‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 253 sur 343 · AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX

la syphilis est en pleine évolution. Vavortemeni en est un des résullats les plus communs, et ce fait a donné lieu à trois théories (JuUien). On la expliqué : i^ par Taction directe du virus syphilitique sur les fibres utérines provoquant leur contraction et la déchirure des membranes ; 2* par la congestion de Torgane et Taspbyxie consécutive de Tembryon; 3* par Tempoisonneraent direct et primitif du fœtus par un principe morbide. C'est cette dernière explication que Jullien considère comme la plus probable. L'avortement est très commun au début de la syphilis. Sur 390 grossesses observées chez des femmes syphilitiques à l'hôpital de Lourcine, 249 arrivèrent à terme, et 141 se terminèrent par avortement ou fausses couches : un cas de mort du fœtus pour trois grossesses. Le cas suivant, cité par Fournier, montre d'une façon frappante l'effet de la syphilis au début sur la grossesse.

Une femme avait donné naissance anccessivement à trois beaux enfants, quand elle fut infectée par son mari. Elle eut par la suite sept grossesses. La première se termina à cinq mois, la seconde à sept mois et demi, Tenfant vécut douze Jours ; la troisième arriva presqu^à terme, mais le fœtus était mort ; la quatrième et la cinquième se termina par raccouchement prématuré d*un enfant mort ; la sixième et la septième furent interrompues au troisième mois et à la sixième semaine.

Lorsque la malade suit un traitement convenable, les grossesses successives deviennent de plus en plus normales, et finalement la femme accouche d'un enfant vivant, qui peut mourir presque immédiatement avec des symptômes de syphilis ; la grossesse suivante peut se terminer par la naissance d'un enfant vivant, qui peut survivre avec ou sans un certain degré de cachexie syphilitique ; enfin il peut naître un enfant parfaitement bien portant. J'ai observé cette succession de faits dans un certain nombre de cas, et j'ai même noté quelques exemples de syphilis bénigne, dans lesquels la violence du virus parait s'éteindre après un certain nombre d'années, et la santé générale se rétabfir, m^me en l'absence de tout traitement.

Quant au moment où l'infection syphilitique doit se produire pour déterminer l'avortement, si elle a lieu avant le quatrième mois de la fécondation, l'avortement est presque inévitable. Plus tard le danger diminue progressivement. Nous parlerons plus loin des lésions placentaires qui peuvent déterminer l'avortement. Fournier a appelé l'attention sur Yhydramnios des

femmes syphilitiques grosses. Selon Fournier également, l'anémie due à l'infection syphilitique prédispose aux métrorrhagies puerpérales. J'ai eu l'occasion de confirmer cette remarque chez une femme à qui j'ai donné longtemps des soins et chez laquelle des métrorrhagies répétées se produisirent dans plusieurs grossesses successives ; ces métrorrhagies cédèrent chaque fois aux mercuriaux.

AFFEGTIOIVS DU SYSTÈME NKItTBinL

Les affections du système nerveux dans les premiers temps de la syphilis sont de deux sortes : celles dues à la cachexie générale, et celles dues à la pression ou à l'irritation mécanique, comme on peut l'observer pour les ganglions hypertrophiés ou dans les affections osseuses. Comme nous l'avons dit, l'état général chez quelques malades, pendant les premiers temps de la syphilis, est comparable à celui que produisent les hémorrhagies graves. On observe des palpitations cardiaques, de la tendance à la 8yncop€j de Yasthénie^ de la langueur, de la perte (PappétUf etc. Les diverses manifestations nerveuses de la syphilis, depuis la simple névralgie jusqu'aux troubles psychiques variés, sont beaucoup plus communs chez les femmes que chez les hommes. Ce qui caractérise ces troubles nerveux, c'est qu'ils sont essentiellement transitoires. Les troubles nerveux de la période tardive ont une physionomie très différente. On observe assez fréquemment des troubles sensorielSf tels que des étourdissements, de la dilatation des pupilles, de l'amblyopie, des bourdonnements d'oreilles, de la douleur d'oreille et de la surdité. On note aussi quelquefois une insomnie sans cause appréciable.

