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MAURICE JEANINEL. ~ DE LA. SEPTICEMIE.
C*est alors que Maisonneuve, uniquement inspiré par la clinique (i), fit ressortir que sur cent malades qui succombent à l* suite des opérations chirurgicales, quatre-vingt-quinze au moins meurent empoisonnés ; atteints d'ïntoxications véritables sous les noms de phlébite, angeîoleucile, érysipèle, phlegmon dilTuSy gangrène, fièvre traumatique, hectique, urétrale, périlonitique, puerpérale.
11 partit de là pour formuler la théorie des intoxications chirurgicales. Cette théorie» consiste, dit-il, à considérer tous les accidents fébriles, consécutifs aux lésions tAumatiques, comme le résultat d'un empoisonnement dû à l'introduction dans le torrent circulatoire de substances toxiques produites par l'organisme lui- môme. »
Elle est fondée sur ces faits :
1* Que le sang, la lymphe et autres liquides vivants, exposés à l'air libre ou en contact avec des corps délétères, perdent bientôt leur vila- Uté;
2<* Qu'une fois morts, ces liquides se putréfient comme le font toutes substances organiques soumises aux conditions générales de putréfaction ; air, chaleur, humidité ;
3<* Que les produits de celte décomposition ont des qualités éminemment septiques ;
40 Qu'il en est de môme de certains liquides excrémentitiels, tels que l'urine, la bile, les liquides et les gaz intestinaux ;
5® Qu'en s'infiUrant dans les parties perméables avec lesquelles ils se trouvent en contact, telles surtout que le tissu cellulaire, les orifices des vaisseaux lymphatiques et veineux, ces substances toxiques produisent, d'une part, des inflammations locales désignées sous le nom de phlegmons simples, diffus ou gangreneux, d*cr^fsipèles, d'angeïoleucites, de phlébites;
6* Que ces mêmes poisons putiides, seuls ou mélangés aux produits de l'inflammation spéciale qu'ils ont provoquée, peuvent, en pénétrant dans le torrent circulatoire, altérer le sud g lui-môme, troubler ses fonctions importantes, puis circulant dans toutl'orgimisme, porter leur action délétère sur les éléments les plus intimes de l'économie ;
1^ Qu'après leur expulsion par Tes voies respiratoires, ils peuvent encore, en séjournant dans les réseaux capillaires, les parenchymes, les cavités séreuses, cellulaires, etc., devenir la
(1) Maisonncuve, C. r. Académie des sciences^ ISCG, 2* semestre, 2, G s, p. 985. Des intoxications chirurgica/ft.
cause d'une infinité de désordres secondaires, souvent aussi redoutables que les primitifs (accidents métastatiques) : érysipèles, anthrax, parotidites, abcès, etc. ;
H^ Que l'ensemble de ces perturbations produites par la présence d'agents délétères dans le torrent circulatoire, constitue ce que ron a^ pelle les fièvres chirurgicales ;
9<*Que ces fièvres présentent dans leurs symptômes et leur marche, des caractères spéciaux qui varient suivant la nature de la substance toxique qui les produit et permettent au praticien 'd'en reconnaître l'origine ;
10«*li* Qu'il y a nécessité de recourir aux agents antiseptiques et aux méthodes opératoires oblitérant les vaisseaux et n'exposant pas à la suppuration.
En ces termes. Maison neuve formulait eo somme les principes de la doctrine septicémiquc qui guide la chirurgie moderne.
En 1869, Hueter donna de la fièvre septicémiquc, un résumé étiologique qui mérite d'être relaté (1).
La fièvre septicéroique se déclare lorsque le poison putride pénètre d'une manière ou d'une autre dans le sang.
Le foyer putride peut être séparé du malade ou attenant au malade. Dans le premier ca<, c'est la septicémie hétérochthone ; dans le second, c'est la septicémie autochthone.
Pour la septicémie hétérochthone, les voies d'absorption ne peuvent être que les appareils respiratoires et digestifs. Les gaz de la putréfaction ainsi que les particules impalpables de substances putrides desséchées peuvent ainsi s'introduire dans ia circulation. Les gaz doivent, d'après les expériences de Weber, entrer en considération, bien que le poison putride ne soit pas gazeux. Les poussières contiennent au contraire le poison. Mais d'ailleurs les muqueuses pulmonaires et digestive sont très peu aptes à l'absorlioi) des produits puirétiés. De là la rareté delà septicémie hétérochthone dite spontanée ou sans plaie.
La septicémie autochthone est la vraie septicémie chirurgicale. Elle peut naître dans trois conditions:
1^ Lorsqu'il y a mort des tissus. L'oxygène empêche la putréfaction, les tissus morts sont privés de l'oxygène qu'apporte la circulation dans leur intimité, soit par les sections des vais-
(1) Iluctcr, ilandbucU der aligemeinen und ipeetellen Chirurgie, von Pitha und Billpotli, 1869. B. I, Die Septikœmischen Pieber, p. 28 et sulv.
DE LA NATURE DE L'AGENT SEPTIQUE
seaux, soit par les embolies vasculaires, de là la facilité de leur pulréfaclion ;
^ Le contact de tissus morts privés d'oxygène avec des tissus putrescibles ;
3* La présence de Teau.
Les Toies d'absorption du poison putride sont les vaisseaux sanguins et les lymphatiques.
Que l'on suppose le poison putride dissous ou bien à Fétat moléculaire, il peut aussi bien pénétrer dans les vaisseaux sanguins.
S'il est dissous, il peut pénétrer par endosmose.
S'il est à l'état moléculaire, comme les ferments organisés, il pénètre à la façon des globules blancs du sang par les pores des vaisseaux suivant la loi de Conheim .
Le poison putride peut encore pénétrer et imbiber les Ibrombus vasculaires. Alors, ou bien il les traverse comme une éponge, ou bien les thrombus se détachent et vont porter le poison dans Torganisme.
L'absorption par les lymphatiques est aussi très facile et très simple.
La pression favorise considérablement Tabsorption, de là le danger particulier de l'ostéomyélite où le poison putride est renfermé et eomprimé dans le canal médullaire des os. De là aussi l'innocuité des foyers purulents et putrides, largement ouverts.
Enfin s'ouvrit en 1869, à l'Académie de médecine, la discussion sur l'infection purulente.
Désormais d'ailleurs, l'étude de la septicémie le confond de plus en plus avec celle de l'infection purulente, et il est surtout question dans les discussions des rapports réciproques des deux maladies; j'étudierai ces rapports à propos de la pyohémie. Quant à la septicémie ellemême, les recherches se concentrent sur un point spécial, à savoir: la détermination du poison aeptjque.
De la nature ûe l'agent septique.
Les recherches entreprises pour arriver à la découverte de la nature du poison putride ont donné naissance à deux doctrines: les uns ont iffirmé que le poison putride est un corps chimique minéral ou organique, soluble et à composition plus ou moins définie ; les autres, comparantraction de ce poison ù celle d'un ferment, ont soutenu que c'est un corps organisé se reproduisant et se multipliant dans les liquides en putréfaction. De là deux doctrines: i^ doctrine du poison putride chimique; 2^ théorie des germes.
ou POISON PUTRIDE CHIMIQUE.
Presque tous les expérimentateurs de la première moitié du siècle, qui ont constaté et étudié les propriétés toxiques des substances putrides, ont aussitôt recherché quel en était l'agent. La raison du travail de la putréfaction était, il est vrai, ignorée dans le principe; mais les produits ultimes de ce travail étaient connus; ce furent ces produits qui furent d'abord ac^/Usés de la toxicité.
1. Recherches de Gaspard, Bonnet et Delore, etc. — Gaspard, en 1822 (1), après avoir approfondi les phénomènes de l'empoisonnement putride, exposa que, « comme les substances animales et végétales en se décomposant par la putréfaction produisent de l'acide carbonique, de l'hydrogène sulfuré, du soufre et de l'ammoniaque, il serait bon de savoir lequel de ces principes a causé les effets observés ». Alors il injecta dans les veines à des chiens des solutions de ces diverses substances, mais sans aucun résultat.
En 1834, Boyer (2) ne considéra dans le pus putride que deux corps chimiques, l'ammoniaque et l'hydrogène sulfuré. Il fit des expériences, et observa que l'ammoniaque était le seul de ces deux produits qui se comportât à l'égard des globules sanguins comme les liquides en putréfaction : elle dissout le sang ; injectée dans les veines d'un animal, elle produit des symptômes typhiques et adynamiques, et engendre des hémorrhagies passives. Quant à l'hydrogène sulfuré, il ne produit que rarement des phéno-* mènes analogues. Boyer conclut dès lors que l'ammoniaque ou le sulfhydrate d'ammoniaque était le poison putride.
Le sulfhydrate d'ammoniaque, découvert dans le sang putréfié par Vauquelin, fut aussi reconnu par Bonnet en 1837 (3) comme étant la raison chimique de la fétidité du pus altéré au contact de l'air. Mais démontrer l'existence du sulfhydrate d'ammoniaque dans le pus ne suffisait pas pour en démontrer la toxicité.
En 1838, Gueterbrok (4) imagina que le prin-
(1) Gaspard, Mémoire physiologique sur les malû' dies purulenUs et putrides (Jowmal de Magendic, 1822, p. 25).
(2) Boyer, Mém. cité in Gazette médicale, 1834, 39 mars.
(3) Bonnet (de Lyon}, Mémoire sur la composition et r absorption du pus (Gazette médicale de Paris, 1837, 23 septembre).
(4; Guctcrbrock. Essai physiologique sw le pus et la granulation {VExpériince, iSàS).
MAURICE JCANNCL. - DE LA SEPTICÉMIE.
[iO
cipe actif du pus était un corps organique, sorte (l'alcaloïde qu'il croyait avoir découvert et qu'il nommaitpyme. Il négligea toutefois d*en déterminer la composition chimique.
Persoz, Nonat et Dumas (i) crurent, en 1841, qu'il pouvait se former de Tacide bydrocyanique pendant la suppuration. L'acide hydrocyanique était, d'après ces auteurs, le principe toxique du pus putride. Mais aucune expérience confirmative de cette opinion ne fut rapportée.
Pins, Conté (2) (1842) démontra expérimentalement que ni le sulfhydrate d'ammoniaque de Bonnet, ni l'acide hydrocyanique de Dumas n'étaient les principes actifs du pus putride. Il chercha en outre à prouver que ce sont les éléments propres du pus qui, en s'altérant aux dépens de Tair à une certaine température, revêtent une vertu toxique.
Henle, en 1843, (3), déclara avoir retrouvé la pyine de Gueterbrock dans le mucus. La pyine, qui n'était autre que de la mucine, ne survécut d'ailleurs pas aux analyses sérieuses du pus.
En môme temps, Andral (4) (1843) accusa de nouveau les composés ammoniacaux du pus et les compara aux émanations cadavériques.
En 1854, Xavier Delore (5) déclara avoir trouvé du sulfhydrate d'ammoniaque dans l'urine des amputés et en général des malades atteints de pyohémie.
En 1855, Bonnet (6) insista de nouveau sur Talcalinité du pus fétide due au sulfhydrate d'ammoniaque, et ne reconnut pas d'autre origine à la toxicité des produits putrides.
II. Da poison putride de Panum, — Les expériences n'avaient jusqu'alors porté que sur les produits ultimes de la putréfaction; Panum (7) (1855) reconnut que le maximum d'activité
(1) Persoz, Nonat et Dumas, C. r. de l'Académie det sciences^ 1841, 19 juillet.
(2) Conté, Recherches pour servir à Chistoire de la suppuration (Gazette médicale de Paris, 1842, 20 août).
(3) Honlc, Anatomie générale ^ traduction française^ 1843, t. I, p. 164.
(4) Andral, Essai (f hématologie pathologique^ 1843, p. 120.
(5) Xavier Delore^ Recherches sur le pus, thèse de Paris, 1854.
(6) Bonnet (de Lyon), Mémoire sur la nature et le traitement de Vinfection purulente [Gazette médicale de Lyon, 1855, n" I\
(7) Panum, Bdragdil laeren om den saakalette pu^ tride eller septiske iufektion [Biblioteck for Laeger, April 1855, p. 253-285) ; — zur Lehre von derputriden Oder teptischen Infektionen {Schmidl's Jahrbùcher^ 18SS, t. a, S. 56-59).
toxique des substances putrides existe justement aux premières heures du trayail, alors que les produits ammoniacaux n'ont pai encore pris naissance. Il entra dès lors dans une Toie nouvelle. Il opéra sur des matières aa débat de la putréfaction, et prétendit avoir isolé, par flltration, éhullition et une série de traitements par l'alcool, le poison putride. Tout en gardant des réserves au sujet de la détermination chimique de ce poison, il soutint :
1» Que le poison putride est stable, flze^ non volatil ;
%"" Qu'il n'est décomposé ni par l'ébuIBtioh, ni par Tévaporation à siccité;
Z^ Qu'il est insoluble dans l'alcool abtolu, soluble dans l'eau ;
4^ Que les substances albumlnoîdes que Ton trouve dans les liquides en putréfaction ne son vénéneuses que parce qu'elles s'imprègnent do poison septique; mais que le lavage à grande eau peut leur rendre leur innocuité ;
5^ Qu*au point de vue de l'énergie le poison putride n'a de comparable que le venin des 8é^ pents, le curare et les alcaloïdes végétaux.
Le poison de Panum dtflTérait donc de toutes les substances incriminéesjusqu'àlui, substances que ce physiologiste avait d'ailleurs expérimentées sans succès. Panum injecta en effet, sans produire d'accidents graves, du carbonate d'ammoniaque, de la leucine, de la tyrosine, da butyrate, du valérianate et du sulfhydrate d'ammoniaque, n essaya en outre comparativement des solutions putréfiées de sang, de chair musculaire macérée, de tissu cellulaire et d'excréments humains ; il ne constata aucune différence dans leur toxicité.
Par l'injection de l'extrait putride isolé par lui, Panum dit au contraire avoir provoqué tous les phénomènes de l'infection septique, d'une manière aussi caractéristique que par l'injection du liquide putride originel d'où il provient. D'ailleurs Panum avait soin de spécifier que cet extrait n'était nullement un corps simple, mais plutôt un composé de plusieurs éléments toxiques ayant ensemble des rapports chimiques et physiologiques, de môme que l'opium est un composé de plusieurs alcaloïdes.
Gross (de Philadelphie) (1864) (!}, se borna à assimiler le poison putride au poison des piqûres anatomiques ; il soutint en outre son inoculabilité.
WhRecherches deBillroth, 0. Wéber^ Hemmer^ etc.,
(I) Gross, System of Surgery, Philadelphie, 18S4, Multiple ab^cess or Pyœmia, 1. 1, p. 14S.
DE LA NATURE DF. L'AGENT SEPTIQUÊ
1865-68. — De leur côté, Billroth et Hufschmilt (1) (1865) expérimentèrent l'acide sulfhydrique, le sulfure de carbone, le sulfhydrate d'ammoniaque, une dissoiutioi? concentrée de leucine et une antre dissolution concentrée de carbonate d'ammoniaque. La leucine produisit une élévation de température de un degré. Les injections répétées de carbonate d'ammoniaque produisirent nn abaissement passager de température de 4*, 4 à 2*, 3. L'urée, les dépôts alcalins d'urine, l'acide sulfhydrique, le sulfure de carbone, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'eau distillée, Tacide acétique, restèrent, sous le rapport des Yariations thermiques, absolument sans effets.
L'acide sulfhydrique, resté inefficace entre les mains de Gaspard, Boyer, Bonnet, Billrolh et Panura, sembla au contraire à 0. Weber (2) (1864-65) être le poison putride. 0. Weber tua on chat avec 1*',62 et un gros lapin avec 3k',24 de cet acide en solution saturée. Dans cinq antres expériences, faites avec des solutions étendues, il produisit une affection très analegne à l'inflammation intestinale que Ton obserre dans la septicémie, il constata toujours une élévation de la température.
0. Weber essaya aussi le sulfhydrate d'amnoniaque ; 3^^,24 de ce composé suffirent dans m cas k tuer un cbien, mais les effets furent inconstants ; une seule fois, avec des injections répétées, les symptômes eurent de l'analogie avec ceux de la septicémie: il y eut toujours une diarrhée fétide.
L'acide butyrique agit encore entre les mains de Weber comme un poison; mais les symptômes n'eurent aucune ressemblance avec ceux de la septicémie.
En résumé, d'après Weber, l'acide sulfhydriqoe serait le seul des corps expérimentés par loi dont l'action rappelAt celle des liquides putrides. Mais les liquides putrides ne contiennent pas toujours de l'acide sulfhydrique, et ce oorps lui-même n'a pas une efficacité bien constante; c'est pourquoi 0. Weber déclara se ranger à l'opinion de Panum, et admit que la compolilion du poison putride est loin d'être simple.
Hemmcr (3), en 1866, dont le mémoire fut
couronné à Munich, arriva, quant au poison
putride, aux conclusions suivantes :
1* Le poison putride peut être considéré
(1) Billrotb, Mém. cité in Archiv fur KUn, Chir,^ 1SC6, Kap. un, S. S96.
(2/ 0. Weber, Mém. cité in Deutsche Ktinik, 1864, S. mA)Z, et 18CS, S. 63.
(3) Uemmer, Expsrimenielle Studien ueher die ^Mrhuri'i fauUiider Stoffe, etc., MUnchcn, ISGG.
Ëncycl. de chirurgie.
comme un corps albumineux en voie de décomposition ;
2<* Comme tel, il ne peut être ni liquide, ni gazeux ; il n'est pas volatil ;
3« Le poison putride agit en quantité infinitésimale et peut être comparé, soqs le rapport de l'énergie, aux poisons les plus actifs ;
4<' Le poison putride est soiuble dans l'eau et insoluble dans l'alcool ;
5® 11 résiste à une température de iOO»;
O" Il agit comme un ferment et détermine la putréfaction du sang;
7<* Il agit sur les matières albuminoïdes contenues dans le plasma du sang ;
8<^ On constate en général une grande analogie entre les injections putrides et les maladies infectieuses;
9* Dans les maladies infectieuses, les matières morbides sont des poisons putrides ;
10^ Ces matières ont les propriétés de ce poison ;
11« Les actions diverses des matières morbides dans les malidies infectieuses, tiennent à des modifications spéciales du poison putride.
Hemmcr entreprit en outre une série d'expériences, pour démontrer que les émanations putrides n'ont pas d'autre effet que de rendre l'air irrespirable et ne le rendent pas réellement toxique; qu'au contraire l'ingestion des matières putrides produit une septicémie fatale, de même que les injections sous-cutanées de liquides putréfiés.
Schweningcr (1) (1866) confirma les expériences de Hem mer et ajouta seulement que le poison putride devient inactif au bout de sept mois et demi.
Fischer (2) (t866) trouva dans le pus frais une substance analogue à la myosine, du protagon, du sucre, une combinaison acide de phosphore et de glycérine, mais point d'acides volatils. Dans le pus décomposé et putride, il trouva au contraire des acides butyrique, valérianique et formique, plus de la leucine. 11 pensa que ces derniers produits devaient prendre une part considérable dans le développement de la septicémie.
Frcse (3) (4866) prétendit qu'en faisant bouil-
(1) Schweninger, ûber die Wirkung faulender organischer Substanzen auf den lebtnden Organismus (Bayerisches ârzU, Inlelligenzblatt, 1866, S. 42-47).
(2) Fischer, zur Lehre von den Pyâmie {Centralblatt fur die med. Wiesenschaften, 1860, S. 2'>â).
(3) Frcso, Expérimente lie lieïtrage zur Aetiologie des /'Vc'6.r«, Inaug.Diss.,Dorpat. 18GG.
MAURICE JËANNEL. — DE l\ SEPTICÉMIE.
]ir du pus pour en séparer l'albumine en le défibrinant par le battage, on ne lui enlève aucune de ses propriétés, et que par conséquent le poison seplique ne peut pas être considéré comme une substance albumineuse.
En 1867, Muller (i) entreprit de prouver que la puissance toxique des liquides putrides était due aux sels de potasse. Or les phénomènes de Tempoisonnement par les sels de potasse diffèrent absolument des phénomènes septicémiques.
En 1868, Klebs (2) montra que la pus frais donne par la teinture de gaïac une vive couleur bleue, ce qui est la réaction de Tozone. 11 conclut de là que l'ozone est le principe pyrogène du pus.
IV. De la sepsine de Bergmann; de V alcaloïde de Zuelzer. — C'est alors que parurent les travaux de Bergmann (3) (1868) qui soutint que :
1* L'action des substances organiques putréfiées n'est pas occasionnée par des animaux ou des organismes inférieurs (Bergmann employa pour ses recherches des solutions traitées par lulcool à 90 ou 94<», ou môme l'alcool absolu, ou encore l'éther. L'alcool ou l'éther déterminait, disait-il, un volumineux précipité qui entraînait avec lui tous les organismes vivants (!), si bien qu'il lui a fallu jusqu'à vingt filtrations pour obtenir un liquide clair qu'il chauffait à 100* pendant huit heures et injectait ensuite à des chiens ou à des lapins) ;
2* Le principe délétère des produits de la putréfaction ne réside pas dans les parties moléculaires et insolubles, mais dans les parties liquides et solubles ;
3* Ce principe est un corps azoté produit par la putréfaction et non un corps albumineux;
4<^ Ce principe n'est pas volatil et n'est pas un corps simple.
Ce corps azoté, Bergmann (4) (1868) prélendit l'avoir isolé en opérant, en collaboration avec 0. Schmiedeberg, sur la levure de bière putréfiée.
(1) MQllcr, Experimentelle Studien ûber eine Krankheits und Todesursache in faulenden Stoffen^ dos sogenannte putride Gift. Munchen, 1867.
(2) Klebs, ûber Oxydationsvorgange und Warme' bildung [Sitzungsbericht der Berner naturf GeselUch. von 18 april, 1868j ; — die Pgrogene Substanz {Cen- Iralblatt fur die med, Wissenschaften, 1868, n» 27).
(3) Bergmann, das Putride Gift und die putride Intoxikation, Dorpat, 1868.
(4) Bergmann und O. Schmiedeberg, ueber das Schwefelsaure Sepsin {das Gift faulendei^ Substanzen) {Centralblatt fur die med, Wissenschafteny 1868, n» 32).
Après avoir pris par des lavages sur un filtre toutes les substances solubles, il chaufiu la liqueur au bain-marie avec de l'oxyde de plomb, Jusqu'à consistance sirupeuse; il reprit par l'alcool et chauffa àl'étuve pendant vingt-quatre à vingt-huit heures ; il filtra et traita par Tacide sulfurique, qui précipita le plomb, puis par l'acide sulfhydrique qui acheva la précipitation. Il refroidit; la leucine se sépara. Il distilla l'alcool et reprit le résidu par l'eau. Cette dernière solution contenait le poison putride à l'état de sulfate. Bergmann lui donna le nom de sepsine (sulfate de sepsine). Cependant, de l'aveu même de l'auteur, la sepsin s agit bien à la manière des liquides putrides, mais non pas d^une façon identique.
Bergmann avait extrait la sepsine de la levure de bière; Schmidt (1) (1869) et Petersen (2) (1869) seraient parvenus à l'extraire du sang putréfié.
Également en 1869, Zuelzer et Sonnenschein (3) prétendirent, d'autre part, avoir isolé un nouvel alcaloïde septique innomé, qui n*ètait pas la sepsine et qu'ils comparèrent à IV tropine ou à Thyoscyamine.
Toutefois l'isolement de la sepsine ou de l'alcaloïde de Zuelzer semble exiger un talent de manipulateur qui n'est pas dévolu à tout le monde, et rares sont les chimistes qui y parviennent ; si rares que ces substances ne sont encore ni officiellement reconnues ni classées.
Cependant à l'Académie de médecine, en 1871, M. Verneuil (4) accepta franchement le poison putride ou virus traumatique et crut à la possibilité de la sepsine de Bergmann.
M. Gosselin (5), moins affirmatif, se contenta de considérer l'existence d'un ou de plusieurs poisons putrides comme -probable, sans qu'il fût encore permis d'en spécifier la nature ni la composition .
En 1872, M. Chauveau (6) insista sur la disparition de la toxicité dans les matières arrivées au dernier terme de la putréfaction, alors que leur oxydation est définitive et que leur réduc-
(1) Schmidt, Untersuchungen ûber das Sepsin, Dor« pat, 1869.
(2) Petersen, Béttrage zur Kenntnis, etc. Dorpat,
(3) Zuelzer und Sonnenscheiti, Uerliner kliniiche Wochenschrift, 1869, n» 12.
(4) Verneuil, Bulletin de l'Académie de médecine ^ 1871, 18 avril.
(5) Gosselin, Ibid,, 1871, 28 mai.
(6) Chauveau, Mom. cité in Revue scientifique, 187?» n*2, 13 juillet, p. 104.
DE LA NATURE DE L'AGENT SEPTIQUE
(ion eQ acide carbonique et ammoniaque est parfaite. Or la sepsine et l'alcaloïde de Zuelzer avaient été extraites de matières complètement putréfiées.
Ravitsch (i) (i872) refit encore de nouvelles expériences avec le sulfhydrate d'ammoniaque; mais il n'obtint pas des résultats plus complets que ses prédécesseurs.
En 1872, s'ouvrait la discussion sur la septicémie à l'Académie de médecine de Paris; la théorie du poison putride chimique perdit de plus en plus faveur à dater de cette époque et fit place à la théorie des germes. Ses partisans concentrèrent, en efi'et, leurs efforts contre la doctrine bactérienne, à laquelle ils opposèrent quelques faits expérimentaux, mais surtout des raisonnements (2). D'ailleurs nous allons voir les plus ardents défenseurs du poison putride et de la sepsine, Panum et Bergmann, sacrifier eux-mêmes à la théorie des germes, dans l'impossibilité où les mit leur bonne foi scientifique de se refuser à reconnaître Tévidente intervention de bactéries.
