‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 135 sur 343 · LA FFÈVRE TRAUMATIQUE OU FIÈVRE PRIMITIVE DES BLESSÉS · texte numérisé non relu

LA FFÈVRE TRAUMATIQUE OU FIÈVRE PRIMITIVE DES BLESSÉS

]a fièfTC inflammatoire absolument aseptique, De môme la pneumonie traumatique, le phleg* mon consécutif aux contusions sans rupture de la peau, 8*accompagnent de fièvre inflammatoire et aseptique. De même encore Tamygdalite, survenant après une opération pratiquée dans la cavité buccale.

Ici encore la fièvre ne s'allume pas par le fait âxx traumatisme lui-même, elle résulte de Tintervention d'une complication, l'inflammation, pouvant survenir à une époque quelconque, et pouvant naître sous l'influence de causes extérieures indépendantes de la blessure; celle-ci n'est en réalité que l'occasion de la fièvre.

D'ailleurs la marche de la fièvre varie suivant que la plaie est ou n'est pas enflammée.

Si l'inflammation survient dans les premières heures de la plaie, la fièvre revêt un caractère d'acuité plus considérable, elle est plus rapide et plus forte et s'accompagne quelquefois d'un firisson véritable. Mais ce n'est pas la règle, et d'ordinaire le processus inflammatoire ne s'établit que plus ou moins tardivement, alors que la fièvre traumatique proprement dite est sur ion déclin. Alors, ou bien la température se maintient élevée sans qu'U y ait d'ailleurs de symptômes généraux de septicémie ; ou bien, après une chute de la courbe thermique, on foit survenir une nouvelle élévation rapide ciAncidant avee les signes de l'inflammation locale (rougeur, gonflement et douleur). En résumé, la fièvre liée à l'inflammation est toujours liée à des signes locaux, elle est brusque et plus ou moins tardive; elle atteint un degré thermique élevé (40*).

3* Quant à la fièvre traumatique véritable, c'est elle qui survient, indépendamment de tout processus inflammatoire; elle revêt trois formes luivant la nature et le siège de la blessure, si bien que la meilleure classification des lésions chirurgicales est sans contredit celle qui tient compte de la forme et de l'allure de la fièvre consécutive à la lésion. La classification qui répond le mieux à ce desideratum est celle que le professeur Verneuil a proposée en 1872, par Il voix de Mascarel (I).

M. Verneuil classe les plaies comme il suit :

I" Lésions traumatiques externes ou exposées, en rapport avec l'air atmosphérique par une solution de continuité de la peau (plaie d'amputation, plaie de ligature d'artère, etc.);

(I) Mascarel, Considérations sur le siège des lésions traumatigues^ avec proposition d*une nouvelle classifkaihm. Tkè$e tU ParUf 1873, q« 45, 36 Janvier, p. 15.

2<» Lésions interstitielles (sous-cutanées pro» prement dites), produites au centre des organes, n'intéressant que des tissus communs (mus* des, os, vaisseaux, nerfs, etc.), et ne communiquant ni avec l'air, ni avec une cavité naturelle ou pathologique (fracture simple du tibia, rupture tendineuse, etc.) ;

3^ Lésions cavitaires ou des organes non communs (vessie, estomac, pharynx, bouche, rectum, vagin, utérus, péritoine, plèvre, etc.), avec ou sans communication directe avec l'air atmosphérique.

Les avantages de cette classification ne sauraient être contestés. Au point de vue nosologique, toutes les espèces de plaies y trouvent leur place naturelle, et chacun des types ne comprend que des lésions comparables entre elles, et dont la marche clinique se différencie catégoriquement par des caractères de lapins haute importance, c'est-à-dire par les allures de la fièvre traumatique et la marche particulière imprimée au traumatisme par la nature de la région blessée.

En effet, dans le cas de plaie exposée, amputation d'un membre par exemple, non traitée anliseptiquement, la fièvre primitive est la fièvre traumatique dite simple ; elle n'est établie en général que le deuxième ou le troisième jour, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard ; mais en tout cas, après une hypothermie faible et passagère (1/2 degré), deux ou trois heures après le traumatisme, la fièvre ne s'allume que peu à peu, la température ne croit que graduellement pour atteindre son maximum le deuxième ou le troisième jour.

Il est cependant des cas où peu de temps après le traumatisme, vingt-quatre heures par exemple, la température est déjà à 39» et même 40* ; l'élévation a été brusque, mais elle n'a pas été immédiate ,* il s'agit alors d'une fièvre inflammatoire, dont on doit trouver la raison dans une phlegmasie quelconque survenue aux environs de la plaie, à moins toutefois que la plaie ne soit une plaie confuse.

Dans les plaies interstitielles, dans la fracture simple de la jambe, sans inflammation ni du foyer de la fracture ni du voisinage, la fièvre est nulle ou à peu près, c'est une fièvre dite émotive ou bien une simple réaction nerveuse éphémère, sans aucun symptôme général, le thermomètre oscille entre 37* et 38», la température locale de la jambe fracturée seule est supérieure de quelques dixièmes de degré à la température de la jambe saine.

Dans le cas de plaie caritaire, la scène change

MAURICE JEANNEL. — DE LA SEPTICEMIE

complètement, la ûèvre primitive est une fièvre d'inoculation ; elle s'allume vive, intense, presque immédiate, et le thermomètre monte subitement dans les douze heures à dO"* ou 40*. La brusquerie de l'ascension de la température rappelle alors vraiment l'érysipèle et la lymphangite, où Ton voit également le thermomètre à 37* le matin et à 39» et . 40» le soir. C'est qu'en effet il y a plus que de l'analogie entre un malade atteint d'érysipèle et un blessé atteint d'une plaie cavitaire ; il y a identité dans les conditions pathologiques et dans l'étiologie de la fièvre; l'un et l'autre sont sous le coup d'une intoxication subitement complète. Ce caractère particulier de la fièvre, qui accompagne les plaies cavitaires, a été signalé pour la première fois par M. le professeur Yemeuil, qui y insiste encore à chaque occasion dans ses leçons cliniques. Je propose, pour la fièvre qui naît dans ces conditions, le nom de fièvre cavitaire.

Telles sont les allures cliniques variées de la fièvre traumatique. Nous sommes maintenant suffisamment armés pour pouvoir aborder les théories et les juger en connaissance de cause.

Théories de la fièvre traumatique.

Sans faire ici l'histoire des doctrines relatives à la fièvre traumatique, il me suffira de signaler les théories principales et de discuter celle que je crois la mieux fondée.

Ces théories sont au nombre de trois :

Page 1