La céphalalgie du début de la syphilis — qui se fait sentir comme une douleur cérébrale profonde siégeant dans les tissus osseux ou les méninges — est un symptôme commun et opiniâtre, qui se rencontre à un degré plus ou moins marqué dans presque tous les cas. Elle siège ordinairement au niveau des protubérances frontales, des tempes ou de la région occipitale. Dans sa forme la plus légère, elle ne détermine qu'une sensation désagréable, qui n'empêche pas la malade de vaquer à ses occupations ordinaires. Dans une forme plus grave, elle constitue un mal de tète assez violent pour empêcher tout travail intellectuel et tout sommeil. Dans des cas rares, elle a une intensilé extrême et détermine une douleur insupportable. Les malades se plaignent d'une douleur

ARTHUR VAN HARLIISGEX. — SYPHILIS

lancinante, il leur semble que leur tête soit serrée dans un étau ou frappée par un marteau ; la douleur est continue, mais avec des cxacerbations nocturnes. Cette forme est rare. La variété intermittente est plus fréquente. Dans ce cas la douleur commence à l'approche de la nuit et cède le matin. Abandonnée à elle-même, cette céphalalgie peut disparaître au bout de quelques jours, ou elle peut durer indéfiniment. Le mercure a sur elle une influence énorme ; vigoureusement administré, il détermine un soulagement rapide et complet. Le meilleur mode d'administration est le calomel à doses fractionnées, ou les frictions; c*est par cette méthode que les cfTcts du mercure sont le plus rapides. (Voir plus bas le traitement général de la syphilis.) L'iodure de potassium est également utile.

Le trouble général de l'économie tausé par la syphilis détermine souvent l'explosion de quelque névrose latente^ ou V exaspération d'une névrose préexistante. Cela est surtout le cas chez les hystériques et les épileptiques. Quelquefois la syphilis éveille rhyslérie ou l'cpilepsie chez dos individus qui jusque-là n'en avaient donné aucun signe. L'hysténe peut apparaître soudainement avec tous ses symptômes habituels de douleurs fixes ou erratiques, de perte de force, de syncope, de spasmes et de crises convulsives. Il peut aussi se développer une épilt'psie Iransiloire, mais n'ayant aucun caractère spécial dénotant son origine. Le diagnostic, dans ce dernier cas, est difficile, mais il faut se souvenir que toutes les épilepsies, qui apparaissent pour la première fois à IMge adulte sans cause appréciable, doivent être fortement suspectes d'être syphilitiques. De plus il faut remarquer que dans Tépilepsie syphilitique les crises sont incomplètes et les spasmes limités à un seul côté. La coexistence d'autres symptômes cérébraux, particulièrement de céphalalgie et d'éruptions cutanées caraléristiques, indiqueront également la véritable nature de raiïeclion. L'épilepsie n'est pas très rare au début de la syphilis; Diday et Litlle l'ont observée, l'un au troisième et l'autre au quatrième mois. La nature des lésions qui donnent naissance à ces symptômes cérébraux n'est pas encore connue. Us doivent être distingués des troubles cérébraux syphilitiques tardifs qui seront examinés plus loin.

