SYMPTÔMES DE LA SECONDE PHASE
La seconde période spécifique suit ordinairement la première, mais dans quelques cas elle s'établit sans être précédée de prodromes et débute par de la douleur des muscles de la mâchoire, du pharynx et de la base de la langue.
L'hypéresthésie des régions innervées par la huitième paire nerveuse cérébrale se traduit maintenant par des spasmes convulsifs des muscles du pharynx qui rendent les efforts de la déglutition pénibles et douloureux. Les aliments et particulièrement les liquides sont l'objet d'une grande terreur. Il existe une sécheresse pénible de la bouche et de la gorge et souvent une sensation de soif ardente qui ne peut être soulagée. Les sécrétions de la bouche et du pharynx d'abord mousseuses, puis visqueuses, ne sont plus expectorées qu'avec un grand trouble et un bruit de crachement et d'aboiement à chaque effort. La violence avec laquelle le malade crache attire l'attention. La maladie frappe ensuite les muscles du système général par l'intermédiaire des nerfs spinaux et cérébraux, et donne lieu à des convulsions simulant celles du tétanos ou de l'épilepsie. Â ce moment le pouls est fréquent et rapide, il atteint 130 pulsations; la température monte à 102 et môme à lOH degrés Fahrenheit.
La miction est fréquente; l'urine d'abord limpide devient bientôt rouge et sanguinolente et s'écoule en petite quantité. Elle renferme de l'épithélium rénal et beaucoup d'albumine. Sa réaction est ordinairement acide et l'analyse chimique y découvre en grande quantité des phosphates et des carbonates terreux. Lorsqu'on la chauffe dans un tube et qu'on dissout son précipité albumineux, la potasse caustique et la liqueur cupro-potassique y déterminent des réactions qui décèlent la présence du sucre. Ce fait, selon quelques auteurs, indique en môme temps que la congestion des reins, la congestion du cerveau et de la moelle épinière.
Les sens acquièrent une acuité extraordinaire ; toute la surface du corps est très irritable ; la vue et le son des liquides aggravent cet état particulier d'exaspération; quelquefois môme le plus léger courant d'air ou l'odeur de certaines substances seront suffisants pour amener un paroxysme.
L'esprit est dans un état particulier de crainte et d'anxiété, le malade a peur de tout ce qu'il
WILLIAM S. FORBES. — liYDROPHOBIE £T RAGE.
voit ou imaginei il est plongé dans le plus profond désespoir ; d'autres fois il est pris de colère furieuse. Il a presque toujours une insomnie complète et une loquacité qui n'est pas naturelle. On peut assister à des actes de folie, à des hallucinations, et aussi, dit- on, à des envies de mordre. Les traits ont une expression anxieuse et égarée; les sourcils sont énergiquement froncés ; le regard est fixe ; les commissures des lèvres sont déviées ; toute la personne du malade offre un aspect hagard effrayant.
A mesure que Taffection fait des progrès, les paroxysmes croissent en fréquence et en gravité, et l'état mental tourne à la folie. Chaque paroxysme est suivi d'une grande prostration. La durée de celte seconde période varie de vingtquatre à quarante-huit heures; elle est rarement plus longue.