‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 214 sur 343 · HISTOIRE ET NOMENCLATURE · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET NOMENCLATURE

poam contracter offrira des caractères mixtes : il aara da chancrolde U mollesse et tout Taspect extérieur, mais, d*autre part, avec cet ulcère-là, comme avec un vrai chancre, cette femme pourra communiquer à un autre homme un chancre qui produira ensuite en lui la vérole. »

Pour compliquer les choses encore, Diday, en 18C3 (i), proposa d'autres changements de nom. Il voulait conserver le mot de chancre à la lésion initiale de la syphilis, et donner à la léiiion que Clerc avait baptisée du nom de chancroîde celui de chancrelle, voulant laisser le nom de chancroîde aux ulcères dus à l'inoculation du virus syphilitique sur des sujets déjà syphilitiques.

« Cette terminologie (chancrelle) a de plus Tavantage de laisser le nom de chancroîde disponible pour désigner une lésion d'ailleurs très rigoureusement comparable à la varioloîde sous le rapport pathogénique : je veux dire la lésion que l'on voit naître de rinsertion du virus syphilitique sur un sujet qui a eu antérieurement la syphilis (2).

Heureusement, le nom n*a jamais été adopté, et les mots chancre et chancroîde sont ceux dont ou se sert communément pour désigner les deux variétés d'ulcère vénérien.

En 1858 (3) et en 1861 (4), Rollet, de Lyon, tout en admettant l'existence du chancroîde comme distinct de la lésion initiale de la syphilis, proclamait l'existence d'une troisième variété d'ulcère, à laquelle il donna le nom de chancre mixte, U prêtait à cette lésion une nature double, car il disait :

« Non seulement il y a mélange des contages, lesquels sont dès lors susceptibles de transmettre les deux maladies dont ils proviennent; mais encore il peut y avoir inoculation des lésions syphilitiques par le pus du chancroîde, et transformation de ces lésions en autant d'ulcères réinoculables (S). »

11 croit à un mélange de virus par l'inoculation, qui est capable non seulement de transmettre un chancroîde mais de produire la syphilis. Ceci est vrai jusqu'à un certain point, mais seulement pour la période à laquelle l'inoculation est faite ; si l'inoculation est faite de bonne heure, comme le chancre n'a pas une véritable période d'incubation, le résultat doit être et

(t) Diday, Hist. nat, de la syphilis. Paris, 1863. (2) Diday, op. cit, p. 2C.

(3j RoUet, De la pluralité des maladies vénériennes. (4) Rollet, Recherches cliniques et expérimentales sttr la syphilis, le chancre simple et la blennorrhagie, etc. (b) Rollet, op. cit,, p. 36.

sera un chancroîde ; si elle est faite tardivement, la lésion ayant changé de caractère et n'étant plus chancroîdale, mais syphilitique, le résultat sera l'éclosion d'une syphilis. Je reviendrai plus tard sur ce sujet à propos du chancre mixte.

Pour les syphilographes français et pour beaucoup d'Américains, la question est en cet état, et le chancroîde, le chancre mixte et le chancre — c'est-à-dire la lésion primitive de la sypbylis — sont aujourd'hui des faits acceptés dans la pathologie vénérienne. Parmi les auteurs anglais et allemands on trouve quelques dissidents. Les Anglais ont mis un temps très long à reconnaître l'existence des deux espèces d'ulcères, et sont portés même aujourd'hui à mettre leur existence en doute. Hutchinson, dont le nom est aussi respecté en Amérique qu'en Angleterre, écrit ceci (i) :

« Le virus syphilitique peut déterminer une inflammation et produire de Tulcération et de la suppuration. Le pus ainsi produit est contagieux ; et telle est ma théorie de tous les chancres mous et non Infectants. Ce pus ne contient pas nécessairement des germes spécifiques de syphilis. Il peut en contenir ou n*en pas contenir. S'il en contient, le résulutest un ulcère mixte ^ lequel est très commun. Les dualistes ne donnent et n'ont Jamais pu donner le moindre fondement à leur croyance. Les chancres diffèrent les uns des autres, c'est vrai, mais il n*y a pas de dualisme dans la syphilis (2). Le chancre mou n'est pas de la syphilis, ce n'est pas le rejeton d'un virus congénère. Le terme dualisme (s'il signifie quelque chose) doit signifier, je suppose, qu'il y a doux espèces de virus spécifiques, chacun d'eux produisant ses résultats spécifiques et incapable de transmutation ou d'alliance. Si mon hypothèse est la vraie, le chancre mou n'est pas le rejeton d'un virus spécifique, mais est un résultat accessoire de l'inflammation causée par ce virus. S'il était possible de détruire tous les chancres mous et les sécrétions capables de les reproduire par contagion, nous les verrions se reproduire au bout de quelques semaines. »

Ici donc nous voyons que le chancre mou peut contenir ou ne pas contenir les germes de la syphilis ; opinion à laquelle on ne peut opposer une protestation trop forte, si par chancre moii nous devons comprendre l'ulcère vénérien simple ou le chancroîde des auteurs français.

(1) Hutchinson, Lancet.

(3) Aucun dualiste, que je sache, n*a jamais prétendu qu'il y ait un dualisme dans la syphilis ; au contraûre les dualistes admettent que la syphilis est une et que la lésion initiale est la syphilis commençante. Ils prétendent qu'il y a deux espèces d'ulcères, dont l'an est syphilitique et l'autre non.

