‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 176 sur 343 · SYMPTÔMES DE LA TROISIÈME PHASE · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES DE LA TROISIÈME PHASE

Cette troisième période ou période de paralysie est la dernière. Elle est caractérisée par un état de dépression et d'épuisement qui s'accroit rapidement et par la fréquence de plus en plus rapprochée des paroxysmes; le pouls est maintenant petit, rapide et souvent irrégulier; la peau se couvre d'une sueur visqueuse, le regard est stupide et morne, les pupilles sont dilatées. Le malade s'émacie vite. La bouche reste béante et laisse la salive découler au dehors; lorsqu'au contraire la salive tombe en arrière dans la gorge, elle donne lieu à un bruit de glou-glou en même temps qu'à un sentiment de suffocation et d'étouffé ment. La mort est le fait de l'asphyxie durant un paroxysme convulsif, ou succède simplement à l'épuisement.

11 arrive aussi qu*abattu par tant de secousses, le malade s'endorme et expire subitement en se réveillant.

La durée de Thydrophobie, ou, pour mieux dire, celle de sa période de développement, varie de trois à six ou neuf jours, et môme plus dans quelques cas. On a vu la mort survenir au bout de seize heures, mais généralement elle ne survient que le troisième ou le quatrième jour.

La description précédente des symptômes de l'hydrophobie est basée sur les écrits de Poland, de Tanner, de Fleming, de Dolan, de Virchow et d'autres auteurs qui ont eu l'occasion de traiter des cas d'hydrophobie dans leur pratique. Pour me servir d'une expression de

Bigelow, « en fait, une description est la copie d'une autre».

Anatomie pathologique de Thydrophobie.

Le D' Dolan rapporte que, le 15 mai 1877, le D' Gowers a présenté à la Société pathologique de Londres, une série de coupes microscopiques mettant en lumière les modifications histologiques de la moelle allongée et de It moelle épinière dans quatre cas de rage.

Dans les quatre préparations, les vaisseaux de la substance grise avaient subi une dilatation considérable, principalement au voisinage des noyaux gris de la moelle, et du plancher du quatrième ventricule. Dans trois cas, les grosses veines de cette région offraient des agglomérations de petites cellules dans la gaine lymphatique périvasculaire. Des éléments cellulaires analogues étaient infiltrés dans les tissus an milieu des éléments nerveux, et dans certains points, notamment au voisinage des noyaux de l'hypoglosse, on constata des agglom^tions serrées de ces cellules constituant à vrai dire des abcès miliaires. D'autres agglomérations semblables, mais moins importantes, furent rencontrées parmi les fibres originaires des nerfs grand hypoglosse et glosso-pharyngien.

Les paroxysmes de l'hydrophobie affectent l'appareil respiratoire tout entier, et dans les faits du D' Gowers, les lésions histologiques étaient particulièrement bien marquées dans la région du « centre respiratoire » dans la moelle ; la préparation qui les montrait.lemieui caractérisées correspondait à un cas où le dia' phragme avait été profondément altéré.

CUfford Allbutl et Cheadle ont également décrit des altérations de la moelle épinière conformes aux observations du D' Gowers. 6enedikt, devienne, et Wassilief, de Saint-Pétersbourg, ont signalé des lésions inflammatoires du côté du cerveau ; d'autre part, Nepveu a noie de la congestion des tubes nerveux au voisinage de la plaie et des lésions inflammatoires des glandes salivaires. Coats, de Glascow, a oi)serve de Thypérémie des reins avec accumulation de globules blancs. Selon Cooper Forster, la dilatation du pharynx est la seule lésion macroscopique importante.

Le D' Bigelow est d'avis que les modifications anatomo-pathologiques constatées dan^ l'hydrophobie ne sont pas les facteurs essentiels et primitifs du développement des phénomènes symptomatiques, mais sont probablement des lésions secondaires résultant de ^

ANATOHIE PATHOLOGIQUE DE L'HYDR0I>H0B1E.

terrible désorganisa lion que la maladie apporte aux ronctions Ses aysièmea respiratoire, vasculaire et nerveux. C'est pourquoi il est ilirScile d'accorder à ces phénomènes quelque valeur dans la détermination de la pathogëhie de l'aflection. Il ajoute que si ces recherches nous onl fourni de nouveaux et importants documents, elles ne nous permettent pas encore d'urQrmer positivement que nous ayons trouvé une lésion caractéristique pathognomonlquc de iliydrophoble. (Middleton, de Glascow, professe les mêmes opinions.)

