Mélange de ce pus avec le sang
c. Diathèse pyogénique créée par ce mélange.
a. La sécrétion locale de pus dans une veine nous a déjà arrêtés plus haut.
6. Le mélange du pus et du sang. Lebert admettait une action toxique directe du pus sur le sang. Le sang purulent devenait incapable d'entretenir la vie et prenait une disposition aux exsudations purulentes. Cette altération du sang suffisait môme, prétendait-il, à entraîner la mort avant qu'il se fût produit des lésions viscérales.
e. La diathèse pyohémique créée par le mélange du pus et du sang était le mode pathogénique du développement des abcès, en dehors de toute intervention d'obstruction vasculaire mécanique.
En somme Lebert repoussait la théorie de d'Arcet et regardait la pyohémie comme une maladie générale à localisations viscérales ; il ne méconnaissait d'ailleurs pas le caractère infectieux de la maladie qu'il se plaisait à rapprocher de la fièvre typhoïde, faisant même ressortir que «le sang de la fièvre typhoïde est celui qui de tous les sangs fébriles ressemble le plus au sang pyohémique. »
Après Lebert et même en même temps que lui, Castelnau et Ducrest (1) (1840) entreprirent la série d'exccllenlcs expériences dont j'ai parlé plus haut, où ils poursuivaient spécialement la démonstration du dogme du mélange du
(1) Castelnau et Ducrest, Mém. cité in Mém. de VAtad, roy, de méd., 18iG; Conclusions, p. 150.
pus et du sang, et d'après lesquelles ils arrivèrent à conclure à Tintoxication du sang par le pus. J'ai analysé plus haut ces expériences, je n*en citerai ici que les conclusions. Castelnau et Ducrest pensaient d'ailleurs que le pas qu'ils employaient était le plus souvent pur et non putréfié. Us n'accordaient en tous cas aucune influence à la putridité. Ils formulèrent les conclusions suivantes :
« 1* Les abcès multiples sont dus à une altération du sang, laquelle est le plus souvent et peut être toujours produite par la présence d*un principe étranger à ce liquide;
» 2<>Dans les abcès multiples qui se développent à la suite des couches, des lésions traumatiques, des opérations chirurgicales et à la suite de la phlébite, ce principe, c'est le pus;
M 3* Dans les abcès multiples qui se développent dans les autres maladies, ce principe est celui qui produit la maladie elle-même ;
» 4^ La marche, le pronostic et le traitement de ces abcès sont entièrement subordonnée à la cause générale qui les produit m
Ces conclusions montrent clairement que Cas* telnau et Ducrest considéraient l'action du pus sur le sang comme celle d'un véritable poison en tout comparable au poison des autres maladies où l'on observe des abcès viscéraux. Ils qualifiaient d'ailleurs la pyoliémie du nom d*intoxication purulente, et c'était pour eux l'intoxication elle-même qui créait une disposition générale de l'organisme aux inflammations purulentes. Par quel procédé? là était l'inconnu, mais c'était évidemment, d'après leur manière de voir, par un processus pathogénique absolument étranger aux phénomènes de l'obstruction vasculaire.
Castelnau et Ducrest ne laissèrent d'ailleurs pas d'étudier avec soin les symptômes généraux de l'infection purulente à la suite de leurs injections; ils notèrent en particulier l'apparition du frisson et de la fièvre chet tous les animaux qu'ils injectèrent, et dans le tableau résumé qnlls dressèrent ils insistèrent même sur la conslance de ces deux phénomènes morbides, les rappor tant positivement à l'action du pus sur le sang.
En !844, Fleury (1), et surtout en 1847, Monneretet Fleury (2) affirmèrent l'origine purulente de la pyohémie; mais ils ne firent pas davantage entrer la putridité dans l'étiologie de cette maladie et n'admirent point la doctrine de d'Arcet.
(1) Fleury, Essai sur l'infection puruiente^ 1844.
(2) Monncret et Fleury, art. ProBÉan in C^mpen» dium de médecine pratique^ 1847^ p. )70.
DOCTRINES RELATIVES A L'INFECTJON OU DOCTRINES TOXÉMIQUES.
