‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 174 sur 343 · LA RAGE CHEZ LE CHIEN · texte numérisé non relu

LA RAGE CHEZ LE CHIEN

La maladie chez cet animal a été bien décrite par Youatt et comme sa description est aujourd'hui classiquCi je lui emprunte les extraits suivants :

tt Dans le plus grand nombre des cas le chien devient maussade, inquiet, et change continuellement de position. Toutes les fois que J'ai eu l'occasion d'observer ces phénomènes. Je les ai vus se succéder. Pendant plusieurs heures souvent, il reste retiré au fond de sa niche ou sur sa couche. 11 ne montre aucune disposition à mordre et répond paresseusement lorsqu'on l'appelle, n est enroulé sur lui-même, la tête plongée entre ses pattes et son poitrail. Ptdsil commence à s'agiter.

Il cherche une nouvelle place pour se reposer et ne tarde pas à la quitter pour en chercher une autre. 11 retourne à son lit dans lequel il s'agite perpétuellement:

WILLIAM S. FORBES. -- HYDROPliOBIE ET RAGE.

Dn fond de son lit, il commence à jeter autour de lui des regards étranges. Sa contenance est tombro et soupçonneuse ; il va d'un membre de la ftmflle à lautre, fixant sur cliacun un regard scrutateur comme s'il voulait lire au fond de la pensée. « Je me sens bien mal » semble-t-il dire : « peux -tu me soulager ? et toi ? ou toi? » L'intelligence du chien n^est-elle pas capable d'aller jusque là? Quiconque a étudié un chien enragé au début reconnaîtra l'exactitude de cette description.

La maladie se manifeste sous deux formes :

L'une est la forme furieuse caractérisée par la suractivité du système sensoriel et du système locomoteur, par de la disposition à mordre et par un aboiement particulier continuel. L'animal change d'allures et d'humeur ; il est porté h, lécher ou à mordiller des substances étrangères à l'alimentation ; il no garde pas une minute le repos et happe dans le vide, mais il est toujours obéissant et attaché. Bientôt il perd Tappétit, il souiïre de la soif, sa bouche et sa langue enflent ; ses yeux sont rouges, ternes et à demi clos ; la peau du front se ride ; le poil se redresse et est rude ; l'allure est variable et hésitante ; l'animal est pris d'une envie périodique de mordre ; en approchant de son maître il est souvent calme et affectueux et alors il happe ; en dernier lieu, il survient de la paralysie des extrémités, des spasmes qui troublent la respiration et la déglutition ; l'impressionnabilité du tégument externe s'exagère, les fonctions sensorielles se pervertissent; il peut survenir des convulsions. Tous ces symptômes sont sujets aux paroxysmes, ils diminuent et augmentent tour à tour d'intensité ; souvent leur apparition est provoquée par la lumière, le bruit ou le toucher.

La forme tranquille se traduit par de la sauvagerie et de la dépression, sans aucune disposition à mordre et sans peur des liquides. Le chien semble plus indolent que de coutume, il est triste et abattu ; il n'a pas peur de Teau et cependant il ne boit pas ; il ne cherche pas à mordre, mais il parait hagard et soupçonneux, évitant la société et refusant toute nourriture. La respiration est pénible et l'aboiement rauque, rude et altéré dans son timbre ; la gueule reste beauté par suite de l'abaissement de la mâchoire ; la langue pend au dehors et laisse écouler un flux continuel de salive. Bientôt la gène et la dirflcuUé do la respiration augmentent ; il survient des tremblements, des vomissements et des convulsions. »

INCUDATION DE l'hYDROPHOBIB.

La plaie qui a donné entrée au poison semble se cicatriser régulièrement, et le virus peut taire sa présence pendant un temps très variable dont on a évalué la durée de trois jours à sept années.

Watson croit que le virus peut ôtre contenu dans un nodule lymphatique ou détenu en union temporaire avec quelques-uns des tissus jusqu'à ce qu'une cause d'irritation lui rende sa

liberté et lui permette d'accomplir son œuvre de destruction.

Yirchow compare son action à celle d'un ferment qui, par l'intermédiaire de la circulation, porte son efifet spédlque sur le système nerveux.

