SYMPTOMES ET LÉSIONS DE LA PYOHÉMIE
au jaste si les symptômes et les lésions produits chez les animaux par ces injections de liquides putrides, sont identiques avec les symptômes et les lésions de la pyohémie chez l'homme.
SymptAmas et lésions de la pyohémle.
11 est impossible de décrire les symptômes et les lésions de la pyohémie comme on le ferait pour une maladie définie. Ce qu'il y a de mieux à faire, c'est d'énumérer les différents états que l'on désigne d'habitude sous le nom de pyohémie et de décrire les symptômes et les lésions ^e l'on rencontre dans chacun d'eux.
1. 11 y a un certain nombre de plaies et de trtnmatismes qui sont caractérisés par la présence d'un mouvement fébrile, sans aucun antre symptôme. La plaie a un bon aspect, l'état général du patient est bon, le mouvement fébrile présente une intensité modérée, dure quelques jours, puis disparaît et le patient guérit Cest ce que l'on observe dans les cas de plaies laissées à découvert ou traitées antiseptiquement et dans les fractures simples surtout celles de la cuisse (Volkmann). Dans ces cas, il De semble pas se produire une infection venant du dehors, ni développement d'organismes, ni formation de poison chimique. Ce qui parait probable c'est que le mouvement fébrile est dû à la résorption des portions de tissu mortes, mais non putréfiées. Dans ces plaies et fractures, le traumatisme est souvent suffisant pour détruire la vitalité de quelque partie de tissu. Ces parties ne se putréfient pas, mais subissent des modifi- | cations nécrobioliques. La résorption de ces tissus mortifiés peut produire un mouvement fébrile chez des personnes susceptibles.
n. n y a des cas où, dans une partie du corps, une portion de tissu est non seulement mortifiée, mais subit la dégénérescence putride. Pendant que ce processus de putréfaction se produit, le malade éprouve des frissons, de la fièvre, des troubles gastriques, une grande prostration et même il peut mourir, mais si l'on arrête ce processus à temps, tous ces symptômes disparaissent tout d'un coup et le malade recouvre la santé. C'est surtout après l'accouchement qu'on a des exemples les plus frappants de cet état. Après un travail normal, une femme va parfaitement bien jusqu'au quatrième jour où elle est prise de frissons, fièvre et vomissements. La température s'élève à 40*, la prostration est extrême, la malade parait très mal. Elle reste dans cet état pendant quarantehuit heures, puis, après des injections répétées, Encyd. do chirurgio.
un petit lambeau de membrane putréfiée est évacué de l'utérus. Une demi-heure après, la température revient à la normale et on n'observe pas d'autres symptômes. Cela peut même être plus grave : Mattheus Duncan rapporte le cas suivant:
A. E. avait accouché normalement de son second enfant le 8 juin. Au bout de Aept jours, les lochios devinrent fétides. Le huitième jour, elle eut des frissons qui se roneuvelèrent tous les jours. On rapporta à l'hôpital le dixième jour; elle était délirante. Le onzième jour, elle ne se plaignit d*aucune douleur, cUo était p&le, avait des vomissements fréquents, de la diarrhée, Tutérus était sensible; respiration 44, pouls 146, température 40<* ; lochienfétides, abondantes. On retira du vagin un morceau de placenta. La main fut alors introduite dans Tutéms d*où Ton retira des masses de placenta adhérent et l'on fit des irrigations d'eau phéniquée. La nuit, le délire cessa, la température tomba à 38*,5. La guérison survint rapide* ment.
On observe des symptômes analogues ches des blessés.
Un homme de 19 ans reçut une balle dans le creui poplité. On cxtraya le projectile le môme jour et Ton fit un pansement antiseptique. La plaie laissait écouler si abondamment un liquide séro-sanguinolent et séropurulent que le pansement fut renouvelé les six pre« miers jours. Le second jour, la température du soir était de 37^,7. Le quatrième jour, au soir, elle était de ZS^fZt le sixième jour, 38*,9. En dehors du mouvement fébrile, le patient se sentait bien. Le septième jour, eu renouvelant le pansement on trouva les bords de la plaie noirs, gangrenés ; lo treizième jour, l'écoulement sanguin était si abondant qu'on fut obligé de lier la poplitée : température 36<*,5 à 3S*,6. Même état les jours suivants avec frissons et sueurs. A partir du vingtcinquième jour l'état s'améliora, les frissons et les sueurs cessèrent graduellement. Le quarante-sixième jour la plaie était cicatrisée et le malade se portait bien.
Dans ce cas, malgré les pansements antiseptiques, la plaie prit un mauvais aspect et renferma des tissus et des liquides putréfiés. Pendant tout le temps que la plaie fut dans cet état, il V eut un mouvement fébrile d'une intensite modérée et un amaigrissement graduel. Quand la plaie présenta un bon aspect et que les matières putrides eurent disparu, les symptômes cessèrent et le malade guérit.
Si la quantité de tissu putréfié est assez grande et s'il n'est pas enlevé, les symptômes d'intoxication continuent et le malade meurt.
