LA FIÈVRE TRAUMATIQUE OU FIÈVVRE PRIMITIVE DES BLESSÉS
son septique dans 4*organisme, elle démontre la Tertu pjrogène des matières putrides ; enfin elle reproduit arlificiellement les conditions dans lesquelles se trouvent les plaies produites sur des surfaces antérieurement septiqucs. '
Maanourj ( t ) admet pour les plaies de ce genre un quatrième type de fièvre : la fièvre dlnoculation suscitée par une blessure faite avec un instrument chargé de virus, ou par une blessure faite avec un instrument quelconque dans une région baignée ou recouverte de matière toxique. Quant à moi, j'admets la fièvre d'inoculation comme forme ou variété clinique de la fièvre traumatique proprement dite, mais je la confonds avec cette dernière an nom de Tétiologie. Dans l'une et l'autre fièvre, en effet, le poison est le mémCy c'est toujours la même matière septique, les conditions de l'absorption varient seules ; c'est une question de degré de précocité et d'activité, ce n'est pas une question de variété d'empoisonnement. Cela est tellement vrai que M. Maunoury n'osant pas faire une classe clinique de plus pour les plaies contuses, est cependant obligé de reconnaître que dans les plaies de ce genre la fièvre est plus précoce ; mais il n'en fournit pas l'esplication, se contentant d'attribuer cette précocité à un état complexe et de qualifier la fièvre du nom de fîèvre mixte (2), « dans laquelle entre en propoi lions variables l'élément traumatisme et l'élimaiit Inflammation, » bien que cependant les phénomènes inflammatoires ne soient pas toujours en rapport avec Tintensité de la fièvre. Or s'il est évident que les plaies contuses se compliquent parfois de l'élément inflammatoire, il est non moins évident que les phénomènes de sphacèle moléculaire et de putridilé trouvent à leur surlace des aliments en bien plus grande quantité qa*à la surface des plaies par instrument tranchant. Par conséquent, la fièvre consécutive aux plaies contuses est véritablement un intermédiaire, un trait d'union, entre la fièvre d'inoeolation et la fièvre traumatique simple, et toutes les trois sont des degrés difl'érenls d'une même intoxication.
La marche de la fièvre dans le* cas de plaie cavitaire me semble mémo constituer une des preuves les pins évidentes de la théorie sepllcémique delà fièvre traumatique.
Si les plaies externes et les plaies cavitaires donnent naissance à la fièvre traumatique
(1) Mannonry, Étufle critique sur la fièvre prMlivc itt bU^téi, Paris, i877, p. 81.
ff) Maunoury, iàid.f p. CC.
alors que les plaies interstitielles restent apyrétiques, c'est que les premières sont dans des conditions septiques, tandis que les secondes ne le sont pas. C'est là un fait indéniable, car on ne peut nier l'existence de la pulridité à la surface des plaies, si l'on peut en contester l'influence. Mais pourquoi cette différence dans rintensité,]a vivacité et la rapidité de l'intoxication pyrogène quand il [s'agit d'une plaie cavitaire?
Lorsqu'une théorie est vraie, tous les faits concourent à sa confirmation : tel est le cas de la théorie du poison septique (germes ou autres) et de la septicémie. L'un des arguments les plus forts, dont se sont armés les adversaires de la théorie des germes, est rindifférence que manifeste l'économie tout entière pour les microrganismes qui l'habitent. Le tube digestif, disent-ils, est peuplé de microrganismes, bactéries ou vibrions, qui sont et restent absolument inofl'ensifs ! Cela est vrai, mais cela prouve uniquement l'imperméabilité des muqueuses aux vibrions septiques et la nécessité d'une plaie fraîche de ces muqueuses pour créer les conditions de l'infection. Bien plus, cette multiplicité des vibrions dans les cavités muqueuses, loin d'infirmer la théorie des germes, en devient une preuve nouvelle, lorsqu'on étudie les phénomènes fébriles caractéristiques des plaies cavitaires.
En effet, une plaie exposée ordinaire ouvre une porte à l'infection dans un milieu où le poison est relativement rare, et, pour que l'intoxication soit complète, il faut que la putréfaction ait envahi totalement les liquides épanchés à la surface de la plaie ; l'infection est graduelle, comme la fièvre qui en est l'expression.
Voici par exemple un malade atteint d'ostéo» arthrite du poignet sans aucun trajet fistuleux et par conséquent sans aucune communication entre le foyer pathologique et l'air atmosphérique. Le foyer pathologique est donc absolument aseptique et dépourvu de germes putrides. Ce malade subit la résection du poignet en mai 1880. M. le professeur Verneuil prédit d'avance qu'il n'aura pas de fièvre le soir de Topé* ration, mais qu'il aura au contraire de la fièvre traumatique le troisième on le quatrième jour. Le tracé n i (fig. 34) montre combien cette prévision s'est réalisée : la fièvre s'alluma en effet peu à peu, an fur et à mesure du travail de pu<tréfaction qui se passa à la ««urface de la plaie ; elle cessa le troisième jour, lorsque, l'organisîilion de la plaie étant complète, Fubsorplion septique devint impossible.
MAURICE JEAKHEL. — DE U. SEPTICËUIE.
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