Convaincu qu'il s'agissait d'un ferment, mais ne croyant pas à l'action des organismes microscopiques ou ferments animés, Senator, eo 4873 (3), pensa qu'il s'agissait d'un ferment albumineux qu'il prétendit avoir isolé. 11 traita du pus et des crachats purulents par la glycérine et en précipita une substance qui, injectée dans les veines ou inoculée sous la peau, aurait joui de propriétés pyrogènes évidentes.
De même M. Onimus (4) (1873) soutint, de- Tant l'Académie de médecine de Paris, la naloie albuminoïde du poison putride. 11 appuya son opinion sur des expériences qui démontraient d'abord, suivant lui, ^inanité de la théorie des germes, et qui prouvaient, en second lieu, que le virus de l'infection putride n'est point une substance dialysable, ce qui permet de le rapprocher des matières albuminoldes. Il invoquait en outre des expériences d'injection de liquides putrides qui s'étaient montrées toxiques, bien qu'il crût y avoir détmit tous les microrganismes.
Pourtant fiergmann (5) (1873), tout en con-
tiaoant à considérer la sepsine comme le véri-
[l) RaTitschy zur Lehre von der putriden InfeUtion^ iMî.p. 115.
[i] Voy. Théorie des germes,
[%) Senator, Beïtrage zur Fieberlehre (Centrafblati l^rdiemed. Wiisenschaften, 1873,8.84).
(4) ODimos, Bulletin de l* Académie de médecine^ 1S13, U mars, 15 avril.
i^) Bergmann, i%w Lehre von den putriden fntoxika*
table agent toxique pyrogène, se vit obligé d'accorder aux bactéries la propriété de fixer la sepsine (Voy. Théorie des gei*mes),
Samuel (1) (1873), après avoir fait ressortir la confusion qui régnait encore dans la connaissance des produits chimiques de la putréfaction, admit l'existence d'un poison putride qui serait une combinaison de soufre et d'ammoniaque et qui engendrerait les phénomènes purement septiques.
De môme, Hueter (2) (1873) considéra la septicémie pure ou infection putride comme étant causée par un poison chimique qu'il crut être la sepsine ; mais il attribua la pyohémie à une infection par des monades.
Panum (3) (1874), après avoir affirmé les conclusions de ses recherches publiéTes en 1855, exposa des arguments nouveaux. 11 montra que l'on pouvait extraire du canal intestinal et des fèces, par des lavages à grande eau, une substance dont l'inoculation produit l'infection putride : que d'ailleurs il se pouvait que cette substance fût un corps chimique soluble, bien qu'elle ne fût pas absorbée par l'intestin pendant la vie, puisqu'une solution de curare est aussi bien réfraclaire à l'absorption intestinale.
11 invoqua, en outre, comme preuve de la nature chimique du poison putride, l'absence d'incubation dans les phénomènes produits par les injections de liquides septiques. U renouvela encore ses expériences de filtration et de traitement par l'alcool et par la chaleur.
D'autre part, il dit positivement ne pas croire à la sepsine comme corps défini. 11 fit remarquer en effet que la sepsine devait être employée à fortes doses pour être efficace, et que d'ailleurs on n'avait pas réussi à l'extraire de toutes les substances putrides, ni à l'extraire à tous les moments de la putréfaction. U continua donc, en 1874, à croire à la constitution complexe du poison putride. 11 ne pensa pas que ce fût un corps albumineux, mais il admit que l'albumine coagulée pouvait le fixer et le concentrer. U n'en fut pas moins obligé d'ailleurs d'accorder aux bactéries un rôle efficace dans la genèse
tion{Deulsch Zeitschrift fur Chirur,, 1873, B. I, N. 4, S. 373.
(1) Samuel, ùber die Wirkung des Faulnissprocesses auf den lebenden Organismus {Archiv, fur expérimenta PathoL und Phnrm., 1873, B. II, N. 4, S. 317).
(2) VbxQi^T^ Abscknitte ùber Monaddmie^ Pyûinie; in seiner allgemeinen Chirurgie; Leipzig, 1873.
(3) Panum, dos Putride Gifl^ die Bakterien, diepu' tride Infektion^ oder Intoxikation und die Septikdmie {Virchow'sArchio, 1874, B. LX, N, 3 et 4, S. 30 J)
MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICÉMIE
des accidents septicémiques ; il concéda, comme on le verra plus loin (Théorie des germes), qu'elles possédaient à l'égal des coagulums albumineux la capacité de fixer et de concentrer le poison putride.
En { 874, Zuelzer ( \ ) revint encore sur l'analogie qu'il avait cru constater entre l'intoxication par l'atropine et la septicémie (dilatation pupillaire, paralysie intestinale,accélération du cœur). 11 soutint, en outre, que les bactéries cultivées artificiellement et introduites en petites quantités dans la bouche, sous la peau, dans les vaisseaux de différents animaux, ne lui avaient jamais paru provoquer d'accidents septiques que lorsqu'il mélangeait au liquide de culture 0*',02 à 0*',05 de sulfate neutre d'atropine. En tous cas, il y avait une période d'incubation qui durait de 9 à 12 jours.
En môme temps Riemschneider (2) (187 i) affirmait aussi l'identité ou la similitude de l'uiropine et de la sepsine. Mais rien n'est venu confirmer les faits avancés par Zuelzer et par Riemschneider.
En réalité) la théorie du poison chimique restait stationnaire et n'acquérait aucune démonstration positive. Ses partisans, au contraire, avaient été obligés d'en rabattre et d'accorder une place, dans leurs conceptions, à l'efficacité des microrganismcs.
V. Poison chimique et fatrient albuminoide de A. Hiller, — Pourtant A. Hiller, en 1876 (3), s'efforça de définir la constitution et le nombre des poisons putrides.
Il formula d'abord les trois propositions suivantes, comme conclusions des recherches expérimentales entreprises au sujet du poison putride :
1* L'effet des liquides putrides dépend de la quantité qui en a été absorbée (absolument comme pour tous les poisons chimiques connus);
2^ Les liquides putrides ont des effets différents et engendrent des symptômes morbides variés suivant leur composition chimique ;
3<» Pour un môme liquide putride les effets toxiques sont en rapport avec le degré et l'âge de la décomposition ; le maximum de la toxi-
(1) Zuolzer, tteber putride Intoxication {Réunion des mcifecins allemands naturalistes à lireslau — Berli' ner kliniskchc Wochenschrift, 1874, N. 49, S. 623).
(2) Riemschneider, ùber den Einfluss der putriden Intoxication au f den Blutdruck, Dissert, inaug., ISIé {CentraWlatt fur Chirurgie, 1874, N. 39).
(3) Arnold Hiller, ueber die Putride Grft (Centralblalt fur Chirurgie, 1876, N. 10, S. 146; N. Il, S. 161; N. n, s. 177).
cité est atteint aux premières heures de la putréfaction.
Les propriétés et les effets des poisons absorbés dépendent donc de l'altération chimique des matières putrides.
A. Hiller condamna alors la théorie des organismes microscopiques, en raison du nombre immense et irrationnel d'espèces qu'elle serait obligée d'admettre.
Il trouvait d'ailleurs à la théorie chimique l'avantage de pouvoir expliquer les différences d'efficacité des matières putrides, et de rendre compte du rapport existant entre la toxicité et la quantité absorbée.
Après avoir rappelé les travaux de ses devanciers et insisté sur l'insuccès au moins partiel des recherches entreprises, les différents produits isolés et désignes comme étant le poison putride, voire môme la sepsine, n'ayant jamais qu'une toxicité analogue, mais non pas identique à la toxicité des liquides putrides ; Hiller fit remarquer que les liquides putrides ne contiennent jamais isolément l'un de ces produits, mais qu'on les y trouve tous réunis. Aucun de ces corps (sulfhydrate d'ammoniaque, carbonate d'ammoniaque, sels de potasse, sepsine, etc.), ne réalise donc jamais complètement à lui seul les phénomènes de l'infection putride, tandis que leur mélange les réalise entièrement. Mais il importe de dire que Hiller ne tenta pas de faire la synthèse du poison putride, c'est-à-dire, de faire un mélange artificiel de sulfhydrate d'ammoniaque, de carbonate d'ammoniaque, de sels de potasse, de sepsine, etc., et de l'injecter dans les veines. Il conclut néanmoins que le poison putride n'est pas un corps simple, mais une combinaison compliquée dont l'efficacité dépend delà constitution delà substance en putréfaction et du degré de la putréfaction.
D'autre part, à l'exemple d'Onimus, de Bergmann, de Clémenti, de Schmitz et de Thio, Hiller soutint que le poison putride que Ton retrouve dans les liquides filtrés, n'est pas à l'état moléculaire, mais qu'il est soluble. Il reconnut cependant que l'action des liquides filtrés se distingue de celle des matières en putréfaction non filtrées, en ce que ceux-là n'engendrent que des accidents généraux et point de lésions locales. II en conclut que dans les matières putrides, il existe une partie phlogogène insoluble qui reste sur le filtre et une partie pyrogène soluble qui passe à travers le filtre.
Hiller protesta d'ailleurs qu'on ne peut lnfé«> rer de ces faits à la nature parasitaire de l'agent toxique. Les bactéries phlogogènes ne sontpas^
iô]
DE LA NATURE DE L'AGENT SEPTIQUE
en effet, les seules subslaiices qui soient retenues sur le filtre : il y a en outre les éléments solides du sang, du pus, de la chair putréfiée. D*aucun8 soutiendront que parmi ces substances il n'y a que les bactéries qui soient douées de propriétés toxiques ; tel n'était pas Tans de Ililler, qui pensait au contraire que le poison est formé aux dépens et au sein des éléments du sang et du pus, etc., et que les bactéries n'acquièrent la propriété toxique qu'au contact du poison formé. La plus grande toxicité des éléments solides ne s'expliquait pas autrement d'après lui, ces éléments concentrant le poison à la façon d'une éponge ; c'était même là la raison des propriétés phlogogènes des éléments solides. Hiller ne recherchait d'ailleurs pas sous quelle influence s'opère la fabrication du poison putride aux dépens et au sein du sang, du pus, etc.
• n 7 avait donc, d'après Hiller, trois facteurs à considérer dans les inoculations et les injections de matières putrides : 1® la partie soluble, constituant la liqueur putride filtrée ; 2« les matériaux putrides insolubles; 3* les microrganismes. >
Ces facteurs réunis constituent le mélange putride. Quant à savoir quel est le plus actif des trois, les expériences auraient démontré, en général, l'innocuité des microrganismes et la nocoité excessive des matériaux solides privés de microrganismes ! D'ailleurs les matières putrides exposées à une température de 100° et plus pendant plusieurs heures, et traitées par des agents chimiques détruisant les microrganismes, ne perdent rien de leur toxicité.
A. Hiller conclut donc que, dans les matières putrides, le poison est de nature chimique ; que ee poison n'a rien à faire avec les organismes microscopiques, et que l'empoisonnement putride peut être produit par des liquides putréfiés privés d'organismes. On verra, au chapitre de la Théorie des germes, combien cette condosion est peu fondée.
En la même année (1876) A. Hiller (1) publiait eacore un nouveau travail sur le poison putride. Considérant que la question était jugée pour les liquides putrides non albumineux, il convint que le doute pouvait subsister encore pour les Mquides albumineux, où l'ébullition, les acides et l'alcool, tout en détruisant les microrganismes ou ferments animés, détrui-
(1) Arnold HiUer, ueber Extrahirbares, putrida und ttptikâmiiches Gift (Centralblatt fur Chirurgie, 187G, H. 14, S. 309, N. lo, S. 225).
sent aussi les ferments Inanimés ou albuminoïdes. Il proposa, en conséquence, de traiter les liquides de cette espèce par la glycérine, qui jouirait, d'après lui, de propriétés antiseptiques ou plutôt anti parasitaires évidentes, c'est-à-dire qui serait incompatible avec le développement des organismes et précipiterait, en leur conservant leur activité, les ferments non figurés et non organisés, tels que la pancréatine, la pepsine, etc.
Hiller, à l'exemple de Senator (1873), mélangea en parties égales de la glycérine et de la chair musculaire en pleine putréfaction; il laissa reposer vingt-quatre heures et filtra au moyen de la pompe pneumatique. La liqueur filtrée, absolument exempte d'organismes, était alcaline et précipitait par l'ébullition. Le précipité, coloré en brun par le réactif de Millon, offrit toutes les propriétés des matières albuminoïdes et des peplones.
Plusieurs inoculations de ce précipité ou extrait putride glycérine, « putriden Glycerinauszug », furent pratiquées à des chiens et firent naître les phénomènes de la septicémie. Le sang des chiens ainsi septicémies fut traité par la glycérine et donna un extrait toxique glycérine, dont la virulence fut plus active que celle du premier extrait : Hiller inocula un troisième chien avec ce dernier extrait, ce troisième chien mourut, et son sang donna un extrait glycérine dont la virulence fut encore extrême. Hiller reproduisit ainsi les expériences de M. Davaine, dont il sera question plus loin (voy. Théories des germes, p. 424) et conclut que cet extrait glycérine contenait un ferment septique non organisé.
Après avoir nié l'influence des bactéries ou ferments animés, Hiller en était donc venu k admettre Tintcrvention d'un ferment septique ; mais il continuait à considérer les bactéries comme des conséquences, et non comme des causes de l'évolution morbide septicémique. D'après lui, la septicémie créerait, dans l'économie malade, des conditions propres à la croissance des bactéries, en diminuant l'énergie de l'activité et de la résistance vitale; c'est pourquoi ces parasites, peu nombreux sur le vivant, abondent sur le cadavre et dans les tissus mortifiés où toute action vitale a disparu.
Hiller chercha ensuite à concilier les opinions contradictoires de Stich, Virchow, Thicrsch, Hem mer, qui acceptaient l'hypothèse du ferment septique et de Panum, Billrolh, 0. Weber, Bergmann et Ravitsch, qui soutenaient qu'il s'agit d'un poison chimique Les uns et les au-
MAURICE JEANNEL. * DE LA SEPTICÉMIE
très seraient dans le vrai d'après lui, et leur contradiction apparente tiendrait uniquement à ce que « dans une même liqueur putride, à des époques différentes, selon le degré de la décomposition, on trouve en prépondérance soit un ferment, soit un poison chimique ».
Hiller admit en résumé deux espèces de poisons putrides : un ferment et un agent putride ; mais il avoua n'avoir pu réussir à les isoler tous les deux dans une même liqueur en putréfaction.
Il crut, au point de vue clinique, devoir distin flruer trois formes d'infections :
i* L'ichorrhémie ou empoisonnement par un agent chimique; c'est l'infection putride ordinaire : sa marche et sa gravité dépendent de la quantité de poison absorbée ; ellle n'est pas contagieuse ;
2<^ La septicémie, ou empoisonnement par le ferment septique (putriden Glycerinauszug) : contagieuse à un haut degré, sa malignité et sa virulence s'accroissent à chaque transmission à un sujet sain ; elle sévit endémiquement et est, presque sans exception, fatale ;
3<* La pyohémie (infection purulente, septicémie embolique, pyohémie métastatique) n'est qu'une forme des deux infections précédentes compliquées de lésions locales.
Les travaux de Hiller ont une importance et un intérêt incontestable, mais ils ne sont certainement pas de nature à amener la conviction. Sans parler des poisons chimiques minéraux, tels que le sulfhydrate d'ammoniaque, le carbonate d'ammoniaque, les sels de potasse et la très hypothétique sepsine, dont la toxicité réelle n'a pas d'effets comparables à la toxicité des matières putrides, surtout dans la pyohémie; les preuves que donne Hiller de l'existence de son ferment septique ou extrait glycérine putride me semblent peu solides : aussi peu solides que les objections qu'il oppose à la théorie des germes, et qui seront réfutées plus tard. En effet, les propriétés antiparasitaires de la glycérine sont- elles bien réelles? et Hiller s'est- il au préalable bien et dûment débarrassé de tous les microrganismes suspects, ou germes de microrganisme ? Je ne le crois pas. Il y a déjà longtemps que l'on panse les plaies avec de la glycérine^ et ce mode de pansement a toujours été incapable de préserver les plaies de l'invasion des parasites. Au surplus, dans un vase à expérience la glycérine n'agit pas comme antiseptique, elle n'empêche pas la putréfaction, elle n'en détruit pas les germes ; elle ne joue que le rôle d^agent protecteur : « Elle est à peu près infer-
mentescible, dit Gublcr (1) (1874), et comme pur sa consistance elle abrite parfaitement du contact de l'air en même temps qu'elle dissimule l'eau, dont elle est très avide, elle s'oppose par ce double moyen à la décomposition spontanée des substances organiques et spécialement à la fermentation putride. » Mais il faut pour cela une couche épaisse de glycérine qui forme une véritable cuirasse autour des matières, putréfiables, car chaque parcelle de ces matières qui arrive au contact de l'air, se putréGe. Or, Hiller mélangea en parties égales de la glycérine et des matières en pleine putréfaction^ par conséquent déjà chargées de germes putrides.
D'ailleurs, où est la preuve que le précipité obtenu par Hiller n'était pas purement et simplement de l'albumine coagulée par l'ébullition ou même par la glycérine, qui, comme on sait, est très ordinairement acide et s'acidifie au contact de l'air ? Qu'est-ce qui démontre que la. glycérine au contact des produits de la putréfaction . ne donne pas naissance par l'ébullition à des composés insolubles?
Enfin et surtout, puisque Hiller employa un mélange de glycérine et de matières en pleine putréfaction où les partisans de la théorie des germes, aussi bien que ceux de la théorie chimique reconnaissent qu'il existe des bactéries et des corpuscules-germes (lesquels résistent à la température de + lOO», à l'alcool et aux acides), où est la preuve que le précipité de Hiller n'a pas entraîné des corpuscules-germes de vibrion septique qui lui ont donné toute sa virulence? Hiller répondra peut-être qu'il a filtré le mélange avant de le traiter par Tébullilion. C'est fort juste ; mais en vérité quelle garantie peut donner en pareille matière uno filtration si difficile, qu'elle a dû être aidée par la machine pneumatique : « Alsdann wurde die Flussigekeit mittelst derLuftpumpe fîltrirt(l).i
En somme la théorie du poison chimique, bien qu'habilement défendue, restait sans base solide et comme un corps sans &me. La seule démonstration véritable et catégorique eût é(é l'isolement d'un corps ou d'une série de corps déGnis dont l'injection intraveineuse ou Tinoculation eût reproduit la septicémie ; cette démonstration manquait. J'ose ajouter qu'elle manque encore. Cependant la question est entrée dans tme nouvelle phase, et la découverte des ptomaïnes ou alcdoïdes cadavériques
(1) Gubler, Commentaires thérap, du Codex, 2* édiu 1874, p. 481.
(2) UiUer, Centralblatt fur Chirurgie, 1876. N. 14, S. 211.
EjE LA NATURE DE L'AGENT SEPTIQUE.
par Selmi (1), en Italie, et Armand Gautier (2) jeta comme un jour nouyeau et un regain de popularité sur la théorie du poison chimique (3).
A. Guérin (4) a donné des recherches concernant les ptomaïnes un fort bon résumé. Je ne puis mieux faire que de le reproduire ici.
« Armand Gautier, en France, et Selmi, en Italie (5), ont découvert dans la chair putréfiée un poison analogue aux alcaloïdes, que Selmi a appelé ptomaines.
Des alcaloïdes fixes ou volatils d'origine cadaîérique, les uns sont inactifs, les autres très vénéneux et tout particulièrement les bases fixes.
D'après Selmi, les symptômes de Tempoisonnement par les alcaloïdes cadavériques vénéneux sont : la dilatation et Tirrégularité de la papille, à laquelle succède bientôt la contraction; les ralentissements instantanés et l'irrégularité des pulsations cardiaques ; les convulsions et la mort, avec le cœur en systole et vide de sang.
Deux autres chimistes italiens, Gianetti et Corona (6), ont étudié les alcaloïdes cadavériques et de leurs expériences ils ont conclu :
Que les alcaloïdes cadavériques fixes, ou ptomtines, sont en général vénéneux à un haut degré;
Que les ptomaïnes libres sont plus dangereuses que leurs sels, et spécialement celles qui sont solubles dans Téther.
(1) Selmi, Des principes alcalotdiques naturels trouvés dans les viscères, pouvant donner lieu à des soujiçons d^empoisonnement par les alcaloïdes toxiques, 1172. — Des ptomaïnes ou alcaloïdes cadavériques et de leur importance en toxicologie, 1878. — Alcaloïdes toxiques et substances amyloïdes, 1879.
(5) Gautier (Arm.), Peut-on distinguer aujourd'hui tes alcaloïdes cadavériques det autres alcaloïdes naturels vu artificiels {Ann, d'Hyy,, 1881, tome V, p. 546).
()) Voyex sur ce sujet : Boutmy, De V expérimenta" tion physiologique comme preuve de l'empoisonnement par le* alcaloïdes organiques {Ann. d*Hyg., 1880, tome lY, p. 193). — Brouardel et Boutmy, Développement des alcaloïdes cadavériques (ptomaïne) (Ann, ^Hyg-t 18S0, t. IV, p. 344). — Brouardel et Boutmy, héaeiif propre à distinguer les ptomaïnes des alca- JùUies végétaux {Ann, d'Hyg., 1881, tome V, p. 497). —Brouardel et Boutmy, Béaction des ptomaïnes et conditions de leur formation {A nn. d'Hyg. , 1 88 1 , t. VI, p. 9) . — Chapuis, Précis de toxicologie. Paris, 1882, p. 647.
(4) A. Guérin, art. SiPTiciiiiE du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, p. 143.
(5) Selmi, Gli alcaloidi cadaverici. Bologna, 1878 et îrottarellj, Belle ptomaine od alcaloidi cadaverici {Annalium9.demed,eehir,,SLrrn l879,v.CCXLVII, p. 329).
(6) Gianetti et Corona, Sugli alcaloidi cadaverici o flMuOne del Jelmi, Memoria letta ail' Academia di SiSMri, XIX. Adnnanza, 1880.
Sur les grenouilles empoisonnées par les ptomaïnes, on observe :
i^ Dilatation de la pupille suivie de rétrécissement ;
2<^ Convulsions tétaniques bientôt suivies de flaccidité musculaire ;
3^ Ralentissement des battements cardiaques; rarement augmentation ;
4* Perte absolue de la sensibilité cutanée ;
5* Perte de la contractilité musculaire.
Sur les chiens les phénomènes observés sont:
{^ Pupille irréguÛère, qui finit par se rétrécir ;
2<> Injection remarquable des vaisseaux de la conque de l'oreille par paralysie des vaso-moteurs ;
Z^ Respiration très ralentie;
4^ Somnolence à laquelle succèdent bientôt les convulsions et la mort ;
5^ Perte de la contractilité musculaire.
M. A. Gautier, à qui j'emprunte l'exposé des expériences de Gianetti et Corona, ajoute : « Dans ces expériences, la perte de la contractilité musculaire, môme sous l'influence des excitants électriques, perte sur laquelle les auteurs ont beaucoup insisté, rapproche les ptomaïnes et les alcaloïdes vénéneux des champignons et spécialement de la muscardine, dont je les avais déjà rapprochées dès 1878.
i( Les observations de Corona éloignent, au contraire, les ptomaïnes des autres alcalis végétaux et du curare qui laisse au muscle sa contractilité sous l'influence du courant électrique, ainsi que du sulfocyanure de potassium qui fait disparaître, il est vrai, la propriétédu muscle de se contracter sous l'influence de l'excitant électrique, mais qui le laisse en tétanos, et non en flaccidité. »
Si les ptomaïnes empoisonnent à la manière de certains alcaloïdes végétaux, il n'est pas toujours facile de les distinguer par l'analyse chimique. MM. Brouardel et Boutmy croient pourtant être parvenus à distinguer les ptomaïnes, par la réduction du ferrocyanure et la production du bleu de Prusse quand on ajoute une goutte de solution de perchlorure de fer, ce qui ne se produit pas pour la plupart des alcaloïdes végétaux.
La découverte des ptomaïnes ofirele plus vif intérêt pour les personnes qui s'occupent des causes de la mort dans la septicémie. Elles existent bien réellement, ce n'est pas une hypothèse qui les fait soupçonner. On en obtient maintenant des quantités notables.
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Dans la séance du 28 février i882, Armand Gautier, a lu à l'Académie de médecine, une note dans laquelle il annonce que, avec M. Etard, il est parvenu à extraire des matières putrides des doses notables d'alcaloïdes doués de propriétés vénéneuses très actives. L'échantillon, dit- il, que j'ai l'honneur dé présenter à l'Académie de médecine, est une base aussi caustique que la potasse, bleuissant fortement le tournesol, cautérisant les tissus, attirant l'acide carbonique de l'air, saturant les acides les plus forts, formant avec eux de beaux sels solubles. Nous avons le carbonate, le chlorhydrate, le chloroplatinate bien cristallisés, c'est une base incolore, huileuse, d'un goût amer et phénolique; très caustique, d'une odeur à la fois vireuse, phénolique et rappelant la fleur d'aubépine ; bouillant à la température de 210* environ.
Je ne suis pas assez compétent en chimie pour juger si les moyens par lesquels Gauthier, Selmi et autres sont parvenus à extraire les ptomaïnes, diffèrent essentiellemeiA. de ceux par lesquels Panum,Bergmann et Schmiedeberg avaient trouvé cette substance spéciale qu'ils appelèrent seplinef mais je suis porté à croire que la septine doit rentrer dans la classe des ptomaïnes. Je rappelle à dessein la septine qui a été considérée pendant un temps très court à la vérité, mais qui a été considérée cemme la cause de toutes les septicémies, y compris l'infection purulente. Maintenant que l'on a mieux étudié les alcaloïdes cadavériques qu'à l'époque où les Allemands cherchaient ik en faire un poison capable d'expliquer la septicémie et l'infection purulente, il ne peut plus y avoir de doute sur rimpossibililé du rôle qu'on leur attribuait. Quels sont en effet les accidents produits par les ptomaïnes?
