‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 32 sur 343 · ALTÉRATIONS HISTOLOGIQUES DE L1NFUMMATJ0N · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS HISTOLOGIQUES DE L1NFUMMATJ0N

mailles loat remplies par la substance fondamentale ; id, aussi bien que là, la substance fondamentale est produite par la zone périphérique des corps cellulaires. Mais Tos se distingue des autres tissus analogues par ce fait qu'il se dépose des sels de chaux dans cette substance fondamentale.

Les recherches sur les relations des parties dans le cartilage ont été beaucoup plus difficiles que pour les os. Actuellement le cartilage est justement le tissa qui présente le plus grand intérêt ponr nous. Cet intérêt est tout d'abord historigae, car les premières observations sur les métamoiphoses inflammatoires ont été faites surle cartilage par GoodsiretRedfern. La théorie de Virchow considérant les troubles de la nutrition et du fonctionnement des cellules comme le critérînm prindpalde Tinflammatibn, a trouvé un appui important dans Tobservation du cartilage ; de plus ce tissu nous intéresse parce qu'il manqoe, au moins dans certaines parties, de Taisseanz sanguins et de nerfs. Gomment les cellales du cartilage sont-elles nourries ? Comment le processus inflammatoire se propage-t-fl dans le cartilage s'il n'y a ni vaisseau, ni nerf, et si avec cela les cellules (qui sont toutes Gom]^èiement isolées) sont logées dans une capsule fpiino de substance fondamentale. Pour Vîrchow le processus se propage de cellule à cellule. Je me suis opposé en i860 à cette manière de voir. A cette époque je ne m'étais pas encore familiarisé avec l'idée que les cellules sont reliées les unes aux autres et par conséqaent je ne pouvais concevoir comment Tin flammation pouvait s'étendre de cellule à cellule. Et cependant, môme à cette époque, j'avais déjà une notion sur le mode de nutrition du cartilage. Un de mes élèves (i) avait vu qu'en colorant le cartilage hyalin avec l'acide osmique, il déterminait l'apparition de canaux faisant communiquer les uns avec les autres les espaces dans lesquels se trouvaient les cellules. Un autre de mes élèves (2) avait trouvé que les granules de pigment pouvaient pénétrer la sub* 4auce fondamentale du cartilage vivant. Pour k montrer, il indiquait qu'il suffisait d'injecter la matière colorante dans le sang et de déterminer ensuite une inflammation du cartilage. Je m'appuyai sur ces découvertes pour montrer qu'il doit y avoir un courant nutritif dans le cartilage. Sous l'influence de ce stimulus inflammatoire, disais-je, le courant nutritif est

(li Babnoff, Wiener Sitiungiherichte^ 1868. (2) ReiU, Wiener SUzxmgsberichte^ Bd. 55.

Eoeycl. de chirurgie.

augmenté ; le courant doit venir du sang, il entraîne avec lui des granules de pigment. Ces granulations pigmentaires pénètrent le cartilage et y demeurent fixées ; elles servent à indiquer le passage du courant comme les pierres qui, détachées et emportées par un torrent, restent éparses çà et là et indiquent où le flot a passé.

En rapport avec cette manière de voir et en me basant sur les recherches d'un de mes élèves, j'affirmais encore que les cellules du cartilage subissent des modifications inflammatoires comme l'avaient établi Goodsir et Redfern. Mais j'étais hostile à la théorie de l'émigration et c'est pourquoi les partisans de cette doctrine refusèrent au cartilage la possibflité de participer à l'inflammation. On discutait de même mon assertion de la pénétration de la matière colorante dans le cartilage. Plus récemment toutefois cette pénétration de la matière colorante a été vue nombre de fois et est actuellement admise d'une façon générale. Spina (i) a poussé plus loin la démonstration en faisant voir que les granulations pigmentaires suivaient les prolongements des cellules cartilagineuses. Le fait qu'il y avait du cartilage dont les cellules étaient unies par des prolongements était connue depuis longtemps. Mais ce qu'on ne savait pas, c'est que telle était la structure du cartilage hyalin, c'est que la substance intermédiaire entre les cellules cartilagineuses, substance qui paraissait amorphe, était traversée par un système de prolongements très déliés. Heitzmann (2) fut le premier à indiquer l'existence de ces ramifications dans la substance fondamentale du cartilage hyalin. Déjà en 1872 il affirmait qu'il était possible de voir ces prolongements à l'état frais. De plus il avait fait apparaître un fin réseau au voisinage immédiat des cellules en les colorant par l'or.

