‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 227 sur 343 · PAR LE D" ARTHUR VAN HARLINGEN · texte numérisé non relu

PAR LE D" ARTHUR VAN HARLINGEN

Chef de la Clinique dermatologique à lliôpital de TUniversité de Pennsylvanie ; médecin consultant

au dispensaire des maladies cutanées, Philadelphie (i).

Histoire de la Syphilis (2).

L'origine de la syphilis est entourée d'obsvrité. Cette maladie a-t-clle existé partout et à oute époque, ou s'est- elle produite de novo à une ertaine époque, voilà des questions qui, en épit des nombreux travaux d'érudition faits our les résoudre, ne peuvent encore être 'gardées comme ayant reçu une réponse satisisante (3). La première mention positive de tte maladie date de Tannée U95; elle apparut

(1) Traduit par le D' Charles Schwartz. C3) Comme les limites d*un article comme celui-ci t permettent pas la discussion approfondie d'un and nombre de questions, et nécessitent une grande ncision dans l'examen de presque toutes, j'ai sou- Qt renvoyé aux monographies et publications donint une exposé plus complet de ces questions ou s présentant sous un autre Jour. Le lecteur déreux de connaître un point à fond trouvera dans les Tthiv, of Dermatology la bibliographie complète de

• syphilis de ces dernières années, et un résumé des '«faux les plus importants.

(3) Les meilleurs ouvrages récents sur l'histoire de à syphilis sont ceux de Hirsch (Handbuch der histoitche-geographischen Pathologie, 1860-4) et deHaeser Ge$chichle der epidemischen Krankheitetij V Aufl., ena, 1853 et 1865), en faveur de l'origine ancienne de

* syphilis, et celui de Geigel (Geschichte, Pathologie wd Thérapie der Syphilis, Wûrzburg, 1867) contre ^tte origine. On trouve un résumé excellent et com- '^tde la quettion dans Lancereaux, Traité historique ^ praii^Vê dé la syphilis, 2* édit. Paris, 1874, et *ii»l^ * pnHque des maladies vénériennes.

à cette époque, sous forme d*épidémie et avec un caractère malin, dans Tarmée française conduite par Charles VIII contre le royaume de Naples. La maladie atteignit non seulement les envahisseurs mais encore les défenseurs du royaume italien, et se répandit presque en môme temps dans toute TEurope.

Les premiers syphilographes distinguaient avec soin la syphilis des autres maladies vénériennes, mais les auteurs qui vinrent ensuite confondirent les différents étals morbides dus aux rapports sexuels ; à la fin du siècle dernier la confusion régnait partout (1j.

*' L'identité de la blennorrhagie et de la syphilis était niée pourtant au siècle dernier par Astruc, Balfour et Benjamin Bell, mais John Hunter, qui publia son livre en 1786, à Tépoque de sa grande réputation, maintint leur identité, et enseigna que la seule différence entre les deux maladies dépendait de la nature de la surface sur laquelle le poison était appliqué, qu'il déterminait une ulcération quand il agissait sur une surface cutanée, et seulement un écoulement purulent, sans solution de continuité, quand il était appliqué sur une muqueuse, et que la sécrétion morbide dans les deux cas pouvait donner naissance à l'une ou l'autre séries de symptômes, selon le tissu avec lequel il entrait en contact Dans cette croyance il s'ino-

(1) Voir Bassereau, Affections de la peau symptomatiques de la syphilis, Paris, 1852 : livre dont on peut dire vériublement qu'il fit époque, et un dei ouvrages les plus importants sur la syphilis.

ARTHUR VAN HARLINGEN. — SYPHILIS

cula lui*mème sur le gland et le prépuce avec du pus blennorrhagique ; il en résulta l'apparition d'ulcères primitifs suivis au bout de quelques mois de manifestations secondaires, dont il ne guérit complètement qu'au bout de trois ans. Cette expérience fit naturellement une grande impression sur son esprit; il semble l'avoir regardée comme concluante, et ne pas l'avoir répétée sur d'autres (i).

Le grand nom de Hunter et Tinfluence de ses ouvrages firent prévaloir la doctrine de l'identité de la blennorrhagie et de la syphilis, et c'est seulement à une époque récente que cette opinion a été complètement abandonnée (2). Le traitement de la blennorrhagie par l'emploi du mercure à l'intérieur, poussé même jusqu'à 1h salivation, n'était pas rare dans les trente premières années de ce siècle, et ce n'est qu'en iS38 que Ricord dans son livre sur la matière (3) rejeta finalement l'identité de la blennorrhagie et de la syphilis.