L'analgésie générale, ou plus fréquemment disséminée par places, est un des troubles nerveux curieux qui se rencontrent au début de la syphilis. C'est une afi'ection assez rare, et elle

est presque toujours symétrique. Il faut la chercher sur les membres du côté de rextension, à la partie postérieure des avant-bras, et surtout au niveau du métarcarpe ; on peut ne la trouver qu'en ce point exclusivement dans certains cas, et on Ty rencontre presque toujours quand elle existe ailleurs. Les joues et It région du sein sont souvent le siège de cette insensibilité particulière, qui peut aussi s'étendre aux orifices des muqueuses. En ces points, même une piqûre ne détermine qu'une sensation de contact, sans éveiller la moindre douleur. La sensibilité tactile est ordinairement normale an niveau des aires d'analgésie (i). Uanesthésie est beaucoup plus rare que l'analgésie, et n'existe jamais seule. Alf. Fournier mentionne plusieurs autres troubles de la sensibilité, tels que la thermo-anesthésie (il cite le cas d'un malade qui se brûla très-gravement avec un fer rouge, sans s'en douter), V analgésie musculaire, et même ïabolition du sens musculaire. Les malades n'ont conscience ni de l'état do mouvement, ni de celui de repos, et ne sont avertis que par les yeux des changements de position de leurs membres. Naturellement tous ces troubles nerveux particuliers sont très rares.

Le système sympathique est également atteint dans quelques cas. Valgidité, avec abaissement de la température pouvant descendre à 82,4*, 780,8, 77% et môme à 73% 4 F., s'observe quelquefois. Les extrémités sont cyanosées et glacées; le pouls devient tout d'un coup filiforme, et le malade ressent des frissons. L'abaissement de la température est surtout marqué la nuit. Quelquefois le malade a des bouffées de chaleur à la tête qui descendent jusqu'aux extrémités en passant par le tronc. Plus rarement encore on observe de Vhypéridrose, des sueurs généralisées et intermittentes, ordinairement nocturnes ou après une légère fatigue; quelquefois le malade ne présente qu'une transpiration profuse des extrémités seulement

La pathogénie de tous ces troubles est purement conjecturale. On ne sait rien des désordres organiques qui produisent ces divers phénomènes morbides observés par la clinique.

Les douleurs névralgiques dans les premiers temps de la syphilis sont ordinairement localisées dans les branches frontale et sous-orbitaire du trijumeau; elles sont plus fortes ordinairement la nuit, elles peuvent être facilement confondues avec la céphalalgie profonde ci-

(1) Voir Wigglesworth, Analgesia in secondar^ sffphilis (Boston med. and surg, jowm.^ H avril l«?^

Ll-SIONS DES \RTICUI.ATIONS ET DES SYNOVIALES DES TENDONS.

dessus décrile, ou la douleur symptomaliquc d'afTecttons osseuses crâniennes. Parmi les autres nerfs qui sont quelquefois atteints, on peut mentionner le lingual, rauriculaire, le mastoïdien, le grand occipital, le lumbo-abdominal, le crural et le sciatique; ce dernier n'est orâinairement atteint que dans une partie de son trajet. Quand les nerfs intercostaux sont malades, la névralgie peut contribuer à produire Yastkme syphililique, et quand les branches mammaires sont atteintes, on observe de la mastodynie, symptôme assez fréquent, mais extrêmement douloureux et opinifttre. Quelquefois les douleurs névralgiques constituent le ]^mier, et, pendant un certain temps, le seul symptôme de la syphilis générale. Dans tous les cas de névralgie mystérieuse et rebelle, il Ikut administrer les mercuriaux. La disparition Tapide des symptômes douloureux sous leur influence fournira la meilleure pierre de touelle de la syphilis; c*est une épreuve justifiable eo pareil cas.

Les formes variées de paralysie observées au début de la syphilis sont également remarquables par la rapidité avec laquelle elles cèdent ao mercure et à Tiodure de potassium. On obserye fréquemment l'akinésie du nerf facial ; lluertie ou Timmobilité des muscles, la déviatiOD des lèvres, la dépression de la joue et de la narine correspondante, tels sont les symptômes les plus communs de cette aifection, qui se montre souvent de très bonne heure (1).

l/hémiplégie est rare; elle se rencontre pourtant au début de la syphilis, mais à une époque pfais tardive, vers le sixième mois ; elle est précédée d'une céphalalgie, souvent accompagnée d'une nouvelle poussée éruptive ;puis les symptômes caractéristiques se développent graduellement, sans que l'intelligence soit atteinte. Le traitement dans ces cas doit être prompt et vigoureux. Administrés à temps, les spécifiques sont suivis d'une amélioration rapide des différents symptômes, mais un délai d'une semaine seulement peut ralentir de beaucoup la guérison.

