‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 230 sur 343 · GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALE

L'observation ainsi que la statistique montrent que, dans l'immense majorité des cas de syphilis secondaire, l'existence antérieure d'un chancre peut être démontrée. Bumstead et Taylor donnent des statistiques portant sur 1291 cas; dans tous ces cas, à l'exception de 22, la syphilis générale fut précédée d'an chancre. Ces statistiques, et le fait que les chancres sont capables de se cicatriser spontanément et peuvent disparaître entièrement sans laisser de trace, le fait également que dans quelques points, comme l'intérieur de l'urèthre, le vagin, le col utérin, les cavités buccale et rectale, ils peuvent passer inaperçus et être presque impossibles à découvrir, rendent extrêmement prol)able (on peut môme dire certain) que la syphilis générale a invariablement un chancre pour origine. Il faut ajouter qu'un très grand nombre de personnes ont un chancre sans le savoir, et qu'on découvre quelquefois des chan« cres sur des malades qui en ignorent la nature et même l'existence. Le chancre est souvent la plus insignifiante des lésions.

La léHùn initiale de la syphilis est toujours un chancre^ que l'infection provienne dun chancre ou d'une lésion secondaire.

La syphilis a une période d'incubation bien définie entre l'apparition du chancre et l'explosion des accidents généraux, laquelle varie d'après la statistique de Diday (i) de 25 à 105 jours, et est en moyenne (sur 25 cas) de 45 jours (2).

Bumstead et Taylor (3) résument ces faits par les propositions suivantes :

Un ulcère vénérien non soumis au traitement dit ipécifiquo, sera suivi de lymptêmes secondaires dans les cinquante Jours, et toujours dans les six premiers mois.

Inversement, les premiers symptômes généraux de la syphilis (sauf dans la syphilis héréditaire) ont été précédés d*un chancre dans les cinquante Jours et cer-

Journal, vol. IV. 1873, p. 112, et Hutchinson, Illustrations of clinical surgery, fasc. VI.

(1) Diday, Nouvelles doctrines sur la syphilis, Paris, 18S8, p. 265.

(2) Si on fait abstraction d*un cas de cette statistique, dans lequel Tincubatien a été de 105 Jours, la durée la plus longue a été de 70, et la moyenne serait ainsi bien abaissée. Bumstead et Taylor en donnant cette statistique font remarquer que dans 38 de ces 53 cas, c'est-à-dire dans les 4 cinquièmes, rincubation a été de 35 à 50 Jours.

(3) Bumstead et Taylor, op, cit.

authur van iiahlingeiv. — syphilis.

taincmcnt dans les six mois antérieurs à leur appa» rition.

Alf. Fournier (i) donne une analyse frappante du drame de l'apparition et du développement de la syphilis.

PnsMiER ACTE : Contamination, — Le Tiras pénètre dans l'organisme d*une façon on d^nne autre.

PnEMisa entr'actb : Repos apparent de l'organisme, i7icubntion, — Rien d'appréciable ne révèle encore le mal.

Second acte. — Apparition aa point ob le virus a pénétré, et là seulement, d'une lésion dite initiale* qui, à ce moment, constitue la seule expression de la maladie.

Second entr*acte ; Seconde période de repos de Vorganistne. — La lésion initiale contiane à être le seul symptôme.

TROisiÈm ACTE : Explosion de lésions multiples et disséminées loin du siège de la contamination, — C'est la période de la généralisation visible de la maladie.

SYPHILÎSATION.

Entre les années i844 et 1850, le D' Auïias- Turenne, de Paris, proclama une théorie de la prévention et de la cure de la syphilis par la syphilisation; il affirmait que des inoculations répétées et successives du virus syphilitique produisaient chez les animaux et Thomme une saturation syphilitique, ayant pour résultat une immunité contre une seconde infection. Plus tard Sperino, de Turin (2), après de nombreuses expériences, soutint que des inoculations successives du virus syphilitique répétées jusqu'à saturation, procuraient non seulement une immunité contre l'infection, mais guérissaient encore les diiïcrentes manifestations de la syphilis, initiales ou généralisées. A l'époque où celte théorie fut mise en avant, on ne faisait encore aucune distinction nette entre le virus du chancroïde et celui de la syphilis. Nous savons maintenant que, tandis que le chancroïde est auto-inoculable, le chancre non-irrité n'est pas du tout, ou n'est que très rarement, inoculable sur le porteur. Auzias-Turenne et ceux qui partageaient sa théorie, inoculaient habituellement le chancroïde, et trouvant qu'après des inoculations répétées, l'ulcère ne pouvait

(1) Alfred Fournier, Leçons sur la syphilis, Paris,

\2' Sperino, La Si/phUisntion étudiée comme mét'>ode curât ivc cl comme moyen prophylactique dcf maladies vénériennes, Tvivin, 1853.

plus se reproduire, en concluaient que llndiTida était saturé eu virus syphilitique et à l'abri d'oae nouvelle infection. 11 proposait la syphilisttioo comme une mesure prophylactique devant être généralisée, et son plaidoyer sérieux, passioDoè et persévérant attira sur ses idées une aUeo* tion que, dans l'état actuel de nos connaissances, nous comprenons difficilement. On sait aajourd'hui que l'inoculation d'un virus vénérien ne peut avoir que deux résultats : ou bien IIddividu en expérience est déjà syphilitique, auquel cas l'inoculation, si elle est faite avec da virus syphilitique, est sans effet, les inocaUtiens faites avec le virus cbancroîdal étant capables d'être répétées fndéfiniment; ou bien l'individu n'est pas syphilitique, auquel cas l'inoculation de la syphilis lui donnera celle maladie, il se trouvera alors dans la même catégorie que le premier individu, et les inoculations subséquentes seront sans effet sur loi, tandis que, comme tout à l'heure, le virus cbaucroîdal peut être réinoculé indéfiniment.

Bœck, de Christiania, fut le disciple le plus illustre d'Auzias-Turenne ; il travailla la question pendant des années, voyageant à la fois sur terre et sur mer pour faire des prosélytes; ses idées furent partout reçues avec attention, examinées à fond, et rejetées.

Mise à l'épreuve de l'observation par des chercheurs distingués, la théorie de la sypbilisation fut jugée ne reposer sur aucun fondement ; elle disparut complètement après la mort de ses avocats enthousiastes, Auzias-Tureone et Bœck (1).

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