CARACTÈRES DE L'ULCÈRE VÉNÉRIEN SIMPLE
La première pustule commence à se sécher, et le 16 février, neuf jours après son inoculation, elle est complètement sèche. r
Lo 16, la nouvelle pustule inoculée le 11 est en pleine suppuration. Le 30 elle se dessèche.
Les croûtes en tombant quelques Jours après laissent anc cicatrice rosée.
Le 2 mars, à 10 heures du matin, Je tente une nouvelle expérience sur le môme malade; Je prends du pas fourni par une large pustule san gui no- purulente, ressemblant à une pustule d*ecthyma cachecticum et développée autour du vésicatoire du mollet gauche; Je rinocule au bras gauche. — Le soir, à 8 heures, élévation, rougeur accompagnée de cuisson, le malade nous dit éprouver les mêmes sensations qu'à la première épreuve, et pense que la seconde a réusiL
Le 3, la rougeur s*étend, la saillie se prononce davantage. Le 4, elle est plus étendue et plus élevée.
Le 5, elle s'acumine et contient à sa pointe un peu de sérosité louche.
Le 6, quatrième Jour après Tinoculation, pustule très manifeste sur une base d'induration d*un rouge foncé.
Le 7, la pustule de la grosseur d*un pois contient un pus verdfttre, la base est moins indurée.
Le 8, elle s*ouvre dans la nuit et se dessèche.
Le 9, croûte brunâtre, Tinduration de la base se résout. X
Le 24 avril, au moment do la sortie du malade, des cicatrices rosées très apparentes indiquent les points d'inoculation.
Voici maintenant un exemple d*inoculation de ptutulcM (Tecthyma simplex recueilli, pendant son internat à rbôpital Saint-Louis, par mon regretté collègue Cbalvet, enlevé par une mort prématurée à la science, qu'il avait déjà enrichie de travaux Justement remarqués.
Quatrième observation, — Annette B..., âgée de 29 ans, est entrée le 3 octobre 1861 à l'hôpital Saint- Louis, salle Saint-Thomas, n** 7, dans le service de M. Devergie, suppléé par M. Vidal. Cette malade, d'une constitution lymphatique, sujette pendant son enfance à des éruptions, qu'elle désigne sous le nom do purmes, et à des ophthalmies fréquentes, est atteinte depuis trois mois d'un impétigo de la face et de la partie antérieure de la poitrine.
Cette affection, qui présentait tous les caractères de rimpétîgo franc, de la mélitagre scrofuleuse, commençait à guérir lorsque, sur la face externe de ravant-bns droit, parurent quatre pustules d'ecthyma limplex.
Le 19 octobre, sans attendre la purulence complète, M. Vidal chargea la pointe d'une épingle avec la sérosité de ces vésico -pustules et fit trois inoculations sur le bras gauche.
Le soir même, les trois points piqués étaient rouges, légèrement tuméfiés et étaient le siège d'une cuisson qui préoccupait la malade.
Le 20, les trois piqûres faisaient une saillie bontonnease.
Le 22, quatrième jour, les trois pustules étaient formées. Elles consistaient en une phlyctène centrale, soulevée par de la sérosité citrine, reposant sur une base rouge, indurée, formant auréole.
Le 23, les pustules sont huileuses, mais ne se remplissent pas de pus. Le contenu est trouble.
Les pustules mères du bras droit qui ont servi à faire l'inoculation sont devenues croûteuses et laissent suinter un liquide séreux qui se concrète à l'air.
Ce même Jour, inoculation du liquide des Jeunes pustules et nouvelle inoculation du liquide des anciennes. De plus inoculation par trois piqûres du li« quide ecthymateux préalablement exposé aux vapeurs de l'huile essentielle de térébenthine.
Voici quels furent, le lendemain 24, les résultats de ces inoculations :
1* Les inoculations faites avec le liquide des pustules primitives en voie de dessiccation ont parfaitement réussi ; la vésicule est saillante, le pourtour est rosé.
2* Les inoculations produites par le liquide des pustules déjà inoculées ou de seconde génération ont moins bien réussi ; Tépiderme est bien soulevé, mais le cercle rouge&tre périphérique est peu marqué.
3* Les piqûres faites avec l'épingle chargée de liquide ecthymateux soumis aux vapeurs de l'essence de térébentliine ont encore moins bien réussi. Le centre de la piqûre est à peine soulevé, légèrement papuleux; l'auréole rosée manque presque complètement et le centre de la vésicule rudimentaire est Jaunâtre, caractère que n'offrent pas les autres inoculations.
Le 25, les pustules de la première inoculation (septième Jour) commencent à sécher ; elles sont recouvertes d'une croûte Jaunâtre. La rougeur périphérique s'est effacée ; il reste un léger empâtement.
Le 27, inoculation avec le liquide des pustules de seconde génération qui tendent à se guérir rapidement. Les piqûres sont à peine marquées, le Jour suivant, par une légère élevure; la pustulation avorte.