En la même année i8i7, Glaesel (1) admit deux actions bien distinctes du pus mélangé au sang : « Tune toxique, troublant, stupéfiant partiouliërement le système nerveux, et donnant naissance aux accidents généraux et constants, tels que frissons, prostration, stupeur, déjà assignés à la première période de Tinfection purulente; Tautre méeanique, agissant d'une manière analogue, mais non tout à fait identique à tout corps globuleux » introduit dans la circulation. Glaesel ne diffôrenciait donc pas, comme d'Arcet, Taction de la partie liquide de celle de la partie solide du pus ; il attribuait les phénomènes généraux et locaux à une action spécifique sut generis du pus sur le sang et sur les parenchymes viscéraux; action spécifique qa*aucun passage de sa thèse ne permet d'attribuer à l'altération putride.
Comme je l'ai indiqué au chapitre précédent, M. Sédillot (2) entreprit et publia, en 1840, une longue série d'expériences et rassembla un grand nombre d'observations cliniques et anaiomo-pathologiques, d'où il conclut que la pyohémie yérilable résultait de l'action du pus frais sur le sang et les viscères, et que la pyohémie de d'Arcet était une septico-pyobémie, c'est-àdire an mélange de septicémie ou infection putride avec de la pyohémie chez un môme indivîda.
Sur trente-six expériences pratiquées pai M. Sédillot, vingt*cinq consistèrent en injections de pas entier en quantités variées de 4 à 37 grammes, tantôt à faibles doses en une seule injection, tantôt à fortes doses fractionnées et auccessives. La qualité du pus fut soigneusement indiquée. Les symptômes n'offrirent rien que de connu, il y eut toujours de la fièvre et du frisson. Le frisson se répéta même à chaque injection nouvelle de pus, de telle sorte qu'une x^tioD de cause à effet sembla exister entre les deux. La mort fut provoquée quelquefois. Lorsqu'elle fut naturelle, elle survint en général dans des délais proportionnés aux doses massi- ▼es injectées, suivant une loi établie par Lebert. Detacchymoses viscérales furent constatées lorsque la mort fut prompte et les doses injectées massif et; des abcès plus ou moins complets et enkystés furent trouvés principalement dans les Cas d'injections successives mais répétées à doses minimes.
(\) Gltesel, De Cinfèction purulente y etc. Thèse de ViriÉ, SI mars, 1847. p. 31.
(A SèdiUoti De Cinfection purulente ou pyohémie,
Ces Yingt-cinq expériences, ajoutées à celle") de Castelnau et Ducrest et même à celles de Gûnther, que M. Sédillot ignorait, surfirent à démontrer que « la pénétration du pus dans le sang est Tunique cause de Tinfection purulente. »
Mais dans le pus quel est le rôle des globules? et quel est le rôle de la sérosité? G*est ce que rechercha M. Sédillot. Onze expériences, dont quatre injections de globules de pus isolés et désinfectés avec de l'eau chlorée, et sept injections de sérosité purulente ou d'eau putride, lui démontrèrent que « la sérosité n'entrai ne d'effets toxiques qu'autant qu'elle contient accidentellement un élément putride (1) » et que les globules sont les seuls éléments du pus capables de développer des abcès,
La pyohémie provoquée chez les chiens par des injections de pus s'explique donc, dit M. Sédillot, par deux causes distinctes : « Tantôt c'est une affection purulente simple, signalée par une inflammation à caractères francs et tranchés et parle développement d'abcès dits métastatiques; tantôt c'est une véritable affection gangreneuse, et les abcès ne sont pas dans ce cas primitifs, mais ils sont le résultat d'une inflammation éliminatrice et dépendent de la présence dans le sang de parties préalablement frappées de mort. Ge sont là deux maladies distinctes quoique réunies par des apparences communes : l'une déterminée par les éléments solides du pus (pyohémie vraie], Tautre par la putridité d'une substance animalisée quelconque (septicopy ohé mie) (2). » Telles étaient les conclusions des recherches expérimentales de M. Sédillot; passant ensuite aux études cliniques, ce chirurgien se résuma en ces termes : <c Le pus est par lui-môme, et indépendamment de toute autre condition de transrormalion et de décomposition, susceptible de déterminer les altérations de la pyohémie... L'élément putride du pus n'est pas la Yéritable cause de la pyohémie (3)... La pyohémie est particulièrement caractérisée par la purulence et déterminée par le mélange au sang d'un pus louable et sans odeur. L'infection putride est de nature essentiellement gangreneuse et est causée par Vintroduction dans le sang de la sérosité altérée du pus. Gelte affection ne parait pas avoir été observée isolément chez rhomme ; mais on est en droit de l'admettre dans certains cas comme complication de
(1) Sédillot, De l'infection purulente ou pyohémie^ ÎS40, p. 182 et .374.