Armand Ga utier, Selmi, Gianetti et Corona, bien désintéressés dans les questions d'infection purulente et d'infection putride, nous l'ont appris; rappelons-nous que,pour Selmi, les symptômes de l'empoisonnement par les ptomaïnes sont : la dilatation et l'irrégularité de la pupille, à laquelle succède bientôt la contraction; le raleniissement instantané et l'irrégularité des pulsations cardiaques; les convulsions et la mort.
Gianelti et Corona signalent également la dilatation de la pupille, les convulsions tétaniques; le ralentissement des battements du cœur ; la perte de la sensibilité et de la contractilité musculaire ; est-ce ainsi que les malades meurent de seplicémie ou d'infection purulente? il est à
peine besoin de répondre. Les ptomaïnes tuent à la manière des alcaloïdes végétaux et ne peuvent en rien expliquer les grands accidents qu'on observe à la suite des grands traumatismes, à moins que ce ne soit une des causes du tétanoi dont jusqu'ici la pathogénie est restée bien obscure. »
Jusqu'ici les ptomaïnes n'ont donc pas plas résolu la question que la sepsine de Bergmano, l'alcaloïde de Zuelzer et le poison putride de Panum.
D'ailleurs il est un côté de la question qui me semble n'avoir pas été surfisamment envisagé. Est-il possible, d'après les faits, que le poison putride absorbé à la surface des plaies et créant la septicémie, soit un corps soluble?
La question de l'absorption par les plaies a été jugée par les recherches de Demarquay (i867- 69) (1) qui a démontré que cette absorption s'exerce sur les solutions salines plus acti- Tement à la surface des plaies organisées qu'à la surface des plaies récentes; puis par J. Guérin (2) qui a mis en relief rinfiueoce de la pression atmosphérique sur cette absorption.
De plus l'absorption s'exerce constamment et sans interruption, à la surface des plaies, sur les liquides et les sels qu'ils tiennent en dissolution ; l'expérience quotidienne le démontre, témoin l'intoxication par l'iode, par l'acide phénique, par le chloral, etc., qui se produit à la suite des pansements faits avec des solutions de ces substances. En somme tout ce qui a été dit sur l'irrégularité de l'absorption à la surface des plaies, sous l'influence des conditions du sujet, de la plaie ou du milieu, sur les phénomènes alternatifs d'endosmose et d 'exosmose n'est que pure hypothèse qu'aucune expérience ne confirme. Par conséquent si le poison putride est un corps chimique, alcaloïde ou autre, et soluble ; dès qu'il se trouvera à la surface d'une plaie des liquides putrides, la septicémie éclatera ; or cela n'est pas. Il est vrai que, lorsque la septicémie existe, on constate toujours que les liquides sécrétés par la plaie sont putrides; il est vrai que l'injection de liquide putride dans les veines ou leur inoculation sous la peau engendre la septicémie; il est vrai que tous les procédés de pansement qui empêchent la putridité des plaies préviennent la septicémie ; il est vrai que toutes les conditions
(1) Demarquay, De l'absorption par Us plaiet (Ifêmoires de CAcaUémit de médecine, 1S67-68, t. XXV'Jl, p. 424).
(2) J. GuériD, Bulletin de C Académie de médecine,
18 Juin 1871.
DE LA NATURE DE L'AGENT SEPTIQUE
qui favorisent la putridité des plaies favorisent la seplicémie; mais il n'est pas vrai que la présence d'un liquide putride à la surface d'une plaie ait pour conséquence forcée la septicémie. Or, comme l'absorption des liquides et des solutions s'exerce en vertu de lois physiques et par conséquent indépendantes des processus vitaux ; elle s'exercerait forcément sur un poison septique dissous et par conséquent devrait engendrer forcément la septicémie, dès que cette solution leptique apparaîtrait à la surface de la plaie. Or il n'en est pas ainsi; l'expérimentation entre les mains de Billroth, l'expérience quotidienne entre les mains des chirurgiens le prouvent. Billroth (i ) fait une plaie semblable sur le dos de deux chiens, et la laisse ensuite s'organiser. 11 panse l'une et l'autre avec des matières putrides et il n'observe rien, pas même une élévation de température. Il blesse ou rafraîchit l'une des ^ies ; le soir même le chien a de la fièvre et des phénomènes septicémiques. Conclusion : i* une plaie bien organisée n'absorbe pas le poison putride ; 2® pour que cette absorption ait Ûeu il faut détruire ou blesser la membrane granuleuse.
D'autre part, on sait combien était fréquente antrefois, avantl'èrede la méthode antiseptique, la putridité des sécrétions des plaies ; la septicémie sévissait aussi, mais elle n'était cependant pas constante et bien des chirurgiens ont ▼a comme moi des plaies putrides sans qu'il y ait d'accidents généraux. Le danger était, il est ^rai, inominent, la menace était constante, mais arec des pansements fréquents on évitait un malheur et on arrivait à la guérison. De tout ^a la conclusion est que le poison putride absorbé à la surface des plaies n'est pas un corps soluble. L'histoire de la théorie des germes va nous dire ce qu'il est.
Je sais bien la réponse opposée au raisonnement que je viens de développer. Elle a été formulée par le professeur Verneuil en 1869 et en 1871 du haut de la tribune académique. A une ^que où le virus traumatique et la sepsine de Bergmann répondaient le mieux à la doctrine tepticéniique, M. le professeur Verneuil s'exprimait ainsi (2) : « La condition essentielle de la septicémie chirurgicale réside non pas dans la production du virus à la surface d'une plaie, mais dans la pénétration de ce virus dans le torrent circulatoire. Le premier phénomène est
(1) Kllroth, Mémoire cité in Arch. fur klin. CAir., INS, kap. XV, S. 448.
(!> Vflitt«i&« BtUMin de t Académie de médecine, 8 Jaift 1888 mMimêiw de chirurgie, t. n, 1880, p. 111.
à peu près constant, le second est très accidentel au contraire.... Les chances de celte pénétration sont grandes les premiers jours quand la solution de continuité est récente ; elles diminuent ensuite quand la membrane granuleuse s'organise; mais elles existent cependant à tous les moments jusqu'à l'époque de la cicatrisation complète. » Toute plaie est douée de la double propriété d'endosmose et d'exosmose. « Nul danger tant que le mouvement se fait de dedans en dehors, menace incessante si l'absorption remplace l'exhalation ou si la moindre blessure intéresse la couche bourgeonnante et ouvre ses vaisseaux. »
Plus tard, en 187 1 (i), il revenait sur le même sujet.
« Pour apprécier les chances plus ou moins grandes de l'auto-infection, disait-il, il faut se rapporter aux conditions générales qui entravent ou favorisent l'absorption : la forme plane ou anfractueuse du foyer, plaie, abcès ou cavité; la composition et l'état anatomique de ce foyer ; la rétention, la stagnation ou l'écoulement faciles des matières putrides ; les conditions de la circulation périphérique sanguine ou lymphatique et de la circulation en général ; la période où en est arrivée la lésion primitive et la santé du sujet, etc..
a 11 ne faut pas oublier que la production de la sepsine varie d'un jour à l'autre chez un même sujet.
« Même variabilité pour l'absorption.
u N'omettons pas de signaler à la suite des causes précédentes, capables d'influencer la marche de la septicémie, le pouvoir qu'a l'économie de se débarrasser du poison par les émonctoires naturels.
La sepsine s'échappe avec la sueur, l'exhalation pulmonaire et les sécrétions intestinales surtout. L'expulsion, d'ordinaire,*a lieu spontanément, mais on fait bien de la favoriser. Malheureusement il n'est pas rare de voir le poison séjourner et s'accumuler en grande proportion dans le sang; alors le danger est grand, car cette concentration peut être comptée parmi les causes de mort les plus sûres et les plus irrémédiables. »
Ce serait donc l'irrégularité dans la production et surtout dans l'absorption et môme l'élimination du poison putride qui expliquerait l'absence d'accidents dans certains cas de plaies putrides. Mais cette irrégularité de production
(l) Verneuil, Bulletin de l'Académie de médecine, ISavril 1871 eX Mémoirei de chirurgie, xM.xmO,'^. 122.
MAURICE JEAf^NEL. — DE LA SEPTICÉMIE.
du poison n*est qu'une pure hypothèse ; l'on ne peut dire quelles causes y président, tandis que Ton sait bien que la putréfaction une fois commencée ne s'arrête que sous des influences connues.
Quant à Firrégularité dans l'absorption, l'expérimentation, à l'aide de solutions salines artificielles, ne permet pas de la constater.
Enfin pour ce qui est de l'irrégularité dans l'élimination par les émonctoires, c'est un fait fort admissible, mais qui n'entraîne pas forcément la nature chimique du poison absorbé par la plaie.
THÉORIE DES GERVES.
La théorie des germes attribue à des ferments organisés, à des proto-organismes ou à leurs germes toutes les fermentations et tous les méfaits des maladies infectieuses.
Les applications de cette théorie à la pathologie datent en réalité des travaux de Pasteur sur la putréfaction. Ces travaux ont, pour le sujet qui m'occupe, une trop grande importance pour ne pas être rappelés au moins en quelques mots. Ils servent en effet de base solide à tout l'édifice.
I. Théorie de M. Pasteur sur la putréfaction, — En 1861, M. Pasteur (i) démontrait que la fermentation butyrique a pour agent un organisme ou vibrion anaérobie, c'est-à-dire vivant sans consommation d'oxygène libre.
En 4863, le 29 juin (2), Pasteur exposait devant l'Académie des sciences de Paris ses recherches sur la putréfaction, dont l'extrait suivant donne une idée suffisante : « La conséquence la plus générale de mes expériences, dit-il, est fort simple : c'est que la putréfaction est déterminée par des ferments organisés du genre vibrion, » Les vibrions ferments de la putréfaction sont tous anaérobies, c'est-à-dire vivant sans consommation d'oxygène libre. Voici à peu près les phénomènes qu'ils provoquent. Dans un vase clos la putréfaction ne commence à se manifester par des signes extérieurs qu'après un certain laps de temps, 24 heures au moins. Pendant cette première période, il se fait un travail qui aboutit à la disparition du gaz oxygène dans la matière
(1) Pasteur, Animalcules infusoires vivant sans gaz oxygène libre et déterminant des fermentations (C. R, de CAcad, des sciences, 1861, t. LU, V série, p. 334, 25 février).
(î) Puteur, Recherches sur la putréfaction (C. R. de VAca'K des sciences, 1863, t. LVI, \^ série, p. 1189, 29 juin).
putréfiable et à son remplacement par del'acide carbonique. Lorsque le milieu est neutre ou alcalin, ce travail s'effectue sous l'influence de petits infusoires aérobies, c'est-à-dire vifast avec consommation d'oxygène libre, notamment le monas crepuscuhan et le bacterium terno. Lorsque l'oxygène a disparu, ces animalcules périssent et se précipitent au fond du vase.
Si le liquide est exempt de germes de ferment putride, tout reste indéfiniment dans cet état Mais le plus souvent ces germes existent A se développent dès la disparition complète de l'oxygène. La putréfaction se déclare aussitôt et s'accélère à mesure que les vibrions se dévelop* pent. La fétidité devient intense, mais elle est en proportion de la quantité de soufre qui entre dans la composition de la matière en putréfaction.
Le contact de l'air, loin d'être nécessaire à la putréfaction, lui est donc nuisible, l'oxygèoe faisant périr les vibrions putrides. La putréfaclioD au contact de l'air se produit cependant d'one façon plus complète, et voici pourquoi : Dans un liquide exposé à l'air, la soustraction du gai oxygène dissous a lieu comme dans le premier cas. Mais les bactériums ne périssent que dam la masse du liquide ; ils subsistent à la surface et forment une couche protectrice qui se multiplie, s'épaissit et se renouvelle sans cesse, et qui protège d'autant mieux le reste du liquide contre l'accès de l'oxygène. Cette couche ou pel> licule, à laquelle s'associent dirers mucoiset des mucédinées, permet par conséquent d'aotant mieux le développement des vibrions fe^ ments.
Alors, « d'une part, les vibrions (i) vivant sans la coopération du contact de l'air déterminent dans l'intérieur du liquide des actes de fermentation, c'est-à-dire qu'ils transforment les matières azotées en produits plus simples, mais encore complexes ; d'autre part, les bactériums ou les mucors comburent ces mêmes produits et les ramènent à l'état des plus simples combinaisons binaires : l'eau, l'ammoniaque et l'âdde carbonique. »
Mais lorsque la matière fermentescible est en couche très mince, avec accès facile de Ttir atmosphérique, « la fermentation et la putréfaction peuvent être absolument empêchées et la matière organique peut céder uniquement à des phénomènes de combustion »• Alor8,eo effets les vibrions anaérobies se trovreiit fiuté-
(1) Pasteur, Recherches tur Is de VAcad. des «cienoet, IM^ ^
/Ci
THÉORIE DES GERMES
ment dans un liquide chargé d*oxygëne, qui les tue.
Au contraire « dans le cas de putréfaction à l'abri du contact de Tair, lorsque la pellicule de bactérîums et de mucors n'existe pas, les produits de dédoublement de la matière putrescible restent inaltérables » et la putréfaction reste incomplète.
En résumé, la putréfaction est une fermentation aboutissant à la réduction des matières putrescibles. 11 faut y reconnaître deux phases ou périodes : dans une première période, sous l'inflaence de ferments anaérobies du genre vibrion^ on constate la transformation des matières azotées en produits plus simples, mais encore complexes ; dans une deuxième période, ces derniers produits sont à leur tour réduits en composés binaires les plus simples par l'activité d'infusoires aérobies (bactériums, mucors, etc.).
M. Pasteur avait soin, en outre, de différencier la gangrène, qui est la cessation de la vie, et la patréfaction, qui est la décomposition des tissus et des liquides organiques. Il démontrait encore qoe dans l'état de santé le corps des animaux est fermé à toute introduction de germes extérieurs. 11 avait réussi à extraire de l'intérieur du corps, à Tabri du contact de l'air, du sang et de l'urine, et ces liquides s'étaient conservés, sans manifester la moindre putréfaction au contact de l'air pur filtré à travers de l'ouate. 11 déduisait de là qu'un organe ou un tissu gangrené, conservé rigoureusement à l'abri du contact de Tair, ou dans un air absolument privé de germes, pouvait échapper indéfiniment à la putréfaction (1).
La théorie de M. Pasteur ne fut pas acceptée sans conteste. Lemaire(2) (1863-64) chercha à prouver expérimentalement que les vibrions anaérobies étaient pure fiction ; il s'efforça d'en montrer l'identité morphologique avec les vibrions ou bactériums aérobies, concluant que deux êtres identiques ne pouvaient reconnaître des conditions d'existence si différentes, que du reste la putréfaction en vase clos commence, mais ne continue pas.
De Taris de la majorité, la doctrine de M. Pasteur resta rictorieuse.
11. Premières applications de la théorie des germes au cKarbon et à la septicémie, — La théorie des germes appliquée à la pathologie, ou la paihologie animée, n'est en somme que l'applica-
(1) Voyez sur ce sujet, E. Duclaux, Ferments et maladies^ 1883, p. 23 et suiv., p. 53 et 78.
(1) Lemiire« C. A. de V Académie des sciences^ 1863, 2* lérie, t. LVn, et 1864, 1" série, t. LVIII.
tion au travail morbide de la doctrine éditée par M. Pasteur pour le travail de la putréfaction. Elle fut d'abord appliquée et discutée à propos du charbon ou sang de rate. L'origine bactérienne de cette maladie, soupçonnée par M. Davaine (1850), puis par Pollender (1850) et Brauel (1856-57), fut démontrée, en 1863 et 1864, par M. Davaine (1), qui constata que, lorsque l'on inocule du sang charbonneux porteur de bactéries, l'animal inoculé est infecté, et les bactéries se reproduisent et se multiplient dans son sang.
L'idée de la généralisation possible de cette origine aux autres maladies infectieuses ne larda pas à se répandre; Signol (2) (1863) avait déjà signalé des bactéries dans le sang des chevaux atteints de typhus. Mais quant à la septicémie et à la pyohémie, les recherches semblèrent au contraire démontrer d'abord que la toxicité n'appartenait pas à des microrganismes.
En 1864, MM. Leplat et Jaillard (3) soumirent à l'Académie des sciences une série d'expé* riences d'où ils concluaient à l'innocuité propre desinfusoires.
M . Davaine, dirent-ils, en inoculant du sang bactérifère, avait inoculé un liquide complexe ; il eût fallu n'opérer qu'avec des bactéries.
Pour juger la question, ces auteurs entreprirent une série de douze expériences où ils inoculèrent des liquides putrides et des liquides non putrides, chargés de bactéries dont ils avaient au préalable constaté l'identité et la vitalité. Ils conclurent en n'accordant aucune efficacité aux microrganismes contenus dans les liquides septiques; ils ne disaient même pas que les infusoires fussent les véhicules ordinaires du poison putride.
M. Davaine, dont les recherches étaient spécialement visées par MM. Leplat et Jaillard, répondit (4) (1864) que, la putréfaction détruisant les bactéridies charbonneuses, les conclusions de ses contradicteurs, qui avaient employé du sang putride, ne pouvaient s'appliquer au charbon.
Peu après il s'attacha lui -môme (5) à montrer
(1) Davaine, C. R, de V Académie des sciences^ 1863, 2» série, t. LVII, et 1864, 2« série, t. UX.
(2) Signol, Bulletin de la Société vétérinaire, 1863.
(3) Leplat et Jaillard, de t Action des bactéries sur Véconomie animale (C. A. d« V Académie des sciences^ 1864, t. UX, 2» série, 1" août).
(4) Davaine, C, R. de l'Académie des sciences 1 1864, ULIX, 2* série, 17 août.
(5) Davaine, Nouvelles recherches sur la nature de la maladie charbonneuse connue sous le nom de sang
9IAURICE JEANNEL. -- DE LA SEPTICÉMIE.
qu'il existe une difTérence entre la nature de l'agent toxique de la septicémie et la nature de l'agent toxique du charbon.
Cependant Pouchet (1) (t864), qui n*admettait d'ailleurs pas la théorie de M. Pasteur sur la putréfaction, refusa d'accorder aucun rôle étiologique aux bactéries et aux vibrions qu'il constata dans les produits de sécrétion des bronches, des fosses nasales et du conduit auditif externe. 11 les considéra simplement comme des produits ou des résultats de la putréfaction de ces produits.
Mais en revanche Sabatier, en 1865 (2), relata l'observation d'un artilleur mort d'infection putride, dans le cœur duquel on trouva un énorme caillot contenant des globules déformés et un grand nombre de bactéries.
La discussion continua d'ailleurs entre MM. Leplat et Jaillard, d'une part, MM. Davaine et Pasteur, de l'autre, sur le rôle delabactéridie charbonneuse, que les premiers persistaient à contester et que les seconds affirmaient au contraire en invoquant des arguments laissés sans réplique.
En même temps Billroth (3) (1865) s'occupait aussi passagèrement de la théorie des germes à propos de ses recherches sur la fièvre traumatique et penchait vers Thypothèse de la nature moléculaire de certains miasmes. Cependant il considérait que puisqu' « on n'a pu prouver jusqu'à présent que chaque ferment fût nécessairement composé de corps vivants », on n'est pas « forcé de regarder toutes les substances infectieuses comme composées d'organismes animés ».
m. Découverte de la double forme du vibrion sefitique. — C'est alors que dans une série de travaux M. Pasteur, de 1866 à 1869 (4), annonça avoir reconnu que la maladie des vers à soie tenait à la fermentation des feuilles de mûrier dans le canal intestinal de ces animaux, fermentation putride sous l'influence des vibrions sep-
de rate (C. R, de VÀcad, des sciences, 1864, t. LIX, 2» série, 22 août).
(1) Pouchet, Production des bactéries et des vibrions d^ns les phlegmasies des bronches, des fosses nasales et du conduit auditif externe (C. R. de VAcaL des sciences, 1864, t. LIX, 1* gérie, 7 novembre).
(2) Sabatier, Thèse de Strasbourg, 1865.
(3) Billroth, Mém. cité in Arch. fur klinische Chirurgie, 186b, B. VI. Schlussbemerkungen zuKap, XVI und XVII. S. 487.
(4) Pasteur, C. R. Académie des S'iences, 1866, t.LXIII, p. 135-902 ; 1868, t. LXVI, p. 1289; t. LXVIII, p. 1232. — Étude sur la maladie des vers à soie. Paris, 1870.
tiques ou de leurs germes. Il avait constaté, disait-il, chez les vibrioniens une sorte de parthénogenèse. Après qu'ils se sont reproduits pendant un certain temps par division spontanée, on voit naître dans leur substance, jusque là translucide et homogène en apparence, un ou plusieurs corpuscules plus réfringents que le reste du corps. Celui-ci se résorbe peu à peu autour des noyaux Ces corpuscules peuvent subir une dessiccation prolongée sans périr, et la poussière infectieuse qui en résulte, répandue sur une feuille de mûrier, provoque la flacherie des vers à soie qui en font leur pâture. Cette découverte fut, de l'aveu de M. Pasteur lui-même, le point de départ des applications qu'il fit de la théorie des germes aux maladies infectieuses et contagieuses. C'est en découvrant que la maladie des vers à soie, affection éminemment infectieuse et contagieuse, était due à des proto-organismes, c'est après avobr été confirmé dans cette idée par le succès des mesures pr&phylactiques qu'elle inspire, que M. Pasteur crut à la généralisation possible de cette étiologie aux maladies infectieuses qui sévissent sur l'homme.
Mais il n'est rien de plus difficile, surtout dans les questions scientifiques, que d'obtenir des chercheurs un certain respect, une déférence mesurée par la critique pour les travaux de leurs devanciers. Cette sorte de parthénogenèse des vibrions, affirmée par un savant de la valeur de M. Pasteur et sur laquelle l'éminent chimiste fit reposer tout son système, personne n'en comprit les conséquences, personne n'en tint compte et nous verrons bientôt qu'une des principales objections élevée, en Allemagne surtout, contre la théorie des germes sera l'efficacité de liquides putrides traités d'après le procédé de Panum, par l'ébullition prolongée et l'alcool absolu. Or M. Pasteur montra que si l'ébullition et l'alcool tuent les bactéries, ils restent sans effet sur le vibrion septique à l'étal de corpuscule germe et provoquent même sa métamorphose en corpuscule germe; nous aurons à revenir plusieurs fois sur ce phénomène.
D'ailleurs à la même époque, plusieurs expérimentateurs cherchaient à prouver l'innocuité des bactéries en en débarrassant les liquides putrides par des procédés physiques. Raison (1866) (1) crut constater que la filtration des 11-
(1) Raison, Experimentelle Beîtrage sur Kenniniss der puhiden Intoxi/cation und des putridem Gifles, Diss. inaug. Dorpat, 1866.
THÉORIE DES GERMES
guides putrides à travers du charbon, procédé par lequel il se figurait les débarrasser des bactéries, donnait un produit plus toxique que les liquides eux-mêmes; Frese (1866) (I) nia la nature moléculaire du poison putride en se fondant sur la toxicité du sérum purulent tillré. Cétaient là de pauvres arguments, les meilleurs filtres étant de faibles obstacles pour les vibrions, dont les germes fourmillent d'ailleurs dans l'air atmosphérique.
IV. Expériences de MM, Coze et Feltz. — En )866, MM. Coze et Feltz (2) commençaient la pu- Uicalion de leurs importantes recherches sur k présence des infusoires et Tétat du sang dans les maladies infectieuses. Après ayoir, les premiers, reconnu que le sang d'un lapin, lepticémié par l'injection de substances putrides, possède une virulence, c'est-à-dire une pQissance d*infection, beaucoup plus considéfible que les substances putrides primitivement employées, MM. Coze etPellz signalèrent Tapparition de la fièvre consécutivement aux injectons septiques, et constatèrent que u cette fièvre infectieuse, traduite par une élévation de température, coïncide avec la présence dans le Sang d'éléments organisés vivants, qui, comme b dit M. Pasteur, ont la propriété de transporter l'oxygène sur toutes les matières organiques, les brûlant complètement avec un grand dégagement de chaleur ou les arrêtant à des termes de combustion variables. C'est au sang même que ces éléments doivent soustraire l'oxygène et ainsi déterminer dans le liquide nutritif une profonde altération. »
De leurs expériences MM. Coze et Feltz condurent en résumé : 1* la toxicité des matières putrides appartient aux éléments solides ou moléculaires ;
2* L'on rencontre dans le sang, infecté par
une injection putride, des bactéries (bacterium
panctum et bacterium catenula de Dujardin),
d'uo aspect et d'une grandeur déterminée qui
paraissent se détruire dans l'arbre pulmonaire
de la circulation ;
3* Le sang est profondément altéré, surtout
les globules qui sont déformés, crénelés, étoiles
et sont pénétrés d'infusoires;
4* L'on constate une diminution dans Toxy-
^ilon des éléments protéiques et une légère
diminution dans les combustions intra-organi-
(1) Freae, Bxperimentelle Bdtrage xur Aetiologie ^€S Fieàen, Diss. iniug. Dorpat, 1866.
(2) Coxe et Felti, Beeherches expérimentales sur la iM^tfMUtf'dft la/tefoA'e» et f'itat du sang dans les ma- ^Êikê ksflnMmn. Mraibovvg» laSMT-fi»» p. Si.
ques : le sang renferme moins d'oxygène et plus d'acide carbonique.
Pour MM. Coze et Feltz, la solution du .problème était claire et nette ; la bactérie constituait le poison septique: elle agissait en développant dans le sang un travail de putréfaction dont la mort était une étape, mais non pas la terminaison. Ces auteurs n'étaient d'ailleurs pas éloignés de penser qu'à chaque maladie répond un infusoire spécial et par conséquent une fermentation également spéciale.
Après les matières putrides proprement dites et le sang septicémique, ils expérimentèrent en effet le sang typhoïde et le sang varioleux non putréfiés, et comparant ensuite entre elles les trois espèces d'infections qu'ils avaient séparément étudiées, ils conclurent :
i" Les infections ont des caractères communs qui permettent de les reconnaître ;
2<^ Chaque infection possède des caractères particuliers qui établissent sa spécificité.