On peut observer à cette période d'autres troubles nerveux,tels que la paraplégie, l'aphasie, la méningite et diverses myélopathies, mais comme les symptômes ne diffèrent en rien de ceux des mômes affections quand elles sont tardives, nous renvoyons le lecteur à la description qui en sera faite plus loin (2).

(1) Balmino [Gas, des hôp,^ ISdS, p. 5S2) publie une obMVfation de ptraly tle faeiile nirvanae on mois iprès le eoU ittfeefint et la jMitlfcaiàvwBp A^mm roséole. ' (t) Void qmX^XÊÊf^ «d^aesqui

LESIONS DES AUTICULATIOISS ET DES SYNOVIALES DES TENDONS.

Décrites par les premiers syphilographes, ces lésions paraissent avoir été oubliées ensuite jusqu'à une époque relativement récente. Ricbet (1), vers 1831-53, appela l'attention sur les synovites syphilitiques , et les lésions transitoires des articulations ont été étudiées depuis par Lancereaux (2) et Vaffier (3).

Un syphilitique sur dix, chez les hommes, et un plus grand nombre chez les femmes, souffrent dès la période prodromique, avant l'apparition du chancre, de douleurs rhumatoïdes vagues, plus marquées la nuit, et aggravées par le repos au lit, soulagées un peu, au contraire, par l'exercice. Ces douleurs sont encore plus

faciliteront une étude plus complète de cette très intéressante série de phénomènes nerveux au début de la syphilis :

Air. FouRNiER, La Syphilis du cerveau. Paris, 1879.

Gastelnau, Névralgie syphilitique (Annales de Cazcnave^ 1. 1, p. 212).

Mabtt, Paralysie du facial au début de la syphilis {Gaz, des hôp,, 1863, p. 473).

DiDAY, Epilepsie syphililique (Giornale délie malattie veneree, t. III, p. 46, 1867).

Gros ET Lancereaux, Désaffections nerveuseï syphilitiques, Paris, 1861.

LiTTLE, Epilepsy of syphilitic origin (Med, Press, and Circular, 1868).

Mavreteni, Scetoiirbc sifiliiico; gunrigione {Gai, méd, d'Orient, 18C8).

Alf. FovïiniESi, De r Analgésie syphilitique secondaire {Annales de Dermatolog. etdeSyph,, 1. 1, 1869. p. 486).

Serosina, Sifilide dei sistema nervoso; macchiepigmentali su tutta la persona {Giornal itaL délie malattie veneree, t. H, 1869, p. 87).

Mdstapra-Faid, Troubles de la sensibilité analgésie syphilitiq. (Annales de Dermatolog, et de Syph,, t. m, p. 818).

âparico, Tremblement syphilitique, Tiièse de Paria,

Gat, Cases of secondary central syphilis (Annotes de Dermat,, etde Syph,, t \, 1873, p. 469).

Broberger, Ein Fait von Meningitis syphilitica nebst Bemerkungen ûber Syphilis des Centralorgans, Arch. f. patti, Anat, (Wirchm), Bd. XI, p. 285, 298.

Mauruc, Mémoire sur tes affections syphilitiques précoces des centres nerveux (Ann. de Dennat. et de Syph., t. VI, 1875^ p. 161, 265, 351, 427).

FwGER, Ueber eine constante nei*vÔse Stôrung bei fiarider Syphilis der Secundtirperiode.

(1) Richet, Mémoire sur les tumeurs blondes (Mém, de tAcad. de méd,, t. XVII. Paris, 1853).

