TRAITEMENT SPÉCIFIQUE
leure et la plus efQcace, quand la peau est le siège d*une éruption étendue et tenace, rebelle au traitement interne, quand on désire une guérison aussi rapide que possible, ou dans les cas où Testomac du malade est faible, et qu'il faut Tépargner. Quelquefois le malade se plaint d'une sensation de débilité et de céphalalgie, qu'on peut empêcher en produisant moins de vapeur et en abrégeant la durée du bain. On observe aussi, dans quelques cas, de la diarrhée et parfois, mais rarement, de la salivation. La fréquence des bains sera mesurée aux forces du malade et à l'intensité de l'action médicamenteuse désirée. Au début de la syphilis, quand les forces du malade sont intactes, on peut donner un bain tous les soirs ; mais dans les périodes avancées, quand un etTet rapide n'est pas nécessaire et que les malades sont débilités, deux ou trois bains par semaine sont souvent suffisants (4)
Frictions. — Les frictions, bien que malpropres et répugnant à beaucoup de personnes, constituent une méthode très efficace, et quelquefois d'une valeur inappréciable, pour impressionner rapidement l'économie, ou obtenir les effets du traitement mercuriel, tout en respectant les organes digestifs. Le procédé employé autrefois, et assez souvent encore mis en usage, consiste à frictionner différents points de la peau successivement avec une certaine quantité d'onguent mercuriel. Ainsi on frictionne l'aine un jour avec gros comme une noisette ou une petite noix de la pommade, qu'on fait pénétrer dans la peau ; le lendemain, on se sert de l'autre aine, puis d'une aisselle, puis de Tautre, etc., jusqu'à ce qu'on ait ainsi parcouru toute la surface du corps. L'état graisseux de la peau qu'on produit ainsi en permanence est très désagréable et presque intolérable pour les personnes susceptibles; on ne peut faire disparaître ce désagrément qu'en partie, en se servant des préparations plus élégantes d'oléatede mercure. Aussi ai-je,dans les dernières années, mis en usage la méthode suivante, que j'ai trouvée dans un travail du docteur Sturgis. Le malade prend un bain de pieds chaud le soir de la première friction, puis fait une friction rapide sous la plante du pied droit de 2 grammes d'oléate de mercure à 20 p. iOO; cette friction est répétée le lendemain soir sur le pied gauche, et ainsi alternativement
(1) On trouve dans V American pracHtioner, Louisville, sept. 1877, un très bon article sur les fumigations mereurielles par le prof. Yandell.
sur l'un et l'autre pied tous les soirs. La dose peut être portée à 4 grammes ou plus, si le malade supporte bien le mercure. Le malade doit porter des bas continuellement nuit et jour pendant une semaine ; à l'expiration de ce temps, le pied peut être nettoyé à fond à l'eau chaude et au savon, le traitement suspendu pendant quelques jours, puis repris. On peut se servir d'onguent mercuriel au lieu d'oléate de mercure, et je le préfère même à celte dernière préparation plus élégante, parce qu'il me semble qu'elle est mieux absorbée. Pendant le traitement par les frictions, la bouche et les gencives doivent être attentivement surveillées, et il est bon de se servir d'une des solutions astringentes indiquées plus haut.
On s'est servi de suppositoires mereuriels, composés d'environ 2 grammes de pommade mercurielle et d'une quantité suffisante de beurre de cacao, qu'on introduit le soir dans le rectum. Je ne les ai jamais employés, et comme ils déterminent de l'irritation locale, je pense qu'ils ne doivent pas être recommandés.
Injections hypodermiques, — Les injections hypodermiques de solutions mercurielles ont été hautement recommandées en Europe par un grand nombre d'autorités (i), mais leur emploi ne s'est pas répandu en Amérique ; ces injections sont suivies de douleurs très intenses, durant souvent plusieurs heures, et produisent quelquefois des abcès au point où l'aiguille a pénétré.
Bumstead et Taylor recommandent la formule suivante :
Sublimé 70 centigr.
Glycérine 4 grammes.
Ean distillée 3S —
Douze ^uttes de cette solution contiennent environ 8 milligrammes de sublimé; c'est la dose d'une injection.
Il faut choisir, pour faire des injections
(1) Voir Wigglesworth, Sti6cu^/meou« injection of corrosive sublimât in syphilis {Boston med, and surg, Joum., kxkg, 2e, and sept. 3, 1S69) ; Lewin, Behandlung der Syphilis mit subcutaner SublimatinjecHon. Berlin, 1S79; Staub, Traitement de la syph, par Us injections hypodermiques de sublimé à l'état de sohi' tion chlorfHilbumineuse. Paris, 1872 ; '^ Bambergcr (Zeit. d, Oest, Ap. Ver., 1876, 147, 177; et New Reme^ dies, New- York, 1876, p. 167, 176); Gûnx, Veber subcutané Injection mit Bicyanuretum Hydvargyri bei syphilitisclien Erkrankungen (Wien, méd. Presse ^ 1880).
