‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 199 sur 343 · URÉTHRALE · texte numérisé non relu

URÉTHRALE

Le rhumatisme blennorrhagique ou mieux la synovite uréthrale peut apparaître à toute époque d'un écoulement uréthral purulent. 11 est beaucoup plus commun chez les femmes. 11 se développe tout d'un coup, et est accompagné ordinairement d'une diminution de l'écoulement, plus rarement de son entière disparition. L'affeclion a été attribuée à différentes causes^ à la métastase, à Taction réflexe, à Tidentité de la blennorrhagie et de la syphilis, à l'existence d'une dialhèse rhumatismale préexistante, et finalement à une forme bénigne d'infection jsepticémique.

La plupart de ces hypothèses sont insoutenables. Si l'affection était due à la métastase, la blennorrhagie originelle devrait disparaître, 'mais cela est seulement exceptionnel, comme nous l'avons dit; si c'était un effet de l'action réflexe, elle devrait ôtrc produite par d'autres formes d'irritation des organes génitaux, la balanitc, le phimosis, etc., mais ce n*est pas le cas. L'inoculalion et le fait que ce rhumatisme suit souvent l'urélhrite traumatique montre qu'il n'est pas une preuve de l'identité de la blennorrhagie et de la syphihs ; cette opinion ne mérite d'ailleurs pas une réfutation en forme. Il n'existe souvent aucune connexion appréciable entre cette forme de rhumatisme et une prédisposition héréditaire ou acquise au rhumatisme ; ma propre expérience m'a amplement convaincu de ce faiL En outre, comme nous le verrons, il y a de grandes différences entre celte affection et le rhunialismc ordinaire.

Reste la théorie de la septicémie, que nous avons différentes raisons pour examiner favorablement. Si l'affection des jointures résulte de Tabsorption des matières septiques dues à la décomposition du pus, on peut comprendre le fait, aulrenient mystérieux, de la plus grande fréquence chez l'homme que chez la femme, la longueur, l'étroitesse et la délicatesse du canal urélhral de l'homme offrant des conditions admirables pour la rétention, la décomposition et Tabsorplion du pus; au contraire Turèthre de la

femme est court, et la muqueuse vaginale est épaisse, résistante, non absorbante. Nous pourrons également comprendre la ténacité de cette affection avec un traitement antirhumatisind ordinaire; son apparition de préférence dans les cas où une suppuration prolongée a créé les meiUeurcs chances pour l'absorption ; son apparition à chaque nouvelle attaque de blennorrhagie, aucun signe de rhumatisme ne se montrant dans les intervalles ; ses différences avec k marche du rhumatisme ordinaire, la prédilectioD pour une seule jointure, etc., si bien qui! semble justifié de dire que la théorie septicémiqne, faiea que non absolument prouvée, est probaUemeot la vraie. ^

Le D' Wilks croit que le rhomatisme blcnnorrtiagique est ordinairement une forme subaiguê d'ioflaamation pyémique. Il le regarde comme ranalogoë di rhumatisme scarlatineux, qui souvent n'est rien moias qu'une pyémie grave, ayant pour point de départ les ulcérations de la gorge ; il le compare aussi an rinmatisme puerpéral, et à cette forme de rfaumatime qui quelquefois est la conséquence de la variole. Pov étayer cette théorie, Wilks rapporte deux cas de pycmic mortels, suite de blennorrhagie; dans ccsdeui cas, on trouva de l'inflammation purulente du pleius veineux prostatique ; l'urèthre était plein de pus.

Le D' Da Costa dit dans une leçon clinique : « Ce cas démontre ce quej'aiTliabitude d'enseigner, à saToir que le rhumatisme blennorrhagique n*est qu'iuM l'orme de rhumatisme pyémique ayant des traita spéciaux et exigeant un traitement spécial (1). »

Scnator regarde comme l'explication la plus probible, que l'irritation inflammatoire se propage graduellement de l'urèthre au pleius sacré et à la moelle, où elle atteint les fibres nerveuses trophiqucs. L'uréthrite blennorrhagique serait assimilée ainsi aoi désordres articulaires qu'on observe dans les affections de la moelle (2).

A2:new dit que c'est de la septicémie avec tous ses caractères (3).