Mais je n'étais pas disposé à regarder ces exemples comme concluants. Cependant Spina avait fourni de nouvelles preuves de l'existence de ces prolongements ; ils deviennent visibles sur une mince section de cartilage hyalin traité par l'alcool. Spina (3) a montré depuis comment les cellules du cartilage se transforment en substance fondamentale. Je n'entrerai pas plus avant dans la discussion de ce point, mais je ferai seulement remarquer que nous considérons maintenant la substance fondamentale des car-

(1) Spina, Wiener acad. Sitzungsber.y 1819.

(2) Studienam Knorpel und Knochen. {Wiener me diz,Jahrb., 1872).

(3) Wiener Acad. Sitztmgsber., 1879.

STRICKER. — TROUBLES DE LA NUTRITION

tilages comme analogue à celle des os. D*un autre côté, Kassowitz (I), examinant le cartilage dans diUércnles conditions pathologiques, a aflirmé qu'il se forme des cellules nouvelles dans la substance fondamentale du cartilage qui est lui-môme de la matière Tivante ; il y a donc une analogie entre la cornée, le tendon, la peau, le cartilage et Tos.

A la vérité, il existe des difi'érences entre ces diverses espèces de tissu. La substance fondamentale de la cornée et celle du cartilage paraissent complètement analogues au microscope, avec cette différence que nous pouvons voir les cellules du cartilage normal même à l'état frais, tandis que celles de la cornée n'apparaissent qu'après l'action des réactifs. Dans ces deux espèces de tissu il n'y a pas de vaisseaux, pas d'interstices pour le fluide nutritif; ils ne peuvent devenir œdémateux. Le tendon et la peau ne sont pas aussi semblables que la cornée et le cartilage. Dans le tendon un tissu interstitiel lAche dans lequel circulent les vaisseaux s'étend le long des faisceaux plus ou moins denses des tissus; il peut devenir œdémateux. Ce sont donc seulement ces faisceaux plus ou moins denses de tissu qui nous fournissent une analogie avec la cornée au point de vue de l'homogénéité. Nous trouvons une condition similaire dans la peau ; mais là, ainsi que nous l'avons déjà dit, les faisceaux ne sont pas parallèles les uns aux autres comme dans un tendon, mais bien entrelacés, d'où il résulte qu'une section transverse de la peau prend une apparence très compliquée.

L'os est également traversé par les vaisseaux et autour de ceux-ci nous avons, tantôt abondant, tantôt épars, un tissu (tissu médullaire) qui diffère de la substance compacte réelle de l'os. Au point de vue de l'homogénéité, cette substance compacte seule est analogue au cartilage (2). De fait il est actuellement prouvé d'une façon indisculable que le cartilage compacte se transforme directement en os compacte (3). Si le cartilage est transformé en os, il faut qu'il se forme des canaux dans ce cartilage et que des vaisseaux sanguins prennent naissance dans ces canaux. La formation des canaux dans le cartilage est le résultat d'une fonte ou liquéfaction de la substance du cartilage. Cette liqué-

(I) Wieuer mediz. Jahrbûcher, 1879-1880.

(3) Je no parle pas ici des relations complexes qui existent dans Tos parce que je ne puis enU'er dans des explications suffisamment détaillées, et je ne sais pas d'ailleurs jusqu'à quel point la structure connue peut 60 rencontrer chez les sujets vivants.

