‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 30 sur 343 · ALTÉRATIONS HISTOLOGIQUES DE L'INFLAMMATION · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS HISTOLOGIQUES DE L'INFLAMMATION

le microscope une lamelle préparée selon la manière indiquée, on reconnaît aisément le foyer de cautérisation. On ne trouve en ce point ni globules de pus ni trace aucune d'un processus inflammatoire. Les corpuscules cornéens et le réseau peuvent encore être reconnus ; ils se présentent sous l'aspect de petites niasses émiettées. Nulle part une multiplication des noyaux; rien n'indique nulle part qaHs fussent encore vivants au moment où ils ont él6 imprégnés d'argent, c'est-à-dire, au point culminant du processus inflammatoire. CTest différent dans le voisinage de l'eschare. Ici le réseau des corpuscules cornéens parait considérablement gonflé (l),et la substance fondamentale dans les mailles du réseau a diminué. Çà et là la substance fondamentale a complètement diàparu, et le réseau a pris à un haut degré Taspect nodulaire. Il se passe là quelque chose d'analogue à ce qu'on observerait tt on versait de l'eau sur une table polie, et qn'avec le doigt on en couvrit toute la surface, en traçant ce réseau. Les travées de ce réseaa.aqueux représentent le réseau des cellules, las Ilots formés sur la table par les points lestés secs, la substance fondamentale. Si ibn on verse de l'eau à plusieurs reprises, les lignes formées par l'eau augmentent contiooeDement de dimension, les Ilots restés secs se rétrécissent, jusqu'à ce qu'à la fin la table presque (ont entière soit couverte de grandes flaques d'eau, ne laissant çà et là entre elles que quelques Uots non atteints par l'inondatm.

Si on regarde la lamelle avec un verre grossissant pendant qu'elle flotte dans l'eau, on Toit que, en tons les points où le réseau cellulaire est gonflé, la lamelle est gonflée également Si on expose une de ces lamelles à la lomière diffuse pendant quelques heures (même plusieurs jours], on reconnaît bientôt avec un grossissement de 200 à 300 diamètres un nouîel upect du réseau gonflé des cellules. On Toily en particulier, que le réseau des cellules dans la zone épaissie est divisé en petits compartiments par des lignes brunes. Dans chacun de ces espaces on trouve de plus soit un, soit phisienrs petits noyaux. Parfois ces noyaux sont très nets sans préparation spéciale. Mais,

potisse caustique dans un creuset d'argent, et rempUsiex-en par capillarité des tubos de verre très fins. Cet tubes serrent à cautériser plusieurs fois ; il suffit <i*eii briser la pointe.

(I) Par places seulement ; je n'ai jamais vu cette alté- Ation dans la circonférence entière de Tescbare.

quand ils sont moins nets, on peut toujours les mettre en évidence en imprégnant la lamelle avec l'hémaloxyline. Les espaces à noyaux sont des cellules, les lignes brunes sont les contours des cellules.

Récapitulons : la lamelle est épaissie par places. Le réseau des cellules est tuméfié. La substance fondamentale est réduite en étendue. Le réseau cellulaire s'est divisé en portions plus petites pourvues de noyaux. Un pas de plus seulement est nécessaire pour compléter le fait de la suppuration. Partout où la substance fondamentale a entièrement disparu, il suffit que les parties nucléées se séparent pour qu'un abcès soit formé.

Le gonflement et l'épaississement du tissu n'est sûrement que l'expression du gonflement du réseau cellulaire, car la masse entière consiste seulement en substance fondamentale et en un réseau cellulaire. Mais la substance fondamentale disparaît ; le gonflement du réseau ne peutdoncqu'ôtreproportionnelaugonflementdu tissu. Le gonflement du réseau doit donc déterminer l'épaississement et l'induration du tissu. C'està dessein que je fais usage du moiinduration pour indiquer la tuméfaction inflammatoire, et pour la distinguer du gonflement œdémateux,, qui accompagne aussi l'inflammation. La tuméfaction inflammatoire (l'induration) correspond à ce que les médecins appellent infiltration ; à la dureté inflammatoire, aux nodules qu'on observa dans les abcès cutanés par exemple. Je fais remarquer que l'infiltration n'est pas nécessairement inflammatoire. Le lupus, par exemple, forme des infiltrations analogues, qui se manifestent sous la forme de nodules, et le nodule dans un cas comme dans l'autre est un stade préparatoire à la destruction du tissu. En fait, Jarisch a montré (i) que l'histologie du nodule du lupuscorrespond exactement à ce que j'ai observé dans la kératite suppurée. L'infiltration consiste en un gonflement du réseau des cellules. Plus ce gonflement est marqué, plus le tissu est rigide.

La tuméfaction est un phénomène de croissance. Le développement des cellules n'est pos* sible que par l'absorption de nouvelle substance ; cette substance est fournie selon toute probabilité par le sang, et nous pouvons l'appeler une exsudation^ dans le sens que les anciens pathologistes donnaient à ce mot. Dans ce sens on est admis à dire que la tuméfaction est due à une exsudation. Mais, pou

(1) Aî'chiv f, Dei*matologie, 1880.