Les symptômes de cette complication se développent rapidement, ordinairement pendant les derniers stades d'une blennorrhagie aiguc ou catarrhale. Le malade, sans signes prémonitoires, ou peut-être après un léger frisson et un peu de fièvre, sent de la douleur et remarque un gonflement d'une articulation, ordinairement du genou, de la cheville, du poignet oo du coude, par ordre de fréquence (4). Au bout

(1) Collège and clinical record. 15 juillet 1881.

(2) Zicmssen, Cyciopœdia of pract, med., vol. Xllt p. 73.

(3) Agnew, Op. cit., vol. II, p. 474.

(4) Sur 110 cas de rhumatisme blennorrbagiqo* recueillis par Fouruicr, le nombre des articulati«}ii^

œMPLlCATIONS DE LA BLENNORRHAGIE CATARRHALE.

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de quelques heures, le gonflement dû à Tépanchement (1) augmente, la jointure devient modérément rouge, chaude et très douloureuse, le palper et les mouvements sont très pénibles. Elle peut demeurer dans cet état quelque temps, peut atteindre les tissus voisins, produire une arthrite généralisée, ou bien céder rapidement dans des cas rares. 11 y a peu de symptômes généraux quand il y en a.

Dans un certain nombre de cas raffection fait seulement naître de vagues douleurs intermittentes dans les articulations, les os et les muscles, et ne prpduit pas de symptômes locaux hien marqués.

MM. Duplay et Brua (2) discutent une forme d'arthrite blcnnoilrhagique, qui, selon eux, n'a jamais été complètement décrite auparavant. Cette variété peut survenir soudainement, sans cause immédiatement connue. ou après un léger traumatisme. Le plus souvent cependant elle est précédée par du malaise, une fièvre légère, de la perte de l'appétit, etc. Le premier symptôme est une douleur très vive. Elle débute, et est toujours plus vive Juste au point où les surfaces articiilaires sont en contact, et elle s'accroît la nuit. Outre cette douleur spontanée, une souffrance aiguë est déterminée par la pression au-dessus de la jointure, du gonflement s'y joint hiontôt et apparaît tout d'abord exactement au niveau de la ligne de jonction des os. n y a peu ou pas d'épanchement, le gonflement étant principalement dû à l' infiltration des tissus périarticulaires. L'oedème s'étend au-dessus et au-dessus de l'articulation, quelquefois il y a une sensation obscure de flactaation, faisant soupçonner un abcès. Lea auteurs rapportent deux cas où une incision fut pratiquée. Le gonflement n'est pas dû à de l'épanchement daua les gaines tendineuses. Le point le plus important da traitement est l'immobilisation absolue dans an appareU pl&tré. La douleur disparaît alors rapidement, et dans les cas favorables elle guérit presque entièrement. Si cependant la jointure n'a pas été immobiUsée quelques jours après le début, il peut rester un certain degré de raideur, et si l'afTcction est fomplètemcnt négligée, il y a toute chance pour qu'il reste de l'aukylose, laquelle se produit quelquefois en

atteintes s'est monté à 212 : le genou a été atteint 83 fois, la cheville 32 fois, les doigts et les orteils 25 fois. Il divise cette affection en trois variétés : a, rhydarthrose monoarticulaire; 6, une forme plus généraUsée, ressemblant au rhumatisme ordinaire, mais plus fixe et prolongée, moins mobile, sans symptômes constitutionnels marqués, etc. ; e, une douleur générale vague sans altération anatomique bien notable.

(1) Gosselin écrit : «^ L'épanchement est très rare dans l'arthrite blennorrliagique (Gaz. dt$ Mp,, n* 17, 18S1). »

(2) Duplay et Brun, Archives générales de médecine de mai 18S1.

dépit du traitement. Le poignet et le coude semblent être les jointures le plus fi'équemment atteintes, tandis que le genou, qui est fréquemment le siège do la forme avec épanchement (hydarthrose), est comparativement rarement pris. Cependant une articulation quelconque peut être atteinte, et les auteurs ont vu des exemples bien nets de cette forme d'arthrite dans les articulations métacarpiennes, phalangiennes et sterno-claviculaires. Mais quelle que soit la jointure atteinte, les symptômes sont essentiellement ceux qu viennent d'être décrits. Le travail se termine par six observations (trois se rapportent à des femmes), montrant les différentes pai'ticularités que nous venons d'indiquer; les traits principaux de cette forme d'arthrite sont la douleur et le gonflement qui commencent toujours et restent le plus marqués juste au niveau de la ligne interarticulairc, l'oxistcnce de craquements et la tendance à Tankylose si la jointure n'est pas immobilisée de bonne heure (1).