(3) LieberklUin, Strelzoff, Kassowitz.

faction peut être regardée comme le type physiologique de la suppuration. C'est absolument le même processus que celui qui, à l'état pathologique, constitue la formation dun abcès. La substance fondamentale disparaît, les cellules augmentent de volume et se segmentent A l'état pathologique nous appelons la cavité formée cavité de Vahcés, et les produits de segmentation, cellules du pus. Dans la liquéfaction normale les produits de segmentation s'appellent cellules médullaires et les cavités, espaces méduUai' res. Des conditions semblables peuvent d'ailleurs se rencontrer dans l'os adulte : la substance compacte peut se liquéfier [einscîunelzen) dans le cours du développement normal comme à l'état pathologique. Dans le premier cas, nous parlons d'espaces et de cellules médullaireSj dans le second, dkibcés et de cellules du pus.

Par la formation d'espaces médullaires et de cavités d'abcès, le cartilage aussi bien que l'os devient poreux et spongieux. L'os spongieux peut subir une suppuration complète si la liquéfaction se continue, si les espaces s'élargissent. Au point de vue des particularités physiologiques de leur substance fondamentale, l'os et le cartilage forment un tissu sui generis. Leur rapport avec la cornée, les tendons et la peau n'a trouvé jusqu'à présent de démonstration, que dans la relation de la cellule avec la substance fondamentale.

Dans la peau, comme je l'ai dit, les faisceaux de tissu ne sont pas parallèles comme dans le tendon, mais entrelacés. Dans la peau toutefois le réseau forme des masses compactes qui n'offrent aucun espace pour des collections œdémateuses, autant du moins que l'examen microscopique nous permet d'en juger (1). Mais il existe une série de tissus formés de faisceaux analogues à ceux de la peau et dans lesquels l'entrelacement est si lâche qu'un liquide peut aisément les pénétrer. A cette classe appartiennent les tissus sous-muqueux et sous-cutané. C'est dans le tissu sous-arachnoîdien que cette laxité est développée au plus haut point ; il consiste en effet en faisceaux isolés qui flottent dans un espace rempli de liquide.

Tous ces tissus qui offrent des mailles interstitielles étaient appelés tissu cellulaire durant les dix ou vingt premières années de notre siècle. Cellulaire ne veut pas dire qu'il y ait des cellules dans le sens qui a été donné à ce terme par Schwann dans l'histologie moderne, mais

(1) Dans la peau elle-même il peut cependant exister de ces collections autour des vaisseaux.

THEORIE DE Lk SUBSTANCE FIBRÏLLAIRE ET CONNECTIVE

seulement des espaces semblables aux cellules des rayons d'ane ruche. Joh. MûUer a désigné ce tissu sous le nom de iissu connectif. Si nous négligeons la largeur variable de ces mailles et môme l'exiMence de ces mailles, nous voyons que de fait c'est la forme en bandelette (strangfôrnùgé) qui domine dans le tendon, les membranes tendineuses, la peau, les membranes muqueuses, le tissu sous- cutané et sousmuqueux, le mésentère et les autres membranes séreuses. Cette forme en bandelette est spéciale au tissu connectir, même lorsqu'il ne donne pas naissance à un tissu cellulaire. Au lieu de forme en bandelette j'emploierai dorénavant le terme plus usuel de faisceau connectif. i^nsi le tissu connectif consiste en faisceaux qui sont unis de différentes façons ; mais chaque faisceau est formé de cellules et de substance fondamentale ; chaque faisceau, grand ou petit, forme donc une masse compacte semblable à la cornée et au cartilage; chacun de ces faisceaux peut suppurer, et ceci encore de la même façon que la cornée.

Thèoxie de la sabstance flbrillaire et

connective.

Chaque faisceau tel qu'on peut le trouver dans le tendon, la peaa, le tissu sous-cutané et sousarachnoldien, etc., peut aussi être désigné sous le nom de faiteeau fibrillaire. Or la question de l'existence et de la genèse des fibrilles constitue un des chapitres les plus importants de l'histologie normale et pathologique. Je pourrais presque dire qu'il constitue un des chapitres les plus importants de toute la pathologie. En effet, ce nombre considérable de maladies appelées cicatrisation, contraction, sclérose et (pour ne mentionner qu'une simple série) ces affections graves du système nerveux central, le tabès dorsal, la sclérose latérale, la sclérose multiple, qui tout en n'étant que des inflammations chroniques coaduisent cependant à la mort en dépit de tout traitement, consistent toutes essentiellement en une production de ces fibrilles, ou pour mieux dire en une transformation du tissu ner- Teax en tissu fibrillaire.