(2) Lancereaux, Mém. communiqué à la Soc, de chir,, sept. 1863.

(3) Variier, Rhumatisme syph. Thèse de Paris, 1875

ARTHUR VAN HARLINGEN. — SYPHILIS

communes au début de la période de généralisation. Elles commencent par une lassitude générale, surtout marquée le matin au réveil; les membres paraissent raides et se meuvent avec difficulté ; le repos au lit est plus pénible que la station debout. Plus tard apparaît de la douleur, une sensibilité morbide à la pression, au niveau des poignets, des épaules, des genoux ou des chevilles. L'éruption apparaît en même temps. Sous Tinfluence du traitement spécifique, ou même spontanément, ces symptômes disparaissent, laissant quelquefois do légers craquements dans les jointures.

n peut se produire, au bout de huit à dix jours de douleurs articulaires, une polyarthrite subaiguê. Elle ressemble tellement au rhumatisme commun, que la question a souvent été posée s'il ne s'agissait pas d'une coïncidence (1). Mais l'absence de sueurs profuses et de symptômes viscéraux, l'existence d'afi'ections concomitantes des cavités séreuses, et la longue durée de cet état morbide, ainsi que la résistance obstinée de l'afi'ection aux remèdes ordinaires et la rapidité avec laquelle elle cède au traitement spécifique, tous ces faits parlent en faveur de Torigine syphilitique de cette forme d'aff'cc- (ion articulaire.

L'arthrite avec épanchementf ou hydarthrose est une afi'cction plus tardive que la précédente ; elle peut se produire deux ou trois ans après l'apparition de la lésion initiale. Son début ne s'accompagne pas de douleur, et l'épanchement inlra-articulaire peut atteindre un volume considérable avant que ralleiition du malade ne soit attirée de ce côlé. Quand c'est le genou qui est atteint, rien ne dénote l'existence del'arthropathie, que le volume de l'articulation et une légère gène dans la marche. Il n'y a généralement qu'un seul genou atteint.

Quand la nature de l'arthropathie est découverte à temps, elle disparaît rapidement sous l'infiuence du traitement mercuriel ; mais, quand elle reste sans traitement, il peut se produire un épaississement considérable de la synoviale, un épanchement épais, et une véritable tumeur blanche syphilitique peut en résulter; nous nous en occuperons à propos des afi'ections syphilitiques tardives des jointures (2).

(I) Baumler et Duflin ont donné une description complète de ces formes d'arthrito. Cases of syphilitic rheumatiim, Trans, Clin, Soc. London, 1869, vol. II,

(î) Voir A. Fournîcp, Des affections de l'appareil de la locomotion^ à la période secondaire de la syphilis. Union méd. de Paris, 8873, n" 21, 2:,, 28, 46. 48, 49.

Les gaines tendineuses et les 6oiirses itan sont quelquefois atteintes au début de k si philis. Dans une variété de ces affedioai,ii!i fait un épanchement dans le uc]séieaifL entoure les tendons extenseurs des doigts, ma douleur ni symptômes inflammatoires, k^ forme une tumeur nettement droonscât aplatie, triangulaire, ayant son sommet diB§t du côté des doigts, occupant la régioDCupdmétacarpienne, sans s'étendre an deU du figi* ment dorsal transverse. Il y a une légère donln à la pression, de la gêne et de la Iaibte9ie4iis les mouvements du poignet. La coDOOndUiitt de cette affection et des éruptions cntanéesyCt sa disparition rapide sous rinfluenca dn tnite' ment spécifique, servira à établir le diagnoitie. Le pronostic est favorable.

L'afi'ection assez semblable, connue tons k nom d^hydropisie aigué des gaines tendineaMi, donne naissance à une douleur considénlil^ spontanée et à la pression. Cette hydropêk apparaît (i) habituellement à répaule,angeooD et au cou-de-pied, où les bourses synoTtilei sont nombreuses, et aussi à la partie postérieuR de l'olécrftne et du calcanéum ; elle peut se produire partout où il se rencontre des bourses synoviales tendineuses. L'hygroma est une mtnifestation semblable du début de la syphilis.