Le rhumatisme ordinaire est la seule maladie avec laquelle celle forme d'affection articulaire peut être confondue. Le diagnostic doit s'appuyer sur les points suivants, qui peuvent être présentés sous forme de tableau :

EHUIUTISMB BLKNNORRHIGIQUB

Associé à de l'uréthrite.

Très rare chez les emmes.

Symptômes généraux passagers et légers.

Très peu de fièvre.

Pas de sueurs.

Urine normale.

Souvent associé avec de la sclérotite, de la ténosynovite.

Lésions cardiaques rares (2).

L'inflanunation reste fixe, n'atteint qu'une ou quelques joiutm*es.

Douleurs locales plutôt moindres que dans le véritable rhumatisme.

L'épanchement est absorbé très lentement.

IHDHATIIMB OaDlMAlSS.

Non associé à do l'urétlirite.

Pas rare chez les femmes.

Symptômes généraux marqués et prolongés.

Fièvre intense.

Sueurs profuses.

Urine très foncée et ciiargée d'urates.

Non compliqué de sclérotite, ou de téno-synovite.

Lésions cardiaques fréquentes.

L'inflammation saute d'une jointure à l'autre, et en atteint beaucoup.

Douleurs toujours iur tenses.

L'épanchement est absorbé avec une rapidité relative.

(1) London med. record,^ 15 oct. 1881.

(2) Le D' Pfuhl rapporte (Deutsch, Zeitschrift f. prakt. Med., n* 50 1878) dix-sept observations d'endocardite, suite de, blennorrhagie, et en ajoute uue. Le D' Canciosi rapporte également un cas semblable (BuUet. delL scienz. med.^ sept. 1880\ Des exemples d'endocardite blennorrhagique ont été notés au^si par La Gassagne, Desnos, Marty et Baudin

WILLIAM WHITE. — BLENNORRHAGIE CHEZ L'HOMME

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RHUMATISMIBLCNROKKBAGIOUB

Tendance à Thydartbrose après la période aiguë.

Grande tendance à des rechutes pendant les biennorrhagies suivantes.

Traitement anti-rhumatismal impuissant.

BHUMATI8MR OEDINAIBI.

Pas de tendance à Thydarthrosc chronique.

Rechutes sans rapport aucun avec l'état de Turèthre.

Traitement antirhumatismal évidemment efficace.

La sciatique^ qu'on décrit comme une complication fréquente du rhumatisme blennorrhagîque, dépend très probablement de Tinflammation de la hanche, bien qu'ici, comme en beaucoup d'autres cas, le diagnostic entre l'arthrite au début et l'inflammation de la gaine fibreuse du nerf soit presque impossible.

Les variétés du rhumatisme blennorrhagique autres que celle que nous venons de décrire ont été classées sous les noms de forme m'thntique, dans laquelle le gonflement, au lieu d'être dû à un épanchement dans la synoviale, à une hydarthrose, est dû à un épaississement des tissus capsulaires et sous-cutanés de l'articulation ; de forme arihralgique, dans laquelle le gonflement et l'inflammation sont légers et la douleur présente un caractère plutôt névralgique ; de forme noueuse ou pseudo-goutteuse, dans laquelle les articulations phalangiennes augmentent de volume et se déforment. La première de ces formes a toujours, d'après mon expérience, été précédée d'un épanchement et a été le résultat d'un prolongement de l'arthrite. Je n'ai jamais rencontré la dernière variété, et je suis autorisé à mettre son existence en doute comme complication de la blennorrhagie.

OPHTUALIIIE ET CONJONCTIVITE BLENNORRHAGIQUE.

