DIAGNOSTIC KT PRONOSTIC
mands, Heine à leur tête, ne distinguent pas de la pourriture, c'est la diphthérie. Pour Heine Tune et Tautre ont la môme cause et la pourriture est simplement la diphthérie des plaies. Les raisons alléguées pour justifler cette identité sont les suivantes :
i« Les épidémies de diphthérie coïncident avec les épidémies de pourriture d'hôpital; plusieurs personnes ont contracté la diphthérie auprès de malades atteints de pourriture; Heine lui-môme Ta contractée; 0. Weber qui lui a succédé dans son service a été contaminé et en est mort ;
2® D'après la description de Heine, la première phase de la pourriture est absolument semblable au processus de la diphthérie des plaies;
3* Enfin les expériences pratiquées sur les animaux sont concluantes.
1« Les épidémies des deux maladies coïncident. Heine cherche à le prouver à l'aide de la statistique et de tableaux très ingénieux dont il a enrichi son ouvrage. Or, de la lecture de ces tableaux il résulte clairement ce fait que l'hôpital de Heidelberg est un centre où la pourriture d'hôpital et la diphthérie sont l'une et l'autre endémiques; mais je n'y trouve pas la preuve que les deux maladies marchent do pair. D'ailleurs sans aller chercher matière à conyiclion ailleurs que chez nous, à l'hôpital des Enfants malades et à l'hôpital Sainte- Eugénie, à Paris, la diphthérie ne règne que trop, et les enfants atteints ne sont môme pas isolés, or la pourriture d'hôpital n'y est pas endémique. En outre tous les chirurgiens militaires ont chez nous pendant la dernière guerre, oi>servé de trop nombreux cas de pourriture d'hôpital, or, aucun n'a constaté d'épidémie de diphthérie. La maladie régnante était la variole; faut-il en induire que la pourriture d'hôpital est \a variole des plaies? Ei cependant que de médecins et d'infirmiers attachés au service des blessés ont alors contracté la variole. Combien cependant seraient concluants pour l'identification de la pourriture et de la variole des tableaux et une statistique dressés pour cette époque néfaste, à la manière de Heine!
Au surplus, n'est-il pas surprenant, si la pourriture est réellement la diphthérie, n'est-il pas surprenant que jamais les blessés atteints de pourriture ne présentent de manifestation diphthéritique sur aucune muqueuse. En vérité la diphthérie ne nous a pas habitué à de telles allures ; ne sait-on pas, en eïïei, avec quelle dé-
sespérante facilité elle se propage, chez les enfants qui en sont atteints, sur les plaies et les excoriations accidentelles ou thérapeutiques* Si bien que chez un enfant qui a le croup le respect de l'intégrité de l'épiderme et la prescription des vésicatoires et des sangsues, s'imposent au médecin comme le plus impérieux des devoirs et la plus élémentaire des règles de conduite.
Je déplore la mort d'O. Weber, mais je crois qu'il a contracté la diphthérie non pas en soignant des malades atteints de pourriture, mais en entrant dans l'hôpital d'Heidelberg ; do môme que chez nous nombre de victimes de la variole en 1870-71.
2® Quant à l'identité des processus pathologiques, ce n'est en réalité qu'une apparence. Sous la fausse membrane diphthéri tique la muqueuse est intacte, sous celle de la pourriture les bourgeons charnus de l'épiderme sont ulcérés et détruits. D'ailleurs, au point de vue clinique, il n'y a môme pas possibilité d'établir une comparaison.
3* Restent enfin les expériences. Je ne puis les reproduire ici et je le regrette. Mais en vérité que prouvent-elles? Hucter et Tommasiont, chez des poules et des cochons, réussi à faire naître la diphthérie sur des plaies à la surface desquelles ils avaient appliqué des fausses membranes du croup. Outre que cela n'a rien de bien surprenant, je demande ce que cela peut bien prouver quant à la pourriture ? D'ailleurs n'avons-nous pas vu Eberth ôtre amené par des expériences semblables à identifier la diphthérie etlapyohémic (1). u Die Pyârnie ist also meistens eine Diphthérie ! »
En résumé je conclus qu'il n'est pas légitime de considérer la diphthérie et la pourriture d'hôpital comme une seule et môme maladie. Je crois que si le diagnostic peut hésiter un jour ou deux entre ces maladies, le temps vient vite éclaircir tous les doutes.
Pronostic.
La mortalité des blessés, atteints de pourriture d'hôpital, varie suivant la gravité du mal et l'état du milieu. Elle est moindre en temps de paix où les conditions hygiéniques peuvent ôtre aisément améliorées, qu'en temps de guerre et d^épidémie. Elle dépend de l'énergie du traitement préventif et curatif. EUe peut d'ail-
(1) Eberth, Der diphthéristiscfie Process, (Med, Centratblatt, 1873. B. XI, N' 8, S. 114).
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