COmTRACTCEE MUSCULAIU.

C'est une des affections les plus bixarres i» premiers temps de la syphilis, surtout àaese de l'ignorance complète où nous sommes de sa pathogénie. Nous ne connaissons anaiBe lésion qui rende compte des symptômes ob* serves (2). Elle affecte ordinairement les flédûsseurs du bras, bien que d'autres muscles poissent être atteints de temps en temps. La flexion de l'avant-bras sur le bras commence, sav qu'il se produise de douleur . ou d'autres symptômes, par devenir graduellement moins libre: l'avant-bras, comme s'il obéissait à une force irrésistible, se fléchit à angle obtus, le bras i

(1) Voir les importants travaux de VemesO, Bydrûpisie des gaines tendineuses dan» la s^pkiS» (Gsi hebd., 1868, p. 609; de Fonrnier, Note star les Usisu des gaines tendineuses. Paris, 1808 (tiré de U to. hebd., p. G45). VafQer décrit égilement œtn iA& tion (op, cit.),

(2) La description la meilleare et la ptai CMipHHt do cctto affection est celle donnée par llanfM te sa monogn'aphie importante, Des Mgcpmikits <nyWMigués. Paris, 1877 {Annalei de DermetLeideSffk^t^

I M^lG^QiLeçonssurlesmaladkifÊH LlM^Hfl^

LES SYPHHJDES.

un degré plus ou moins grand (1), et Textension devient inipossible, bien que dans quelques cas une flexion plus complète puisse être produite ; dans d*autrcs cas il existe une ankylose complète. On ne constate ni lésion, ni altération quelconque dans le volume, la forme ou l'apparence des tissus atteints. Le tendon du biceps, le muscle malade, est fendu et dur comme du fer. On a pratiqué dans quelques cas Textension forcée. Cette extension est très douloureuse et n'amène aucun bon résultat : le muscle se contracte graduellement de nouveau dès qu*on Fabandonne à lui-même, jusqu'à ce que l'avantbras reprenne sa position fléchie.

' Le biceps brachial est le muscle ordinairement atteint ; los fléchisseurs de la jambe peuvent Tétre; les muscles des mâchoires peuvent déterminer Tocclusion de la bouche ; ceux du cou peuvent donner naissance par leur contraction à une sorte de torticolis ; du strabisme peat être le résultat de la contraction des muscles du globe de l'œil ; du lumbago, avec incurvation du tronc, le résultat de la construction des muscles sacro-lombaires. On a même

décrit (2) des contractures de la trachée, de Tœsophage et du rectum, de l'asthme dû à la contracture musculaire. Mais ces observations n'ontpas été confirmées, bien que la prod uction de troubles de cette espèce ne soit pas improbable.

La contracture musculaire syphilitique est ordinairement plutôt une affection tardive (3), mais elle peut se produire simultanément avec les manirestations précoces de la syphilis. La durée de la contracture musculaire syphilitique dépend entièrement de son traitement; sous rinflucnce des spécifiques elle disparait quelquefois avec une grande rapidité, dans d'autres cas, plus lentement.

Influence de Vétat général créé par la syphilis sur les affections intercurrentes, — On croit généralement que les différentes affections internes, qui peuvent atteindre le malade pendant la période d'activité de la syphilis, sont plus ou moins influencées par elle. Nous manquons d'observations exactes à ce sujet. Quant à l'influence de la syphilis sur les Iraumatismes, nos connaissances sont plus exactes : cette question se trouvera traitée dans une autre partie de cet ouvrage (4) .

LES SYPHILIDES.

Les éruptions syphilitiques de la peau sont caractérisées par certains traits communs, qui les différencient des autres affections culan^es. Ces caractères particuliers sont : 1<* le polymorphisme; 2« la coloration spéciale; 3» la forme arrondie ; 4« l'apyrexie , l'absence de douleur et He prurit ; 5' l'influence curalive du mercure.