(2) Sédillot, lùid., p. 413.
(3) Sédillot, lOid.y p. 417.
MAURICE JEANNEL. - DE LA PYOHÉMIE
ri!>s
rinfection purulente, dont les accidents deviennent alors beaucoup plus graves. »
La clinique et rexpôrimentation avaient donc également amené M. Sédillot à conclure à Texistence de deux sortes de pyohémie :
i^ La pyohémie vraie, qui ne se complique d'aucune putridité et est exclusivement produite par la pénétration du pus louable et pur dans le sang;
2* La septico-pyohémie engendrée par le pus putride, où les caractères de la septicémie ou infection putride viennent s'enter sur ceux de la pyohémie vraie
Peu après, Leudet (1) (1853), à propos de recherches sur la phlébite de la veine porte, s'efforça de démontrer par une observation détaillée que le pus sain et louable peut donner lieu à l'infection purulente.
Puis, en 4859, Ghassaignac (2) prit grand soin de distinguer l'infection putride et l'infection purulente, refusant de voir aucune intervention putride dans cette dernière maladie; mais il considéra néanmoins la pyohémie comme une intoxication.
En 1864-65, Billroth (3) publiait ses importantes recherches sur les fièvres chirurgicales, où, tout en reconnaissant que le pus putride est capable d'engendrer une espèce de pyohémie, il accordait au pus frais et de bonne nature la propriété de développer la pyohémie franche.
J'ai déjà dit que cette résorption du pus non putride pouvait, d'après Billroth, produire deux états voisins : i*' la fièvre inflammatoire simple ou fièvre secondaire, fièvre de suppuration (Nachfieber), s'il ne se forme ni thrombose veineuse suppurée ni embolies ; 2* la pyohémie, s'il se fait une thrombose suppurée et des embolies. Quant à la résorption du pus putride, elle engendrait la fièvre traumatique, la septicémie et la septico-pyohémie.
En môme temps, 0. Weber (4) (1864-65) publiait, au sujet de la pyohémie et de la septicémie, de très remarquables expériences.
0. Weber pratiqua des injections intraveineuses de pus et montra que le pus pur, non putréfié au moins en apparence, suffit à engen-
(1) Leudet, Archives générales de Médecine^ 1853 1. 1, p. 145.
(2) Ghassaignac, Traité de la suppuration, 1859 t. I, p. 47. '
(3) Billroth, Mém. cité in Arch, fùrklin. Chir,^ 18C5, p. 458 et 462.
(4) O. Wobor, Mém. cité in Deutsch Klinik, 186i, p. 461, 473, 485, 493, et 1865, p. 13, 21, 33, 41, 53! 61, 69.
drer les accidents de la pyohémie. Le pus dout il se servit n'était pas filtré ; il obtint des abcès métastatiques. 0. Weber soutint alors que la production de ces abcès, dans ses propres expériences aussi bien que dans celles de ses devanciers, dépendait simplement de ce que le pus injecté contenait des corps solides capables de faire embolies et de provoquer des inflammations locales. Pour le prouver, il filtra du pus frais non putride à travers une flanelle ou une toile fine et l'injecta dans les veines; il n'obtint pas d'abcès, mais il alluma de la fièvre. Il en conclut que le pus liquide et non filtré n'a pas qualité suffisante pour produire les lésions viscérales pyohémiques, mais qu'il est essentiellement capable d*allumer la fièvre, c'est-à-dire qu'il est pyrogène.
Poursuivant ses recherches sur la pyrétologîe chirurgicale, 0. Weber fit en outre des injections comparatives de pus frais soigneusement filtré et de pus putride également filtré, et arriva à conclure que le pus frais jouit de qualités pyrogènes plus actives que le pus putride!