Les histoiogistes ont reconnu les fibrilles en eianiinant les tissus contractés ou durcis par les réactifs ; si nous ramollissons dans l'eau une cornée ou un tendon durci, et si nous les dissooioiis, nous verrons sous le microscope de très fines fibrilles, les unes arrangées soit en larges .«oit en petits faisceaux, les autres isolées traversa il le champ du microscope d'une façon irré-

gulière ; en un mot nous avons l'impression que le tissu tout entier est composé de ces fibrilles qui ont été jetées pèle-mélepar la dissociation. En s'appuyant sur ces observations on a dit: la cornée, le tendon, la peau, sont formés de tissu fibrillaire. Nous pouvons dans .cette voie aller plus loin et dire en général : les bandelettes de tissu connectif sont formées de fibrilles, ce sont des faisceaux de fibrilles. Tout récemment la substance fondamentale du cartilage et de l'os macérés a été reconnue aussi comme fibrillaire. Nous trouvons donc là une autre analogie entre le tissu connectif, d'un côté, l'os, le cartilage et la cornée, de l'autre. Tous ils sont formés de cellules et de substance fondamentale ; durcis ou macérés ils présentent une structure fibrillaire.

En 1 845 Reichert classifia tous ces tissus et une série d'autres que je mentionnerai plus loin sous l'appellation commune de substance connective, Reichert en effet niait l'existence des fibrilles dans un grand nombre de tissus dont la caractéristique était non les fibrilles mais une substance particulière. Ainsi le terme substance connective implique de fait une théorie histologique. Toutes les anciennes méthodes microscopiques s'efforcèrent de combattre cette assertion de Reichert. Ce fut d'abord Alexandre Rollett qui, sous la direction de Brficke, démontra l'existence de ces fibrilles en dépit des assertions de Reichert. a Les fibrilles, dit-il, sont unies par un cément albuminoïde : si nous conservons un lambeau de peau dans l'eau de chaux ou de baryte, le cément est dissous et les fibrilles sont isolées. > Ces résultats concordent avec les tendances des histoiogistes de cette époque et pour la grande majorité constitue encore actuellement un point fondamental. La doctrine de la structure fibrillaire du tissu conjonctif semblait et semble encore reposer sur un fondement solide. La découverte des fibrilles dans l'os était toute entière dans l'esprit de la méthode qui fit démontrer à Rollett l'existence des fibrilles dans la cornée.

C'était l'ancienne méthode d'examen après macération. Nous devons beaucoup à ces méthodes, car c'est grâce à elles que l'histologie a acquis ses premières bases solides. L'examen des tissus durcis et macérés est indispensable encore aujourd'hui et le restera peut-être toujours. Mais ces résultats peuvent être surpassés par l'examen des tissus vivants, par l'examen des tissus aux différents figes de leur développement, enfin par l'examen des tissus à l'état pathologique. Ni la cornée, ni le tendon, ni le

STRICRER. — TROUBLES DE LA NUTRITION

cartilage ne permettent de reconnaître de fibrilles à l'état frais (i) ; la substance fondamentale parait homogène dans tous.

Maintenant on peut objecter que cela ne prouve rien : la substance fondamentale parait homogène parce que les fibrilles sont unies par un cément, parce que les fibrilles et le cément possèdent les mêmes propriétés optiques. On peut dire que si je n'admets pasVexistence des fibrilles parce que la substance fondamentale parait homogène, je dois nier de môme l'existence des corpuscules de la cornée. Car la cornée à l'état frais, ne présente aucune structure ; elle est d'une transparence de verre. Ne devronsnous pas cependant admettre que le réseau de ces cellules existe et que si nous ne le voyons pas, c'est qu'il possède les mêmes propriétés optiques que la substance fondamentale. Il y a là une objection très importante; mais elle prête à discussion^ et, pour élucider cette question, je ferai d'abord quelques remarques sur le noyau cellulaire.

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