Les caractères communs sont : l'état réfractaire de l'épithélium pulmonaire à l'absorption de la matière septique ; la septicité des éléments moléculaires solides ; l'élévation de température comme symptôme constant de l'infection; l'altération et la déformation des globules rouges du sang ; la leucocytose ; la présence d'infusoires dans le sang.
Parmi les caractères différentiels on doit no* ter : l'élévation brusque et unique (variole), ou progressive (septicémie, Bèvre typhoïde) de la température. L'espèce différente d'infusoires que l'on trouve dans le sang : les bactéries de la sep* ticémie et de la fièvre typhoïde sont analogues, mais de dimensions différentes (bacterium punctum et bacterium catenula de Dujardin); les bactéries varioleuses se rapprochent des espèces bacterium terme de MuUer et bacterium bacillus de Pasteur.
On ne pouvait donc pousser plus loin l'application de la pathologie animée ou parasitaire. C'est en effet un véritable rôle de parasites que MM. Coze et Feltz accordaient aux microrganismes. La maladie n'é(fiit plus d'après eux que l'expression d'une lutte pour l'existence entre l'organisme et les infusoires qui l'envahissaient et vivaient à ses dépens ; lutte contre des ennemis multiples et différemment armés dont l'invasion créait dans l'économie une dvscrasie spéciale engendrant une réaction proportionnelle.
MM. Coze et Feltz ne purent d'ailleurs généraliser leur système. Us échouèrent dans la découverte des infusoires de la scarlatine et de
MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICÉMIE
la fièvre puerpérale. Mais cet échec n*infirmait pas les conclusions de leurs premières recherches et trouvait une explication probable dans l'insuffisance des procédés d'investigation.
Il existait cependant une regrettable lacune dans les expériences des deux ingénieux physiologistes ; ils avaient par l'analyse du sang septicémique, typhique ou varioleux, découvert des bactéries auxquelles ils attribuaient la maladie ; ils n'avaient pas reproduit ou synthétisé cette même maladie à l'aide de ceï mêmes bactéries isolées de tout autre élément capable de toxicité.
V. Opinion de HaWier, Lister, Béchamp, Davai7ie (1867-69). — En 1867, Rallier (I) édita au sujet des germes et des bactéries une théorie qui mérite d'être citée en raison du crédit qu'elle a trouvé en Allemagne. Ce n'était en réalité qu'une variante de la théorie de M. Pasleur. M. Pasteur considérait les microrganismes comme appartenant au règne animal; Rallier les considéra comme des végétaux, des champignons; les vibrions étaient pour lui des leptolhrix, les bactériums des peniciliums. Le rôle respectif de ces végétaux et l'influence de l'oxygène sur leur vitalité restait d'ailleurs le même. Rallier affirma en efi'et que le contact de l'air empêchait la putréfaction complète. D'ailleurs, au point de vue qui nous occupe, qu'il s'agisse de végétaux ou d'animaux, peu nous importe.
C'est également en f867 que parut le premier travail important de Lister (2) sur le traitement des plaies par la méthode antiseptique. Les travaux de ce chirurgien furent tous inspirés parles recherches de M. Pasteur, qu'il contrôla, adopta et appliqua à la pratique de la chirurgie.
Lister considéra la suppuration des plaies et la putréfaction du pus sécrété comme les deux conditions pathogé niques primordiales des accidents septicémiques et pyohémiques. Il rechercha donc la cause de ces deux phénomènes et arriva à la conviction que l'un et l'autre sont des maladies de la plaie, causées par le contact des germes de microrganismes flottant dans l'atmosphère. C'était là chez lui une conviction théorique, dont il s'inspira pour inaugurer la méthode de pansement antiseptique
(1) Rallier, GCihrungserscheinungm^ Untersuchungen ûbei' Gûhrung, Faulniss und Verwesung, Leipzig,
(2) Lister, A new Méthode of treating compound Fractures y Absess^ etc., with Observations on the Conditions of Supfiuraiion {Lançât, 1867, vol. II, juillet, p. P5).
qui porte son nom. Mais les succès Ihérapou tiques de cette méthode furent bientôt le contrôle et la démonstration de la théorie (f). ^
Presque en même temps MM. A. Bécharop et Ester (1868) (2) formulèrent devant l'Académie des sciences des idées originales sur le développement des bactéries qu'ils faisaient provenir des microzymas. D'après eux les microtynus sont des germes de ferments existant dans la plupart des tissus animaux vivants. Ce sont les granulations moléculaires que tous les histologistes ont observées. Ces microzymas existeraient dans toutes les cellules animales et conserveraient la forme apparente d'une sphère. En dehors de l'économie et sans l'intervention d'aucun germe étranger, les microzymas perdent leur forme normale ; ils commencent pir s'associer en chapelets (torula), puis ils s'allongent de manière à représenter des bactéries, isolés ou associés.
Ces faits, toujours d'après MM. A. Béchampet Estor, auraient une importance considérable en pathologie; ils devraient faire admettre que, dans les cas où les bactéries ont été notées dans le sang, il ne s'agit pas d'un fait de para* sitisme ordinaire, mais bien du développement d'organismes constants et normaux. Les bactéries, loin d'être la cause de la maladie, en seraient au contraire les effets. Mais les microiT* mas auraient en revanche un rôle actif dans k production des états morbides. Les microzymas feraient les zymases (ferments solubles, poison putride) soit directement, soit en transformant quelque matière albuminoïde dans les cellales dont elles font partie intégrante.
Sous quelle influence et dans quel but s'opère cette transformation des microzymas en bactéries ? Quelle cause provoque cette fabrication de la zymase ou poison putride, et en fixe la qualité ? C'est ce que M. A. Béchamp négligea d'indiquer. Or il faut bien qu'elle existe cette influence et cette cause spéciale, sans quoi on ne comprendrait pas la persistance de la rie sans cesse menacée par les innombrables microzymas qui fourmillent dans chaque cellule. La théorie des microzymas trouva d'ailleors peu de faveur.
Je ne ferai que citer les travaux de Lemaire
(1) Lister, On the antiseptic Principle in thePraC' tice of Treatmetit in Surgery {Lancel, 1807, toI. W, septembre, p. 353). fllustrations of the antiseptic Siistem of Treatment in Surgery (Lancet^ 1867, vol. U. novembre, p. 668).
(2) A. Béchamp et Ester C, R. de rÂcadènie du .sciences, 1868, t. LXM, l'« série, p. 431 et 859.
THÉORIE DES GERMES
(f868) (I), de Christotet Keiner (i868) (2), de Lorlet (1868) (3) et de Davaine (1868) (4), qui tout en confirmant la théorie, n'apportaient aucun fait nouveau.
VI. Bactéries dans le sang des érysipélateux. — Cependant Texamen du sang des blessés érysipélateux sembla confirmer la théorie des germes.
Volkmann, en 1869 (5), avait soupçonné dans l'érysipële rinfluence pathogénique des microphvtes, mais il avait posé la question sans la résoudre « Ist es auch ein Gift ? ein Ferment ? »
En 1870, M. Nepveu (6) constata le premier, dans le sang de malades atteints d'érysipèle Iraumatique, des bactéries (bactcrium punctum d'Ehrenberg). Sur 10 observations, il en trouva 9 fois.
 FAcadémie de médecine, en 1869 et en 1871, lors delà discussion sur la pyohéniie, il fat question de miasmes et de putridilé, mais personne ne parla encore ni de vibrions, ni de bactéries, ni de la théorie des germes.
Mais de 1868 à 1870 M. de Ranse (7) dans une série de remarquables articles, écrits surtout au point de vue médical, admit que Texislence et le rôle des microzymas était irrévocablement prouvé et n'accorda aux bactéries qu'une importance fort secondaire.
VII. État de la théorie des getmes en 1871. — En résumé en 1871, lors de la discussion de
(1) Lemaire, Le typkm, le choléra^ la peste, la fièvre jamne^ la dyuenterie, la fièvre iniermittente et la pourriture dhôpUal sont-ils dus aux infusoires qui jouent le rôle de ferments? (C. H. Acad, des scitnces, 186S, t. LXVn, 2« série, 28 septembre, p. 653.) — Heckerehes sur le rôle des infusoires pour servir à tkistoire de la pathologie animée {Ibid., 1868, 12 octobre, p. 739).
(2) Cbristot et Kiener, De la présence des bactéries tt de la leucocytose concomitante dans les affections faretna-morveuses (C. R. de VAcad, des sciences, 1868, tLXVII, 2* série, 23 novembre, p. 1054).
{%) Lortet, Société de biologie. 18 avril 18ft8 et Die- Uonnaire annuel des sciences et institutiom médicales de Gamier 1868, art. Pus, p. 396.
(4) Davaine, art. BAcrÉais da Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Paris, 1868, p. 30.
(5) Yolkmann, Handàuch der allgemeinen und speci«Wfîi Chirurgie, 1S69. B. I. Abth. II, Erysipelas, S 158.
(6) Nepveu, Note sur la présence des bactéries dans ifumg des érysipélateux (Société de biologie, 1870, 2} octobre).
(1) De Ranse, Du rôle des microzoaires et des mi- ^hytes dans la genèse et la propagation des maladies {Gazette médicale de Paris, 1S68-6'M0).
l'Académie de médecine sur la pyohémie, lu théorie des germes avait surtout été appliquée aux maladies internes et quelquefois à l'infeclion putride. La théorie de M. ^ toasteur sur la fermentation putride ou putréfaction était sortie victorieuse, au moins aux yeux de la majorité, dos contestations auxquelles elle avait donné lieu. 11 restait acquis que la putréfaction est l'œuvre de deux espèces d'infusoires, les uns anaérobies, les autres aérobies, ayant chacun des fonctions tranchées et différentes; que les vibrions anaérobies, qui sont les agents principaux de la putréfaction, peuvent revétur deux formes, celle de vibrion et celle de corpusculesgermes, forme sous laquelle ils résistent soit à l'ébullition, soit aux traitements par les acides de l'alcool. Si Ton avait ultérieurement tenu plus de compte de ces vérités, on eût évité bien des faux pas, bien des erreurs et bien des controverses inutiles; l'histoire va nous le prouver.
En second lieu, la spécificité de la bactéridie charbonneuse avait été découverte, sinon irréfutablement démontrée par M. Davaine et malgré MM. Leplat et Jaillard. Cette spécificité qui devait, plus tard il est vrai, être mise hors de doute, est encore un fait que les expérimentateurs ont, surtout en Allemagne, un peu trop négligé au grand dommage de la simplicité et de la clarté de la théorie bactérienne.
En troisième lieu, MM. Goze et Feltz avaient relaté, les premiers, des expériences qui démontraient la virulence progressive du sang septicémique, et par conséquent la régénération du poison putride dans le sang de Tanimal in* fecté.
En quatrième lieu, les partisans de la théorie des germes se partageaient en deux opinions : 1* les uns avec MM. Pasteur, Lemaire, Goze et Feltz croyaient à la présence des bactéries dans le sang des malades, et considéraient la maladie comme une fermentation dont les caractères et les allures dépendaient de l'espèce de bactéries qui la provoquaient.
2* Les autres avec MM. A. Béchamp, Estor et de Ranse considéraient les bactéries comme un produit morbide, et croyaient à la formation d'une zymase ou poison putride spécial, sous l'influence de mycrozymas ou granulations moléculaires, qui devenaient plus tard des bactéries.
Enfin les adversaires de la théorie des germes invoquaient avec Panum, Raison, Frese, etc., etc., la conservation de la toxicité dans les liquides putrides filtrés ou soumis à divers traitements chimiques prétendus incompatibles avec
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pc
la vie des microrganismes; ou bien, avec liM. Leplat et Jaillard, soutenaient que les vibrioniens n'avaient d'efficacité que lorsqu'ils rempruntaient aux liquides virulents au sein desquels ils vivaienL
Tel était à peu près en i87i Tétat de la science au sujet de la tbéorie des germes ; les bases en étaient jetées, mais Tédifice s'élevait encore bien peu.
Une ère nouvelle s'ouvrit alors, au moins pour la théorie des germes appliquée à la chirurgie, ère féconde, où les travaux cliniques et expérimentaux se multiplièrent à Fenvi, ère de révolution pour les doctrines et la pratique chirurgicales .
Il importe de remarquer au préalable que, si, ce qui ne me semble plus contestable aujourd'hui, il est démontré que les fermentations diverses acétique, alcoolique, etc., nécessitent des ferments spécifiques, tels que le mycoderma aceli ou la levure de bière et ne peuvent exclusivement se produire que par leur intervention ; il est logique, en raison de l'unité de moyens employés par la nature pour arriver à des fins identiques ou semblables, il est logique, dis-je, d'admettre que toutes les fermentations ont leur ferment propre et indispensable : que dès lors, s'il est démontré que les maladies infectieuses telles que la septicémie et la pyohémie ont une parenté avec les fermentations putrides, dont elles ne seraient qu'un mode, il est rationnel d'admettre comme raison étiologique de ces maladies un ferment ou un vibrion véritablement spécifique. Les questions à résoudre étaient donc : 1^ le degré de parenté de la septicémie avec la fermentation putride; 2^ la découverte du vibrion spécifique pathogéniquement responsable de ces maladies.
Cela étant posé, examinons s'il est possible de trouver dans l'histoire des travaux relatifs à la théorie des germes appliquée à la chirurgie une réponse à ces deux questions.
VIII. Microsporon septicum de Klebs. — En 1871 , parurent d'abord le mémoire d'Hervey sur les pansements ouatés, puis, en i872, la thèse de Blanchard, où A. Guérin par la plume de deux de ses meilleurs élèves prenait date pour ses idées sur la théorie des germes appliquée à la pyohémie et aussi à la septicémie. Je reviendrai plus loin sur ces deux mémoires (1).
En 1872, PopofT (2) injecta de la levure de
(1) Voyez Ptohésie.
('2; Popoff, Uîitersuchungen ûber die Wirkungen der B.erhefeundderin derPasieuvsJt ji Flussigheit enthui-
bière et des organismes cultivés dans un liquide de Pasteur (urine neutre), et obtint, dans l'un et l'autre cas, des phénomènes septiques.
Également en 1872, Klebs (I) prétendit qu'un organisme spécial, le microsporon septicum, causait la septicémie qu'il confondait d'ailleurs avec la pyohémie. Cet organisme représentait, disait-il, des productions généralement filiformes résultant de la juxtaposition en séries linéaires de corpuscules que l'on trouve souvent isolés. D'ailleurs Klebs ne contrôlait son affirmation par aucune expérien ce d'isolemen t au moyen de cultures ou de filtrations; le microsporon septicum n'était-il pas d'ailleurs simplement le vibrion scptique ou ses corpuscules germes?
IX. La virulence progressive du sang sepUeémique devant V Académie de médecine. — Mais déjà s'était ouverte à TAcadémie de médecine la discussion sur la septicémie par la fameuse communication de M. Davaine (1872) (2) au sujet de la virulence progressive du sang septicémique. Grande et justifiée, tout le monde sele rappelle, fut la stupéfaction de l'Académie, lorsqu'elle entendit M. Davaine annoncer à la tribune les fantastiques résultats de ses expériences, et soutenir qu'un millionième et môme un trillionième de goutte de sang septicémiquc possédait une virulence telle qu'un lapin inocolé succombait à bref délai.
11 y avait, à la vérité, de quoi surprendre et de quoi éveiller la méfiance des esprits les moios prévenus. Cependant rien n'était plus vrai; et cette incompréhensible toxicité de ces inimaginables dilutions était même la preuve la plus éclatante de la nature organisée et vivante du poison septique ; c'était la démonstration la plus irréfutable de la théorie des germes qui seule pouvait l'expliquer. Le fait d'ailleurs n'était pas absolument nouveau : MM. Coze et Fdts en 1806 (3) avaient en effet signalé cette progression de la virulence, mais ils n'avaient pas poussé leurs recherches aussi loin que M. Davaine.
Je n'entrerai pas dans le récit des expériences de ce dernier physiologiste, ce serait ici hors de propos ; je me bornerai à en enregistrer les
tenem Organismem aufder thierischen Korper (Ber/iner medicin wochenschraft, 1872. N'. 43).
(1) Klebs, Beïirage zurpathologischen Analomieder Schusswunden. Leipzig, 1872.
(3) Davaine, Cummuniecdion sur la septicémie (Bulletin de i* Académie de médecine ^ 1872, 17 sep tembre).
(3) Coze et Feltz, Recherches expérimentales, ete., 1866 (expériences).
THÉORIE DES GERMES
rcsoltats et à relater l'explication qui en fut donnée. Les résultats, c'était la constatation : i* d'une Tlrulence telle qu'une dilution au trillioniè'ne était encore toxique pour le lapin; 2* de l'existence dans les liquides inoculés de corpuscules figurés et animés. Quant à l'explicatioDy M. Davaine soutint que la virulence progressive dépendait uniquement de la reproductioD et de la multiplication du virus septicémique, d'ailleurs identique au ferment de la putréfaction. Il admettait du reste intégralement la théorie de M. Pasteur au sujet de la putréfaction.
Il trouvait la preuve de l'identité du virus et du ferment dans une série d'expériences, faites ptrluiy dont les conclusions forcées et évidentes étaient que : « dans les conditions identiques, l'an et l'autre se produisent dans le même espace de temps ; l'un et l'autre perdent leur virulence par une conservation plus ou moins longue; l'un n'est engendré dans l'organisme que par k pénétration de l'autre dans cet organisme ; l'on et l'autre tuent également le lapin à des doses infiniment petites ; enfin l'un et l'autre produisent chez l'animal inoculé des phénomèoes identiques dans leurs manifestations et leur durée. »
Passant de ces données expérimentales aux déductions doctrinales, M. Davaine prétendit qne la septicémie, ou tout au moins la septicémie expérimentale, est une putréfaction, qui s'accomplit dans le sang d'un animal vivant par les mênies procédés et par les mêmes agents qoe la putréfaction qui s'accomplit à l'air libre, c'est-à-dire par l'activité de vibrions. L'odeur cadavéreuse des septicémiques moribonds, la décomposition hâtive de leurs cadavres, en étaient les preuves et ne pouvaient s'expliquer catrement. C'était la thèse déjà soutenue par SIM. Coie et FeltE, rajeunie par des arguments uonveauz.
Les recherches et les expériences de M. Davaine étaient d'un intérêt capital pour les accii^ents chirurgicaux septicémiques et pyohémir,aes. M. Yerneuil (1872) (1) ne manqua pas de le fiûre ressortir : il y voyait une confirmation de sa théorie septicémique, car il n'y avait évidemment aucune dilTérence à établir, « comme cause d'infection, entre le sang putréfié à la surface d'une plaie et le sang putréfié qu'on prend Uabattoirpour l'injecter à un animal », comme V&vait fait M. Davaine.
(1) Vemeidl, Bulletin de l'Académie de médecine^ iS'tS, S octobre.
Encyel. de chirurgie.
En vain Ghassaignac (1872) (1) essaya-t-il de frapper de nullité, au nom du bon sens et de la raison, les expériences de M. Davaine : ses raisonnements et sa logique ne purent pas plus que ses négations et ses railleries contre la brutalité des faits. En vain exposa-t-il encore que la « septiciculture » fournissait des armes à la doctrine homœopathique, dont elle employait en vérité les procédés de dilution. M. Bouley, d'abord incrédule puis converti par l'évidence, opposa (1873) (2) à toute cette argumentation théorique de nouvelles expériences faites en collaboration avec M. Davaine, et prit thème de l'objection tirée de l'homœopathie pouréclaircir aux yeux de tous la raison de la virulence progressive. <c Est-ce qu'il y a rapport, dit-il, entre les substances inertes, minérales ou végétales administrées à des doses infinitésimales et l'i* uoculation des cellules ou, si Ton aime mieux, des spores vivantes des matières contagieuses, qui trouvent, au lieu où on les place, toutes les conditions de leur développement rapide et infini ? » M. Pasteur avait dit à l'Académie des sciences qu'une nappe de liquides fermentescibles de l'étendue de la salle de l'institut ensemencée avec quelques mycodermes se recouvrirait en vingt-quatre heures d'innombrables mycodermes. « Voilà comment se comportent, ajouta M. Bouley, les ferments de la contagion. En très peu de temps l'unité devient myriade. Mais jetez un grain de sel dans la nappe d'eau de M. Pasteur et le grain y restera à l'état d'unité. »
Ainsi, d'une part, l'on constate (MM. Goze et Felts et Davaine) dans les liquides septicémiques des corpuscules figurés, des bactéries, et le virus septicémique a toutes les allures du ferment putride; d'autre part, la virulence persistante malgré les dilutions poussées pour ainsi dire à l'infini n'a d'explication possible que dans la reproduction et la multiplication à chaque dilution des germes apportés par la goutte de liquide septique, de telle sorte que la dernière dilution devient aussi riche que la première en éléments toxiques. Quoi de plus clair et de plus convaincant ; comment nier alors la nature organisée du poison septique? Peut-on soutenir qu'un corps chimique aurait de telles allures? Sur quel ej^emple, sur quelle analogie appuierait-on une telle hypothèse?
(1) Ghassaignac, UuLdia de C Académie de médecine ^ 1873, Ujanyier.
(2) Bouley, Bulletin de l'Académie de médeeinei 1878, 21 janvier.
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ps
Mais les fuits avancés par M. Davaine et avant lui par MM. Coze et Feltz élaicnl-ils vraiment bien observés et bien véritaoles? Ces physiologistes n'avaient-ils pas été victimes de quelque illusion? Au moins pour les admettre définilivement, fallait-il qu'ils Tussent sérieusement contrôlés. Ils le furent en effet.
Nous venons de voir déjà M. Bouley (1873) qui, d'abord incrédule, avait été converti par la lépétition des expériences de M. Davaine.
Peu après Béhier (1873) (i) soumit à TAcadémie plusieurs séries d'expériences fuites en collaboration avec M. Liouville. Les animaux inoculés (des lapins) moururent entre ses mains moins rapidement cependant que ceux de M. Davaine. Tous offrirent des lésions du poumon, du foie, de la rate et du péritoine ; chez quelques-uns, ce furent môme des infarctus et de vrais abcès métastatiques. Le sang contenait toujours « des corps arrondis doués ou non d*un appendice caudal, mais animés de mouvements très vifs, des bâtonnets plus ou moins animés » ; il y &^&it de la leucocytose.
M. Vulpian qui, en 1872 (2) sceptique et railleur, demandait à M. Davaine si une goutte de liquide virulent, diluée dans la masse d'eau du bassin du Luxembourg, ce qui représentait à peu près une dilution au trillionième, suffirait à communiquer la virulence à la totalité de l'eau du bassin, M. Vulpian entreprit cependant le contrôle expérimental. Ses expériences commufiiquées d'abord en parlie à la Société de biologie (1872) (3), puis en entier à l'Académie de médecine (1873) (i), furent toutes confirmalives de celles de M. Davaine, au moins jusqu'aux dilutions au millionième.
Également en <872 (5) M. Hayem avait déclaré devant la Société de biologie avoir déterminé une septicémie mortelle par l'inoculation de liquide péritonéal provenant d'un fœtus mort aussitôt après Taccouchcment et qui contenait d'ailleurs des sphères et des bâtonnets. Il avait en outre relaté que sur des lapins, morts trois jours après une injection putride sous-cutanée, il avait trouvé dans les poumons et le foie des infarctus métastatiques semblables à ceux de la pyohémie.
(I) Béhier, Bulletin de V Académie de Médecin , 1873, 4 A'vricr.
(2} Vulpian, bulletin de VAcadémie de médecin', 1872, 17 sfjptcmbrc.
(3} Vulpian, Société de biofof/ie, 1872, 21 décembre.
(i) Vulpian, Uul/etm de l'Académie de médecine, 1871, !•' avril.
(5) lUyom, Société de biologie, 1872, îl décembre.
Cependant quelques expériences forent aussi produites qui semblaient démontrer au contraire l'impuissance septique des bactéries. M. Onimus adressa à l'Académie de médecine (1873) (1) une note manuscrite résumant un travail bientôt publié intégralement par la presse. Après avoir fait ses réserves et en aroir appelé à l'avenir pour la connaissance plus complète de l'histoire des bactéries, M. Onimus concluait cependant que les bactéries sont un produit de décomposition putride, et qu'elles ne sont nullement des agents yirulents ou toxiques. Il contestait que le degré de virulence du sang putride fût proportionnel à la quantité de bactéries qu'il contient; le sang qui se putréfie hors du corps étant souvent peu virulent bien que très chargé de bactéries, tandis qu'au contraire du sangsepticémique, récemment tiré de la yeine, est fréquemment si pauvre en infusoires que l'observation microscopique la plus attentive peut à peine en découvrir un seul. — Cette objection n'avait d'ailleurs guère de valeur ; le sang putréfié hors du corps, très riche en bactéries, pourait en effet être trop putréfié et par conséquent avoir perdu de sa virulence, et, d'autre part, le sang récemment tiré de la veine peu putride et pauvre en infusoires devenait virulent par la multiplication de ces infusoires et le développement de la putréfaction.
M. Onimus déclarait néanmoins adopter la théorie de MM. Leplat et Jaillard, et considérer les bactéries comme privées de toute toxicité et n'ayant rien à faire avec elle. Pour le prouver, il invoquait des expériences originales. Il disait avoir placé une poche de papier à dialyse, remplie de sang de bœuf, dans un bain d'eau dîstfllée et avoir chauffé le tout. Au bout de quatorze heures l'eau était devenue lactescente et four millait de bactéries identiques à cell^ que contenait le sang. L'injection de quelques gouttes de cette eau sous la peau d'un lapin resta cependant inoffensive ; tandis que l'injection du sang contenu dans la poche se montra éminemment toxique.