F. R. STURGIS. — ULCÈRE VÉNÉRIEN SIMPLE OU GBANCROIDE.

Hutchinson, après tout, ne fait que répéter la doctrine des dualistes, MM. Clerc et RoUet.

Les Allemands, d'un autre côté, ont avec beaucoup de sagesse toujours évité le nom de cbancroïde ; ils ont toujours désigné Fulcère non constitutionnel sous le nom de chancre, et sous le nom de sclét^ose initiale ou mieux encore de Uiion initiale, Fulcère que les autres nations appellent chancre. Us admettent l'existence de deux espèces d*ulcère vénérien, qui diffèrent de valeur et qui, à l'état de pureté, n*ont rien de commun. En rejetant le mot de chancrotdef ils se sont mis à l'abri de bien des confusions, comme aussi en n'adoptant dans aucune mesure les termes chancre mou, ulcère mou, dont les Français et les Anglais se servent si souvent Il aurait bien mieux valu ne jamais employer l'adjectif mou en parlant des ulcères vénériens; il désigne Tulcëre vénérien simple (cbancroïde), et lorsque, comme c'est le cas quelquefois, nous voyons des ulcères dépourvus d'induration être suivis des symptômes de la syphilis, nous perdons de vue le fait que l'erreur vient de nous et non de la lésion, et nous sommes tentés de considérer la division des chancres en simples et syphilitiques comme une illusion. C'est que l'induration de la lésion syphilitique initiale n'est pas une nécessité : la lésion initiale reste syphilitique, môme si elle est molle ; mais la lésion initiale ne devient jamais un ulcère vénérien simple, et ce dernier ne devient jamais syphilitfque.

Le terme chancre mixte est, à mon avis, un autre de ces mots malheureux, trop communs dans la pathologie vénérienne, qui ne servent qu'à égarer et à troubler l'étude. En étudiant avec soin les cas d'inoculation de ce type d'ulcère vénérien, dans les travaux de Laroyenne, de Rollet, de Nolet et de beaucoup d'autres, on est frappé de deux faits : i^ que les inoculations étaient pratiquées sur les porteurs de la lésion, et non sur des personnes bien portantes ; et 2« que les expériences étaient faites au moment où le chancre était à son plus haut point de développement; on supposait môme, ce qui est loin d'être sûr, que l'induration initiale s'était produite, et que par conséquent, l'inoculation ne pourrait produire qu'une ulcération locale, car une seconde infection syphilitique est impossible, tant que la première est en activité. Ces auto-inoculations ne peuvent donc en rien prouver la transmission de la syphilis par le pus d'un cbancroïde. Dans ces cas les confrontations n'apprennent rien non plus ; les observations de Rollet, de

Nolet, de Lindwurm et d'autres montrent seiikment que le pus cbancroldal pent être déposé sur la lésion initiale de la syphilis» qn'îl peut y développer une action inflammatoire et destructive, et qu'il est susceptible d'auto-inocnlatioD. Pour établir la question solidement, H faut inoculer du pus de ces ulcères sur des sajeti non syphilitiques, en ayant soin de ne pas prendre en même temps que le pus du sang ou toute autre sécrétion syphilitique ; si la théorie du mélange des virus est exacte*, les sujets inoculés devront d'abord voir apparaître to point inoculé un ulcère vénérien simple (cbaiicroide), et plus tard, au moment voulu, la lésion initisde de la syphilis, suivie des symptômes secondaires.

Cela a été fait, mais en Tue d'un autre objet que celui de résoudre la question du chancre mixte. L'observation est rapportée par Melchior Robert (1). Je donne l'observation dans tonte son extension, malgré ses lacunes, parce qu'elle est à la fois instructive et intéressante :

Madame J. est atteinte de deux ulcères eaneéreoi sur le nez : un de la dimension d'une pièce de n franc aa- dessus de la narine gauche ; Tanu^ piu petit, an point correspondant à droite ; ils ont débuté, il y a 18 mois, par un petit bouton prurigineux. Leur surface est sèche, grisâtre ; leur bord est très-dnr et saillant ; il n*y a pas de ganglion engorgé danslei régions auriculaire et sous-maiillaire .

U Oct. Nous pansons l*ulcère le plus étendu itcc un plumasseau de charpie imbibé de pus pris sur no chancre d'inoculation récente pratiquée sur un malade atteint de syphilis; ce chancre avait pour origine une ulcération simple.

16. — L*ulcération contaminée suppure aboodafflment, et présente de la rougeur à son pourtour, l'antre est toujours sèche.

Du 16 au 25. — L'inflammation périphérique a augmenté, Tulcération s*est élargie, son fond est gri8i(f<^« ses bords déchiquetés sont décollés, la supparaiioo est toujours très abondante, la malade ressent de U chaleur et une cuisson assez vive. Pas d^engorgemest ganglionnaire.

!•' Nov. Nouveau progrès de Tulcération qui est manifestement transformée en chancre.

15. — Affaissement des bords, diminution de Tauréole, inflammation, tendance au bourgeonnement.

25. — Affaissement des bords plus prononcé, liseré cendré, indice de cicatrisation sur les bords de la plaie.

30. — Progrès de la cicatrisation ; bourgeonnement rosé du fond.

(1) Melchior Robert, Nouveau traité des maladiet vénériennes. Paris, 1861 .

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