Je ne retiendrai de toutes ces intéressantes expériences sur la pyrétologie chirurgicale que la démonstration de la vertu pyrogène du sérum du pus frais ou putride. Gette vertu pyrogène, 0. Weber l'a évidemment mise en vive lumière et mesurée le thermomètre en main, en même temps que Billroth ; mais ni l'un ni l'autre ne l'ont découverte. Pour ne parler que du pus non putréfié, Gastelnau et Ducrest, en 1846, M. Sédillot, en 1 849, avaient antérieurement indiqué, avec toute la netteté désirable, la propriété qu'il possède d'allumer la fièvre et de provoquer le fris-, son lorsqu'on l'injecte dans le sang; mais il est vrai qu'ils n'avaient pas mesuré cette fièvre au thermomètre.
A côté de la propriété pyrogène, O. Weber reconnut au sérum du pus la propriété phlogogène, c'est-à-dire la propriété de développer l'inflammation lorsqu'il se trouve dans certaines conditions. Mais ce fut également au sérum du pus frais qu'il attribua cette deuxième qualité, se fondant sur une expérience d'inoculation de sérum de pus frais qu'il pratiqua dans la plèvre d'un chien, et à la suite de laquelle il survînt une pleurésie purulente. Je reviendrai plus loin sur cette expérience ; je me contenterai de signaler ici une inconséquence frappante dans les conclusions de 0. Weber. D'un côté, le pus liquide non septique, injecté dans les veines, n'a pas qualité pour engendrer les foyers métastatiques de la pyohémie ; d'un autre côté, ce même pus liquide et non septique possède des propriétés
DOCTRINES REL.VTIVES A L'INFECTION OU DOCTRINES TOXÉMIQUES
phlogogënes lorsqu'on l'inocule dans une séreuse I Je sais bien que 0. Weber invoque l'embolie comme trait d'union entre ces deux manié res d'être du sérum du pus. Mais ici, lors de rinoculation'^dans une séreuse, il n'y a pas d'erabolle, il y a simple contact; or peut-on bien s'expliquer qu'une membrane séreuse puisse s'enflammer par le simple contact du sérum du pus, et qu'un organe, imbibé du même poison par la circulation dans l'intimité de son parenchyme et dans ses vaisseaux nourriciers, ne puisse pas s'enflammer? D'ailleurs nous verrons plus loin, lorsque nous traiterons de la pathogénie des abcès viscéraux pyohémiques : !• que l'embolie n'est pas indispensable ;2« que le sérum du pus, physiologiquement pur et privé de globules, n'est pas phlogogène.
Que reste-t-il donc de l'œuvre expérimentale de 0. Weber?
1* L'activité pyohémique accordée au pus frais, sur laquelle je fais dès maintenant des réserves;
S* De très intéressantes études thermométriqnes sur Faction pyrogène du pus, que 0. Weber a sinon découverte, du moins très bien et très complètement étudiée ;
3* De très importantes expériences sur les embolies, dont il sera question plus loin.
Ëtant données les conclusions de ses expériences, 0. Weber considérait la pyohémie comme une infection par le pus frais, et en particulier par la partie liquide, pénétrant dans la circulation par résorption ou par absorption endosmotiqae. Le mélange du sérum du pus avec le sang a pour conséquence la fièvre. D'autre part, le même sérum imbibe les thrombus veineux formés autour de la plaie; ces thrombus, en se morcelant et se déplaçant, vont faire des embolies capillaires dans les viscères. Ces embolies, pénétrées de sérum de pus, deviennent phlogogènes et produisent les abcès métastatiques.
0. Weber d'ailleurs distingua la pyohémie et la septicémie, comme l'avait fait Billroth. D'après lui, la septicémie serait produite par l'absorption du sérum du pus putride, et ne se compliquerait pas d'embolies. La septico-pyohémie, au con traire, serait une septicémie avec embolies.
En 1868, Billroth (1) résuma et afOrma de nouveau les opinions qu'il avait professées en 1864-65 : « La pyohémie, dit-il, est une maladie que nous considérons comme occasionnée par
(1) KDroth, Pathologie chirurgicale générale^ 1868, V» lecoo : de la Pvehémie. p. 409.
*le mélange du pus ou de quelques éléments du pus avec le sang; elle est à la simple fièvre inflammatoire et suppuralive ce que la septicémie est à la fièvre traumatlque simple et primitive. »
En 1869, Hueter (1) admit entièrement les idées de Virchow, 0. Weber et Dillroth, mais il méconnut d'ailleurs absolument l'importance et la valeur des travaux français, dont il cita à peine les auteurs.