Ces expériences plusieurs fois répétées, quelquefois môme avec du sang de lapins septicémies eurent chaque fois les mêmes résultat^. M. Onimus crut pouvoir en tirer les conclusions suivuiiles :
« 1» Le virus de l'infection putride n'est poinl
(1) Ouimus, Bulletin de VAcadémie de médecinf, 1873, Il mars. — Contribution à l'élude de la sr/tticnnic Gazette hebdomadaire, 1873, V série, t. X
THÉORIE DES GERMES
un ferment organisé appartenant à la famille des vibrioniens ;
V Les organismes inférieurs n'ont par euxmêmes aucune action toxique ; ils semblent être le résultat et non la cause des altérations putrides ;
3* Le yirus de l'infection putride n'est point une substance dialysable, ce qui permet de le rapprocher des substances albuminoïdes. »
M. Onimus ne niait pas d'ailleurs les résultats des expériences de M. Davaine, il en contestait simplement l'explication et substituait aux ferments organiséSy^ invoqués par M. Davaine^ des ferments aibuminoïdes dont il admettait l'existence.
Pourtant M. Yulpian (i) convaincu par ses propres expériences de la réalité de la virulence progressive déclara qu'il fallait positivement accorder aux bactéries un rôle capital. « Quelle que soit l'idée qu'on se forme sur la nature de la substance active, dit-il, on ne peut pas refuser un rôle extrêmement important aux bactéries, aux vibrions et aux corpuscules immobiles ou mouvants (micrococci, microsphères, germes de bactéries et de vibrions) qu'on y trouve. 11 parait très vraisemblable que si ces corpuscules ne sont pas le contage même du sang infectieux, il est tout au moins nécessaire qu'ils s'y trouvent ou qu'ils naissent pour provoquer ou produire les altérations spéciales que subit, soit ce liquide, soit l'humeur qui imbibe tous les tissus des animaux. » Puis il ajoutait à l'adresse des faits contradictoires opposés par M. Onimus : « Or ces corpuscules naissent et se • multiplient plus ou moins facilement suivant les conditions qui leur sont offertes, et tels de ces corpuscules, qui vivent et se multiplient dans im liquide organique, deviendront inactifs et périront même dans un autre liquide. »
M. Yulpian signala aussi la virulence du sang putréfié de chien et du sang de lapin mort de septicémie expérimentale ; ce dernier étant beaucoup plus actif que le premier. 11 soutint d'ailleurs que l'identité des caractères morphologiques des bactéries et des vibrions n'entraînait pas l'identité des propriétés physiologiques (2) : U. Yulpian ne considérait d'ailleurs pas la question comme définitivement résolue, mais il n'en proposait pas moins pour la septicémie expérimentale du lapin le nom de bacténémie ou mycét^inie (3).
(1) Vulpian, Bulletin de l'Académie de médecine^ WS.l»» avril, p. 401.
(2)VQlpian./6td.^p. 403.
(3)VQlpiui, Mtfif., p. 430.
Continuant la série de ses recherches, M. Onimus adressait, toujours en ^873 (I). une seconde note à l'Académie. Celle-ci contenait les conclusions d'une nouvelle série d'expériences, dans lesquelles M. Onimus avait essayé de détruire directement dans le sang les bactéries et les vibrions qui s'y trouvent, et à voir ce que devenait la virulence. 11 constata que :
1*^ La congélation du sang a pour effet d'y faire disparaître les bactéries elles vibrions, or l'injection de quelques gouttes de sang congelé détermine néanmoins, en vingt-quatre heures au plus, la mort des lapins ;
2° La coagulation par l'alcool ne détruit pas les vibrions, et cependant sur sept lapins inoculés, un seul a succombé ;
3*^ La coagulation par la chaleur semble établir une différence très marquée entre le sang scpticémique provenant d'animaux morts de septicémie expérimentale et le sangputréGé ordinaire. Le sang putréfié ordinaire, chauffé à + 4®, détermine la mort en vingt ou trente secondes; le sang scpticémique chauffé à-)- 40^, qui, dans les conditions ordinaires, a une virulence extrême, ne produit aucun accidenL
M. Onimus concluait que « un sang virulent conserve sa virulence malgré la disparition des organismes vivants, et que, d'un autre côté, un sang peut n'avoir aucune influence toxique malgré la présence de ces organismes. »
Or la découverte faite par M. Pasteur de la double forme que peut revêtir le vibrion septique était là pour répondre à M. Onimus et expliquer toutes ses expériences. 11 est clair en effet qu'aucun des traitements auxquels M. Onimus avait soumis le sang septique n'avait pu détruire les corpuscules germes ou en empêcher l'accès. Mais les applications et les conséquences de cette découverte ne furent alors comprises par personne.
L'Académie avait renvoyé la première note de M. Onimus à une commission dont M. Davaine fut le rapporteur. Dans son rapport M. Davaine (1873) (2) se borna à soutenir que M. Onimus n'aurait été en droit de tirer de ses expériences les conclusions qu'il affirmait, que s'il avait préalablement prouvé que les vibrioniens, contenus dans le papier à dialyse, étaient les mêmes que ceux qui se trouvaient dans l'eau extérieure au papier. Or l'identité morphologique n'a pas pour conséquence l'identité d'espèce, u Quant
(1) Onimus, Bulletin de l'Académie de médecine, 1873, 15 avril.
(2) Davaine, Bulletin de l'Académie de médecine^ 1873, 22 avril, p. 46G-4G0.
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aux vibrioniens en particulier, l'expérimentation a prouTé que des espèces différentes ont les mêmes caractères morphologiques. » M. Davaine avait vu, en effet, « des vibrioniens semblables en tous points et développés dans des liquides de nature différente périr en très peu de temps par leur^ transposition de Tun de ces liquides dans l'autre ». M. Davaine ne répondit pas d'ailleurs à la seconde note de M. Onimus.
M. Pasteur (2), invité par M. Bouillaud à prendre la parole, se rangea à l'opinion de M. Davaine. Il prit pour exemple le ferment lactique et le ferment butyrique, qui ressemblent à s'y méprendre, le premier au mycoderma aceti, le second aux vibrions des infusions exposées à l'air ; cependant les premiers sont aérobies et les seconds sont anaérobies : c'est-à-dire que les uns et les autres malgré leur identité de forme ont des conditions d'existence et des fonctions absolument distinctes.
X. Expérience du bislournage, — Au surplus, les preuves s'accumulaient à l'appui de la doctrine des germes. Dans le but de transporter dans la pathologie comparée les expériences de M. Pasteur sur la putréfaction, M. Chauveau pratiquait sa célèbre expérience du bistournage.
M. Pasteur, en i863, avait eu grand soin de distinguer la gangrène et la putréfaction. La gangrène, avait-U dit, est la mort des tissus, les produits n'en sont toxiques que s'ils se putréfient, mais cette putréfaction n'est nullement forcée.
Déjà Davaine avait pratiqué (1873) (2) quatre expériences confirmatives de cette théorie. Trois fois il avait inoculé à des lapins du sang exempt de bactéries, provenant de malades atteints de gangrènes variées mais non putréfiées; trois fois il n'avait obtenu aucun effet. Une fois il avait inoculé du sang bactérifère provenant d'un malade atteint de gangrène pulmonaire, et par conséquent putréfiée, et la mort avait été foudroyante. Il était donc prouvé par là que seuls les produits gangreneux putréfiés septicémient le sang, et cela en le peuplant des bactéries
a'ils renferment.
Les expériences de M. Chauveau, portées devant l'Académie par la voix de M. Bouley (1873)(3)^ furent inverses.
(1) Pasteur, Bulletin de l* Académie de médecine, 1873, 22 avril, p. 475.
(2) Davaine, Bulletin de l'Académie de médecine, 1873, ^8 janv. p. 130.
(3) Bouley, Expériences de M, Chauveau (Bulletin de V Académie de médecine, 1873, 29 avril, d. 508 et 6 mal, p. 520).
On sait que le bistournage consiste à rompre par torsion sous-cutanée le cordon spermatique; le testicule se trouve ainsi séparé de ses vaisseaux nourriciers et libre dans ses enveloppes qui le protègent contre Faction de l'air, n se greffe sor la tunique vaginale ; mais la circulation sap]démentaire qui s'établit à travers les adhérences est insuffisante, le testicule s'atrophie, se nécrobiose et disparaît. Tout est simple, les accidents sont nuls, parce que l'air ne peut iotenenir et apporter sur l'organe condamné à mort ses germes de putréfaction.
Telle est la théorie ; M. Chauveau entreprit d'en donner la preuve. Si la bénignité de l'opération dépend de la non-intervention des germes putrides de l'air, les accidents doivent éclater lorsque ces germes pénètrent dans le sang. M. Cliauveau injecta, en conséquence, dans le système vasculaire d'un bélier, de la sérosité contenant des germes de putréfaction. 11 attendit que la fièvre infectieuse, quelquefois matelle, provoquée par cette injection, fût éteinteet pratiqua le bistournaige. Dans ces conditions, cette opération provoqua la putréfaction de ^o^ gane qui recelait en lui des germes putrides.
Mais plusieurs objections pouvaient être faites; M. Chauveau les prévint toutes:
1® Rien ne prouve que dans la sérosité injectée ce soient les germes qui agissent* Mais l'expérience, répétée avec de la sérosité soigneusement filtrée à travers des filtres spédaoi, c'est-à-dire sûrement privée de germes ou de vibrions, reste saqs effet.
2<» Rien ne prouve que ce ne soit pas la fièvre infectieuse elle-même qui cause la putréfaction de Torgane. Mais de deux béliers injectés avec la même sérosité et & la même dose, celui-là seul qui est bistourné Toit survenir b putréfaction. Bien plus sur un même béUer, injecté de sérosité putride, si l'on bistoume le testicule g;auche avant l'ir^jection et le testicule droit après Tinjection, le testicule droit seul se putréfie : preuve évidente et très ingénieusement fournie que c'est bien la pénétration des germes putrides dans l'organe qui en détermine la putréfaction ; puisque celai des testicules qui est séparé de la circulation générale avant l'injection» reste indifi'érent et résiste malgré l'infection de l'économie tout entière
11 était donc clairement démontré que dans l'organisme tous les phénomènes de putréfaction n'ont d'autres fauteurs que les germes ou les vibrions : par conséquent que, dans la pyohémie» comme dans la septicémie et toutes les autres maladies infectieuses, quisévisseotsar
THÉORIE DES GERMES
les blessés, ces mêmes organismes sont le véritable poison.
En même temps enfin M. 6ochefontaine (1873) (1) déclarait ayoîr répété les expériences de M. Onimus et avoir constaté que la congélation et la réfrigération intense n'avaient aucane action destructive sur les bactéries et les ▼ibrions.
En résumé, de toute cette longue discussion sur la septicémie expérimentale, plusieurs points importants s'étaient dégagés, qui étaient applicables à la septicémie chirurgicale.
Si MM. Davaine et Bouley d'un côté, Béhier Liouville, Hayem et Vulpian de Tautre côté différaient sur des points de détail, au sujet des lésions cadavériques en particulier, cas savants expérimentateurs étaient en réalité d'accord sur le fait de la progression de la virulence et de la présence des micro-organismes dans le sang septicémique. Tous aussi attribuaient la virulence à ces organismes, et l'on peut dire que la majorité des académiciens penchait vers cette opi« Dion.
Les expériences de M. Onimus avaient été en partie réfutées par MM. Davaine et Vulpian. Quant aux expériences de la seconde note restée sans réponse, lors même que les corpuscules germes de vibrion septique n'en auraient pas expliqué les résultats, rien n'était moins catégoriquement démontré que la réelle disparition de tous les microrganismes dans les échantillons de sang actifs, essayés par M. Onimus; l'examen, microscopique étant en ces matières absolument insuffisant. Et quant aux expériences négatives, elles ne pouvaient valoir contre les faits positifs intérieurement démontrés.
Enfin pour confirmer les résultats déjà acquis, étaient venues les expériences de M. Davaine sur les produits gangreneux putréfiés et non putréfiés, et celles de M. Ghauveau sur le bistournage.
Ainsi la conclusion généralement admise semblait être que, dans la septicémie, le principe toxique et actif est de nature organisée, est une bactérie; que la septicémie a une parenté voisine avec la putréfaction et qu'il s'agit dans cette maladie d'un travail analogue à celui delà femientation putride. Cette conclusion était basée sur l'expérimentation ; elle était reconnue comme seule capable d'expliquer la virulence progressive.
Malheureusement les expérimentateurs qui
(I) BochefonUine, De Taction du méfange réfrigé- Ttmi de glace et de sel marin sur la vitalité des bac iériet et des vibrions {Bulletin de f Académie de médecine, 1873, 6 mai, p. 512).
suivirent eurent trop de tendance à ne tenir aucun compte des faits antérieurement acquis et des travaux de leurs devanciers. Particulièrement en Allemagne, on voulut bien citer les expériences de M. Davaine, mais on feignit de ne pas en comprendre la portée, ei l'on se plut à remettre en question les conclusions qui en découlaient. De là un chaos d'expériences sans guide ni contrôle et de théories plus ou moins bien assises. Il sembla un peu trop facile à tout le monde d'entreprendre des expériences sur ces délicates questions, et plusieurs n'hésitèrent pas à formuler des conclusions contradictoires, alors qu'ils auraient mieux fait de se méfier d'abord de leur propre capacité expérimentale.
XI. Expériences de démenti^ TAin, Stricker et Bergmann. — En 1873, Clementi et G. Thin (1), puis Stricker (2) firent encore une fois des expériences de fiUration et d'ébullition de liquides putrides et constatèrent que ces liquides ne perdaient rien de leur toxicité ; ils soutinrent aussi que le poison putride est dialysable.
Clementi fit même à part (1873) (3) des recherches sur la présence des bactéries dans le sang septicémique. Il s'adressa au procédé des cultures, imaginé par M. Pasteur, et n'obtint pas de régénération bactérienne efficace. Il en déduisit que la toxicité du sang septicémique n*est pas due à des infusoires. Toutes conclusions fondées sur des expériences dont les garanties d'exactitude étaient au moins problématiques. Quant aux cultures de bactéries putrides dans le liquide de Pasteur (urine neutre) nous verrons, en 00*61, plus tard, M. Pasteur lui* môme ne pas les réussir dans les conditions ordinaires «
En revanche Bergmann (1873) (4) modifia ses premières affirmations sur la nature purement chimique du poison septique. Il fit des expériences avec des matières putréfiées de cinq à huit jours de date.
Il reconnu, qu'un liquide putride, privé de bactéries, perd de son efficacité et il conclut que
(1) Clementi et G. Thin, Untersuchungen ùber die putride infection (Wien med. Jahrb., 1873, Heft., III, S. 292).
(2) Stricker, Uber die Vergiftung des Blutes durch die Producie der Faulniss (Gessellschaft der Aet*zte zu Wien, 1873, 13 mai).
(3) Clementi, Experimentelle Untersuchungen ûber dos Vorkommen von Bakterien im Kannichenblut bei Septikamie [Med, Centralblatt, 1873, t. XI, n» 45. S. 70S).
(4) Bergmann, Zur Lehre der putriden Intoxikfh lion {Deutche Zeitschrift. fur Chirurgie, 1873. B. I, n' 4, S. 373).
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si la sepsine est seule efficace, elle se fixe aux bactéries qui lui doivent leur toxicité. G*était une véritable retraite et comme un hommage rendu à la théorie des germes par Tinventeur de la sepsine lui-même.
XII. Expérierfccs de Samuel, — Samuel {i 873) (i) consacrait en même temps un important mémoire au rôle des microzoaires, et cherchait à démêler dans la série des accidents sepliques trois phases, auxquelles il faisait correspondre des infusoires spéciaux, à savoir :
l"* la phase phlogogëne ;
2* la phase septogène;
3* la phase pyrogène.
Samuel n*étail d'ailleurs pas exclusif ; il admettait d'après les allures de Tinfcction septique trois poisons :
!• Un poison volatil qui est une combinaison de soufre et d'ammoniaque ;
2* Des microrganismes ;
3* Une substance dont les effets sont passagers et qui n'est détruite ou éliminée ni par l'ébullition ni par la filtration.
En résumé, ce qu'il nous importe le plus de constater est que Samuel avait reconnu la présence d'infusoires de différentes formes dans les liquides septiques et avait essayé de déterminer la spécificité de ces différentes formes. D'après lui, le bacterium termo serait phlogogëne ; les spores réunies en chapelets (qui étaient des bactéries sphériques peut-être, ou encore et plus probablement des corpuscules germes de vibrions), et les vibrions produiraient les effets septogènes ; des bactéries innommées plus grosses et plus brillantes que le bacterium termo seraient plus spécialement pyrogènes.
XIII. Expériences de Wolf et de Kussner. — Encore en 1873, Max Wolf (2) fit des filtrationsà l'aide de la machine pneumatique et essaya aussi la méthode de congélation pour débarrasser de bactéries les liquides putrides. Il ne réussit jamais à obtenir un liquide entièrement pur.
Max Wolf crut pouvoir conclure : !• qu'il n'existe que des différences de degré entre l'activité toxique de la solution filtrée, et celle de la solution non filtrée , 2* que l'effet toxique du sang septique ne doit pas résider dans les bactéries, mais bien dans quelque autre prin-
(1) Sarouel, (Jber die Wirkung des Faulnissprocesses auf den leàenden OrganUmus (Archiv fur. experim, PathoL undPhfirm., 1873. B. I. n'. XXXVI, S. 317).
(2) Max Wolf, Uber PUzinjektioiten {Med. Centralàlatt, 1873. B. XI, n« 8, S. 114-130). — PUzinjectionen (Ibid,, w 32. S. 497).
cipe morphologique ou chimique retenu par lu filtre.
Il injecta aussi des organismes par les Toies aériennes à l'aide d'un appareil de Richardson. Chez des animaux auxquels il fit inhaler du pas pyohémique, 2 cochons d'Inde périrent de maladies intercurrentes ; 2 vivaient encore au bout de 4 mois ; i lapin eut une pleurésie punilento et une pneumonie des lobes moyens et inférieurs.
Mais Wolf fit aussi des expériences avec do pus pyohémique. Du pus phlegmoneux donna les mêmes résultats. Il semblait ressortir de là que le pus pyohémique ou septiqae contient un élément actif indépendant des bactéries et qui ne se reproduit pas par la culture. Reste à savoir si les cultures avaient été faites dans des conditions favorables au développement des bactéries de la septicémie et de la pyohémie: mais ce qui est assuré, c'est que le procédé do filtration par la machine pneumatique est rédhibitoire.
Kussner, 1873 (I), produisit aussi des faits contradictoires de l'efficacité des bactéries. Il opéra des filtrations à travers de l'ouate bouillie ; les recherches microscopiques et les col< tures montrèrent la pureté absolue du liquide filtré. Malgré cela l'injection de ce liquide eut toujours des effets semblables à ceux des liquides putrides bactérifères, mais jamais le sang des animaux injectés ne montra de bactéries.
Pour contrôler la pureté du liquide filtré, Kussner a fait des cultures restées sans succès; nous verrons plus tard qu'il n'y a là rien d'ex* traordinaire, vu les conditions particulières que requièrent les cultures du vibrion septiqae.
XIY. Théorie des fUwrtt monadiques de Hueter. ~ Ce fut encore en 1873 que Hueter (2) publia son très important et très mtéressant chapitre sur les fièvres monadiques, où il résuma les idées qu'il professait déjà depuis 1871 (3). 11 affirma d'abord après MM. Ck>ze et Felti que les déformations variées des globules du sang septicémique n'ont d'autre cause que leur pénétration par les monades, terme générique qu'il
(1) Kussner, Zur Bakterienfrage (Med. Centralblatt, 1873. B. XI, n'32, S. 500).
(2) Hueter, Abschnitte ûber Monadàmie^ Pyâmie, in seiner allgemeinen Chirurgie, Leipiig, I87S.
(3) Hueter, Die chirurgisehe Behandiung der Wundfieber bei Schusswunden ; Ztuammengeitellt aus klinischen Besprechungen in der Greif$u>alder ehirurgischen Kliuik ; mai 1871 (Sammlung kliniseher Votrùge von R. Volkmann 1870-75, 23 Ghir. n' 27. S. 95-1 18;.
THÉORIE DES GEHMES.
adopta sans chercher à distinguer une espèce particulière. 11 prétendit même que telle était la raison de l'absence souvent alléguée de ces organismes dans le sérum. 11 considéra ensuite les monades comme éminemment phlogogènes, mais réserva la question de savoir si cette propriété leur appartient exclusivement.
Quant au processus phlegmasique qu'elles provoquent, voici comment il le comprit. Les monades se fixent entre les fibres musculaires des veinules; elles les détruisent, les paralysent et pénètrent dans la cavité de ces petits vaisseaux. Une voie est ainsi ouverte par laquelle les globules blancs s'extravasent pour former le pus. C*est, en somme, la théorie de Cohnheim plus l'action perforante des infusoires.
Mais à côté de la propriété phlogogène, Hueter accorda aux monades la propriété pvrogcne et émit à ce sujet une théorie de la fièvre et en particulier de la fièvre traumatique. La fièvre est, dit-il, un processus irritatif « ein irritaliver Process ». L'agent de cette irritation ne peut être que soit l'agent phlogogène lui-même, soit on produit de l'inflammation. Or les monades jouent le rôle capital; si en pénétrant dans les tissus eUes allument l'inflammation, en pénétrant dans la circulation, elles allument la fièvre. Quant aux produits de l'inflammation, on ne saurait leur reconnaître de rôle pyrogène, puisque la fièvre et la phlegmasie débutent souvent en même temps. Ces produits, c'est-àdire les globules du pus, n'interviennent qu'ultérieurement comme véhicules de monades. D'aiUenrs la fièvre cesse lorsque la membrane granuleuse, étant parfaite, oppose un rempart aux monades et aux globules de pus infiltrés de monades. Hueter ne rejeta d'ailleurs pas la possibilité de l'activité pyrogène de certaines substances chimiques.
U rapporta à trois sortes d'agents les différentes formes d'accidents des plaies :
{• Un agent chimique engendrant la fièvre «epticémique ;
2* Un agent organisé engendrant la fièvre diphthérittqae ou monadique ;
3* Un agent organique engendrant la fièvre pjohémique.
L'agent chimique n'est autre que la sepsine dont Hueter admit l'existence en lui accordant des propriétés pyrogènes à laquelle il donna un rôle exclusif dans la genèse de la septicémie foudroyante.
Hueter pensa d'ailleurs que la septicémie se confond dans la généralité des cas avec la fièvre monadique ou diphthéritique « Monadà-
mie », non pas que l'une soit une forme do l'autre, mais l'une et l'autre coexistent le plus souvent sur le même sujet.
U considéra comme fièvre monadique : 1* la fièvre traumatique; 2* la fièvre de la diphthérie des plaies ; V la fièvre de l'érysipèle.
La fièvre traumatique dépendrait de la pénétration des monades dans les vaisseaux lymphatiques ou autres ouverts parle traumatisme ; eUe finirait dès la formation de la membrane granuleuse qui constitue pour les organismes un puissant obstacle.
Sous le nom de fièvre diphthéritique, Hueter comprit toutes les fièvres consécutives ou secondaires. Elles seraient toutes l'expression d'une maladie des granulations de la plaie pénétrées de monades, depuis ie simple catarrhe et la diphthérie des plaies jusqu'aux formes diverses de la pourriture d'hôpital. Cette séduisante théorie des accidents traumatiques, formulée par Hueter, n'est passible, à la vérité, d'aucune objection matérielle, mais eUe repose malheureusement sur des faits encore très hypothétiques ; elle trouve cependant un argument puissant dans les succès de la thérapeutique qu'elle inspire.
XV. Suite de la discussion sur la septicémie; opinions diverses, — - La discussion sur la septicé* mie, quelque temps interrompue, reprit cependant à l'Académie de médecine de Paris. M. Onimus adressa, le 9 septembre 1873 (i), une troisième note où il étudiait quelles sont les substances susceptibles d'empêcher ou de détruire la virulence des matières organiques septiques.
11 concluait que : ^o Le mélange de sang frais et d'alcool, ou d'acide sulfurique, ou de teinture d'iode, ou de sulfate de quinine et le chauffage à + 40* pendant ^4 heures, diminuent mais ne détruisent pas la virulence ;
2* Le sulfate de quinine enlève l'odeur putride, diminue le nombre des proto-organismes, mais n'empêche pas la virulence;
3» L'action de la chaleur est presque nulle ;
4° Si l'on mélange de l'alcool, ou de l'acide sulfurique, ou de la teinture d'iode à du sang déjà putride, on détruit la virulence, mais le liquide continue à renfermer des vibrions;
5*" L'ébullition a une influence inconstante.
En résumé M. Onimus avait absolument prouvé l'insuffisance du traitement des liquides septiques par les agents chimiques et par l'ébullition pour y détruire les organismes. Or l'on
(1) Onimus, Bulletin de ^Académie de médecine^ 1873, 9 septembre, p. 1058.
MAURICE JEANNEI^. -<• DE LA SEPTICÉMIE.
sait combien de fois en Allemagne des expériences de ce genre avaient été objectées.
Peu après M. Colin (i873) (i) vint à l'Académie nier la septicémie expérimentale comme entité pathologique, affirmant que ce n*était qu'une « réaction morbide donnée par certains animaux, mais que le plus grand nombre ne donne pas. » D'ailleurs il prétendit que dans le sang des animaux capables de septicémie, la virulence précède l'apparition des bactéries de n'importe quelle espèce, et s'y développe en môme temps que des granules mouvants de nature indéterminée. Quant à la production des altérations du sang, il admit l'ordre suivant:
lo Modification dans la forme des globules rouges ;
2" Apparition et multiplication des granules mouvants ;
3* Développement d'une certaine quantité de bactéries.