EnBn, enjuillel 1874, W.Hammond a entrepris des recherches (1) sur le mSme sujet, et voici le résumé qu'il en a donné lui-mCme (S).

« Avant de commencer la description des lésions microscopiques, je dois dire que, en enle- Tant la voûte crânienne, je trouvai les membranes du cerveau congestionnées, mais il n'y BTait pas trace d'elTusion séreuse anormale ni dans l'espace sous-arachnoïdiçn, ni dans les ventricules. La substance cérébrale ne paraissait que légèrement congestionnée, mais sa consistance, surtout celle des couches corticales, était un peu moindre qu'à l'état normal.

Le cervelet paraissait sain, comme aussi la protubérance, le corps strié, les couches optiques et les autres ganglions nerveux, à l'exception de la moelle allongée qui semblait légèrement ramollie. Les méninges correspondantes et la partie supérieure de la moelle épiniére étaient congestionnées.

Je pris pour l'examen :

I* Des parties de la substance corticale du cerveau ;

2* Des coupes du corps .«trié-,

3" Des sections des couches optiques;

4* Des sections du cervelet ;

5* La protubérance;

S* Le bulbe ;

7* Une coupe de ta moelle épiniére au niveau de la seconde paire des nerfs cervicaux ;

8* Une partie du nerf pneumogastrique au cou.

!• Subfiance corticale du cerveau. — J'oî fait l'examen de ces parties sur des coupes, après mtcëration dans l'alcool absolu pendantdix-huit hei]rea,dansdes tubes de verre entourés déglace. Sur tontes ces coupes (6g. 39) j'ai noté les caractères suivants avec un objectif d'un quart de pouce:

(1) W. Hammond, Proi:eedings of Ihe New-Tork tturological sociely, 1 julltct 1874. — Pii/ekological md medico'legal jourmil, p. 169, sept. 1874.

(1) W. Himinond, Traité des mataditt du igtième ■crvewt.tnd.ptrLtbadieLagrtve. Paria, 1879, p. 76). Encjci. de chirurgie.

a. Les vaisseaux sanguins étaient augmentés de volume cl de nombre et leurs parois paraissaient épaissies.

b. 11 y avait de petites extravasattons de sang; en quelques points, les globules sanguins pouvaient encore être facilement aperçus.

c. La couche externe de cellules i

Fi|. 99. — Coupe verticale de l'écorce du cerveau. — I. Couche extérieure ou périphérique. —1. Seconde couche. — 3. Troiiièoie coucbe ou loae des gruadei cellulei.

avait été presque entièrement remplacée par une substance graisseuse, inQltrée sous forme de globules huileux. Les cellules nerveuses étaient remplies d'ime substance granuleuse très réfringenlc qui était aussi constituée par des particules granulo-graisscuses. Aucune de ces cellules n'était pourvue de deux noyaux. Il y avait en outre des corpuscules amyloïdes généralement à la jonction de cette couche avec la suivante.

d. La seconde couche de cellules avait été aussi remplacée en certains points par de la graisse, mais en moindre proportion que dans la couche externe. Or, on sait que cette couche est composée de cellules plus nombreuses et plus grandes que celles de la couche externe ; leur atrophie et leur disparition partielle n'étaient pas douteuses.

e. La troisième couche, composée de larges cellules, était à peine altérée. J'y trouvai quelques globules graisseux et ça et là un corpus-

WILUAH 8. FORBE8. — HTDROPHOBIE ET RAGG.

liO

i-ule Bmj'lolde. Les aulres couches ne me parureut pna alTeclèes (Voyex Ùj;. 39).

