‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 221 sur 343 · SIÈGE DE L'ULCÈRE VÉNÉRIEN SIMPLE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE L'ULCÈRE VÉNÉRIEN SIMPLE

admettre qu'il s'agissait bien d'un chancroîde le la lèvre. Je sais que les expériences qui ont Hé faites avec du pus simple sembleraient enliHBr à cette observation tous ses caractères Hftgnostiques distinclifs, mais si on considère lue ces ulcères ont été artificiellement inoculés lur la face par beaucoup d'observateurs dignes le fol, ce serait, je crois, d'une critique bien nffinée que de nier la nature chancroïdale de cette lésion de la lèvre.

Diday (I) rapporte deux observations de ce fo'il appelle chancrelles de la bouche, et MM. Boys de Loury et Costilhes (2) en ont pu- UHé deux autres cas, un de la paupière et un de Foreille, mais ces observations sont trop imparhites pour avoir quelque valeur, et je n'en parlerai plus.

Millet (3) donne l'observation intéressante, ^oique un peu imparfaite, d'un homme qui, le i2 juillet 1865, se baignant dans un endroit défendu, fut poursuivi par la police et resta deux heures dans l'eau. Quand il en sortit, U. était épuisé et ressentait de violentes douleurs lombaires. — Le 13, il entra à Saint- Antoine, où il resta au lit pendant quinze jours, tans voir aucun ami du dehors que sa maîtresse. Le 28, le lendemain de sa sortie de l'hôpital, il leossentit une cuisson à la lèvre inférieure, dont la surface muco-cutanée présentait quelques ^tits boutons jaunes. Le lendemain, ces boulons étaient couverts d'une croûte. Craignant d'avoir quelque afifeclion vénérienne, bien qu'il déclarât que sa maîtresse était parfaitement saine, il vint à l'hôpital du Midi le !<»' août.

A son entrée, colfison de la lèvre inférieure, gonflée, mais sans induration. La muqueuse était d'un rpQge foncé et reluisante. Sur la surface muqueuse de la lèvre inférieure, près du pli gingivo-lablal, on voyait une ulcération ayant l'aspect d'un chancre, et •or la surface cutanée couverte par la peau se trouvaient deux petites ulcérations recouvertes de croûtes. Les dents étaient bonnes, mais sales ; c^était un grand fumeur. La bouche e^ le pharynx étaient sains. Un ganglion sous-maxillaire, sur la ligne médiane, trait pris les dimensions d'un œuf de pigeon, et était douloureux à la pression. Salivation abondante, mais pêB de fétidité de l'haleine. Pas de douleur à la lèvre, lanf pendant la mastication. Le dernier coit, d'après le malade, avait eu lieu le 10 juillet. Le 12 août, on

(1) Diday, Union méd, 1858 ; et Annales de dermatologie et de typhiligraphiey 1872, n** 2.

(2) Boys de Loury et Costilhes, Gaz, méd. de Paris, 1S45, 1847.

(3) MUlet, Thèse.

fit une inoculation avec du pus pris sur Tulcération do la face interne de la lèvre ; cette inoculation donna un résultat positif. L*ulcération qu*elle donna dura quinze Jours, et disparut sans traitement, les ulcères de la lèvre guérirent par l'usage local du chlorate do do potasse. Le ganglion sous-maxUlaire ne suppura pas.

Millet lui-même doute que cette lésion fût réellement un chancroîde ; deux circonstances, selon lui, ôtent de sa valeur à cette observation : la première, c'est qu'il n'eut pas la permission d'examiner ou môme de questionner la maîtresse de cet individu ; la seconde, c'est que le pus de la stomatite ulcérative a été démontré inoculable plusieurs fois pair M. Bergeron, de l'hôpital Sainte-Eugénie (1).

Le cas suivant est rapporté par Labarthe (2).

Un homme se présenta, le 4 décembre 1870, avec trois chancres du pénis et une adénite inguinale droite fluctuante. Le bubon fut ouvert le jour même et les lésions furent soumises à un traitement local. Le 8 décembre, le malade appela l'attention du médecin sur la lèvre inférieure qui lui faisait mal. Entre la ligne médiane et la commissure gauche, on voyait une ulcération longitudinale ayant l'apparence d*une fissure profonde. Les bords cependant en étaient taillés à pic et un peu décollés ; le fond était grisâtre et était le siège d'une sécrétion purulente. Le malade interrogé dit .qu'il arait l'habitude de mettre entre ses lèvres l'épingle servant à maintenir le pansement de son bubon. Labarthe crut avoir affaire à un chancroîde do la lèvre, mais, pour en être plus sûr, il inocula du pus de l'ulcération labiale sur l'abdomen du malade; au bout de quatre Jours le résultat était positif.

Les observations suivantes sont de Profeta, de Palerme (3j.

La première observation a trait à un musicien italien, chez lequel un chancroîde, qui dura deux ans, s'étendit de la commissure droite des lèvres à la joue et au front. C'était un chancroîde phagédénique ; sa base était engorgée et non indurée; il sécrétait du pus en abondance ; les bords en étaient livides et décollés, il présentait en un mot tous les caractères du chancroîde phagédénique. Pas de signes de syphi- Us constitutionnelle : le malade portait une éruption vésicule-pustuleuse due à la gale. On pratiqua une autre inoculation ^ul eut un résultat positif. ^

La deuxième observation est celle d'un barbier por* teur de chancroldes multiples du pénis, avec un bubon suppuré. En essayant d'ouvrir ce bubon avec un rasoir, il se coupa le doigt, dont la plaie fut souillée

(1) Bergeron, De la stomatite ulcéreuse, Paris, 18G0.