M. Colin contesta d'ailleurs que les granules mouvants fussent des bactéries, en se fondant sur les raisons suivantes : « D'une part, ces fins granules ne manquent jamais dans le sang normal, ils deviennent seulement plus nombreux dans celui des septicémiques ; d'autre part, ils ressemblent à ceux de la lymphe, de la substance des ganglions lymphatiques, de la rate, du pus, des dépôts caséeux. » — Quant aux bactéries, il ne leur accordait aucun rôle pathogénique, s'appuyant principalement sur le fait, qu'il disait avoir vérifié, de leur apparition tardive ou tout au moins postérieure à la virulence.
Le discours de M. Colin n'était qu'une première passe dans le long duel qu'il devait engager avec M. Pasteur au sujet du charbon de la septicémie.
Peu après M. Laborde en 1874 (2), dans le but d'éviter la réaction locale, inévitable après les injections sous-cutanées telles que les avaient pratiquées MM. Davaine et Onimus, entreprit des expériences de transfusion artérielle directe de sang septicémique ; comme Leuret en avait déjà fait en i 826 (3). L'animal transfusé mourut de septicémie ', l'examen le plus minutieux et plusieurs fois répété du sang ne permit pas d'y découvrir
(1) Colin, Bulletin de l'Académie de médecine, 1873, 7 octobre, p. 1175 et 21 octobre, p. 1258.
(2) Laborde, Recherches sur la septicémie expérimentale [Gazette médicale de Paris, 1874, n* 6, p. 71).
(3) Leuret, Recherches expérimentales sur les altérations du sang {Aschives Qénérales de Médecine, 1826. t. XI, p. 1)8.
de bactéries ; maisM. Laborde ne dit pas qu'il ait essayé des cultures pour vérifier sans conteste cette absence d'infusoires.
Traube et Gscheidlen (4874) (i) recommrent d*abord la vérité de la théorie de M. Pasteur sur la putréfaction ; puis ils entreprirent de rechercher jusqu'où va la tolérance des animaux à sang chaud pour les bactéries de la putréfaction. Ils trouvèrent que les chiens et les laidos supportent, sans dommage permanent, nne injection modérée de liquide chargé de ces bactéries. Du sang artériel d'animaux ainsi injectés, retiré du cœur et conservé avec toutes les précautions nécessaires, pour éviter l'accès des germes atmosphériques, ne s'était môme pas putréfié au bout d'un mois. Venait-on, au contraire, à injecter une forte quantité de liquide bactérifère, la mort survenait, et alors le sang, retiré de l'animal vivant et conservé dans des tubes désinfectés et fermés, se putréfiait cependant Traube et Gscheidlen présumèrent que Toxygène ozonisé des globules sanguins détruit les bactéries de la putréfaction, ce qui produit la tolérance aux doses modérées ; et qu'au contraire Toxygène ordinaire accélère le développement de ces mêmes bactéries. Ils ajoutèrent qu*à leur avis il y avait antagonisme entre les bactéries contagieuses et les bactéries de la putréfaction ; celles-ci détruisant celles-là.
D'autre part, Kehrer (1874 (2) fit des expérien-. ces avec des substances dont la putréfaction était avancée (22 à 8i jours), ce qui, on le conçoit, ôte de la valeur à ses conclusions, puisque le poison putride a son maximum d'activité dans les premiers jours. Quoi qu'il en soit, Kehrer conclut quels filtration altère et diminue la puissance toxique des liquides putrides; que l'ébullition la détruit ; et que le principe toxique esta l'état moléculaire. Mais il ne se prononça pas sur la question de savoir si le poison putride est un corps simple ou composé; sll a une constitution chimique déterminée; si les vibrions ou les autres organismes le contiennent ou le produisent.
XVI. Objections de Hitler. — Hiller, au contraire, (1874) nia catégoriquement l'efficacité palhogénique des bactéries.
Birch-Hirschfeld, dans un compte rendu qu'il
(1) Traube et Gscheidlen, Versuehe ûber Faulnits und den IViderstand des lebenden Organismus gegrn dieselOe {Berliner klinische Wochens. 1874, n' 37. 14 sept. S. 467).
(2) Kehrer, Ueber dos putride Gift {Arehtv. fur experim, Pathol. vnd Pharm,, 1874. B. II, n' I, S. 33).
THÉORIE DES GERMES
piibba, en 1873 (i), du travail de MM. Goze et Kelti, avait déjà exprimé des doutes sur la question de savoir s'il était légitime d'attribuer la forme étoilée des globules rouges du sang à leur pénétration par des bactéries. Hiller, en 1874 (2), fit à ce sujet plusieurs observations et plusieurs expériences. Il constata d'abord que cette déformation des globules rouges n'était pas spéciale à la septicémie, mais qu'on la trouvait aussi dans le typbus, le rhumatisme articulaire, etc., que c'était en somme une altération purement fébrile. Il réussit môme à produire artificiellement la déformation en étoile, sans intervention d'infusoires, en concentrant du sang, c'est-à-dire en y diminuant la proportion d'eau. Il résultait donc de là que la forme éUûlée était simplement un effet de la déshydratation.
Mais les travaux critiques de Hiller, au sujet de la théorie des germes, ne se bornèrent pas là. Après avoir, en 187i, dans sa thèse inaugurale (3) justifié le crédit que gagnait alors la théorie bactérienne, Hiller, en 1874 (4), refusa aux bactéries une influence étiologique quelconque dans la production des infections septiqœ ou pyohémique. U nia qu'elles possédassent aucun pouvoir phlogogène ou pyrogène et qu'elles fussent capables de multiplication dans l'organisme vivant, et soutint qu'elles ne pouvaient se développer que sur le cadavre.
n appuya son opinion sur les expériences suivantes. U chercha à isoler les bactéries par des filtrations réitérées; par la congélation, comme l'avait fait Bergmann; par la dyalise d'une infusion de tissu musculaire et de sérum sanguin, à la manière de M. Onimus; enfin il recueillit la pellicule, constituée d'infusoires, qui recouvre les liquides en putréfaction. Il injecta dans les veines les bactéries ainsi isolées sans jamais produire aucun dommage. Il en constata la présence dans le sang des animaux injectés pendant un jour, mais jamais au delà ; et ce qui prouve, ajouta-t-il, que ces bactéries D*étaient pas mortes, c'est qu'une goutte du
(1) Birch-Hirflchfeld, Schmidfs Jahrbûcher, 1873, B. CUV, S. 238.
(2)HiUer, Ueberdie Veranderungenderrothen BlutkorpercAen durch Sepsis und septische Infeciione (Med, Ceniralbiatt, 1874. B. XU, S. 323-337-355- »0).
(3) Hiller, Untersttehungen ûOer die Contagiositat purulenter Sekreie ;lTi2LUgvLTa\ Dissertation, 1871.
(4) Hiller, Untersuchungen ûber die Bakterien und ikrer Beziehung zum menschlichen Organismus [Àlige. Med. Centr, Zeilung, 1874, n' 1, S. 2).
liquide injecté donnait, par la culture, une abondante pullulation.
Hiller (1874) (1) voulut aussi contrôler Topinion de Klebs et de Lister qui attribuaient la suppuration aux bactéries. 11 fit à des lapins des plaies qu'il arrosa avec une liqueur bactérifère et qui guérirent cependant sans suppuration et sans accidents avec de bons pansements.
Quant à l'absence de suppuration, il se pouvait d'abord qu'Hiller n'eût pas employé les bactéries spécifiques de cet accident des plaies d'après Lister. D'ailleurs, quoi d'étonnant à ce que la suppuration fît défaut avec de bons pansements capables d'empêcher l'action des bactéries. Quant à l'absence d'accidents, l'organi* sation précoce de la plaie pouvait encore l'expliquer. Billroth n'avait-il pas en effet démontré, en 1865 (2), la puissante résistance que la membrane granuleuse oppose à l'absorption? U avait fait une large plaie sur le dos d'un chien et l'avait pansée avec des liquides putrides et du pus altéré, lorsqu'elle était en pleine cicatrisation. La plaie n'avait point été modifiée. Un second chien, qui fut traité de la même manière, arracha son pansement, lécha sa plaie et la fit saigner. Des accidents septicémiques se déclarèrent aussitôt.
L'expértence suivante, pratiquée par Hiller était plus importante. 11 osa s'injecter, à luimôme, sous la peau, jusqu'à un gramme d'un liquide bactérifère (non putride) sans en rien ressentir, même localement.
A l'objection de la nocivité de certaines bactéries et de l'innocuité de3 autres, Hiller répondit qu'il avait indifféremment employé après lavage les bactéries du sang, du sérum, de l'urine, etc. Il conclut donc à la neutralité complète de tous les microrganismes qu'il considérait comme des produits accidentels et indifférents.
Les expériences de Hiller et en particulier celles qu'il pratiqua sur lui-même, semblent, en vérité, assez fortement ébranler la théorie des germes. Mais on appréciera plus loin quel fond il convient d'en faire, lorsqu'on aura vu M. Pasteur prouver que le vibrion septique, le seul dont il doive être ici question, puisqu'il s*agit de liquides putrides, est anaérobie. Or Hiller, en filtrant et lavant ses bactéries, tuait inévitablement le susdit vibrion, dont la culture ne réussit
(1) Hiller, Bakterien und Eiterung (Chir, Central' blatt, 1874, B. I, n' 33. S. 513).
(2) Billroth, Mcm. cité in. Arch, fur klin, Chr» 18G3. Kap. XV. S. 443.
MAURICE JEANKEL. — DE LA SEPTICEMIE.
d'ailleurs qu'avec des précautions multiples et minutieuses.
XVII. Opinion de Panum ; de Heiberg, embolies par des microrganismes. — Pas plus que Hiller, Panum (1874) (i) ne se montra partisan de la théorie des germes proprement dite ; mais de môme que Bergmann, il ne proscrivit pas entièrement l'intervention des bactéries. Tout en affirmant ses convictions, quant à la nature chimique du poison putride, le savant chirurgien de Copenhague ne put, en effet, se défendre d'accorder un rôle aux micro-organismes. « Le corps putride est peut-être le résultat, dit-il, de la vie des bactéries (principalement du bacterium termo de Cohn), comme l'crgotinc est le produit de la végétation du daviceps purpura. Peut-être y a-t-il une véritable sécrétion, peut-être une simple décomposition des corps albuminoïdes? » En tous cas, les bactéries n'en sont pas moins dans cette hypothèse indirectement indispensables à l'infection.
Les recherches de Panum étaient toutes expérimentales; celles de Heiberg, en 1874 (2), furent toutes cliniques. Heiberg observa chez une accouchée, morte de fièvre puerpérale, une panophthalmie rcmarquable.il existait à la surface de la muqueuse utérine et dans les reins, des colonies de micrococci que l'on retrouvait dans l'œil malade, en particulier daYis la cornée, dans le pus de la chambre antérieure, dans le canal de Schlemm et dans les vaisseaux propres delà choroïde où ils faisaient embolies. De môme dans les artères de l'épiploon, il existait plus d'une douzaine d'embolies toutes constituées par les mêmes micro-organismes.
Le cas de Heiberg ne fut pas isolé; Martini (1874) (3) rapporta presque en même temps plusieurs observations d'embolies des organes internes, par les mômes micrococci; observations où le rôle des microrganismes était capital et h^Ts de toute contestation.
XVIIL Théorie de Billroth. — Presque en môme temps, Bilboth (1874) (4) publiait ses
(1) Panum, Dos putride Gifi, die Baklerien, die putride Infektion oder Intoxikation und Septikâmie
Virchow*s Archiv., 1874, B. LX, S. 301).
(2) Heiberg, Ein Fall von Panophthafmitis puerpe^ alis, bedingt durch Mikrokokken {Med. Central-
btatty 1874. B. XII, n' 36, S. 561).
(3) Martini, Veber Mikrokokken-Embolien innerer Organe {Archiv fur Klin. Chirurgie, 1874. B. XVI, nM, S. 157).
(4) Billroth, Untersuchungen ûber die VegetaHaih' fomien von Coccobacteria iepfica und den Antheii^ welchen sie an der Enstehung und VerbreUiing
recherches sur les dîOTérentes formes de végétation de la coccobactérie septlquc, et sur la part qu'elle prend dans le développement des accidents traumatiques.
Comme Panum, Bilhroîh concéda aux mictofganismes un certain rôle dans la production des accidents qui compliquent les plaies; mais il n'admit en aucune façon qu'ils fussent les agents directs et essentiels de la maladie. Il commença son travail par une élude sur les différentes formes ou espèces morphologiques, des organismes microscopiques, dont il donna une nouvelle classification et une Doavelle nomenclature, ce qui ne pouvait réussir et ne réussit en effet qu'à augmenter la confusion qoi régnait dans leur histoire. Quoi qu'il en soit, il n'admit que deux types : les coccos et les bactéries.
Les coccos sont sphériques ; les bactéries sont allongées ou cylindriques. Ces deux types ne sont d'ailleurs que des variétés ou manières d'être d'une môme espèce d'algue de la famille des osciUariées. — Suivant leur réunion par couple, par chaîne ou par colonies, ce sont : des diplococcos ou des diplobactéries; des streptococcos ou streptobactéries; desgliacoccos ou des gliabacléries .
Suivant leur volume, ce sont des micro€o^ cos ou des microbactéries, des mésococcos ou mésobactéries, des mégacoccos ou des mégabactéries.
Quant à la coccobacteria septica, c*est nn assemblage de coccos et de bactéries dans des proportions de grandeur et de quantité indétaminées.
La reproduction de ces organismes a lien à l'aide de spores. Les spores de coccobacterii septica résistent à Fébullition et à la congéhlion.
Cela étant posé, Billroth entreprit deux séries de recherches : i® anatomiques; 2* expérimentales, sur lesquelles il s'appuya pour édifier mio doctrine.
Les recherches anatomiques consistèrent à examiner le liquide péricardique de 200 cadavres, pris au hasard pour y découTrir les microrganismes; 113 fois, l'examen resta négatif; 58 fois, il n'y eut que des bactéries; 18 fois, il y eut des bactéries et à la fois des micrococcos; 21 fois, il n'y eut que des micrococcos. En y regardant de plus près et retefantlcs
ac ideniellen Wundkrankheitm haben, KriHk dcr mrsehied^nen Methoden tmtiMqptie WmMekaMmS' msn, mi.
THÉORIE DES GERMES
oses de la mort, Billroth constata pour les
0 cadavres que des organismes existaient rtout chez les sujets morts de maladies aies ; il en trouva en particulier i8 fois sur 22 8 de pyohémie, et très souvent chez les pneuoniques : au contraire, chez les sujets morts
1 maladies septîques, les coccobactéries n'élent pas constantes. Il semblait donc qu*il istftt un rapport entre le caractère inflammaîre de la maladie et l'apparition des microrganîsmes.
D'autre part, Billroth observa que le sang, le 08 et la lymphe se putréfient plus rapidement [M les infusions musculaires ou viscérales; goe si le pus infect contient la plupart du temps tes micrococcos, il ne provoque pas toujours Il fièvre, témoin les cas d'abcès absolument dot dont le pus contient des organismes. Il en eoodut que la présence des micrococcos dans k pas n'a pas dMnOuence absolue sur la probdion de la pyohémie et la marche infectieuse f l'inflammation. 11 affirma que les organises qut l'on trouve dans les humeurs ou les ttns Tivants, ne sont autres que ceux que l'on ouve dans les tissus morts en putréfaction, et iH n'existe aucun caractère morphologique ti permette de reconnaître qu'un micrococco i une bactérie est spécifique de telle ou telle iladie.
GTest pour prouver la non^spéciflcité des miorganismes, que Billroth entreprit des recher- 168 expérimentales. Par une série de trans- ■ntations de coccos et de baôtéries dans des {uides diflTérents, il chercha à démontrer que % organismes s'acclimatent dans ces liquides I se métamorphosant suivant leur nature et nr composition. La forme de la végétation èpendrait donc de la composition du liquide t nlnfluerait pas sur cette composition. La orme de la végétation serait par conséquent 10 effet et non une cause.
Passant à l'exposé doctrinal, Billroth renouvda l'opinion de Lemaire (1868) et considéra foe l'énergie vitale protège les humeurs et les tiisos contre le développement des coccobact^ septiques dont les germes peuvent cirtiler ainsi dans les vaisseaux sans qu'il en réidie aucun dommage. C'est à un défaut de force taie qu'il faut attribuer la présence de ces ormismes dans le pus de certains abcès. D'ailm le développement des coccobactéries exige sosies homeurs une condition particulière sans Lqu^ ce déreloppement n'a pas lieu. De même lie Ci sont les cadavres des sujets morts de ^daAas àfàtê qaâ contiennent des coccobac-
téries en quantité la plus nombreuse, ce sont les plaies où survient un travail phlegmasique (Érysipèle, Phlegmon) qui sont surtout envahies par ces mêmes végétations.
C'est que, toujours d'après Billroth, dans les produits et les tissus inflammatoires, il se forme une substance, un élément spécial zymoîde phlo- Qistique de même nature que la pepsine ou la diastase salivaire, qui transforme ces produits et ces tissus inflammatoires, change leur constitution et les rend essentiellement favorables au développement et à la multiplication des coccobactéries. Les phlegmons et les érysipèles, loin donc d'être causés par la présence des microrganismes, créent au contraire les conditions les plus favorables à leur apparition en produisant le zymoîde phlogislique. C'est ce zymoîde qui est l'agent phlogogène, et qui propage la phlegmasie locale. C'est en fixant et disséminant le zymoîde, grâce auquel elles vivent, que les coccobactéries deviennent véritablement des agents infectieux. En résumé le zymoîde est tout; la coccobactérie, en et par soi, n'est rien ou n'est qu'un produit indifférent; la coccobactérie « zymoîdée » acquiert les propriétés les plus nocives. Partout où le zymoîde existe, la coccobactérie apparaît et se développe. Le zymoîde peut, à lui seul, propager l'inflammation et même la disséminer dans l'organisme ; mais la coccobactérie lui est d'un aide considérable dans cette œuvre, grâce à sa puissance de reproduction et de multiplication.
A côté du zymoîde phlogistique, Billroth admit également un tymoide septique. Le premier appartient à la pyohémie ; le second appartient à la septicémie. L'un et l'autre peuvent coexister et sont d'ailleurs très voisins, sinon identiques.
Ces zymoîdes phlogistiques ou septiques sont au surplus une pure hypothèse. «
Il est positif que l'apparition des accidents traumatiques, dont les germes sont accusés, coïncide le plus souvent avec des phénomènes inflammatoires locaux ou généraux (Phlegmons, Lymphangite, Fièvre, etc.). Billroth prétend que le travail phlegmasique est la condition préalable nécessaire au développement des organismes ; d'autres pensent, au contraire, que ce sont les organismes qui causent les phlegmasies. Or peut-on ne pas remarquer qu'en admettant la théorie de Billroth, on ne comprend pas que toute phlegmasie spontanée, telle que la pleurésie aiguë, ne soit pas suivie d'accidents infectieux? c'est en effet un type de maladie inflammatoire; le zymoîde doit donc s'y développer et les microcci également.
MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICÉMIE
A cela Billroth objecte que le zymoïde ne résulte pas de toutes les inflammations, et que sa production n'est pas constante! Mais alors sous quelle influence et dans quelles conditions nalt-il ? Si la preuve de son existence est uniquement la présence des coccobacléries ; s*il ne naît que dans les conditions où l'on trouve d'habitude des coccohactéries, n*est-il pas aussi admissible d'attribuer à ces organismes toutes les hypothétiques qualités qu'on accorde au zymoïde non moins hypothétique, et de considérer dès lors le travail phlegmasique comme l'effet et non comme la cause de la présence des organismes?
Examinons d'ailleurs de plus près les raisons sur lesquelles Billroth s'appuie pour admettre ce chimérique zymoïde :
10 Toutes les formes d'organismes sont des manières d'être d'une seule et même algue. — Hais l'unité d'espèce et d'origine de toutes les formes de microrganismes n'est nullement démontrée. On ne peut en effet contester la vérité de la démonstration faite par M. Pasteur de l'existence des vibrions aérobies et des vibrions anaérobies. Or, il est impossible d'admettre que des organismes qui exigent des conditions de vie si différentes aient la même origine, soient de même espèce et par conséquent remplissent les mêmes fonctions:
2^ Les microrganismes existent surtout dans le liquide péricardiquc, chez les cadavres qui ont succombé à des affections inflammatoires (Pyohémie, Pneumonie, etc.). — Or, rien d'étonnant à ce que l'on rencontre particulièrement des organismes sur les sujets morts de pyohëmie et même de pneumonie, puisque ces maladies sont la pyohémie toujours, et la pneumonie dans certaines conditions et surtout lorsqu'elle est mortelle, de nature infectieuse.
3® 11 n'existe aucun caractère qui permette d'attribuer aux divers organismes une spécificité morbide. — Mais s'il n'existe le plus souvent aucun caractère morphologique qui permette de reconnaître la spécificité de telle ou telle bactérie, cela ne prouve pas que cette spécificité ne soit réelle ; témoin la bactéridie charbonneuse, dont la spécificité est aujourd'hui démontrée;
4<^ La forme de végétation des microrganismes dépend du milieu dans lequel ils se trouvent. 11 n'y a pas d'espèces différentes, il y a des formes différentes de coccobactéries. — Or, que la forme de végétation dépende du milieu, c'est-à-dire que telle forme, qui se multipUe dans tel milieu, se métamorphose en une autre forme lorsqu'on la transplante dans tel autre milieu, cela signifie qu'on n'a point trans-
planté seulement la première forme, mais aussi des germes de la seconde qui pullulent exclusivement.
5<» Les germes des coccobactéries peuvent sans danger circuler avec le sang et exister dans le pus de certains abcès. — C'est en tous cas fort douteux au moins pour toutes les espèces ou formes de végétations.
6^ Les coccobactéries empruntent donc au milieu où elles vivent les qualités Docives qu'elles peuvent montrer. — Mais quand même il serait démontré que les bactéries ne peuvent avoir par elles-mêmes rien de spécifique, cela ne prouverait pas l'existence d'un zymoïde comme source de l'infection. En effet si les bactéries vivent, c'est aux dépens des liquides où elles se trouvent, c'est en les décomposant; et si tant est qu'on hasarde des hypothèses, celle qui considère les bactéries comme sécrétant ou fabriquant le poison aux dépens de leur liquide nourricier est assurément plus admissible. D'ailleurs el sans qu'il s'agisse de sécrétion de poison, il y a la question de la putréfaction que Billroth aurait dû vider, avant d'édifier sa théorie : or c'est la question préjudicielle capitale, c'est le critérium auquel il faut tout rapporter dans la théorie des germes. Ceux, dont l'opinion, respectable au moins, est que la septicémie et la pyohémie sont des putréfactions ou des fermentations putrides sut generis, ne parlent pas de sécrétion de poison ; ils parlent d'un travail de décomposition également sui generis du sang sans trop s'occuper des produits de cette décomposition et ne considérant que la dyscrasie qu'elle engendre.
J'avoue du reste ne pouvoir me rendre compte des succès incontestables et de moins en moins contestés de la méthode des pansements antiseptiques, par la théorie de Billroth, aussi bien que par tous les systèmes qui n'accordent aux bactéries qu'un rôle de véhicules. Car enfin, on ne saurait évidemment prétendre que les bactéries soient, dans la plaie, les seuls corps capables de remplûr ces fonctions de véhicules ; les globules de pus doivent être considérés aussi comme entièrement aptes à ces fonctions. A quoi sert alors un pansement dont le but et le résultat sont de s'opposer au développement de ces bactéries, ou de rendre réfractaires à leur action putréfiante, les liquides putréfiables de la plaie? Le pansement ouaté pas plus que le pansement de Lister n'empêchent pas toujours l'inflammation des plaies ; le zymoïde phlogistique peut par conséquent se fabriquer malgré eux. Pourquoi donc n'y a-t-il pas alors infec-
THÉORIE DES GERMES
tion générale pyohémique ou septicémique ? Si l'air ni ses germes n'interviennent pas, en un mot, pour produire ce terrible zymoïde, qui se fabriquerait au sein des tissus enflammés, d'où vient que ce soient justement les procédés de pansement qui s'opposent à l'accès de l'air ou qui empêchent ou tout au moins diminuent la multiplication des germes apportés par l'air ; que ce soient les pansements antiseptiques qui préviennent, avec plus de succès, et l'inflammation elle-même, et la septicémie, et la pyohémie ?•
Que si l'on répond que c'est parce que ces pansements sont précisément antiphlogis tiques, je répliquerais qu'ils n'ont d'abord aucune prétention directe à cela ; qu'en second lieu, s'ils agissent comme des anliphlogistiques, c'est en défendant la plaie contre l'air et ses germes pblogogènes; enfin, en troisième lieu, que tous les antiphlogistiques excellents que l'on connaît, et qui ne sont pas antiseptiques, devraient avoir les mêmes vertus ; ce qui n'est pas.
Toujours en 1874, A. Frisch (i), dans un long travail inspiré par Billroth, étudia le mode de propagation des microrganismes dans les tissus et les phénomènes inflammatoires provoqués sur la cornée par l'inoculation de liquides bactértfères. Mais, pas plus que Billroth, Frisch ne s'inquiéta d'isoler et de spécifier par la culture les organismes qu'il étudia.
En résumé, considérant qu'il n'existe aucune différence dans la forme, le volume, la couleur, etc., des éléments organisés que l'on trouve dans les produits inflammatoires ; que les mômes organismes cultivés dans les mêmes liquides suscitent souvent des réactions différentes ; tandis que des amas de bactéries sphériques éveillent, d'autre part, les mêmes réactions que des amas de bactéries cylindriques ; Frisch conclut qu'on ne doit attribuer aucune importance aux différentes formes de végétations d'organismes. Considérant, d'autre part, que l'on ne peut attribuer au liquide inoculé en même temps que les bactéries la différence d'efficacité des inocula- Sions, ou l'innocuité des injections de ce liquide isolé par filtration, Frisch n'hésita pas à mettre cette différence sur le compte du processus vital ou de la manière de vivre et de se multiplier des organismes. En vivant et se multipliant, les bactéries produisent une substance spéciale qui
(1) A. Frisch, Experimentelle Studien ûber die Verbreitung der FâtUnissorganismen in den Geweben und die dureh Impfung der Comea mit piithalttgr?i FhtMiigkeiten hervorgerufenen Entzundungsersd/iJnungen. Erlangen, 1874.
seule est nocive. L'énergie de leur vie et de leui reproduction dépend assurément de la qualité du liquide qui les renferme et les nourrit, et Ton conçoit alors que la production du poison dépende aussi de ce liquide. Mais ce poison ne saurait exister sans les microrganismes qui en sont les producteurs et les véhicules,
Frisch n'entrait d'ailleurs dans aucune considération particulière au sujet de la septicémie à laquelle ses conclusions sont pourtant applicables.