Le polymorphisme est le trait particulier des dermatoses syphilitiques précoces. Ces éruptions sont souvent un mélange de formes éruplives variées : une syphilide érythémateuse peut se rencontrer avec des groupes de papules, et des éléments éniptifs papulo-squameux peuvent se trouver mêlés à des pustules ou à des croûtes.

(i) Dans trois cas que j'ai observés (Three cases of s philUic musctUar contraction, Âm. j'ourn, tned. Soc, 1879), le bras était fléchi sous an angle de 165», de 150* et de 135*.

(2) Boniston, Tumeurs syphiltiques des muscles (AnmaUi de Caxenave, t. III, p. 63, 1850) et Devassé.

(3) Dans une de mes observations la contractnre apparm le septième mois ; dans les deux autres, entre le dousièiiie et le quatorzième mois de la maladie.

(4) Voyes Verneuil, Etats généraux et traumatisme in Eneifclopédie de chirurgie, 1. 1, p. 133. JuUien (op, •2?., p. 670), traite cette question d'une manière assez Complète; il cite un certain nombre d'articlet récents ^jaiit trait à ce sujet.

Quelquefois un malade présentera, à un examen attentif, des macules, des papules sèches et humides, des squames, des vésico-pustules, des pustules, des croûtes, etc., en même temps (1). lien est tout autrement des éruptions cutanées non syphilitiques, lesquelles revêtent ordinairement un aspect uniforme. Ainsi, dans les flôvres éruptives, le type de l'éruption se retrouve en tous les points ; dans Térythème simple l'éruption est érythémateuse; dans le purpura, maculeuse; dans l'herpès, vésiculeuse etc.; ces particularités ont souvent une grande valeur diagnostique, mais il faut se souvenbr que la règle présente beaucoup d'exceptions dans les éruptions syphilitiques comme dans les non syphilitiques ; il ne faut donc pas se fier invariablement à se signe.

La coloration spéciale des syphflides a, à toutes les époques, fixé l'attention des observateurs. C'est une coloration très frappante, d'une teinte variable selon le sujet, l'âge delà maladie et le siège. Dans quelques cas elle est d'un rouge brunâtre, de la teinte exacte du maigre de jambon ; dans d'autres, elle est d'un rouge plus

(1) Ce caractère n'appartient pas aux syphilides tardives, qui habituellement ne se rapportent qu'à un seul type.

ARTIIUR VAN HAttLINGEN. — SYPHILIS.

vif, légèrement jaunâtre, rappelant la teinlc eu cuivre fratchemcnt coupé. La première de ces colorations s'observe surtout sur les extrémités inrérieures, la teinte cuivrée est caractéristique de certaines syphilides tuberculeuses de la face. Bien qu'aidant quelquefois au diagnostic dans les cas douteux, il ne faut pas trop se fier à cette coloration ; les syphilides ne la présentent pas toujours, tandis qu'on peut la rencontrer dans des affections cutanées non syphilitiques.

La forme ou la disposition particulière des éléments éruptifs, arrondie ou circinéCy a une grande importance au point de vue du diagnostic. La lésion syphilitique même a presque invariablement une forme arrondie, et quand ces lésions sont groupées, elles sont disposées sous la forme d'un diadème, d'un croissant ou d'un arc de cercle plus ou moins étendu. De même que le polymorphisme et la coloration des syphilides, leur forme et leur arrangement n'est pas un caractère auquel on puisse invariablement se fier; ces caractères apportent cependant au diaguostic une aide de grande valeur dans les cas obscurs.