(2) Labarthe, Le chancre simple. Thèse, p. 53.

(3) Profeta, Mémoire traduit dans les Annales de Dermatologie et de Syphiligraph'e^ tome V.

F. R. STDRGIS. — ULCÈRE VÉNÉRIEN SIMPLE OU CHANCROIDE.

ptr le pus et le sang da bubon. H mit alors promptenient le doigt dans sa bouche pour arrêter le sang, et 8*inocula. Il portait un cliancrolde de l*index de la main gauche avec engorgement lymphatique du bras du même côté ; de plus 11 afait deux ulcérations chaneroldales des lèvres supérieure et Uiférieuro, occupante la fois la peau et la muqueuse. Il ne voulut pas se soigner. Profeta le vit plusieurs fois pendant un an, et dit qu'il ayait le visage parsemé de chancroldes.

La troisième observation est une observation de ehancrolde pbagédénique du pénis, qui était presque entièrement détruit par Tulcération. Le malade portait aussi un ehancrolde du scrotum et une ulcération située sur Taiie droite du nez, ayant tous les caractères d*un ehancrolde. Ce dernier ehancrolde inocula les parties voisines, finit par devenir phagédénlqne, et détruisit les tissus sur une grande étendue. Malgré le succès du traitement, Profeta perdit le malade de vue, ayant que la cicatrisation ne fût complète.

Dans cette troisième observation on n*eut pas recours à Fautoinoculation : il peut donc s'élever quelque doute sur la nature de la lésion ; n'élait-ce pas une sypbilide serpigineuse ulcérée, bien quHl ne soit pas fait mention de syphilis ; mais pour les deux premiers cas aucun doute raisonnable ne peut exister.

Dans la qualiième observation de Profeta (1) il s'agissait d'un ehancrolde serpigineux datant de deux ans, situé sur la face. Profeta s'inocula lui-même avec le pus de ce chancroïde en cinq points; il se produisit cinq chancroïdes qui n'étaient pas encore, au bout de dix-huit mois, suivis de symptômes de syphilis.

Le D» Taylor (2), de New- York, rapporte un cas observé par lui au dispensaire de New- York.

On homme porteur de chancroldes du prépuce, sUnocula lui-même au niveau de l'arcade sus-orbitaire ; il se produisit une ulcération ayant toutes les apparences d'un ehancrolde. Le pus de cet ulcère sus-orbitaire fut inoculé sur rabdomen du malade, et on prit soin d'empêcher que la plaie ne fût contaminée par le pus des chancroldes ; quatre Jours après on constatait un résultat positif.

Outre ces cas d'inoculation accidentelle, des inoculations artificielles ont été pratiquées par Bassereau, Puche, Rollet, Hubbenel et autres, qui prouvent la possibilité d'inoculer le chancroïde à la face. On a dit qu'une des particularités des chancroïdes céphaliques était leur courte durée, mais en passant en revue les ob-

(1) Profeta, Gazette médicale de Lyon, pour 1S67.

(2) Taylor, Archives of Practical medicine^ 1873.

servations, je ne suis pas édifié à cet égard. On nombre suffisant d'observations a été ra^ioilé, qui montrent que la région céphalique n'est pis à l'abri des chancroldes. Ces ulcérations ne sont pas fréquentes, il est vrai, dans cette région ; aussi pouvons-nous tirer de ce fait U loi générale que les ulcérations de cette partie sont suspectes, et doivent dtre considéiées comme syphilitiques, jusqu'à preuve du contraire.

Origine de rnloère Ténérieii siaple.

Comme nous l'avons dit, Qerc, en i854, voyait dans le ehancrolde le résultat de Fiaoculation d'un chancre induré sur un sojet déjà syphilitique. Depuis Qerc, cette doctrioe est tombée en discrédit, et jusqu'à ces deraien temps, on admettait que le chancroîde et le chancre étaient dus à deux virus distincts, et qu'il n'était pas possible de produire un chancroîde autrement que par le contact d'un ehancrolde ou d'un bubon chancroïdaL C'est encore un exemple de l'erreur produite par ce mot viruSf qui finira, je crois^ par être éliminé du vocabulaire des affections vénériennes. Noui avons vu déjà qu'il est possible de produire os ulcère ayant beaucoup de rapports commons avec le chancroîde par l'inoculation de pas simple, et si les expériences sont dignes de confiance, c'est le corpuscule du pus qui est It cause de l'ulcère (chancroîde) et non unviros imaginaire. Voyons s'il en est de même du produit de sécrétion de la syphilis, et quelles sont les conditions du succès.

En { 854, M. Maratray (de Nevers) publia uneob* servation (1) très intéressante et très instructive.

« En septembre 1852, un de mes amis, syphilitiqaei me consulta sur la nature d'une ulcération située iv le frein, qu*il rapportait à un coït datant de doue Jours. Au premier coup dœll, Je reconnus une ulcén* tion spécifique à tendance pbagédénique. Il me dit qu^un autre Jeune homme, qui avait eu le mômejosr des rapports avec la même femme, avait une uleéraUoa moins douloureuse et moins étendue. Je reconnoi sur ce Jeune homme un chancre induré accompagué d'une adénite inguinale parfaitement caractériide, w des signes les plus certains de la syphilis. Je loi de. mandai s*ll était possible de voir Tauteur présumé d« Taccidcnt. La femme consentit à se laisser eumioer. Mon attention se dirigea d'abord du cété de la foo^ chetto, siège de prédilection des chancres cbei 1* femme, comme le frein Test ches l'homme. Je dé-

(I) Maratray, op. cit., p. 49 et suiv.

Page 1