Pas plus que Billroth, il n'avait du reste péremptoirement démontré l'indifférence de l'espèce des bactéries au point de vue delà septicémie. 11 n'avait parlé en effet que de la forme morphologique. Or on sait déjà que des bactéries de deux espèces bien tranchées, l'une aérobie, l'autre anaérobie, peuvent revêtir une forme identique. L'importance de cette question de la nature aérobie ou anaérobie des bactéries fut au surplus toujours absolument méconue en Allemagne.
klX. Présence des bactéries dans le sang vivant; Tiegel et Landau, — Peu après Tiegel (1874) (i) chercha à résoudre le problème de la présence des germes de coccobactéries septiques dans le sang des animaux vertébrés pendant la vie. Il fit ses observations en s'entourant de précautions multiples. Une portion d'organe fut isolée sur l'animal vivant, avec un fil de soie trempé dans la paraffine chauffée à + ilO« et+ it5* C. et fut immergée ellemême dans la paraffine qui forma ainsi une enveloppe isolante.
Tiegel constata un développement plus ou moins rapide de bactéries au centre des divers organes qu'il examina, et conclut par conséquent à l'existence des germes dans le sang vivant.
Quant à la raison qui empêche leur développement pendant la vie, il admit avec Billroth (c que les spores de coccobactéries ne sont pas, dans l'état où elles se trouvent dans l'organisme vivant, capables d'assimiler les corps albumineux. B Ce qui en réalité n'expliquait pas grand' chose.
En 1873 Klebs avait obtenu des résultats opposés à ceux de Tiegel; l'un ou l'autre se trompait par conséquent. Or on ne peut hésiter à juger le procédé de Klebs plus minutieux et plus capable d'empêcher l'accès,
(1) Tiohol, Uber Coccobacteria in gesunden Wirbeiliierkoi'ii'jr [Archiv fur vathol, Atial> und Phys., 1874. B, LX, S. 453).
MAURICE JEANISEL. — DE LA SEPTICÉMIE.
dans le sang observé, des germes de Tair. D'ailleurs Pasteur était déjà arrivé aux mômes résultats que Klebs : du sang, de l'urine, du lait mis dans un tube fermé d*un bouchon d'ouate étaient entre ses mains restés stériles (1).
Landau (i874) (2) fit une série d'expériences avec du sang pris à des hommes atteints soit de simple fièvre traumatique, soit de septicémie, soit de pyohémie, etc., recueilli et conservé dans des tubes, à l'abri de l'accès de l'air.
Il commença par établir positivement que :
1^ Le sang d'un animal bien portant conservé dans un tube bien désinfecté ne se putréfie pas;
2^ Le sang d'un animal bien portant conservé dans un tube non désinfecté se putréfie bientôt;
3<^Le sang d'un animal, infecté pendant la vie avec un liquide putride, se putréfie, bien qu'on l'enferme dans un tube parfaitement désinfecté;
4* Le sang d'un animal, auquel une petite quantité de liquide bactérifère a été injectée ne se putréfie point dans un tube désinfecté.
Quant aux échantillons de sang humain malade qu'il observa, il constata qu'au bout d'un mois, ils n'étaient pas encore en putréfaction quand les tubes qui les contenaient avaient été désinfectés.
Landau soutint que cela prouve simplement que le sang pyohémique ou septicémique ne contient pas de bactéries de la putréfaction, mais ne démontre nullement l'absence ou la non-existence de bactéries spécifiques.
11 entreprit alors de prouver que les bactéries spécifiques ne provoquent point la putréfaction. Il cita des expériences où il avait constaté que le sang, riche en spirilles, d'un malade atteint de typhus recurrens ne se putréfiait pas, non plus que le sang d'un varioleux ou d'un typhique ordinaire. Il aurait pu citer aussi le sang charbonneux qui ne se putréfie pas sous Tinfluence de la seule bactéridie et dont la putréfaction détruit môme la virulence. 11 conclut d'ailleurs, que puisque le sang qui contient manifestement des organismes spécifiques ne se putréfie pas spontanément, on peut aussi bien croire à la présence de pareils organismes dans le sang pyohémique et le sang septicémique.
En résumé, quant aux accidents traumatiqucs Landau formula que :
!• La fièvre traumatique est due aux produits des bactéries de la putréfaction ;
(1) Duclaux, Ferments et maladies^ 1883, p. 27.
(2) Landau, Zw Aetiologie der Wundkrnrikheiien {Anhiv fur KUnische Chirurgie, 1874. B. XVII, S. 527).
2? La pyohémie et la septicémie ont pour origine un seul et même poison différent du poison putride et fabriqué par des organismes spéciaux.
En 1875, Signol annonça le premier h\i démonstratif de l'existence des germes de la septicémie dans l'animal lui-même. 11 montra qae le sang d'un cheval sain tué par asphyxie devient au bout de 1 6 heures virulent dans les veines profondes avant de le devenir dans les yeines superficielles (i).
Encore en 1875 M. Feltz (2) fit à rÀGadéroie des sciences, communication de recherches récentes qu'il avait faites sur la nature de l'agent toxique de la septicémie. Des expériences antérieures l'avaient, on le sait, conduit à soutenir que les organismes inférieurs sont les éléments pathogéniques de cette maladie. Pour contrôler cette assertion, il voulut employer les procédés de ses contradicteurs et essaya de priver les liquides putrides de bactéries par la filtration : jamais il ne put y parvenir, « malgré de nombreuses tentatives à travers toute espèce de filtres, môme ceux réputés infaillibles en Allemagne (charbon, pierre ponce pilée, sable fin, couches multiples de coton) ».
M. Feltz entreprit en outre une série d'expériences cherchant à détruire les infusoîres dans les liquides septiques ; il constata que la diminution de la toxicité du sang putréfié coïncide toujours avec une diminution parallèle dans le nombre et l'activité vitale des microrganismes.
En troisième lieu, il constata que du sang ayant passé par toutes les périodes de la putréfaction et desséché en plein air, détermine constamment au bout d'un certain temps des phénomènes de septicémie. Il déclara qu'on était dès lors en droit d'admettre « qu'il reste toujours dans les matières inoculées des germes qui, introduits dans le sang normal, y développent le travail septique, dont les infiniment petits sont l'indice le plus certain m ; qae par conséquent les matières putréfiées et desséchées peuvent rester toxiques.
XX. La théorie des germes devant la Société pathologique de Londres, Expériences de Schùller, — Pendant que M. Lister poursuivait ses études sur la chirurgie antiseptique (3), le 6 avril 1875,
(1) Duclaux, Ferments et maladies, t882, p. 17t.
(2) Feltz, Recherches sur Vagent toxique de la septicémie {C. r. de l'Académie des scences, 1875, l'* série, 1" mars, p. 553, et 31 mai, p. 1838).
(3) Lister, 072 Récent Improvment in the Détails of antiscptic Surgery (Lance^l87S, vol. II). — on Addres» of the E/fecls of the antiseptic Treatment upon the
Ai
THÉORIE DES GERMES
«ouTrait à la Société pathologique de Londres une discussion sur la théorie des germes. La question fut posée devant la Société par Charlton Oastian (<), qui entreprit de rechercher « la venté sur la théorie des germes telle qu'elle est ordinairement comprise, ou le rapport existant entre les organismes inférieurs et les inflammations virulentes et leurs dérivés, d*une part, et les fièvres contagieuses, de Tautre » .
Quelqu'intérét que présenta cette discussion, je n'y insisterai pas ici. On y toucha, il est vrai, assez souvent aux fièvres chirurgicales et à la nrohémie ; mais sans sortir du domaine de lu théorie pure. Peu d'observations cliniques, peu d'expériences concluantes furent produites. Aussi est-il bien difficile, pour ne pas dire impossible, de dégager une acquisition solide ao profit de la science de cette longue série de discours dont quelques-uns furent remarquables, mais dont bon nombre manquèrent d'origioalîté. En réalité, au moins pour ce qui est de k septicémie et de la pyohémie, la théorie des germes, à la clôture de cette discussion, n'avait ni avancé ni reculé.
SchûUer (2) 1876, apporta un nouveau tribut d'expériences à la théorie bactérienne. C'est aux bactéries sphériques qu'il attribua la septicémie et la pyohémie. Mais ses expériences sans contrôle de cultures ne méritent que peu de confiance.
n rechercha en outre quelles sont les voies de pénétration des bactéries dans les vaisseaux. Il isola une portion de veine entre deux ligatures ely injecta des bactéries sans résultat.
n pratiqua à la partie supérieure de la cuisse ^ane grenouille une ligature embrassant tout le membre, sauf l'artère et la veine crurales cl le nerf ischiatique, puis il poussa une injection de bactéries à la partie inférieure de la jambe : il n'y eut pas d'accidents. Dès qu'il lâcha la ligature, le cortège des accidents apparut au contraire.
Chez un lapin et chez un chien, il lia le canal Qioracique à son embouchure dans là veine lous-clavière et pratiqua une injection de bacté- Hes dans la paroi abdominale : les bactéries ne
gênerai Salubrity ofsurgical Hospitals {Edinfmrgh^ Mût 1875, tind British médical Journal^ décembre
(1) CbarltOQ Bastian, etc., Transacliom of the paikologi^al Society, Londoo^ 6 avril 1875, et 4 mai 1875.
(l, ScliQller, Bxperimenttlle Beitrage zum Studium ^iepiUehenlnfektion (Deutsche Zeitschriit fûrChif»pe. 1S76. B. VI, und Centralblatt fur Chijtirgie,
se montrèrent dans le sang que lorsque la ligature fut levée.
En résumé, Schûller conclut que : , i» Les bactéries ne pénètrent pas dans le sang à travers les parois des vaisseaux, mais bien par l'intermédiaire des lymphatiques ;
2<» Les altérations du sang dans la septicémie tiennent à la présence des bactéries sphériques et non à la présence d'un corps putride dissous.
En 1876, C. Fuel (!) étudia dans un intéressant mémoire l'action de l'air sur les plaies, et loucha la question de la septicémie chirurgicale. Rien de catégorique ne se dégage cependant de son travail. Puel se rattacha à l'hypothèse du poison putride chimique dans les malières putrides et à l'existence d'un poison indéterminé formé en dehors du contact de l'air dans les malières virulentes. Sans tenir un compte suffisant des travaux de Pasteur sur la putréfaction, sans môme parler précisément de de la théorie des germes, il resta dans les nua- I ges des miasmes, de l'agent contagieux et de l'épidémicité.
XXI. Théorie de MM, Pasteur, Joubert et Cham* berland, — D'ailleurs la théorie des germes reçut bientôt de M. Pasteur une nouvelle et puissante impulsion.
Après l'étude de la maladie charbonneuse, M. Pasteur s'attacha plus spécialement à l'étude de la septicémie, en collaboration avec MM. Joubert et Chamberland. Le 22 janvier 1878, il affirma devant l'Académie de médecine (2) les propositions suivantes, se réservaht de les démontrer ultérieurement.
(c I. Il existe plusieurs sortes de septicémie ou d'infection putride.
» H. Il y a plusieurs vibrions septiques dont les propriétés physiologiques diffèrent par quelques points essentiels : dans ce qui suit j'ai particulièrement en vue le vibrion seplique proprement dit, l'un des plus dangereux.
» III. Le vibrion seplique n'a pas besoin d'air pour vivre : non seulement il vit sans air, mais le contact prolongé de l'air pendant quelques heures le tue elle détruit en lui conservant sa virulence.
» IV. Quand il se développe dans un liquide au contact de l'air, c'est que le liquide a une certaine épaisseur et que les vibrions des cou-
(1) G. Puel, De l'action de Pair sur les plaies, Paris, 187C. Mémoire couronne par la Société de chirurgie,
(2) Pasteur, Bulletin de f Académie de médecine, 1878, 22 janvier, p. 51.
MAURICE JEANNEL. - DE L\ SEPTICÉMIE
ches profondes sont protégés par les organismes des couches superficielles.
» V. Le vibrion septique vit et se multiplie dans le vide parfait comme dans le gaz acide carbonique le plus pur; » dans ces conditions Id vibrion se transforme en corpuscules germes.
ccYI. Les germes de vibrion septique peuvent fournir une poussière que le vent transporte, que les eaux tiennent en suspension.
» VII. Même dans Foxygène comprimé à plusieurs atmosphères, ces germes conservent leur vitalité et leur facilité de reproduction.
» VIII. Ces germes sont féconds dans le vide et dans Tacide carbonique le plus pur, si une matière nutritive appropriée est à leur disposition.
» IX. Parmi les ferments microscopiques de maladies, et parmi les organismes dont la présence provoque ou complique les manifestations morbides, il existe : i* des êtres qui sont exclusivement aérobies ; 2^ des êtres qui sont à la fois aérobies et anaérobies ; 3^ des êtres qui sont exclusivement anaérobies.
» X. Les dénominations et classifications des vibrions proposées dans ces dernières années ne sauraient être établies, comme ont cru pouvoir le faire les D'* Gohn et Billroth entre autres, diaprés des considérations morphologiques. Le vibrion septique, par exemple, passe, suivant les milieux où on le cultive, par des formes, par des longueurs, par des grosseurs si difl'éren tes, qu'on croirait avoir sous les yeux des êtres spécifiquement séparés les uns des autres. »
L'importance de ces déclarations de M. Pasteur n'échappa à 'personne, et TAcadémie attendit avec une certaine impatience la démonstration promise.
Pourtant M. Le Fort (1) (4878), à propos de la discussion sur la désarticulation coxo -fémorale, réunit contre la théorie des germes un faisceau d'objections. Cette théorie ne saurait expliquer, dit-il :
i* Le mécanisme de l'infection purulente sans plaies extérieures ;
2<* La rareté de l'infection purulente dans les plaies simples, quelle qu'en soit l'étendue, et sa fréquence dans les plaies même étroites qui intéressent les os ou les tissus riches en vais-
seaux ;
3<» La rareté de la pyohémie chez les enfants et sa fréquence chez les vieillards ;
4<* La rareté de la pyohémie à la campagne el sa fréquence dans les hôpitaux.
(1) Le Fort, Bulletin de l'Académie de médecine^ 9 février 18T8, p. 154 et 1G5.
M. Le Fort tirait encore argument contre le théorie des germes des succès delà méthode de pansement par la ventilation (Bouisson, de Montpellier) et par l'exposition complète des plaies à l'air (Rose, école de Moscou). Si l'air apporte les germes, dit-il, comment eomprendre les succès de ces pansements?
M. Pasteur s'empressa de répondre aussitôt à M. Le Fort qu'il démontrerait, de la façon Ii plus irréfutable et la plus satisfaisante pour ses exigences, la théorie de l'influence étiologique des vibrions sur la septicémie et sur l'infection purulente. Il soutint que les faits objectés par M. Le Fort plaidaient au contraire en faveur de la théorie.
Peu après M. Sédillot, à l'Académie des sciences (1) (1878), déclara que la théorie des germes jetait un grand jour sur la question des accidents chirurgicaux, et créa le nom générique de « microbes » pour désigner tous les organismes inférieurs.
Ce fut le 29 avril 1878 à l'Académie des sciences, et le 30 à l'Académie de médecine, que M. Pasteur (2) fournit la démonstration qu'il avait promise, et exposa sa théorie définitive.
L'importance, je dirai même la solennité historique du sujet explique la place étendue que je donne ici à cette communication.
Le procédé employé par M. Pasteur, et MM. Jonbert et Chamberland ses collaborateurs, pour isoler la bactéridie charbonneuse et démontrer sa virulence exclusive, est le procédé de l'ensemencement et des cultures en dehors de l'économie dans des liquides propres à la nourrir, par exemple dans l'urine pure et à peu près neutre. Une goutte de liquide virulent est déposée, c'est-à-dire ensemencée dans iO centimètres cubes de liqueur privée de virulence : c'est la première culture. On fait ainsi une série d'ensemencements successifs, chacun ayant pour semence une goutte de la culture précédente. On arrive de jcette façon à avoir des cultures qui ne contiennent que les éléments successivement multipliés et régénérés dans chaque culture, c'est-à-dire des vibrions. Que resterait-il, en eïïel, en dehors d'eux? Rien qui ne se fût multiplié comme eux. Or que pourrait-on supposer qui se soit multiplié et qui puisse constituer un
(1) Sédillot, C. r. de r Académie des sciences, 11 mars 1878, p. Cai.
(2) Pasteur, Joubert et Chamberland, la Théorie det germes appliquée à la médecine et à ia chirurgie (C. r. Académie des sciences, 29 avril 1878, p. 1037, et Bulletin de C Académie de médecine^ 30 ayril 1878, p. 432;.
THÉORIE DES GERMF.S.
Tiras? Gomme éléments insolubles : des cor« poscules comme ceux que M. Ghauveau a décrits dans le vaccin ? Mais dans ce cas la liqueur prendrait une teinte opaline par suite de la multitude des corpuscules : or sa transparence est complète. D'ailleurs, en i877,M. Feltz(i) réussit à séparer les vibrions septiques et les corpuscules « Il plaça dans le fond d^une éprouvette du sang septicémique, puis une couche d'eau, en évitant le mélange des deux liquides. La couche d'eau devint très riche en vibrions ; les corpuscules inertes tombèrent au fond du vase. La couche d'eau seule resta septique. Comme éléments solubles : une sorte de diastase? Mais la liqueur, filtrée sur un filtre capable de retenir les vibrions, reste inoffensive, tandis que les vibrions retenus sont essentielle* ment virulents.
Telle est la méthode des cultures (2). Après l'avoir employée avec succès pour la bactéridie charbonneuse, M. Pasteur essaya d'y soumettre le vibrion septique ou microbe prélevé sur un animal mort de septicémie.
Ge vibrion avait d'abord été reconnu au microscope dans le sang septicémique ; il s'agissait de l'isoler • et d'en démontrer la virulence eiclnsive. Après des essais infructueux de culture à l'air libre et d'inoculations, l'idée vint que le vibrion septique était anaérobie.
Poar se confirmer dans cette idée, M. Pasteur étala à l'air, en très mince épaisseur, quelques gouttes de sérosité septique préalablement démontrée viralente. Au bout d'une demi*journée k liquide était devenu inoffensif. D'ailleurs les coltures de vibrion septique dans le vide ou en présence de gas inertes réussirent à merveille.
S'il en est ainsi, si l'air atmosphérique a une tdle action destructive sur les vibrions sepliqoes, comment le sang, qui contient de l'oxy- {ène, peut-il devenir septique par les poussières que lur renferme ?
C'est ici qu'intervient la transformation que le contact de l'oxygène fait subir aux vibrions. L'oxygène de l'air tue d'abord une certaine partie des vibrions qui l'absorbent, et sollicite d'autre part la métamorphose des vibrions subsistants en corpuscules germes que l'air transporte. « Quel'on prenne, dit M. Pasteur (3), de la sérosité abdominale à vibrions sepliques,
(1) FeMx, C« A. de t Académie det icUnces^ mai IS77, p. 1324.
(2) Voyes, pour les deuils, Ouelaux, Ferments et maladiei^ I8S2, p. 34 et suiv.
^3) Pasteur, BuL de VAcad, de méd^t 1^78, pi 436.
Eacyd. do chirurgie.
tous ceux-ci en voie de génération par voie de scission, et qu'on expose ce liquide au contact de l'air, avec la seule précaution toutefois de lui donner une certaine épaisseur, ne fûl-elle que d'un centimètre, et en quelques heures voici l'étrange phénomène auquel on assiste : Dans les couches supérieures, Toxygène est abaorbéy ce qui se manifeste déjà par le changement de couleur* Là le vibrion meurt et disparaît. Dans les couches profondes, au contraire, au fond de ce centimètre d'épaisseur du liquide septique que nous supposons mis en expérience, les vibrions, protégés contre l'action de l'oxygène par leurs frères qui périssent au-dessus d'eux (en l'absorbant), continuent à se multiplier par scission, puis peu à peu ils passent à l'état de corpuscules germes avec résorption du restant du corps du vibrion filiforme. » Ainsi les vibrions adultes seuls sont tués par l'oxygène, les germes au contraire ne craignent plus l'action destructive de l'air et perpétuent la virulence.
Quant à l'oxygène du sang, qui est en com* binaison intime avec les hématies, les vibrions qui pénètrent dans le sang l'absorbent : ils en meurent, mais ils préparent ainsi un milieu de germination favorable à de nouveaux vibrions ou à leurs germes. Ge(te absorption de Toxygène du sang, et cette mort consécutive du vibrion, c'est une des phases de la lutte pour l'existence entre l'économie infectée et les vibrions infectants.
Du reste la transformation du vibrion septique en corpuscules germes est absolument indépendante de toute action nutritive de l'oxygène de l'air; elle se fait aussi bien dans le vide ou en présence des gaz inertes. Bien plus, ces germes, une fois formés, même dans le vide, sont absolument stériles au contact de l'air, c'est-à-dire qu'ils sont bien capables de reproduire un vibrion septique, mais ce vibrion meurt aussitôt formé. Encore faut-il, pour que cette stérilité persiste, que l'oxygène soit en quantité suffisante, car les premières germinations, en absorbant l'oxygène qui les tue, peuvent devenir une protection pour les germes restants.
Il ressort de là comme conséquence thérapeutique que le meilleur moyen, théorique au moins, de défendre une plaie dans des conditions de putridité contre les germes de vibrions septiques et contre les vibrions septiques eux-* mêmes, est de la laver avec de l'eau aérée ou de faire affluer à sa surface l'air atmosphérique. Ainsi sont expliqués les succès âes méthodes de pansement par ventilation ou ex-
MAURICE JEANNEL. — DE L\ SKFTICËMIE
position à Tair pur (Roiii^son, Rose, d^Abbadie, école de Moscou).
Passant ensuite à l'élude de l'infection purulente, M. Pasteur démontra l'existence d'un microbe tout spécialement phlogogène et insista sur le rôle de cet organisme (Voyez plus loin Pyohémie),
Nous verrons plus loin que Birch-Hirschfeld, en i873 (i), avait été conduit par ses observations cliniques et microscopiques et par ses expériences à des conclusions analogues. Les c< Kugelbakterien » ou bactéries sphériques étaient pour lui les agents de la pyohémie ; les « Faulnissbaktericn » ou bactéries de la putréfaction étaient cause de la septicémie; les deux espèces de microbes pouvaient concourir sur le même sujet.
Mais Birch était loin d'avoir apporté à sa théorie des preuves aussi péremptoires que celles que M. Pasteur a fournies à l'aide de ses cultures, et la nature aérobie ou anaérobie des deux microbes lui avait complètement échappé, de même que les métamorphoses des Faulnissbakterien ou vibrions scptiques.
Uuoi qu'il en soit, il s'agit d'examiner si M. Pasteur avait bien réellement répondu aux obje'ctions tant expéripientales que cliniques des adversaires de la théorie des germes.
1" Objection. — La fill ration d'un liquide septique n'en diminue pas la virulence. — Or plusieurs expérimentateurs et MM. Pasteur, Joubert et Chamberland eux-mêmes ont pratiqué cette filtration, et lorsque les filtres sont suffisants, lorsque le liquide filtré ne donne plus aucune pullulai ion par la culture, l'injection de ce liquide filtré reste constamment inoffensive.
2« Objection. — Le traitement des liquides putrides et virulents par l'ébuUition prolongée (-f- iOi)^), l'oxygène comprimé et différents agents chimiques prétendus capables de détruire les microrganismes, n'altère pas la toxicité de ces liquides. — M. Pasteur a démontré que le vibrion septique peut revêtir une forme, celle de corpuscules germes, sous laquelle il devient indifférent aux traitements sus-indiqués.
3« Objection. — L'injection des hquides contenant des bactéries putrides cultivées dans l'urine pure et neutre, reste inoffensive. — MM. Pasteur, Joubert et Chamberland ont démontré que les cultures de vibrion septique pratiquées sans précautions restent sans suc-
(1) Bii-ch-Hirschrcld, Unleisnchungcn ûber Pyâmie (Atrh. (ter UcUk., 1873. B. XIX, n«« 3 und 4, S. 193).
ces ; que ces cultures ne réussissent que daus le vide ou hors du contact de l'oxygène de l'air, libre ou dissous. Les cultures faites dans ces conditions donnent des vibrions véritablement septiques.
4« Objection. — La septicémie et la pyohémie sont rares dans les plaies simples et larges, et fréquentes dans les plaies étroites et profondes qui intéressent les sinus veineux, ou la gaine des vaisseaux, ou le tissu osseux. — C'est que les plaies simples et larges sont amplement exposées à l'air, dont l'oxygène tue les vibrions septiques, et que les liquides sécrétés y sont toujours en couches minces, et par conséquent y sont toujours oxygénés. Tandis que les plaies étroites et compliquées, qui intéressent les sinus veineux, ou la gaine des vaisseaux, ou le tissu osseux, sont ordinairement anfractueuses, et qu'il s'y produit des fusées purulentes et des phlébites; que dans ces conditions les liquides sécrétés sont peu ou pas oxygénés, et que le vibrion septique peut alors s'y multiplier à foison hors du contact de l'air. C'est qu'en outre les régions à sinus veineux et le tissu osseux sont très aptes à l'absorption des liquides septiques.
Les succès des pansements par ventilation ou large exposition des plaies à l'air pur s'expliquent de la même façon.
