DE L'ORIGINE SPONTANÉE DU PUS DANS LE SANG
les processus anatomo-pathologiques étaient identiques dans la lymphangite et dans la phlébite et que par conséquent le pus lymphatique était toujours séquestré.
D'autre part, Bérard (1) (1842) ne crut pas à la pyohémie par lymphangite. Une analyse minutieuse d'observations de lymphangites suppurées de l'utérus et de ses annexes le conduisit à conclure que « les cas d*abcès métastatiques étaient précisément ceux où il y avait du pus dans les veines en même temps que dans les lymphatiques, tandis que la suppuration dans les lymphatiques seuls n'avait pas été anîvie de la formation de ces abcès, indices de llnfection purulente. »
Tout au contraire Botrel, en 1846 (2), entreprit de démontrer que Tangioleucite utérine peut donner lieu à la pyohémie ; il prétendit avoir observé un bon nombre de cas d'infection purulente non douteuse chez des accouchées où les lymphatiques seuls étaient suppures à Feidusion des veines, n soutint qu'il n'existait d'ailleurs pas de ganglions sur le trajet de tous les lymphatiques utérins, dont un certain nombre s'ouvraient directement dans la veine porte, la grande veine azygos et les veines rénales. Celle assertion, contraire aux données anatomiques, réduit à néant l'opinion de Botrel.
Monneret et Fleury(3), 18i7, citèrent à l'appui de cettedoctrine le cas d'un homme atteint d'érysipèle phlegmoneux et mort d'infection purulente. Pour ces auteurs, la lymphangite était une étîologle qu'on pouvait invoquer faute de mieux !
En 1859, Virchov? (4) démontra, au nom de Fanatomie et de la physiologie, l'impossibilité du passage du pus à travers les ganglions. Les lobules de pus, dit-il, sont aussi bien arrêtés parles ganglions lymphatiques que les corpuscules de cinabre ou de bleu de Prusse employés pour le tatouage. Ils les infectent, ils les engorgent, comme le font ces corpuscules ou comme le font encore les éléments épithéliaux du cancer ; ils ne les franchissent pas. Ils peuvent les irriter cependant et donner lieu ainsi à une leucocytose symptomatique qui donne au lang l'aspect purulent.
(1) Bénrd, art. Pus in Dictionnaire en 30 vol, ; 1842, p. 481.
(2) Botrel, Mémoire sur VangioUucite utérine puerpérale (Arclu gén. de Méd., 1845, t. VII, p. 426).
(S) Ifooneret et Fleury, Cotnpendium, art. Proninc; 1847, p. 270.
(4) Viichow, CeUuiarpathohgie, etc. Berlin, 1859, Trad. Picard, 1800, p. 152.
Encycl. de chirurgie.
Pourtant M. Sédillot (1), en 1870, ressuscita encore la lymphangite comme palhogénie de la pyohémie. 11 ajouta, il est vrai, que les cas mortels étaient alors excessivement rares, en raison de la petite quantité de pus introduite dans l'économie. Or dire que les pyohémies d'une certaine origine sont rarement mortelles, n'est-ce pas dire en réalité que ce ne sont pas des pyohémies ?
Ce fut d'ailleurs le dernier écho de le doctrine. Les lymphatiques furent considérés dès lors comme capables d'absorber les liquides, mais comme incapables de lancer du pus dans la circulation, en raison du rempart que le^ ganglions opposent aux globules. D'ailleurs, est-il besoin d'aller chercher bien loin des raisons pour démontrer que la lymphangite spontanée, pas plus que l'érysipèle, n'engendre l'infection purulente, lorsque l'observation journalière permet de le constater? Ne savons-nous pas en effet qu'en face d'un blessé pris subitement de frisson intense et de grosse flèvre, le diagnostic reste justement en suspens entre la lymphangite et la pyohémie, et que le pronostic s'adoucit à nos yeux aussitôt qu'avec une marche spéciale de la température nous constatons des traînées lymphatiques? Certes les deux maladies peuvent coïncider ; mais la première n'est la source de la seconde que lorsqu'elle se complique de phlegmon, et alors c'est le phlegmon et non la lymphangite qui est l'origine de la pyohémie.
Doctrines vitalistesy on de Torigine spontanée dn pns dans le sang.
La résorption, l'absorption du pus et la phlébite avaient été alléguées comme modes de pénétration du pus dans le sang aboutissant à l'in feclion purulente mécanique de ce liquide. La plaie, le pus sécrété, l'état local en un mot, jouaient, d'après ces théories, un rôle écologique direct pour créer l'état général pyohémique. Les deux doctrines, dont l'histoire va suivre, repoussent toute idée de pénétration mécanique d'un agent d'infection par la surface traumatique. L'état général est tout ; l'état local, la plaie, le pus sécrété, n'ont plus qu'un rôle secondaire.