ARTHUR VAN OARLINGEN. - SYPHILIS
liypodcrniiques, une région relativement insensible, et peu propre à s'enflammer. Les régions sous-scapulaire, inguinale, fessière supérieure, sont les points d'élection. Comme on suppose que le mercure exerce une action locale en hâtant la disparition des lésions, il sera bon dans certains cas de faire les injections au niveau des parties malades ou dans leur voisinage. On ne doit jamais se servir de la môme seringue pour les syphilitiques et les individus nonsyphilitiques. Il faut tenir la pointe de l'aiguille très aiguë et polie.
La méthode hypodermique est rejetée par les malades dans la pratique privée ; le mieux est d'en restreindre l'emploi aux cas où les autres méthodes sont contre-indiquées par une raison quelconque, ou quand il est désirable d'obtenir très rapidement un eflFet complet. 11 est incontestable que les symptômes externes disparaissent avec plus de rapidité par cette méthode que par toute autre.
Iode et ses combinaisons. — L'iode et ses combinaisons sont ordinairement utiles en raison directe de la durée de la maladie. Leur action sur les lésions précoces de la syphilis est légère, mais sur les lésions tardives, en particulier sur les gommes, les affections osseuses, les troubles cérébraux, etc., l'influence de l'iode est quelquefois presque magique. Les iodiques seuls, cependant, ne possèdent pas en général le pouvoir d'éloigner d'une façon permanente les lésions qu'ils font disparaître si rapidement, et c'est au mercure qu'il faut ordinairement avoir recours pour obtenir un résultat favorable durable.
La dose des iodures doit varier beaucoup dans les différents cas. Dans les cas bénins, liodure de potassium — qu'on peut considérer comme le représentant de toute la série — peut être donné à des doses de 12 ou 15 centig.'ammes à 45 ou 60 centigrammes trois fois par jour ; mais dans les accidents cérébraux, il est quelquefois nécessaire de donner le remède immédiatement à hautes doses, et souvent le malade prend en vingt-quatre heures jusqu'à 30 grammes et plus.
L'iodure de potassium peut être donné en solution, ou en pilules comprimées de 30 centigrammes. Je crois qu'il est mieux accepté en solution. Gomme il est très soluble dans l'eau, on peut se servir de ce véhicule avec ou sans adjuvant. Je donne ordinairement l'iodure de potassium dans l'eau pure; je pense que les diverses substances sapides qu'on emploie ne font que déguiser faiblement le goût métal-
lique nauséeux du médicameiity et donDenl assez souvent à la solution un goût étrange et repoussant. La formule suivante est une des meilleures pour dissimuler le goût et Taspecl du médicament, autant que possible, quand on tonique ferrugineux est indiqué :
lodure de potassium 22 grammes.
Vin fermglneax 125 —
Une cuillerée à café contient 60 centigrammes d'iodure de potassium.
L'action de l'iodure de potassium me parait augmenter dans quelques cas par radditioo do carbonate d'ammoniaque :
lodure de potassium 12 grammes.
Carbonate d'ammoniaque... 6 — Vin ferrugineux 125 —
Une cuillerée à café contient 40 centigrammes d'iodure de potassium et 20 centigrammes de carbonate d'ammoniaque.
L'iodure de potassium est mieux accepté quand il est pris de une demi-heure à ooe heure après les repas. Les coliques, qui se produisent quelquefois, peuvent ôtre prévenues par l'addition d'un sirop à l'acide tannique eo substance ou d'un sirop cinchoniqueou d'écorces d'oranges, comme dans la formule suivante :
lodure de potassium
Sirop d*écorces d'oranges. . .
Dose : une cuillerée à bouche contenant 30 centigrammes d'iodure de potassium.
Quand je donne l'iodure de potassium à hautes doses, — et dans tous les cas où l'estomac a une tendance à se déranger, — je prescris l'eau de Vichy, comme Ta indiqué, je crois, Reyes; le malade verse dans un gobelet la dose de la solution d'iodure, puis il y ajoute la valeur d'un verre ou plus d'eau de Vichy artificielle, prise à une de ces fontaines portatives qu'on trouve dans le commerce. Cette combinaison rend l'iodure plus facile à prendre, et plus facile è supporter pour les estomacs faibles.
La dose habituelle d'iodure de potassium est de 30 centigrammes à 60 centigrammes trois fois par jour, mais elle peut et doit être dépassée dans les cas graves, surtout quand il se produit des symptômes menaçants. Certains symptômes cèdent souvent à des doses de 4 grammes, après avoir résisté opiniâtrement à des doses de 60 ceutigrammcs; et aucun cas ne doit être considéré