Hueter se déclara catégoriquement pour l'entité de la pyohémie, et décrivit, sous le nom de scptico-pyohémie, la pyohémie compliquée de la putride. Pour lui, l'introduction du pus pur dans les voies circulatoires, quel qu'en soit le mécanisme, est la seule et unique cause de la pyohémie. De même que d'Arcet, Virchow, 0. Weber et Billroth, il admit dans la pyohémie deux éléments : \^ une infection générale par un liquide pyrogène ; 2® une obstruction vasculaire ou embolie par un corps phlogogène. Mais il différa de d'Arcet, en ce qu'il n'exigea, en aucune façon, la putridité du pus pour engendrer la pyohémie. 11 pensa que le pus pur possède en lui-même toutes les qualités pyrogènes et phlogogènes requises. Toutes les fois que le pus est putride, c'est de la septicopyohémie qu'il s'agit.
^ Il définit, d'ailleurs, la pyohémie de la ma* nière suivante : « Les fièvres pyohémiques se développent par le fait de la pénétration dans le sang des éléments liquides ou solides (sérum ou globules) du pus. Cette pénétration peut se faire soit directement dans les vaisseaux lymphatiques ou sanguins, soit par l'intermédiaire de caillots préalablement imbibés de pus qui se fragmentent, se détachent et sont entraînés dans la circulation, servant de véhicules aux éléments du pus. » Le premier mode de pénétration a pour résultat la fièvre pyohémique simple, directe ou immédiate (pyosmia simplex). La pyohémie métastatique ou thrombo-embolique (pyasmia multiplex) est produite dans le second cas. F>a pyœmia simplex (Nachfieber de Billroth, ou fièvre inflammatoire, ou fièvre de suppuration), se déclare lorsque les conditions de la résorption du pus sont particulièrement favorables : par exemple, dans le cas de suppuration phlegmoneuse superficielle (non incisée), alors que le pus non enkysté se trouve en rapport
(1) Hueter, Ilandbuch der allgemeinm und sp^ciel- Un Chirurgie von Pitha und Billroth :die Pi/amischen Fieber, Erlangon, 1869, BandI, Abth. Il, Heft I, Seito, 56-127.
MAURICE JEANINEL. — DE LA PYOHÉMIE,
[no
ayec les vacuoles lymphatiques du tissu cellulaire. C'est à cette forme qu'appartient la pyohémie sans abcès métasta tiques. La pyohémie simple n'est pas, en effet, compliquée d'embolies, et, à l'exemple de 0. Weber, Ilueter tient pour assuré que le pus liquide est incapable de former des foyers métastatiques, et que les propriétés phlogogènes qu'il possède ont besoin d'être concentrées dans une embolie, pour devenir efficaces. C'est pourquoi l'examen cadavérique est à peu près négatif dans la pyohémie simple, La mort survient uniquement par le fait de la durée et de l'intensité de la fièvre allumée par Taction pyrogène du pus résorbé. La diminution de la coagulabilité du sang et la présence d'un foyer putride caractérisant la septicémie, le diagnostic différentiel entre cette maladie et la pyohémie simple, n'a pas d'autre base que la conservation de la coagulabilité du sang et U présence d'un foyer purulent non putride. « Or» comme dans tous lea processus putrides^ dit Hueter (1), il se fait au moins quelques gouttes de pus, et que d'ailleurs toute suppuration un peu étendue est le siège d'un travail de putré^ factioni il faut, pour constituer la pyohémie simple mortelle dans toute sa pureté, un foyer purulent qui ne soit pas en contact aveo l'air, et un examen cadavérique absolument négatif », c'est-à-dire pas d'abcès viscéraux.
La pyohémie thrombo-embolique ou py<mnia multipUi» résulte, au contraire, des trauma* tismes en général et des amputations ; elle a pour caractère la présence d'abcès viscéraux. C'est, en réalité, la pyohémie simple compliquée de thrombose veineuse et d'embolies spécifi* ques, o'est-à-dire douées des qualités phlogogènes que leur donne le pus.