De même aussi la rareté de la pyohémie à la campagne, où les germes de microbes septiques sont en mên)o temps plus rares, vu la moindre fréquence des foyers de putréfaction (1).
5* Objection. — La pyohémie et les fièvres chirurgicales sont rares chez les enfants et fréquentes au contraire chez les vieillards. — C'est une question de résistance vitale et de plasticité que M. Pasteur a aussi complètement éclairée. L'activité des échanges nutritifs, étant plus grande chez les enfants, exige un sang plus oxygéné, et l'excès d'oxygène est incompatible avec la vie et l'activité toxique du vibrion septique.
MM. Mathieu et Urbain (2) (1872) ont, il est
(1) Cotte rareté des tccidents septiqnos à It campagno csi d'ailleurs ioiu d'être absolue, d'après mon expérience cl ma pratique personnelles. Le paysan, ay.iiit la coutume de placer sa fosse à fumier sou$ s(.*i IciKires et à sa porto, se prive ainsi bénévolement du bénctico de la pureté de Tair des champs.
{V. Mathieu et Urbain, Des Gax du sung^ expériences physiologiques sur tes circonstances qui en font varier ta proiiortioji dans te sang artériel {Archives tie physiologie uormale et palhotogique^tAV^ décembre IS7Î, n«6, p. 722).
THÉORIE DES GERMES
Trai, ilôinontré que, dans renfance comme dans la vieillesse, le sang fixe et contient absolument une moindre quantité d'oxygène, parce qa*il renferme moins de globules colorés par l'hémoglobine. Mais chez Tenfant, la rapidité oa la fréquence de la respiration est appelée à toppléer à la pauvreté du sang en hémoglobine. D'ailleurs la plasticité des tissus et la facilité vrec laquelle s'obtiennent les réunions imméfiâtes, chez les enfants, expliquent suffisamment pourquoi la pyohémie est rare chez eux.
$• Objection. — La théorie des germes ne
Élirait expliquer le mécanisme des infections
leptiques ou purulentes sans plaies extérieures.
— Or rinoculation du microbe septique n'a pas
iesoin d'une large blessure ; une simple écor-
diare suffit, de môme que pour l'érysipële. En
ioeond lieu, si les voies respiratoires sont peu
ipropices à l'absorption des germes, elles n'y
■ont pas absolument réfractaires.
7* Objection. — La septicémie et la pyohémie De surviennent qu'à la suite des traumatismes feécents. — C'est qu'une membrane pyogénique hien organisée et' saine constitue un rempart infranchissable pour les germes et les vibrions. 4ii surplus, c'est là précisément un des arguments les plus puissants à opposer à la théorie dQ poison putride chimique et dissous : la ■embrane pyogénique absorbe en effet par eniosmose tous les poisons chimiques dissous Amt on l'arrose, c'est au contraire un filtre inftinchissable pour les microrganismes.
Quant à l'action du vibrion septique sur le
SDgf M. Pasteur attribue l'intoxication à une
fitréfaction véritable, survenant après la dé-
aoxygénation préalable opérée par les premiers
librions infectants. 11 regarde d'ailleurs comme
IM question secondaire celle de savoir si le
'^Arion est toxique par lui-même ou par la dé-
' omposition qu'il engendre, ou s'il sécrète un
foison ; il lui suffit d'avoir établi son interven-
4îon indispensable .
M. A. Guérin (1878) adopta, comme on le ftnse bien, avec enthousiasme la doctrine de I. Pasteur, qu'il éleva à la hauteur d'une rcvo- Ifttion scientifique.
La communication de M. Pasteur avait produit sur l'Académie une vive impression. Si fSûe n'avait pas convaincu tout le monde, elle %vait cependant paralysé les critiques. M. Pasteur avait en effet répondu ou fourni matière à réponse à toutes les objections précédemment élevées contre sa doctrine. Il avait en cutre affirmé des expériences ; il fallait le comiMLltre avec les mômes armes pour le convain-
cre d'erreur. Il s'agissait de prouver qu'il se trompait, qu'il avait mal vu, mal interprété les phénomènes sur lesquels il édifiait sa théorie : c'est ce que personne n'a entrepris de faire.
M. L. Jullien de LyonCi) 1878) fit au contraire des expériences pour démontrer la propriété phlogogène des bactéries. 11 injecta dans l'œil à des lapins quelques gouttes de liquide contenant des bactéries cultivées dans l'eau distillée et produisit des phlegmons très intenses.
Peu après fut soutenue la thèse de M. Magnin (2) (1878) qui, surtout consacrée à l'histoire naturelle des bactériens, traita cependant de leur rôle en chirurgie, et en particulier dans la septicémie et l'infection purulente. M. Magnin soutint l'idée de la sécrétion d'un virus par les microbes. • A la surface d'une plaie granuleuse, dit-il, n'offrant à l'absorption aucun orifice vasculaire ou lymphatique, il est permis de croire que le microbe ne constitue qu'un danger aléatobre. Qu'il se multiplie dans une mesure plus ou moins considérable, il absorbera une plus ou moins grande quantité d'oxygène et donnera peut-être naissance, par suite de la décomposition chimique, à un virus à la surface de la plaie, laquelle du reste n'en parviendra pas moins à la cicatrisation. Mais qu'une solution de continuité vienne à dissocier l'épaisse couche de bourgeons charnus; que par les mouvements du malade, par ceux qu'on lui imprime pendant les pansements, les pressions, les manipulations, auxquelles il était naguère d'usage de les soumettre, une déchirure soit produite, l'Agent infectieux pourra pénétrer tant dans le courant sanguin que dans les lymphatiques, et la porte sera ainsi ouverte aux complications soit locales, soit générales. »
Les complications locales sont les abcès de voisinage dus à la propriété phlogogène du microbe, et la formation consécutive de nouveaux abcès à la suite des premiers. En fait de complications générales, la pénétration du microbe dans le sang et son transport dans les organes déterminent les abcès métastatiques.
Mais M. Magnin ne formulait ces propositions qu'avec une extrême réserve, il terminait môme son travail par uue conclusion restrictive un peu timide.
Cependant M. Colin (3), dans une communica-
(1) L. JuUien, in thèse de Magnin, 1878, p. 155.
(2) Magnin, Des Bactéries^ thèse de concours d'agrégation es sciences naturelles. Paris, 187î), p. 154.
(3) Colin, Bulletin de VAcadémie de médecine^ 10 décembre 1878, p. 1255.
MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICÉMIE
tion sur les caases de la mort dans les afTcclions cliarbonneuses et seplicômiques, affirma encore une fois avoir constaté la virulence du sang charbonneux ou seplicémique avant l'apparition des bactéries, et attribua la mort à une altération du sang qu'il laissa à la chimie le soin de déterminer.
M. Pasteur protesta. M. Bouillaud et M. Rochard (1) déclarèrent qu'en découvrant dans l'air atmosphérique une multitude de corps figurés qui pénètrent dans le sang, M. Pasteur avait fait faire un pas immense à l'étiologie des maladies contagieuses, miasmatiques et viru lentes, rapportées jusqu'à lui à une vague intoxication.
Le il décembre 1878, M. Panas (2), à propos d'un mémoire de M. Lannelongue sur l'ostéomyélite, rapporta les expériences de Maas et de Kocher sur le tissu de la moelle osseuse, d'après lesquelles les accidents généraux septiques de cette maladie n'éclatent pas lorsqu'on a réussi à empocher l'action de l'air ou à enrayer la putréfaction par des antiseptiques.
M. Colin (3) saisit l'occasion pour dire qu'il ne croyait pas plus à l'influence de l'air qu'à l'influence des bactéries pour produire la septicémie ou la putréfaction. 11 prétendit avoir pratiqué le bistournage et avoir obtenu la gangrène et la putréfaction du testicule en froissant simplement cet organe sans entamer la peau du scrotum.
Mais M. Colin resta seul de son opinion, contre laquelle s'élevèrent MM. Bouillaud, Bouley, Chauveau et Trélat, en opposant tout un faisceau de preuves cliniques et expérimentales.
D'ailleurs la majorité des chirurgiens inclinait de plus en plus vers la doctrine de M. Pasteur ; et en résumé, malgré quelques dissidences venant surtout de la part des médecins accoucheurs, la théorie des germes avait conquis ou converti la plupart des chirurgiens.
A la Société de chirurgie, M. Després persista seul à nier la septicémie et l'utilité des pansements antiseptiques ; la discussion porta principalement sur la valeur relative des différents procédés de pansements et des agents antiseptiques.
M. L. Colin, lui aussi, en 1870 (4) ne se montra
(1) Pârteur, Bouillaud. Rochard, Ibid., p. 1272 h
(2) Panas, Bulletin de t* Académie de médecine, 1? décembre I8;8, p. 1288.
(3) Colin, Ibid., p. 1301.
(4) L Colin, Traité des maladies épidémiquei, Paris,
mollement persuadé par les beaux iravaux de Pasteur. Le miasme nosocomial, le milieu épidémique, le contage et les causes morbiflques lui semblèrent préférables à la précision apportée par les microbes. « Jadis, dit-il, ces affections (la septicémie et la pyohémie), s'éternisaient par l'insalubrité des hdpitaux, aujourd'hui leurs foyers épidémiqoes sont toujours adventices, susceptibles de se former dans les lieux les plus salubres, villages^ fermes, châteaux, dès qu'il y a encombrement de blessés; preuve évidente de leur indépendance originelle de ces prétendues nuées d'organisnaes parasitaires qui» elles, ne respecteraient pas davantage les blessés disséminés. » Objection reposant sur cette fausse idée de l'absence constante des accidents septiques à la campagne ; objection qui n'a de valeur qu'aux yeux de ceux qui méconnaissent les travaux de Pasteur sur la répartition des germes vivants dans les airs, les eaux et les lieux (i).
Quelque temps après, MM. Debove et Mîquel(2) (1879) renouvelèrent une expérience démontrant : {^ que tous les microrganismes ne sont pas également nocifs, et que la bactérie commune (être aérobie), par exemple, est absolument inoffensive; 2* que ce n'est pas par la consommation de l'oxygène du sang que les vibrions sont nocifs, puisque la bactérie commune, qui s'empare avec avidité de l'oxygèoe partout où elle se trouve, peut être injectée dans les veines sans produire aucun trouble.
Puis MM. Gosselin et Alb. Bergeron, dans une étude essentiellement pratique sur les antiseptiques (1879) (3), affirmèrent leurs convictions sur la théorie des germes en considérant les vibrions comme le signe le plus positif de la putréfaction commençante, et en concluant que le mode d'action des antiseptiques est double. Us admirent : l*la destruclion possible par l'antiseptique des germes atmosphériques dont le développement produit la décomposi-
(1) Voy. DxkcldXLi» Ferments et maladies, 1882, chap. ni, p. 29.
(2) Miquel, Étude sur les poussières organisées de l'atmosphère {Annaies d^hygiène publique^ etc., octobre (879, p. 358). r
(3) Gosselin et Alb. Bergeron, Étude sur les effets et le mode d'action des substances employées dans les pansements antiseptiques (C. A. de i* Académie des sciences, 1879, t. LXXXIX, 2« série. 6 octobre, p. 594). — Recherches sur la valeur antiseptique de certaines substa?ices et en particulier de la solution alcoolique de GauUheria {Archives générales de médecine, Janvier 1881).
THÉORIE DES GERMES
(l'on putride et les vibrions... ; 2* une modification favorable imprimée au sang par le contact de Tantiseptique... altération antiseptique... mputrescence. Modification qui, en résumé, transforme le sang et les liquides putrescibles en un milieu de culture inhabitable pour les vibrions. MM. Gosselin et Bergeron montrèrent en outre que l'activité, ou plutôt que la durée de l'activité des antiseptiques est mesurée par le développement plus ou moins précoce et abondant des vibrions de la putréfaction.
D'ailleurs les travaux pratiques se multiplient et les succès toujours croissants de la méthode antiseptique confirment la théorie. Aucun fait expérimental n'apporte une nouvelle preuve à Il solution du problème, mais aucune objection sérieuse n'est d'autre part opposée. Seule h question des ptomaïnes a semblé pendant DB temps capable d'ébranler les convictions ou plutôt compliquer le problème. Les ptomaïnes en effet ne se retrouvent pas dans les sécrétions des plaies, ils se retrouvent dans le cadavre, et tout ce qu'il est permis de concéder, c'est qu'ils soient des produits de l'action du vibrion septique passé dans la circulation. Tédenat,en 1879 (1), dans une excellente étude critique, arrive à conclure en faveur delà théorie des germes. Perret (2) se montre chaud partisan des idées de Pasteur. Verneuil 1879 (3), sans rieo changer au fond de la doctrine septicémifne qu'il professait dès 1871, la modifie en sacrifiant à la théorie des germes. Au lieu de considérer que le virus traumatique est engendré spontanément à la surface des plaies; 1 écrit: « On pourrait dire simplement de cette substance qu'elle est formée ou déposée ï la surface des plaies. > On pourrait dire iDCore : « Le virus traumatique résulte de Taclion exercée sur les matières contenues dans le foyer par des microbes venus de l'atmosphère et jouissant des propriétés des ferments. » D'ailleurs, suivant Verneuil, et c'est en somme It vérité, la doctrine septicémique ne réside pas dans la théorie des germes. Quel que soit le poison, germe ou corps chimique, l'essentiel la point de vue pratique est de reconnaître qne ce poison existe réellement et de trouver le moien d'en annihiler les effets pernicieux.
(I) Tédenat, Étude critique stir la septicémie et la piMmie, Paris, 1S79.
(3) Perret, De Ifi septicémie^ Thèse pour le concours é^eprégation en médecine^ 1880.
(I) Vemeail, Mémoires de chirurgie, 1880, t. II,
Chauvel (i880) (i) fait l'histoire complète de la septicémie expérimentale, médicale et chirurgicale et se range en définitive parmi les partisans réservés de la théorie des germes. Il admet en effet (2) que la putréfaction, au point de vue de l'action sur l'organisme des substances en décomposition, comprend trois périodes principales. A son début, comme dans ses phases ultimes, elle donnerait naissance à de^ produits toxiqnes, à des poisons, dont la composition moléculaire n'est pas encore bien déterminée, mais dont la nature se traduit par des phénomènes morbides, par les intoxications qui suivent leur introduction dans l'économie. Entre ces deux périodes, il en existe une troisième, dans laquelle les matières putrides agissent parles microbes qu'elles contiennent, dont la multiplication dans l'organisme se traduit par la septicémie virulente et contagieuse.
Enfin, en 1882, Duclaux (3) entreprit l'exposé des rapports des maladies dites infectieuses avec la théorie des germes. 11 résuma l'histoire des fermentations s'étendant principalement sur la fermentation putride, et mit en lumière toutes les acquisitions faites par la science grâce aux travaux de Pasteur. L'histoire du poison septique y est faite en un chapitre fort clair, mais où je n'ai trouvé en somme rien d'essentiel à ajouter à ce que j'avais écrit en 1880 dans mou livre sur la pyohémie. A cette époque (4), j'écrivais :
XXII. — Conclusion. « En résumé, aucun fait péremptoire, aucune expérience contradictoire n'a été opposée aux faits et aux expériences sur lesquels M. Pasteur avait assis sa doctrine. La théorie des germes a éveillé des méfiances, elle a même soulevé des contradictions, elle n'a pas éclaîrci toutes les obscurités, mais elle n'a laissé debout devant elle aucune objection rédhibitoire, et mieux qu'aucune autre théorie elle répond à toutes les questions soulevées par le problème du poison septique*
a D'ailleurs la théorie des germes peut encore invoquer un argument sur la valeur duquel l'attention n'a pas été suffisamment attirée ; elle est essentiellement probable et rentre dans le cadre général des phénomènes vitaux.
M. Dumas disait, il y a plus de vingt ans :
(1) Chauvel, Art. Septicémie, du Dictionnaire ency" clopédique, 1880.
(2) Chauvol, ibid.^ V partie, p. 3D.
(3) Duclaux, Ferments et maladies^ 1882.
(4) M. Jeanncl, Linfection purulente ou pijohémie^ 1880, p. 526,
MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICEMIE
« Les fermentations sont toujours des phénomènes de môme ordre que ceux qui caractérisent raccomplissement régulier des actes de la vie animale. Le ferment nous apparaît comme un être organisé. Le rôle que joue le ferment, tous les animaux le jouent ; on le retrouve dans toutes les parties des plantes qui ne sont pas vertes. Tous ces êtres ou tous ces organes consomment des matières organiques, les dédoublent et les ramènent vers les formes les plus simples de la chimie minérale. Il faut souvent plusieurs fermentations successives pour produire l'effet total. » Or ces considérations peuvent aussi bien s'appliquer aux organismes animaux.
« En effet, l'être entier, l'être anatomique, est essentiellement constitué de cellules douées chacune de propriétés particulières et qui, réagissant les unes sur les autres et sur les liquides qui les baignent, manifestent la vie sous toutes ses formes. On peut dire que la vie est une fermentation nutritive sous l'influence des hématies, des leucocytes et des épithéliums; que les fonctions et les sécrétions sont des fermentations sui generis, fonctionnelles et sécrétoires, sous l'influence des différentes cellules propres aux organes et aux glandes.
« L'activité cellulaire préside doncaux actes et aux fermentations physiologiques. Quoi d'étonuant dès lors à ce que l'activité cellulaire préside également aux actes ou aux fermentations pathologiques? En réalité, la nutrition est-elle autre chose qu'une décomposition salutaire des liquides nourriciers dont les produits entretiennent l'individu? tandis que la septicémie est une décomposition fatale dont les produits empoisonnnent l'individu. Dans les deux cas les liquides livrés à la décomposition sont identiques, les ferments seuls diffèrent.
« Mais la probabilité n'est qu'un faible appoint à l'actif d'une théorie.
u Est-il donc possible de tirer delà longue série de travaux que ngus venons de parcourir des conclusions formelles en laveur de la théorie des germes? Je ne le pense pas; je crois qu'il faut encore s'en tenir à des présomptions, quelque fortes qu'elles soient; caria consécration complète de la clinique et de l'anatomie pathologique manque aux faits expérimentaux les mieux démontrés. On peut cependant faire le départ des faits que Ton doit considérer comme acquis et des faits probables, mais encore incomplètement dégagés.
u 1. On doit considérer comme acquis les (uils suivants :
(( i <> La théorie de M. Pasteur sur la putréfaction (1863, Pasteur);
« 2^ Les deux espèces de vibrions aérobies et anaérobies (1863, Pasteur);
« 3^ Les deux formes (vibrions et corpuscules germes) que peut revêtir le vibrion septique (1865, Pasteur; 1878, Pasteur, Joubert et Chamberland) ; ^ *
« 4^ La virulence progressive du sang sepUcémique (excessive chez le lapin), dont la seule explication possible est la reproduction du virus pour ainsi dire à l'infini (1866, Coze et Feltz; 1872, Davaine; 1873, Davaine, Bouley, Béhier, Yulpian; et même, 1876, Uiller) ;
« 5<» La nécessité de l'intervention des germes ou des vibrions des liquides putrides pour engendrer dans l'organisme les phénomènes de la putréfaction (1873, Ghauveau, expérience du bistournage) ;
« 6"^ La septicité des injections intrayeineuses de liquides chargés de vibrions septiques, et l'innocuité des injections de liquides complètement privés de vibrions par une filtration suffisante (1873, Ghauveau; 1878, Pasteur, Joubert et Ghamberland);
u 1^ La présence d'organismes inférieurs dans le pus des plaies, constatée par presque tout le monde ;
« S^ La présence de bactéries dans le pus des abcès métasta tiques (4871-1872, Ranvier, Burdon-Sanderson, Ollier et Ghauveau, P. Yogt) ;
u 9^ La spécificité que doit posséder le pus que l'on injecte expérimentalement dans les veines pour être capable d'engendrer des lésions pyohémiques (1872, Burdon-Sanderson ; 1873, Hueter» Birch-Hirschfeld, et surtout, 1875, Ghauveau);
« i(i<> La puissance phlogogène des bactéries (1872, Ghauveau, Klebs; 1873, Samuel, Hueter, Birch-Hirschfeld, Heiberg; 1878, Pasteur, Joubert et Ghamberland) ;
« 1 1» L'utilité et le succès des pansements qui mettent la plaie à l'abri des germes de l'air, soit en empêchant l'accès de celui-ci, soit en changeant les conditions physiques du pus, de façon à le rendre inhabitable pour les bactéries soit en les détruisant dans la plaie et autour de la plaie (pansement ouaté de A. Guérin, pansement de Lister, pansement par ventilation ou exposition à l'air) (1867, Lister; 1874, A. Guérin, Pasteur; 1875, Gosselin, Pasteur; 1879, Gosselin et Alb. Bergeron) ;
« 12° La spécificité de la bactéridie charbonneuse (1863, Davaine; 1876, Koch; 1877, Pasleur et Joubert) ;
u 130 La spécificité et la nature anaérobie du
TnÉORIE DES GERMES.
t! brion septiqae ; la spécificité et la nature à la fèis aérobie et anaérobie du microbe purulent ou phlogogène (i878, Pasteur, Joubertet Ghamberland). .Personne, en effet, n*a contredit ni infirmé les expériences de M. Pasteur qui l'ont amené à ces conclusions.
« IL Quant aux faits probables, maisincomplè* tement dégagés, ce sont ;
« i<» La présence des bactéries dans le sang Mpticémique ou pyohémique (1866, Coze et Fdtz; 4868, Cbristot et Kiener; 1870-1872, " RepTeu; 1872, Klebs; 1872-73, Davaine, Bouley, lèbier et Liouville, Vulpian; 1874, Landau; /876, Schûller);
«î* L'infiltration des globules blancs du sang ou in globules de pus par des organismes inférieurs (1872, Ranvier ; 1873, Hueter, Birch-Hirschfeld) ;
« 3* La capacité que posséderaient les microbes de faire embolie (i 873, Martini, Heiberg). ' « L'importance de ces conclusions, quelqu'incomplëtes qu'elles soient, n'échappera à peradone; elles contiennent en effet, sinon une doctrine nettement formulée, au moins- les déments d'une doctrine.
« Mais, il fautbien l'ayouer, toute cette doctrine i^ose principalement sur les inductions logiques et des expériences positives : les consécratioDS cliniques et anatoraiques en sont rares. Il en est une très certaine cependant; on la trouve itns les succès de la méthode des pansements ntiseptiques, dont l'action germinicide et à la lâê imputréfiante me semble avoir été démontrée nec tonte la rigueur scientifique désirable par bi récentes études de M. le professeur Gosselin Il de son aide M. Alb. Bergeron.
« Quant aux consécrations anatomiques, les •bsenrations de P. Yogt (1872), qui constata des kidéries dans les lésions pyohémiques, de IM. Coze et FelU (f8fi6), Nepveu (1872), Hueter, Bircb-Hirschfeld (1873), Landau (1874), Schûller (1876', qui en ont constaté soit dans le sang, soit dans les globules blancs du sang pyohémique, demanderaient à être plus généralement con- Irmées.
« Mais ayant tout il faudrait, ]e pense, qu'il y eût entre les chercheurs une sorte de convention sur les classifications et les dénominations à employer; il faudrait surtout des figures avec' des descriptions nettes et concises des organismes inférieurs qui sont le plus spécialement incriminés dans la septicémie et la pyohémie. N'est-il pas probable que les granulations trouvées dans le pus des abcès pyohémiques P&r M. Ranvier (1871), les bactéries d'un caractère particulier dont parle Burdon-Sanderson
(1872), le microsporon septicum de Klebs (1872), les monades de Hueter (1873), les bactéries sphériques de Birch-HirschfelJ (1873), les micrococci de Heiberg (1873), la coccobacleria septica de Billroth (i<^74), le microbe purulent de M. Pasteur (1878) sont soit Ib môme organisme, soit des formes ou manières d'être du même organisme. Une des grandes sources des contradictions qui semblent exister entre les partisans de la Uiéorie des germes ne serait-elle pas supprimée, s il y avait plus d'unité dans les classifications ou plus de précision dans les descriptions? La passion de la réforme et de l'invention est souvent funeste, surtout dans la science, où la vérité et non l'originalité doit toujours être le point de mire. Que d'éminents chercheurs eussent mieux fait de contrôler, par exemple, la réalité de ce fait de la vie avec ou sans oxygène (aérobie ou bien anaérobie) des organismes inférieurs, et en particulier des vibrions de la putréfaction, sur lequel l'illustre patron de la panspermie fait reposer tout l'édifice de sa théorie, plutôt que de s'ingénier à établir des classifications nouvelles, ornées de dénominations plus ou moins baroques, et que leur apparente simplicité ne saurait suffire à justifier 1 M. Pasteur, M. Davaine et M. Chauveau ont toujours parlé de faits expérimentaux, on leur a trop souvent répondu par des hypothèses. « Quant à moi, convaincu de la vérité de la théorie de Pasteur sur la putréfaction et considérant; <c l<»Que la virulence progressive dusangsepiicémique, démontrée par les expériences de M. Davaine, ne peut être expliquée autrement que par l'intervention des bactériens ou de leurs germes; et que la similitude entre la septicémie et la putréfaction ressort également des expériences de M. Davaine ;
a 2* Que l'expérience de M. Chauveau sur le bistournage a prouvé que les phénomènes de putréfaction ont les mômes agents dans l'organisme et hors de l'organisme ;
(c 3<» Que la communication de M: Pasteur faite aux Académies en 1878 repose sur des expériences et des découvertes que personne n'a jusqu'ici contredites, et que les inductions qu'il en a tirées sont parfaitement logiques ; que ces faits et ces découvertes ont fourni réponse suffisante à toutes les objections principales opposées à la théorie des germes ;
a 5® Que les méthodes de pansement qui s'inspirent des recherches de M. Pasteur sont les plus efficaces:
« Je reste convaincu que la théorie des germes appliquée à la septicémie et à la pyohémie est
MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICÉMIE
vraie; je crois à son avenir et à sa consécration ■ Telle est la conclusion que je tirMi en 1880 déflnitive. » I et que je mainUens aujourdliul.