STRICKER. — TROUBLES DE LA NUTRITION

bien comprendre le processus, il faut savoir si le liquide (rexsudation) pénètre dans le tissu, ou s'il est absorbé par le développement d'un coi*ps ramifié vivant. Le fluide qui pénètre goutte à goutte dans les mailles des tissus {par exemple, dans les mailles du tissu souscutané au voisinage d'un abcès), peut également produire du gonflement ; mais c'est une tuméfaction molle, pâteuse. D'un autre côté le réseau de cellules, devenu rigide par suite du développement, est dur et forme un nodule. L'œdème peut s'effacer par la pression, mais l'infiltration ne disparaît pas de cette manière. En général aussi l'œdème disparait dès que Tacmé du processus est passé ; la portion -du nodule, cependant, qui ne se désagrège pas (on général la portion périphérique), demande plusieurs jours pour sa rétrocession complète, quelquefois plusieurs semaines. Finalement, les points œdémateux ne suppurent jamais (directement) ; une portion du nodule d'autre part est, en général, condamnée à la destruction. I^ substance fondamentale disparaît, les masses protoplasmiques qui naissent du réseau cellulaire tuméfié se subdivisent; et finalement, les produits de la division en se séparant déterminent la désagrégation du nodule (de l'infiltration) et les globules de pus sont le produit de ce processus.

Dans cette destruction purulente de plus, non seulement des corpuscules de pus s'isolent, mais encore de petites granulations, de petits fragments du réseau cellulaire, et aussi des débris de tissus plus grands, débris dans lesquels la suppuration n'avait pas encore accompli toute son œuvre, quand ils ont été détachés des parties voisines. La suppuration est donc un processus dans lequel il se forme du pus. Je dis puSf et non des cellules migratrices. Le pus, il est vrai, contient des cellules migratrices, mais des cellules migratrices à elles seules ne constituent pas encore du pus. Le pus est composé d'un liquide, de cellules migratrices, de granulations et de débris de tissu. Quand il se forme du pus au sein d'un tissu, ce tissu est nécessairement détruit. Car le pus occupe un certain espace ; il remplit complètement la cavité d'un abcès ; et il a nécessairement existé précédemment un tissu à la place de cette cavité et de ce pus. La suppuration, la destruction du tissu est préparée par l'infiltration inflammatoire. Les cellules et leurs prolongements doivent se tujiiéfier. La substance fondamentale doit disparaître avant que la destruction ne se produise. L'infiltration inflammatoire prépare donc la des-

truction du tissu. Quand le médeda trouve de l'infiltration inflammatoire, de Finduration, il doit regarder comme menaçante la destruction, la suppuration. Je dis menaçante, paice que la destruction n'est pas inévitable. En (ait la partie infiltrée suppure rarement tout entièie, mais en général le centre de cette partie senl^ ment. Les zones périphériques sont préserrétt pour leurs plus grandes parties et retournent graduellement à leur condition normale. Car, même si le réseau de cellules est tuméfié et la substance fondamentale réduite ; tant qu'il n'y a pas eu de destruction, une restauration ad integrum est possible.

DES VOIES SUIVIES PAB LES SUCS NOTBITIFS ET DES ESPACES on SE COLLECTENT LES LIQUIDES DE L'Œ- DÈME.

D'après la doctrine de Virchow» les cellules s'anostomosaient entre elles et c'est à travers ces cellules anastomosées que le fluide nourricier était supposé couler. Mais à l'époque où dominait cette doctrine on coDsidérait les cellules comme des espaces creux remplis d'un liquide, comme on peut en voir dans les os à l'état sec. Ces espaces creux étaient anastomosés et communiquaient entre eux ; on croyait par conséquent que les cellules communiquaient et qu'elles servaient de passage au courant nourricier. Quand plus tard RecUinghausen eut reconnu des espaces ramifiés dans la cornée (et dans d'autres tissus similaires) au moyen des imprégnations d'argent, il prétendit que c'était là les voies que suivaient les sucs nutritifs. Ainsi son hypothèse était un développement de la doctrine de Vircho^r. Selon Virchow les fluides nutritifs passaient par les cellules creuses ; mais selon les vues de Recklinghausen ils ne passaient que par les espaces occupés par des cellules, et dans lesquels ces cellules pouvaient te mouvoir.

Quand je commençai à combattre l'hypothèse des canaux nourriciers (dans le sens que leur donnait Recklinghausen), je pensais, comine je l'ai déjà fait remarquer, que les canaux ou espaces nourriciers préexistaient réellement, mais qu'ils étaient complètement remplis. Je pensais que les fluides nutritifs coulaient à travers les cellules ; j'avais ainsi repris la doctrine de Virchow, aune difl'érence toutefois: je croyais non pas que les fluides nutritifs coulaient à ("S* vers des cellules creuses, mais à travers les corps protoplasmiques eux-mêmes. Il se passait

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