Hueter affirma d'ailleurs, après 0. Weber, que les deux propriétés pyrogène et phlogogène du pus étaient exclusivement dévolues au sérum. Pour lui le globule de pus n'était rien ; les expériences de M. SédiUot avaient simplement démontré que les globules pénétrés de sérum et agglomérés, pouvaient jouer le rôle d'embolies phlogogènes. Il admit que l'infection pyohémique, aussi bien que l'infection septicémique, était le résultat de l'absorption endosmotique, et quelquefois de la résorption des liquides de la plaie. « Dans les deux cas, dit-il (2), nous avons affaire à la résorption de liquides qui pénètrent par les parois des vaisseaux, imprè-
(1) Hueter, Handbuch, etc. : die Pyùmischen Fieàer^ t 70.
(2^ Hueter, ïhid, s. 89, 00,
gnent les thrombus et peuvent arriver aussi par les lymphatiques. •
D'ailleurs, il considéra la membrane granu» leuse des plaies comme une barrière à l'absorption, ce qui, d'après lui, dépend de ce que cette membrane ne contient pas de lymphatiques. 11 requit dès lors, pour l'absorption du pus par la plaie, deux conditions : soit une déchirure ou une maladie de la membrane granuleuse, soit une tension exagérée des tissus soua l'inflaence d'une suppuration surabondante.
Quant à la formation du thrombus, second facteur constitutif de la pyohémie thromboembolique, Hueter considéra comme favorables : i* l'anémie aiguë résultant d'une hémorragie ; 2" la septicémie et la pyohémie simple, qui peut ainsi se métamorphoser en pyohémie multiple ; 3* les maladies intercurrentea, etc.
Il exigea d'ailleurs que le thrombus, pour être pyohémigène, subit une véritable transformation purulente. Cette transformation s'opérerait soit par imbibition du thrombus par le pus de la pûie, soit par suppuration ou dissolution purulente du thrombus sous l'influence d'une suppuration périvasculaire.
Mais la plaie en suppuration n'est pas la seule source d'intoxication qui fournisse, dans la pyohémie, des éléments pyrogènea et phlogogènes. Les foyers métastatiques suppures déversent aussi dans la circulation leur contingent de principes infectants, et entretiennent ainsi la maladie dont ils sont eux-mêmes une des manifestations.
Telle est la pyohémie d'après Hueter, inspiré par les recherches de Yirchovr, 0, Weber et Hillroth; voyons maintenant ce qu'est la septico-pyohémie, dans quelles conditions elle naît et jusqu'à quel point elip est nosologiquement justifiée (1).
« Après une blessure fraîche, le temps pendant lequel la fièvre septicémique pure peut se développer est court. La suppuration est apparente au bout de quelques jours ; mais elle se prépare tout de suite après la blessure, par une active prolifération cellulaire qui produit déjà de la matière pyrogène, laquelle concourt avec le poison putride à la production de la fièvre. Par conséquent, dans les quatre ou cinq premiers jours de l'évolution morbide, la septicémie domine, et la fièvre traupaatique est une septicémie.
u Puis, par les progris du travail de délimita-
(1) Hue.er, Handbuch, etc. : die Septieo'fi^ischen Fieber, 1869, s. ISi, 1)5, 12G.
DOCTRINES RELATIVES A L'INFECTION OU DOCTRINES TOXÉMîQUES.
tion et de réiimioation des parties nécrosées et putréfiées, grâce à la suppuration, la résorption des matières pyrogènes, provenant du pus, prend une part prépondérante dans le processus morbide et la fièvre devient une septico*pyoliémie simple. Lorsque tout résidu putride est èlimiaé et que la fièvre continue, il s'agit d'une pyohémie simple. Mais on ne peut pas affirmer fae la forme pure de la fièvre pyohémique •impie soit réellement fréquente. Le pus, en effet, vient toujours en un point quelconque en eontact avec Tair atmosphérique, et devient néeroeique (nekrotisch) ; cette altération nécrotique s'explique, en outre facilement, par Faliventation défectueuse que fournit le sérum aux globules, lorsqu'ils s'accumulent en grande quantité et que les conditions de la putréfaction do pus existent. C'est à cette altération, véri" table putréfaction} qu'est due la mauvaise odeur du pus.