Un homme de 38 ans, qui avait eu, il y a quelques
FRANCIS DELAFIELD. - PYOHÉMIB.
années, une affection dn genou, subit la résection de cette articulatioû. Le lendemain de cette opération, il y eut un peu de fièvre. La plaie ne fut pas pansée antiseptiqucment et donnait issue à un liquide sanieux. n y eut de la fièvre et, le neuvième jour, du délire. Le quiniième Jour, survinrent des frissons inquiétants, la fièvre et le délire continuèrent, le patient s*affaiblit graduellement et mourut le dix-neuvième Jour après Topération. A lautopsie, on trouva les bords de la plaie granuleux et sa cavité remplie de pus sanieux. Pas de thrombus veineux ni de lésions viscérales.
Dans ces cas, il semble évident que la canse qui produit les symptômes est Tétat de la plaie et qu'en retour cet état semble dû à la putréfaction . Il n'y a que deux façons possibles d'ei^ pliquer la manière dont l'état de la plaie peut produire des symptômes généraux : Soit que quelque produit morbide est résorbé et empoisonne l'organisme ou bien qu'il suffit de la seule présence d'une plaie de mauvaise nature. Il semble que s'il y a un poison absorbé, ce poison ne doit pas se multiplier après l'absorption, car les symptômes persistent tant que la plaie reste de mauvaise nature et la gravité des symptômes est proportionnelle à la quantité de tissu putréfié. Si le patient meurt on ne trouve pas de lésions, excepté la plaie, et peut-être des thrombus dans les veines.
Au point de vue du traitement, l'indication capitale parait être d'enlever les tissus putréfiés ou si cela est impossible de chercher par un traitement local à arrêter le processus de putréfaction.
III. Il y a des cas où la plaie est très petite, mais où, malgré cela, il semble s'être introduit 'quelque corps étranger qui agit comme un poison. Les exemples les plus frappants de ces cas sont les piqûres anatomiques.
On sait depuis longtemps que les pires des piqûres anatomiques sont celles que l'on se fait en examinant un sujet non en décomposition et surtout ceux morts de péritonite aiguë. On sait aussi qu'il suffit d'une petite piqûre ou d'une simple écorchure.
Les symptômes ne se montrent que quelques heures après la piqûre. Ils consistent en frissons, mouvement fébrile et prostration générale marquée. Il y a de la rougeur tout autour de la pluie et la lymphangite s'étend jusqu'au bras. 11 en résulte un phlegmon du bras, un état typhoïde et la mort dans l'espace de dix à vingt jours.
On a observé des cas analogues où Ton ne put découvrir la source de l'infection.
Un bonmie de 2C ans, portefaix, se fit une légère
déchirure au doigt neuf Jours avant de nkourir. SU jours avant sa mort, la main gauche, le bras, l'avantbras, gonflèrent ; il y eut de la fièvre et une prostration marquée ; des vomissements constants, un état typhoïde et la mort arriva. A l'autopsie on trouva une inflammation diffuse du tissu cellulaire de la main et do bras. Il y avait des infarctus rouges dans le poumon droit et un dans les reins.
On observe aussi des cas semblables après les opérations.
Un enfant de 7 ans avait eu le genou réséqué. Pansement antiseptique. Jamais de mauvaise odeur. Le lendemain les vomissements commencèrent ; la température ne monta jamais au-dessus de 38*,3 et tomba à 3o*,d avant la mort. La jambe enfla, le malade devint froid, cyanose, et mourut le cinquième jour après l'opération. En fait de lésions on ne trouva qu'un léger gonflement du foie, de la rate et des reins (1).
Dans les cas de ce genre, il semble évident que la cause de Tinfection générale ne siège pas dans la plaie, mais qu'elle sMntroduit dans ^o^ ganisme à travers la plaie. Il paraît aussi probable que ce poison peut se multiplier après avoir été absorbe, car il n'y a pas de rapport entre les symptômes et la quantité de poison absorbé. Il n'y a qu'une inoculation, mais le tableau symptomatique ne s'en déroule pas moins et s'accentue de plus en plus. Dans la plupart de ces cas, les symptômes ne suivent pas immédiatement l'inoculation, mais il s'écoule plusieurs heures entre le moment où la blessure est reçue et celui où les symptômes éclatent. Aussi setnble-t-il probable que le poison est un organisme qui peut se reproduire de lui-même dans le corps.
L'examen nécroscopique ne révèle pas de lésions caractéristiques, mais il peut y avoir une décomposition prématurée qui fait que l'endocarde est taché par la matière colorante du sang, que la rate est hypertrophiée et ramollie et que les cellules du foie et du rein sont en dégénérescence.
IV. Il existe un grand nombre de cas que l'on ne peut classer. Tels sont les cas ordinaires de fractures compliquées et de plaies chirurgicales. Il est bien dirCcile de dire si le poison vient du dehors, ou s'il se développe dans la plaie, ou si c'est la formation de thrombus dans les veines que l'on doit considérer comme la cause efficiente, ou si différentes causes peuvent venir se
1. Report of the Commiiiee of the London PathoiO' gical Society. — Trausadiontf vol. XXX, IS79.