Vapyrexic, Vindolence et Vabsence de prurit sont des traits très marqués dans les syphilides A eux seuls ils les distinguent de la classe entière des exanthèmes aigus et fébriles, el en particulier des fièvres éruptives, dont les lésions cutanées apparaissent avec un cortège de symptômes fébriles et inflammatoires, et n'ont qu'un caractère transitoire. Il est vrai que certaines éruptions syphilitiques, et notamment celles du début, sont quelquefois accompagnées à leur apparition d'une fièvre plus ou moins marquée. Mais ce fait est rare; de plus, quand le mouvement fébrile est associé à l'éruption, la température n'atteint pas un haut degré et retombe souvent très rapidement.

Fournier cite le cas curieux d'un malade, qui avait été admis à l'hôpital avec le diagnostic de fièvre typhoïde^ à cause de la fièvre et des autres symptômes qu'il présentait. Quarante-huit heures après, de nombreuses petites papules roses légèrement élevée? apparurent sur tout le corps; on diagnostiqua alors une variok. Mais au lieu de se transformer en vésicules et en pustules, ces papules augmentèrent simplement de volume et changèrent d'aspect graduellement; finalement il devint hors de doute qu'il s'agissait d'une cruplion syphilitique. La fièvre pendant ce temps avait disparu.

Une fois complèleincnt dôvoloppées, les syphilides suivent leur cours sans s'accompagner de fièvre ni de symptômes inflammatoires d'au-

cune espèce (I ). Elles sont tout àfait indolentes, et ont une marche traînante; elles durent souveit des semaines et des mois sans changements ; cer taines éruptions syphilitique^ non traitées peuvent demeurer sans changements pendant des années. Cette marche lesdistingue nettementdes différentes fièvres éruptives et des pseudo-exaothèmesfébrileSjdontrévolutionspontanéeesttoujours rapide, et la durée relativement éphémère.

I^s syphilides sont généralement apruri^ineusez; elles ne donnent lien à aucune sensation. Il arrive assez souvent dans les éruptions précoces, et particulièrement dans les éruptioDs érythémateuses, que l'existence de Féruptio» n'est révélée au malade que par le médecin qui l'examine. Quelquefois les syphilides précocesdtterminent une légère démangeaison, surtout au moment de leurapparition. Pourtant les malades ne se grattent guère, comme dans les autres érup tiens, avec lesquelles on pourrait les confondre.

Les syphilides, ou certaines syphilides, quaiil elles occupent le cuir chevelu, les aisselles, la région sternale, la face antérieure des membres etc., peuvent dans quelques cas déterminer un certain degré de prurit. J'ai soigné, il y a quelque temps, une femme ayant une éruplioD cczématiforme du cuir chevelu (voir plus bas Syphilide vèsiculeuse)^ qui eut un prurit intense pendant tout le cours de son affection. Le prurit cependant est très rare.

Les syphilides s'amendent toutes sous rinfluenct du mercure. — Ce fait, connu depuis la fin du quinzième siècle, est aujourd'hui à l'abri de toute contestation. Parfois on peut observer une syphilide en apparence rebelle pour quelque temps à l'influence du mercure, mais, d'autre part, une éruption douteuse qui cède àcette pierre de touche (2) peut certainement être considérée comme syphilitique (3).

Classification des syphilides.

On classe les syphilides d'après leurs caractères pathologiques de la manière suivante:

(1) Sauf le cas accidentel de rapparition d'oo érysipèlc, que j'ai vu assez souvent accompagner le développement des gommes.

(3) Cette pierre de touche doit être réservée sealenent pour les cas où le diagnostic reste incertain, après qu'on a tout fait pour le déduire des symptômes obserrcs.

{%) La description la plus claire et la plv satisfaisante des syphilides, en anglais, se trouve dans i0 Traité des maladies de la peau^ de Duhring, 5* éàii-, p. 470 et suiv. Fournier {op. cit., 2* édit., p. 25^ ^ suiv)., donne la description la plus complote de cef lésions que je connaisse.

SYPHILIDE ÉRYTHÉMATEUSÉ.

T. Érythémateuses

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