Associée avec ces affections articulaires dans beaucoup de cas, ou se présentant parfois comme seule complication d'une urétbrite, il existe une inflammation de quelques-unes des parties de l'œil, connu sous le nom d'ophthalmie blennorrhagique, La sclérotique, l'iris et la conjonctive oculo-palpébrale, sont les parties principalement atteintes. Les symptômes sont ceux d'une iritis ou d'une conjonctivite ordinaire, accompagnée d'une douleur considérable et d'un écoulement muco-purulent très peu abondant. Les remèdes ordinaires sont utiles, mais l'affection tend à prendre plutôt une marche chronique, et finalement à céder spontanément.

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Cette complication ne doit pas être eoifiah avec la conjonctivite blennorrhagique qà Mt« affection très différente et beaucoup phiirieuse, bien qu'on les considère someoti identiques. La conjonctivite blennoiriu toujours le résultat de rinocuktioo pus étant transporté par le doigt ou sur le bord ou la surface interne des pti^la] Les symptômes apparaissent ordinaîi bout de quelques heures, et sont d'abord d'une simple conjonctivite catarrfatle. Dsi mentent cependant avec une rapidité incroyable ; un œil qui, vingt-quatre beanii paravent, était entièrement sain, présentmi paupières tendues, gonflées, (edématew;] bombées, à l'aspect érysipélateux, entre li{ bords rapprochés desquelles on voit soardiei épaisse sécrétion purulente; si on les éctite,AJ trouve la conjonctive injectée, baignée de] et le siège d'un chémosis. Au bout defsii temps, si le chémosis est abandonné àloila cornée ne recevant plus de sang s'okèni un ou plusieurs points, peut se détidier tomber entièrement, et Tœfl se série de phénomènes peut se passer entrai quatre jours, et assez souvent se dévdonii la moi lié de ce temps. Le pus proTeaut cette inflammation est extrêmement cont irrite la joue sur laquelle il coule, et ne pas de compromettre l'œil sain si on le entrer en contact avec lui.

Il est très important de distinguer cette tion, dès son début, de l'ophthalmie bénigM^i qui se guérit seule, que nous avons décrite.) principales différences de ces deux sont indiquées dans le tableau suivant:

affe

Pc

couoKTiTin uimiiHiCMn».

Est toujours le résultat de la contagion.

On en observe l cas sur 700 ou 800 cas de blennorrhagie.

Peut provenir d*une autre personne par inoculation.

N'atteint d'abord qu'un œil.

Reste limitée à l'œil originairement atteint, à | moins que l'autre ne s'inocule accidentellement.

Les symptômes affectent la conjonctive dès le début.

•PiniuDi unmmBm

Produite probableai' par septicémie.— SassRlation avec une coota^tf directe.

On en observe on ai sur cinquante od soixa»

blennorrfaagies.

Ne peut se déT«loppv que chez un malide tfteint d'arthrite.

Les atteint habitoeOh ment tous deux.

Passe fréquemmeotd'v

œil à l'autre.

Ce sont les tissiis i> breuz, la sdératiqiie ^ Tiris, qui sont attaisti.

BLENiNORRHAGIE IRRITATIVE OU ABORTIVE,

couoicnmi nn^oiiuciQTt.

Symptômes de la plus ^ndo graTité et p restants.

Ne réapparaît pas avec me noavellc blennorrhàlie.

Pas de rapport avec des ifTectioDS articulaires on lutres maniTostations rhtimalismales.

Tendance à la destrucion rapide dos tissus malades.

Traitement très utile;

I OPITliLIll lUIlOliBlCIQIII.

Symptômes bénins, subaigus.

Réapparaît fréquemment à chaque nourelle attaque de blennorrhagie.

Coexiste le plus souvent avec quelque autre forme do rhumatisme blennorrhagique.

Tendance à la guérison Hnale, mais lente.

Traitement pas très olii-

doit être prompt et énergique.

cace; ne doit pas être énergique; expcctation.

Cette forme de conjoncUvitc no diffère dans aucun de ses traits essentiels do Vophthalmie des nouveau-nés ou de rophthalmie produite arliflciellement par Tinoculalion de pus ; elle ne fournit donc, comme nous Tuvons dit, aucune preuve de la nature spécifique de la blennorrhagie.

Le traitement de celle complication, comme de toutes celles que nous avons décrites, sera examiné plus tard.

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