« n se fait alors une résorption des principes pyrogènes, non seulement du pus, mais des éléments putrides, et la fièvre produite est encore une septico-pyohémie. Le pus acquiert en Qotre des qualités putrides et une odeur infecte ^x son mélange avec le tissu cellulaire néerosé« et avec les différents déchets résultant du eontact de l'air sur la plaie, et la fièvre pyohémique simple, qui est particulièrement fréquente dans les cas de rétention du pus, de futées purulentes et de phlegmons, est plutôt une septico-pyohémie.
m Qu'un phlegmon se forme, par exemple, en dehors du contaet de l'air, à la suite d'une contusion sans rupture de la peau, la fièvre est dans ee cas une pyohémie simple pure; mais la plus petite incision ou perforation spontanée de la peau, orée les conditions de la putréfaction du pus et de la nécrose du tissu cellulaire, et la pyohémie devient alors une septico*pyohémie ample.
• Les combinaisons de la septicémie et de la pyœmiamuUiplex sont nombreuses. Il a déjà été démontré suffisamment que la septicémie prédispose à la pyohémie multiple.
« En premier lieu, les tbrombus veineux, au lieu de subir une simple inflammation purulente, subissent une métamorphose putride, lorsque le pus du thrombus meurt par alimentation insuffisante et subit la putréfaction. On rencontre souvent, ' dans les autopsies, des thrombus infects aux voisinages des parties blessées et même quelquefois loin de ces parties ; dans les cas de ce genre, lorsque par exemple, après les blessures du genou on trouve.
dans les veines de la cavité pelvienne, aen thrombus putrides qui ne sont môme pas en communication directe avec les parties blessées, on ne peut pas se défendre de l'idée que Vagent de la putréfaction passe dans la circulation et trouve dans le thrombus un milieu favoralile h son activité. Lorsque le thrombus putride par* vient à faire embolie dans les poumons, le foyer métastatique se produit alors sous l'influence combinée du principe phlogogène, du poison putride et du pus du thrombus. Les tissus peu* vent même, dans ces condilionsy se nécroser et tomber en putréfaction par le fait de l'intensité de l'inflammation; le foyer métastatique purulent devient ainsi un foyer putride.
M En second lieu, un thrombus qui n'a pas suppuré peut s'imbiber de liquide provenant de la plaie. Il entraîne alors, lorsqu'il fait embolie, le liquide putride dans les poumons; et là où l'embolie simple n'eût produit qu'une hypéré* mie collatérale, il survient, grâce à la vertu phlogogène du liquide putride, un véritable foyer inflammatoire métastatique, La graisse peut également absorber les matières septiques et les transporter dans les poumons ; les embolies graisseuses, absolument innocentes d'ailleurs en et par soi, peuvent ainsi aboutir à produire des foyers métastatiques.
» En troisième lieu, une septicémie déclarée et engendrée par le passage dans la circulation des matières putrides de la plaie, peut avoir pour résultat de donner à une embolie de l'artère pulmonaire} qui chez un sujet sain n'aurait occasionné que des phénomènes très passagers, la propriété de produire un foyer inflammatoire, et cela grftce à l'irritabilité des tissus créée par la septicémie.
• Les expériences de Panum contredisent, il est vrai, la fréquence de cette forme, mais elles n'en démontrent pas l'impossibilité,
» En quatrième lieu, des agents de la putré« faction provenant de l'air peuvent parvenir dans les embolies et les foyers inflammatoires métastatiques, et y exciter un travail de putréfaction, etc., etc. »
Il suffit de lire cette longue citation» à peu près textuelle, où est exprimée, par la plume d'Hueter, l'opinion de 0. Weber et celle de Bil- Iroth, pour devenir convaincu : 1<^ de la rareté de la pyohémie pure, quelle qu'en soit la forme, simple ou trombo-embolique ; *2^ de la fréquence au contraire de la septico-pyohémie.
