DE L'ORIGINE SPONTANÉE DD PUS DANS LE SANG
Cette leucocytose a été démontrée chez les rarioleux convalescents, menacés de grands abcès, par M. Brouardel en 4871. Elle a été démontrée chez les blessés atteints de maladies intercurrentes et dont la plaie se flétrit, et chez ceux qui sont attaqués par la pyohémie. C'est elle qui a donné le change aux médecins de la précédente génération, et a été le point de départ du dogme du mélange du pus et du sang. Chez les blessés ordinaires elle est plus difficile à prouver ; mais cela tient à ce que la suppuration établie soustrait au sang les leucocytes au for et à mesure de leur production, ce qui empêche leur accumulation.
Le sang des blessés est donc dans un état pathologique temporaire, la vie plastique dans un état de suractivité, qui forment un équilibre instable que le moindre choc ébranlera. Cet équilibre Tient-il à se rompre et la suractivité pyogéoique à se dévier, pour une cause ou pour une autre, de son évolution normale ; de môme qu'en pareille circonstance le cancéreux devient tout cancer, le syphlitique tout syphilis, etc., de même le blessé pyogénique devient Uml pus. La pyohémie est constituée : des foyers de suppuration multiples naissent sous dei influences ordinairement innocentes et banales.
Telle est la pathogénie proposée par Chaufford.
M. Gosselin(i) (187i) répondit à Chauffard. Son argumentation fut aussi simple que puissante. Une doctrine doit expliquer tous les laits, celle de Chauffard n'est pas dans ce cas, car elle ne peut rendre compte de l'excès de danger qui résulte des blessures avec fracas des os, surtout alors que les fractures simples et sans plaie sont constamment si bénignes. A ces arguments, M. Gosselin ajoutait ceux non mdns irréfutables de la thérapeutique, faisant ressortir que la septicémie « dirige trop bien notre prophylaxie et notre thérapeutique, pour qu'on poisse Ten expulser et la remplacer par des vues théoriques qui ne donnent à la prophylaxie que la doctrine de la fatalité ■.
Chauffard répliqua, il est vrai (2), que l'existence seule de l'ostéomyélite suffisait pour expliquer la gravité des traumatismes des os. Il rejeta d'ailleurs toute possibilité de comparaison entre les fractures même comminutives et les
(1) Gosselin, Bulletin de tàeadémie de médecine^ 16 aoat, 1871, p. 622 et 632.
(2) Cbfiiffard, Bulletin de l'Académie de médecine, n août, 1871.
fractures avec plaies. C'était, il faut l'avouer, facilement tourner une objection capitale ; car entre les deux lésions les différences, consistant en l'exposition ou la non-exposition à l'air du foyer traumatique, sont justement expliquées avec facilité par la doctrine septicémique et ne sauraient l'être par la conception de Chauffard.
Au surplus Chauffard ne répondit guère mieux à l'argument fondé sur les succès de la thérapeutique et du traitement antiseptique. Il argua, en effet, que ces succès dépendaient uniquement de ce que les pansements antiseptiques, en mettant la plaie dans de bonnes conditions, influencent aussi favorablement l'état général, et le mettent en état de soutenir sans en être ébranlé les chocs perturbateurs. C'était plus qu'insuffisant. Les succès indubitables et étonnants de la méthode antiseptique sont des arguments brutaux, mais irrésistibles, et qui confirment trop bien la doctrine septicémique pour être ainsi légèrement déclinés.
M. J. Guérin (1) entreprit encore de réfuter la théorie de Chauffard, déjà si fortement ébranlée. Il essaya de mettre Chauffard en contradiction avec lui-même, mais il n'apporta aucune objection nouvelle.
Séduisante sous certains rapports et en particulier par sa simplicité, mais surtout éloquemment exposée et défendue, la doctrine delà rupture de l'équilibre des forces vitales mises en œuvre pour la réparation du traumatisme n'était en somme que théorie pure, et faisait trop bon marché des résultats acquis par l'anatomie pathologique et Texpérimentation pour avoir chance de se faire accepter.
En vain Chauffard, en 4872 (2), réunit et développa dans un livre ses discours et ses arguments ; il montra que chez lui l'écrivain égalait l'orateur, mais il resta seul ou à peu près à défendre et à soutenir sa doctrine.
DOCTRINES RELATIVES A L'INFECTION OU DOCTRINES TOXÉMIQUES
La plupart des auteurs qui ont étudié l'action du pus sur l'organisme ou recherché la nature de l'infection purulente ont conclu à un empoisonnement. Mais l'accord n'a pas tardé à se rompre lorsqu'il s'est agi de spécifier et de déterminer le poison : trois doctrines ont alors été proposées.
Les uns ont cru à une intoxication soit parle
(1) Chauffard, De la fièvre hrmmuiHque et de tinr fec^ion purulent^* PfrtSt Wh
MAURICE JEANNEL. — DE LA PYOHÉMIE
pus, soit par un liquide putride quelconque, et ont fait de l'infection purulente une infection putride compliquée d'abcès TÎscéraux ; c'est la doctrine de la septicémie embolique.
Les autres ont rejeté la nécessité de la putridité et ont considéré le pus pur comme l'unique poison de la pyohémie : c'est la doctrine de la pyohémie vraie.
D'autres enfin ont surtout enyisagé les miasmes atmosphériques ; sans accorder d'importance à la pénétration du pus dans le sang, qu'ils ne jugeaient pas indispensable, ils ont regardé l'infection purulente comme une maladie infectieuse, miasmatique, au même titre que la peste, le typhus, etc. : c'est la doctrine miasmatique ou du typhtu chirurgical.