2° Le corps strié, la couche optique el le «rveltt paraissaieQl normaux, quoiqu'il j eQl quelques traces d'injection artérielle.

corpuscule» amjtoides et des globules hnîleni- Les cellules Étaient atrophiées et paraissaient aïoir diminué de nombre. En effet, elles avaient presque entiéremcul disparu. Naturellement il n'était pas possible, sur une coupe fraîche et non préparée, de se faire une idée e\acte de la proportion relative des cellules nerveuses et des cellules de la nèvroglie; mais raliéralion n'en était pas moins très manifeste.

c. Les racines nerveuses avaient subi une altéralioD analogue, la malièrc granuleuse éUil

Fig. 40. — Coupo d« corp* oliTtirei an niveau du qnilrième vanlriculB. — a. Globule» huiloui. — ! i. Corps amylutdes. — c. CgIIuIgs nerveuses. —

it. VsisBMIIX MngDÎDI.

3" La proIuÈA'ance ne fut pas examinée k 1'*- 1 lit frais, mais durcie dans une solution de bichromate de potasse.

En l'examinant après son durcissement, je | constatai qu'elle était le siège d'cxtravnsations <:.inguines, et que le ciilibre de ses vaisseaux était élargi et leurs parois épaissies. i

4° La plus grande partie de ta moelle atlongie fut aussi plongée duns une solution de bichro- i m:ite de potasse ; plusieurs coupes furent faites après durcissement dans l'alcool absolu entouré de glace pendant vingl-qiiiiire heures.

a. La première de ces coupes fut pratiquée sut les corps olivaires, au niveau du quatrième ventricule, comprenant ainsi les noyaux des l nerfs pneumogastrique el hypoglosse (6g. 40).

De nombreuses extra vasa lions sanguines pou- | valent être aperçues à l'ceil nu ; mais, avec un ' objectif d'un pouce, on les distinguait plus clairement. Les vaisseaux étaient élargis et plus nombreux qu'à l'étal normal.

La substance formant les noyaux des nerfs 1 pneumogastrique el hypoglosse offrait l'apparence granuleuse, et les racines de ces nerfs présentaient un aspect analogue A d'autres égards, la coupe ne montrait rien d'anormal.

b. En l'examinant aveu un objectif d'un quart | de pouce, je via que cette matière granuleuse des noyaux bulbaires était constituée par des

entièrement transformée en graisse, principalement sous forme de globules huileus (Voyei flg. 41).

Des coupes faites immédialemenl au-dessous du niveau du bec du calamus scriplorius, CMDprenant les racines principales du nerf spinil ainsi que son noyau d'origine, présentaient presque exaelcmcnt la même apparence.

h° Moelle épiniére. — La section de la moeH' fut faite transversalement entre le premier etir second nerf cervical. La substance grise det cornes antérieures et postérieures était en vois de dégénérescence granulo-graisseuse, les cellules étaient atrophiées et les racines oerreasa présentaient une altération semblable. DansU substance blanche des cordons antérieurs \a noyaux des cellules de la nëvroglic étaient prolifères (Qg. 42).

t)* La partie périphérique du ntrf pnf.umogiutrique, détachée avec beaucoup de soin par mon

it]

DIAGNOSTIC DE L'IÎYDROPHOBIE.

chef de clinique, et mise dans de l'alcool rectiilé, offrait une apparence rouge qui était peutêtre due à l'imbibilion cadavérique. »

Fig. 43. — Altérations des cellules nenreuses de la

moelle épinière.

Ona conjecturé, d'après le D'W.Hammond{i), que lliydrophobie peut commencer par une maladie du sang et finir comme une maladie nerveuse. « La nature du virus de Thydrophobie n'est pas connue. 11 constitue probablement une espèce de ferment. »

D'autre part, le D' Barry dans ses recherches expérimentales rejette comme contraire à toute analogie l'idée que le poison de l'hydrophobie puisse être mêlé au sang et absorbé avec lui.

Diagnostic de rhydrophobie.

Le D' Dolan affirme que les symptômes de l'hydrophobie sont si nettement caractérisés qu'ils ne sauraient être confondus avec ceux d'aucune autre maladie.

DIAGNOSTIC DIFFÊBBNTIEL DE L'OYOnOPHOBIË ET DU

Page 1