A vrai dire, sous le nom de pyohémie ou do fièvre pyohémique, Hueter, et avant lui M. Sédillot, en 1849, ont décrit une maladie purement
BIAURTCE JÈANNEL. — DE LA PYOHÉMIE.
théorique, et ce qu'ils appellent seplico-pyohéroie est la Téritable pyohémie de la clinique. Hueter est lui-môme, au surplus, bien obligé de le reconnaître, puisqu'il avoue en propres termes que « le pus vient toujours en un point quelconque au contact de l'air et devient nécrosique » (Steht der Ëiter an irgend einer Stelle mit der atmospharischen Luft in Verbindung und wird er nekrotisch), et que « la première incision ou perforation spontanée engendre les conditions de la putréfaction du pus et du tissu cellulaire sphacélé et la pyohémie simple devient alors une septico-pyohémie simple » (Aber die erste Incision, erste spontané Perforation bringl die Bedingungen fur die Faulniss des Eîters und des nekrotischen Bindegewebes, und sofort wird die Pyâmie zur Septico-pyâmia simplex) (4).
Or de quoi s'agit-il ici? De la pyohémie ordinaire des blessés et des opérés que l'on observe à l'hôpital, de celle qui éclate chez les malades porteurs de plaies ouvertes et en suppuration, exposées à l'air et par conséquent se trouvant dans les conditions créées par « die erste Incision » ou « die erste spontané Perforation » de la peau.
D'ailleurs, qu'est-ce que le pus pur? c'est du pus récemment formé et qui n'a subi aucune altération. Or, dès sa formation, dès qu'il se réunit en collection, môme au sein des tissus, et à bien plus forie raison à la surface d'une plaie, le pus subit une altération rapide sous l'influence soit des germes de l'air, soit de toute autre action que je ne veux pas préjuger.
C'est cette altération, toute primitive qu'elle soit, qui le rend délétère et pyohémigène avant de le rendre infect ; cette vérité a été expérimentalement et histologiquement établie. L'action bien reconnue de l'air sur les plaies ne s'explique pas autrement. Et si l'on analyse les expériences rapportées avec quelques détails par ceux des expérimentateurs qui, comme Gunther, Boyer, Castelnau et Ducrest, et M. Sédillot ont pratiqué des injections de pus en en indiquant la provenance, ne se contentant pas de dire simplement s'il était de bonne nature ou putride, on arrive à voir que, toutes les fois que l'injection a réussi, le pus provenait presque constamment d'une plaie en suppuration et exposée à l'air depuis un certain nombre de jours, ou d'un abcès récemment ouvert, mais primitivement fétide. Et quant aux cas où,
(1) Hueter, Handùuch, etc. : die Septico-Pi/âniischen Ficber, S. 125.
comme l'ont fait 0. Weber et Billrolh, on t prétendu injecter du pus frais, récemment formé et par conséquent physiologîquement pur, les nombreuses manipulations préliminaires nécessaires pour recueillir, filtrer et charger le pus dans la seringue en ont toujours multipfié . les contacts avec l'air et par conséquent les causes d'altération. Les minutieuses précautions que réclame la réussite du pansement de Lister, ne sont-elles pas du reste la preoTe irréfutable de la facilité avec laquelle se fait la violation des liquides de la plaie?
Cela étant posé, il est, je crois, perm» de nier catégoriquement que Giinther, Lebert, Castelnau et Ducrest, M. Sédillot, Gamgee, 0. Weber et Billroth aient injecté du pus pur, do pus physiologique n'étant point le siège d'on travail de putréfaction au moins au début
Il est vrai que ô. Weber a montré que le pus putride est moins pyrogène que le pus qu'il disait être frais ; mais on verra, au chapitre de k Théorie des germes, que cette conclusion n'a rien qui doive étonner.
En résumé, la doctrine de la pyohémie vraie ou de l'intoxication par le pus non altéré ptzt d'un principe faux ; en méconnaissant l'alténtion facile et rapide du pus au contact de Fair et môme au sein des tissus, elle parle de pus pur lorsqu'il s'agit de pus à la première période du travail de la putréfaction, et elle ne recoonaît comme pus putride que le pus putrélé.
M. Chauvel(i ) trouve cette conclusion exagérée en invoquant surtout les expériences de Chaoveau sur l'agent phlogogène. Nous Terrons plus loin que le pus sain de Ghauveau, non seulement avait subi le contact de l'air mais était étendu de 2/3 d'eau. Nous verrons en outre que l'agent phlogogène de tout corps doué de cette propriété est un microbe, c'est-à-dire, un principe étranger au liquide et qui Taltère.
Je m'empresse d'ajouter que les partisans de cette doctrine en ont eux-mêmes ruiné les prémisses par leur zèle à adopter les principes et la pratique de la méthode antiseptique.