Nous constatons une progression décroissante dans ces inoculations. Les dernières faites sont les premières guéries. La puissance d'inoculation va donc diminuant à chaque nouvelle génération et la troisième a donné un résultat insignifiant. Cependant le sujet ne perdait pas l'aptitude à être inoculé, ce que prouvaient de nouvelles pustules très caractérisées obtenues par l'inoculation du liquide des pustules spontanées.
J'ai donné ces observations in extemo à cause du soin avec lequel elles sont rapportées, et à cause de leur importance dans la question de Tauto-inoculabilité. Il faut bien savoir qu'aujourd'hui on croit que l'ulcère vénérien simple est la seule lésion qui ait un pus auto-inoculablCy et on a attaché à cette particularité une grande importance au point de vue du dia-
F. B. STURGIS.* - ULCÈRE VÉNÉRIEN SIMPLE OU CHANCROIDE.
gnostic. Mais si on peut présenter des cas authentiques où du pus ordinaire (je désigne par là du pus ne provenant ni d'un chancroîde ni d'une lésion syphilitique) s'est montré propre à s'autoinoculer, l'importance de l'autoinoculation en ce qui concerne le chancroîde est beaucoup diminuée. Passons* donc en revue les observations qui viennent d'être rapportées, et voyons quelles déductions on est justiâé à en tirer.
Du côté des Allemands nous avons les observations de Pick, de Kraus et Reder, dans lesquelles du pus ordinaire est inoculable seulement sur des malades syphilitiques, mais non sur d'autres ; il n'est donc inoculable que sur un nombre limité de sujets, mais sur eux il est auto-inoculable pendant trois générations.
Du côté américain, dans le cas du D' Wig glesworth, on n'essaie pas d'inoculer des sujets bien portants, mais du pus simple est autoinoculable pendant trois générations sur le porteur de la lésion, qui avant et au moment de l'expérience est exempt de syphilis ou de toute tare vénérienne, mais qui est débilité.
Du côté français, dans les cas du D' Emile ^dal| du pus simple est auto-inoculable sur les porteurs de la lésion, qui sont présumés n'être pas syphilitiques, mais dont trois ont la fièvre typhoïde et le quatrième est d'une constitution maladive. Dans tous ces cas, un trait est à noter spécialement : les sujets sur lesquels on expérimente sont dans un mauvais état de santé. La part que joue la syphilis dans cette auto-inoculobilité n'est que secondaire, car les choses se passent de la même manière dans beaucoup d'autres cas où la syphilis est absente.
Quel est donc le facteur qui rend le pus ordinaire quelquefois auto-inoculable? Est-ce le pus lui-même? Pas tout à fait, autrement pourquoi les sujets bien portants seraient-ils rebelles à son action ? J'accorde qu'on n*a pas encore institué sur ce point des expériences suffisantes qui nous permettent de dire positivement que tel est toujours le cas, mais, dans l'état de nos connaissances, le contraire reste à prouver. Le pus du chancroîde a donc un privilège que seul il possède ; il n'a besoin pour se produire d'aucun sol particulier. Mais nous devons nous arrêter ici un moment avant d'aller plus loin. Le pus chancroîdal est-il toujours capable de s'inoculer et de s'auto-inoculcr ? Dans certaines circonstances, rares il est vrai, il semblerait que non, comme un coup d'œil jeté sur les tableaux suivants peut le montrer.
InoculahUité de tukère vénérien iimpie.
Taiieac.I (1).
Chiffre dei inoea- ▲ U période iationf .
de progrès 12
tféut 44
de transition
de réptration bien établie
— déjà avancée.
— très avancée.
Chancroîde gangrë -
neux
après cautérisation profonde
Posittres RéfUiffi 12 0
Tableau II (2).
A la période
de progrès 11
d'éut 9
de transition 4
de réparation IG
de cicatrisation avancée 5
Tableau m (3).
A U période
de progrès et d'état. 75
do réparation 8
Tableau IV (4).
A U péritKle
de progrès et d'état. S
do transition 2
du réparation 6
Hésumé.
Nombre des inoculations — 230
Résultats positifs 209
— négatifs 21
Tous les résultats sont positifs dans toutes les périodes, excepté dans celle de réparation o u de cicatrisation avancée, quand le pus a perdu de •• force, que la gangrène l'a modifié, ou qu il a été altéré chimiquement par des cautérisations.
Ces inoculations ont été faites sur les porteurs des lésions ; ce sont des auto-inoculations ; mais elles montrent clairement un point, c'est que, lorsque les chancroïdes perdent leur carac-
(1) Ricord, Uçom sur le chancre, p. 389.
(2) Labarthe, Le chancre simple, p. 88.
(3) Millet, Étude statistique sur la maladie syphiliiiijney le chancre simple et la blennorrhagity p. 59.
(4) Ricord, op. cit.^ p. 394.