WILLIAM WHITE. — MALADIES VÉNÉRIENNES
pathologiques distinctes, ou qu'on fait provenir d'une origine définie et invariable, présentent certaines particularités qui en font une classe spéciale et les caractérisent plus ou moins nettement. Elles ont une période d'incubation qui s'étend depuis le moment où le sujet a été exposé à l'infection jusqu'à celui où apparaissent les premiers symptômes ; elles ne peuvent être causées par des traumatismes ou par rien autre choses que par un virus essentiel, qui doit pénétrer par une voie quelconque dans la circulation générale ; une première atteinte de ces maladies met ordinairement à l'abri d'une seconde ; elles présentent, dans la majorité des cas, des altérations ou processus pathologiques spéciaux, qui les distinguent des affections dues à une action purement irritative ; elles ont une marche définie et, après leur terminaison, ne peuvent être réveillées à volonté par aucun agent connu.
Dans la blennorrhagîe, on n'observe aucune de ces conditions. Il n'y a pas de période d'incubation définie — sauf celle qui s'observe toujours entre le moment du contact d'une substance étrangère irritante et la production d'un degré d'inflammation suffisant pour faire naître des symptômes subjectifs. Un grand nombre de causes très dissemblables peuvent faire naître la maladie avec son expression la plus intense; on connaît des cas authentiques d'urélhrites bien nettes succédant au contact accidentel ou expérimental avec un écoulement leucorrhéique ; le pus d'un abcès ou d'un catarrhe bronchique ; la sécrétion d'une endo-uréthrite ; l'écoulement dû à une ulcération ou à une affection maligne de l'utérus; le fluide menstruel ou des écoulements vaginaux acres ; le liquide de certaines injections, la sécrétion due au passage de graviers, au cathétérisme et à beaucoup d'autres causes non spécifiques. La blennorrhagie ainsi produite ne se distingue en rien de celle qui résulte des rapports sexuels avec une personne ayant déjà cette affection ; quelques-uns des cas de gonorrhée les plus graves et les plus compliqués observés par l'auteur avaient l'une ou l'autre de ces origines. On a dit que la blennorrhagie vraie a une tendance particulière à passer à l'état chronique ou de suintement opiniâtre, tandis que la blennorrhagie simpkf ou Turéthrile, tend à guérir spontanément; cette assertion ne peut être admise comme un argument basé sur des faits cliniques. On peut établir d'une façon positive qu'aucune induction légitime relativement à la cause de la gonorrhée ne peut être tirée de la marche des symptômes,
et que les variétés observées dans les différents degrés de l'uréthrite ne sont pas plus grandes que celles qu'on remarque dans les inflammations des autres canaux muqueux, et qui sont dues à des idiosyncrasies individuelles ou à des différences dans l'intensité de l'irritation.
Bien loin de mettre à l'abri de nouvelles atteintes, la blennorrhagie, comme l'amygdalite, la laryngite, la bronchite, l'entérite, la cystite, etc., y prédispose au contraire, en laissant souvent l'urèthre, surtout si elle s'est prolongée, dans un état de relâchement atonique ou d'inflammation catarrhale ; la muqueuse a perdu son aspect lisse, elle est granuleuse et congestionnée. Il est extrêmement commun d'entendre des malades faire la remarque que, bien qu'exposés fréquemment à la contagion, ils sont restés de longues années sans contracter la maladie, tandis que, depuis la première atteinte, ils la contractent à des intervalles de quelques mois; ils attribuent ordinairement ce fait à leur maivaise chance, ou assez souvent à une nécessité imaginaire, confornîément aune croyance générale.
La marche de la blennorrhagie ne présente ni dans son mode de début ni dans la nature des tissus atteints rien 'qui la distingue des catarrhes ordinaires; rien, par exemple, d'analogue à l'induration du chancre, à Tulcération des plaques de Peyer, à la derniatite et à la pustulation, qu'on observe presque invariablement dans la syphilis, la fièvre typhoïde et la variole et peuvent par conséquent être donnés comme caractères spécifiques de ces maladies {{).
L'apparition éventuelle d*une affection articulaire, le rhumatisme hlennorrhagique, ou d'une sclérotite, YopîUhalmie hlennorrhagiqucy comme
(1) « AfTectant principalement des maqueases, la blennorrhagie a tous les caractèi*es de rinflammatiun ordinaire dos membranes muqueuses; elle débute près du point où la sécrétioo contaminante a été déposée, et de là gagne la profondeur ; elle s'accompagne de rougeur, d'une hypérémie généralisée ou disposée par places, de gonflement de la muqueuse, d'une augmentation considérable de la sécrétion muqueuse, d'une migration de nombreux leucocytes et, dans le» cas d'inflammation intense, de corpuscules rouges; ensuite le gonflement, l'hypérémie, la sécrétion moqueuse, la migration des leucocytes diminuent, l'épithélium superficiel se desquame, et la sécrétion muqueuse cesse graduellement. Tels sont les caractères anatomiques de la gonorrhée ; ce sont ceux de toute inflammation catarrhale. » Lebert (un avocat fervent de la spécificité), in Zicmssen 'sHandbuch der specieUen Patholoyiey vol. VIII, p. 752.