dHndividus morts de pyohémie el de septicémie. — Cette étude est rendue singulièrement difficile en raison des faibles dimensions des micro-organismes et toutes les tentatives faites pour les distinguer au moyen de réactifs colorés ou chimiques sont restées sans résultat. On les rencontre sous deux formes principales : des bâtonnets de diverses dimensions, et des globules qui peuvent être réunis en masses ou former des chaînes, comme des haltères ou bien être disséminés. Leur nom générique est bactérie, mais on a pris l'habitude de réserver ce nom aux bâtonnets et de désigner les petits corps ronds sous le nom de micrococcuSf bien qu'on leur ait aussi donné d'autres dénominations. On peut généralement apercevoir les gros bâtonnets et les amas de micrococcus, tandis que les bâtonnets de petite dimension et les micrococcus isolés ne se montrent que sous une forme peu nette. On ne sait pas encore d'une façon précise si les micrococcus et les bactéries sont les mômes organismes à des périodes différentes de développement ; si on rencontre une variété de ces organismes pour chaque maladie infectieuse ; s'il y en a qui soient inoffensifs. Il y a également divergence d'opinions sur la question de savoir si ce sont les bâtonnets ou les micrococcus, ou bien l'un et l'autre indifféremment, qui sont les agents actifs.

Birch-Hirschfeld, examinant les liquides contenus dans un certain nombre de plaies, constata que le pus provenant de plaies de bonne nature contenait des bâtonnets de bactérie, et que d'autres fois il ne renfermait pas de micro-organismes, tandis que lorsqu'on trouvait des micrococcus, les plaies étaient invariablement de mauvaise nature. Dans le sang d'individus atteints de pyohémie, il trouva, tantôt rien du tout, tantôt des micrococcus dans le plasma et les globules blancs. Il trouva aussi que le pus d'individus pyohémiques présentait des propriétés plus infectieuses que les liquides de putréfaction, quand on l'injectait à des animaux, tandis que ce même pus était moins infectieux, quand il avait commencé à subir la putréfaction. 11 croit que ce sont les micrococcus plutôt que les bactéries qui produisent la pyohémie. D'autre part, Ranke a toujours trouvé des micrococcus dans les plaies traitées antiseptiquemont. Cheyne a observé que Ton ne rencontrait

FRANCIS DELAFIELD. — PYOHKMIE.

pas de bâtonnets de bactéries dans les liquides sécrétés par les plaies traitées antiseptiquement, mais qu on y trouvait souvent des micrococcus. 11 considère la présence des bactéries comme causant la pyohémie, tandis qu'il regarde les micrococcus comme inofTensifs.

La commission de la Société pathologique de Londres a trouvé que les organismes étaient tantôt présents dans le sang, tantôt absents. Les bâtonnets ont été constatés d'une façon plus constante et, outre ceux-ci, on a trouvé des corps ovoïdes mesurants à 8 millimètres de diamètre, d'autres plus grands, granuleux, parfois agglomérés et réunis en forme d'haltères. L'examen nécroscopîque des organes et des tissus a fait constater souvent des micrococcus, surtout dans la glande thyroïde, le cœur, les poumons, le foie, les reins, les capsules surrénales, la rate, les ganglions lymphatiques et les caillots sanguins. 11 y en avait presque toujours dans les vaisseaux sanguins et dans les capillaires.

Les résultats des examens faits sur le corps humain sont que dans les plaies on trouve des bâtonnets et des micrococcus, mais qu'on ignore lequel des deux est actif ou si tous les deux le sont ; dans le sang on a trouvé des micrococcus et des bâtonnets, mais plus souvent ces derniers. Dans les tissus, on rencontre plus souvent des micrococcus et rarement des bâtonnets.

2» Expérimentations sur les animaux, — Elles ont consisté surtout à inoculer aux animaux le pus de pyohémiques, ainsi que des liquides putrides de diverse origine, surtout du sang.

L'inoculation du pus provenant de plaies d'individus pyohémiques est d'habitude fatale aux animaux ; quelquefois sans qu'il y ait de lésions, d'autres fois on trouve des inflammations métastatiques (Birsh-Hirschfeld).

L'inoculation de sang putréfié ou d'autres liquides agit de trois façons. Les fortes doses tuent l'animal en peu de temps ; de faibles doses ne produisent que des symptômes passagers ou nuls ou bien au bout de quelques heures l'animal s'affaiblit, s'émacie, perd ses forces et meurt. Les liquides putrides contenaient toujours des bactéries et plusieurs observateurs prétendent que si Ton avait fait disparaître les bactéries, les liquides auraient été inofTensifs. Mais Panum a montré que le liquide pouvait être toxique après la disparition des bactéries ; et Hiller a fait voir que les bactéries, isolées du liquide putride, pouvaient être inoffensives. Davaine a montré que chez les animaux septicémiques qu'on inoculait successivement des uns

et des autres, le sang devenait toujours nn poison, de plus en plus virulent. Burdon Sanderson a fait voir que, si l'on développait artificiellement une péritonite à l'aide d'un irritant chimique quelconque, le liquide sécrété par cette inflammation deviendra, à la suite d'inoculations successives, de plus en plus tirulent et contiendra des bactéries.

11 y a eu une divergence très grande dans les opinions, relativement à la présence des organismes dans le sang des animaux ainsi inoculés. Koch, dans ses expériences sur des rats, a trouvé dans le sang de ceux qui mouraient à la suite d'injections copieuses de sang putride, quelques bâtonnets de différentes dimensions et des micrococcus ; mais si les animaux avaient été inoculés avec une petite quantité de liquide septique, c'est qu'il y avait de petits bâtonnets en grand nombre. Porteni a essayé d'isoler les micro-organismes propres à la pyohémie par des cultures successives. Il est arrivé à ces conclusions qu'il y a des bactéries se présentant sous une forme de bâtonnets particulière à la pyohémie ; que ces organismes ne se développent pas par le contact de l'air, mais au contraire sont tués par lui (anaérobie); que les micrococcus dérivent de ces bâtonnets, non affectés par l'air, qui dans des conditions favorables peuvent se transformer en bâtonnets; qu'il y a une autre forme de bactérie-bâtonnet qui produit la suppuration localisée.

D'après ces différentes expériences, il y a donc de fortes raisons pour admettre que les liquides putrides injectés sous la peau ou dans les veines des animaux produisent des symptômes graves ou la mort. Ces liquides putrides contiennent invariablement des bactéries. Si I'od détruit les bactéries par l'ébullition, la filtration, etc., le liquide est encore toxique (Panum). Si les bactéries enlevées par la filtration sont injectées, elles sont également toxiques, mais si^lles ont été lavées à plusieurs reprises, elles sont inoffcnsives. D'autre part, des cultures successives d'une sorte particulière de bactéries, dans des liquides neutres, donnent naissance à des organismes qui sont toujours toxiques (Pasteur).

Ces liquides putrides semblent agir de deux façons : i<> comme un poison lent, à petite dose. Chez les animaux tués par des doses élevées, on ne trouve que peu ou point de bactéries dans le sang et ce sang n'est pas toxique pour les autres animaux. Chez les animaux tués lentement par de petites doses, on trouve des bactéries dans le sang et leur sang frais est toxique ^ pour les autres animaux. On ne voit pas encore

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