Trousseau (1) dit que la maladie éclate Offimi' remeiit chez l'homme de un à trois mois après l'inoculation ; qu'après trois mois elle est rare et que l'authenticité des cas qui seraient survenus après un laps d'une année soulève des réserves. (Féréol a cependant rapporté un cas qui parait authentique dans lequel la période d'incubation aurait duré deux ans et demi.)

L'âge a une inQuence sur la durée de riocobation qui est plus courte chez les jeunes sujets que chez les sujets âgés. D'après Fleming, il résulte d'une statistique où les âges ont été dassés de trois ans à vingt ans et de vingt ans à soixante-douze ans, que l'incubation est en mojeone de quarante-quatre jours pour le premier groupe et de soixante-quinze jours pour le second. Paber partageait cette idée que le principe contagieux s'enkyste au moment de son introduction dans l'organisme, et qu'il infecte consécutivement le sang sous l'influence de conditions favorables.

Le D' Anthony Todd Thompson (2),parlantd\in cas de rage consécutif à une morsure de chat, écrit que le virus reste à l'état latent dans la partie où il a été introduit par la morsure de l'animal, jusqu'à ce qu'une certaine modification de l'organisme rende les nerfs situés dans le voisinage de la blessure susceptibles d'être influencés par le poison; celui-ci exerce alors sur eux une action morbide qui s'étend aux autres nerfs qui président à la respiration, amenant ainsi l'ensemble des symptômes qui constitaent la maladie.

Symptômes de Thydrophobie.

Ils varient avec l'idiosyncrasîe particulière et aucune description détaillée ne peut être donnée qui s'applique exactement ou môme approximativement à chaque cas individuel.

Le D' Delan décrit deux périodes, l'une d'ôtcvbatioriy l'autre de développement, cette dernière embrassant tous les phénomènes qui se produisent depuis le premier symptôme jusqu'à la mort ; mais Virchow a divisé les symptômes de

(1) Trousseau, Clinique médicale de VHôUUUif^^ G» édition, Paris, 1881.

(2) Thompson, Médico-chirurgical Transnetionit tomeXIll. 1876.

SYMPTOMES DE L'HYDROPflOBiE.

•nde période en plusieurs phases distinc-

SYMPTOMES DE LA PREUIÈRB PHASR.

î première phase de la période de dévoient est marquée par un malaise qui s'acgne de gène dans les mouvements du du pharynx, souvent de nausées et de vonents, de phénomènes cérébraux tels que algie et excitation mentale. Ces symptôspendant n'existent pas toujours, car dans les cas la maladie débute soudainement

la difficulté pour avaler les liquides. On te parfois des signes locaux qui, dans !s circonstances, manquent entièrement:

s plus constants est l'irritation de la cicat des tissus voisins de la plaie avec doulancinantes de caractère rhumatismal.

Il la cicatrice rougit et s'enflamme; lorsplaie est restée ouverte, elle a une appanalsaine, sa suppuration diminue et dc- ^horeuse.

nème temps se modifie l'état mental et

le malade se trouble par instants et se SDte de sa blessure ; très communément ractère s'aigrit et perd toute stabilité. Qd a observé fréquemment une anxiété ïristique combinée à de la douleur au nie la région précordiale, et à une sensa* ! pesanteur et de pression sur la poitrine, ommeil peut être troublé et interrompu ; ide se réveille en sursaut au milieu d'un Trayant et retombe aussitôt dans un état Pression mentale et d'humeur noire. Il appétit, toute envie d'avaler; sa bouche suse; il soupire, il est oppressé, et il resu moyen d'inspirations plus profondes ordinaire. On voit survenir des frissons, le ievient très impressionnable ; le malade Q de prendre froid ; sa voix est rauque ; il

une sensation de fatigue et de lassitude tme temps que de grande faiblesse et ement profond ; sa face et ses lèvres sont i le siège de légers mouvements convulextraordinaire susceptibilité aux impresatmosphériques est remarquable, car le ger contact d'un air froid, est une source nde souffrance pour le'malade,par le sen- : de suffocation qu'il détermine. Le poison intenant en train d'agir, et dans l'espace ilques heures, généralement au bout de ingt-quatrc, son action éclate avec une efte violence. La période latente est passée, Adie a atteint sa seconde étape; la diffi-

culté d'avaler et la crainte de l'eau suffisent à dé ^ montrer l'existence de l'hydrophobie.

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