MUSCLES
J'ai déjà parlé, en m'occupant de l'état général de l'économie avant et pendant l'explosion des symptômes généraux, de la forme particulière de contracture musculaire due à l'influence de la syphilis (1). Il ne me reste donc plus à décrire que les douleurs musculaires de la syphilis, et les tumeurs gommeuses des muscles.
Dans les premiers temps de la syphilis généralisée, on observe certaines douleurs vagues, mobiles, rhumatoldes, siégeant surtout au niveau des articulations, ou suivant la direction des muscles et des tendons. A une période plus avancée également, on note àj;ertains moments des douleurs assez semblables ayant
(1) Ajoutons aax renseignements bibliographiques donnés à ce propos : Nottt, Sur la rétraction mtucu' laive syphilitique. Arch, gén. de Mid.^ déc. 1856.
leur siège dans les muscles, les tendons et les tissus fibreux en général. Ces douleurs diffèrent pourtant de celles du début, elles sont fixes et persistantes, au lieu d'aller et de venir, maintenant à une place, ensuite à une autre, comme les lésions précoces. Ces deux formes de douleurs rhumatoïdes syphilitiques, les précoces et les tardives, sont justifiables du traitement.
La gomme des muscles a été bien décrite par Bouisson (1), qui divise l'affection en trois périodes. Dans la première, le muscle devient le siège d'un gonflement appréciable, circonscrit, sans douleur. A la seconde période on observe le ramollissement graduel de la tumeur, dont le contenu devient un liquide gommeux et filant. Quelquefois la tumeur, au lieu de suivre sa marche ordinaire, chronique et indolente, devient le siège de symptômes aigus ; elle devient douloureuse, chaude, rouge, etc., présentant toute
(1) Bouisson, Arch. gén, de Méd, Dec. 1850,
AmUUR VAN HARLINGEN. — SYPHILIS.
Tapparonce d'un abcès aigu. Bouisson pense qu'on peut rapporter à cette aiïection un certain nombre de cas d*abcès pelviens, de psoîlis et dMiiflummalion du muscle iliaque. A la troisième période, la tumeur ne se ramollit plus ; elle prend une dureté presque cartilagineuse et même osseuse. Ces ossifications musculaires peuvent quelquefois s'accompagner d*exostoses.
Les tumeurs en question peuTent s'observer dans les muscles de la cuisse ou du mollet, dans le trapèze, le sterno-mastoïdien, le grand pectoral, etc. C'est cependant dans lalangue qu'elles sont le plus communément observées, bien qu'on puisse en trouver partout. Dans le larynx elles peuvent être prises pour de la phthisie laryngée. Comme nous l'avons déjà dit, la transformation osseuse peut être le résultat de la syphilis musculaire.
La marche de cette affection est lente et insidieuse. Très souvent le malade lui-même en ignore l'existence, même quand elle a duré un temps considérable. Les douleurs qui se manifestent fréquemment au début de la maladie, peuvent être prises pour des douleurs rhumatismales. Plus tard, dans le cas de gommes, quand la tumeur se ramollit, elle est prise pour un abcès. J'ai vu cette erreur commise nombre de fois et j'ai vu des gommes musculaires, qui avaient été traitées pendant un temps considérable par des cataplasmes, sans que la véritable nature de la lésion ait été soupçonnée.
En général, la syphilis musculaire tend à guérir sous l'influence d'un traitement approprié. La forme difîuse pourtant peut se terminer par l'atrophie ou la destruction d'un certain nombre de fibres musculaires, ce qui conduit à une rétraction musculaire permanente.
Le diagnostic des lésions syphilitiques des muscles n'est pas difficile, quand on prend en considération les symptômes concomitants, qui appartiennent en général. aux accidents tardifs. Les abcès et le cancer, avec lesquels on confond quelquefois les gommes ramollies, peuvent se distinguer aux caractères indiqués à propos des gommes de la peau.