Ricord, tout en distinguant clairement le chancre et la blennorrhagie, ne sut pas distin • guéries deux espèces de lésions confondues sous le nom de chancre, et commit de plus l'erreur lamentable de refuser le pouvoir de communiquer la syphilis aux sécrétions des accidents secondaires (4). Ses élèves, qui fondèrent l'école française de syphilologie moderne marchèrent sur les traces du maître et poussèrent ses investigations encore plus loin, rejetant quelquesunes de ses assertions et en confirmant d'autres.

Bassereau, élève de Ricord, fut le premier à mettre en avant, en 1832, la théorie que les deux espèces d*ulcère constituaient deux maladies entièrement distinctes, n'ayant aucune relation entre elles et ne transmettant chacune invaria-

(1) J. R. Lane, Leçons sur la syphilis faite à la Société harveyenne, dcc. 1876, p. 6, 2' édit. Londres,

(2) Bumstead dit que cette doctrine était enseignée jusqu'en 1860 dans une des principales écoles de médecine d'Amérique.

(3) Ricord, Traité pratique des mnlndies vénériennes, et Recherches critiques et expérimentales sur Vinoculation appliquée à V élude de ces maladies, Paris, 1838.

(4) Bien qu'il existât des doutes au sujet de la noninocuiabilité des lésions secondaires dans Tesprit de différents auteurs, avant l'époque de Ricord, la manière dont il se fit l'avocat de cette opinion fit taire ou convainquit ses contemporains, et ce ne fut qu'après les inoculations expérimentales de Waller, do Praç^ue (Pra^cr Vierteljahrsschnft, 1851), et d'autres, qnc la contagiosité do ces lésions fut reconnue par fiut le monde.

blement que son semblable. Il arrinàeÉ conclusion par la confrontation d'on pij nombre de malades avec les indiTidiuéifj ils avaient contracté ou auxquels ils «ii communiqué leur mal. 11 trouva que,dâitttn les cas, les individus atteints de chancre, m d'infection secondaire, avaient pris Inr d d'individus atteints également d'iofedini^ condaire. D'autre part, ceux atteints de dant ne déterminant pas les symptômes de s?

générale, avaient sans exception coDlractéki maladie avec des individus, qui, comme en* mômes, portaient des ulcères dont Tiete était limitée au point infecté tout d'abord (I).

Ricord avait observé que le chancre nuN ne pouvait être inoculé qu'avec difficulté le porteur, tandis que les ulcères non in pouvaient ôtre inoculés indéfiniment De quand l'ulcère induré était inoculé sur le p(tteur, il donnait naissance à un ulcère toolt fait semblable à celui dû à l'inoeulation d'à chancre non induré ou mou. Aussi Clerc (2) prétendit-il qu'il n'était pas nécessaire d'imagîMi^ avec Bassereau, l'existence de deux poisom mais que le chancre mou était le prodoità chancre dur inoculé à un individu déjà sjpiiitique; qu'il avait perdu ses propriétés! tantes d'une manière permanente, si lûen qH s'il se transmettait ensuite à un indifida mi syphilitique^ il se transmettait toujours aoos il forme d'un chancre mou impuissant à dèt» miner une infection générale. Clerc donoa i cet ulcère hybride ou dégénéré le nom de d» croîde (3). D'autres observateurs confimè-.. rent les assertions de Clerc, et on troufa aioi que le chancre induré, qui, dans les circoi» tances ordinaires, s'inoculait si difficilemeril sur le porteur, pouvait s'inoculer aisément, à « commençait par l'irriter par de la pondre à tabac ou par un séton, et qu'on le fit suppurer, que l'ulcère ressemblait alors en tout au chascre simple ou chanci^oide de Clerc.

On faisait malheureusement ainsi un pas ee arrière, et les deux virus, qui avaient été distiagués si soigneusement par Bassereau, furent confondus une fois encore et regardés comine ne constituant qu'un seul virus. Mais ces expérimentateurs avaient trop prouvé, car d'autres, en suivant leurs traces, produisirent, en inocolant sur des sujets syphilitiques du pusd'origiœ

(1) Lane, op. cit.

(2) Clerc, Du chancroïde syphilitique. Moniteur <^^ hôpitaux, etc. Paris, 1854.

(3) Lane, on. cit.

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