‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 323 sur 343 · SYPHILIS DANS SES RAPPORTS AVEC LE MARIAGE · texte numérisé non relu

SYPHILIS DANS SES RAPPORTS AVEC LE MARIAGE

du palais ont été le siège de plaques muqueuses ulccrôcs — accident qui manque rarement au début de la syphilis généralisée — les vestiges indélébiles de ees lésions peuvent toujours être reconnus. La muqneuse, au lieu d*ôtre lisse comme à Tétat normal, présente une surface irrégulière d'aspect rugueux et chagriné; les bords du voile et les piliers ont perdu la netteté de leurs contours; ils ont un aspect rugueux et irrégulier, et présentent des dentelures plus ou moins profondes. Ce symptôme n'a qu'une valeur relative, les cautérisations pratiquées pour toute autre affection de la gorge produiraient les mômes résulUts. Il a pourtant la valeur d'une preuve corroborante, quand il existe.

16. n faut se souvenir que chez beaucoup d'individus ayant eu. U syphilis, môme longtemps auparavant, les lèvres, la muqueuse buccale, et en particulier les bords et la pointe de la langue, présentent de petites plaques blanchâtres à contours arrondis ou irréguliers. Ces plaques sont très persistantes, et, quand elles existent, elles sont une présomption très forte de syphilis antérieure.

17. Examiner le corps, en particulier le dos, les épaules et les jambes, pour voir si on n'y trouve pas quelques cicatrices d'anciennes pustules. Ces cicatrices sont ordinairement arrondies, réticulées et nettement circonscrites ; ce trait sert à les distinguer des cicatrices de brûlures, lesquelles sont toujours plus ou moins irrégulières (les furoncles et les pustules d*acné laissent des cicatrices qu'on ne peut distinguer de celles de la syphilis ; ces dernières sont très communes sur le dos et les épaules, mais sont rares sur les bras ou les jambes.) La poitrine, la région abdominale, les membres inférieurs, les paumes des mains et les plantes des pieds peuvent présenter également quelques taches ou macules à surface déprimée ou non, dont la teinte jaun&tro ou cuivrée indique Tige jusqu'à un certain point : plus cette teinte est foncée, plus les lésions sont récentes.

18. Les taches du pityriasis versicolor qu'on trouve sur le tronc sont quelquefois prises pour une syphi- Udo erythémateuse, mais un interrogatoire d'un instant apprendra que ces taches durent depuis des mois ou des années, tandis que la syphilide est aiguô et relativement passagère. On peut en dire autant des macules pigmentaires que laisse l'acné sur les poaux brunes. L'interrogatoire montrera que ces macules dépendent de lésions datant souvent de la puberté.

Qaant à la troisième question : un individu ayant eu un chancre suivi de symptômes généralisés peut-il se marier ? la réponse doit naturellement être négative, si les symptômes sont encore manifestes. Mais s'ils ont disparu depuis des mois ou des années, la réponse est plus difiicile, et le premier problème à résoudre est celui-ci: la syphilis est-elle curable? Sans aborder celte question à un point de vue génoral,je n'hésite pas à dire que, pour ce qui nous occupe actuellement, le syphilis est curable.

Mais c'est une question difTérente de savoir si une syphilis peut être considérée comme définitivement guérie à un moment donné. C'est pourtant ce qu'il faut établir, si le malade doit être autorisé à se marier.

Les cas légers de syphilis, quand les symptômes précoces se suivent à des intervalles convenables et sous une forme bénignei ne présentent pas de rechutes. La maladie peut être considérée comme avant terminé son évolution ; elle s'éteint d'elle-même au bout de dix-huit mois environ, en moyenne, sous l'influence d'un traitement judicieux. De temps en temps, il peut bien encore apparaître quelque légère éruption localisée, mais dans la majorité des cas aucune lésion pouvant être appelée contagieuse ne se montre. Bien qu'il soit vrai que la bénignité des symptômes du début n'assure pas le malade contre la possibilité de lésions viscérales tardives, cependant une syphilis bénigne, qui a été traitée avec soin, n'est pas de celles dont puissent souffrir une femme et des enfants, si le malade attend un temps suffisant après l'apparition des derniers accidents, avant de se marier. Dans les rares cas de cette espèce que j'ai pu suivre entièrement depuis le début, j'ai permis le mariage après dix-huit mois de traitement, suivis de six mois à un an d'immunité; J*ai suivi plusieurs individus à qui j'avais permis de se marier dans ces conditions, et j'ai su qu'ils avaient eu des enfants sains.

Mais même la syphilis bénigne, quand elle n'est pas traitée de bonne heure et à fond, a une tendance aux rechutes, et je ne serais pas porté à autoriser le mariage d'un malade, surtout d'une femme, n'ayant pris du mercure qu'irrégulièrement, et ayant eu un certain nombre de rechutes. C'est dans ces cas que des enfants alternativement sains et malades sont procréés pendant une série d'années, selon que le malade est ou n'est pas sous l'influence du mercure au moment de la conception.

Mais dans la syphilis plus grave, dans la« quelle les premières éruptions sont pustuleuses au lieu d'être érythémateuses, qui est rebelle à l'influence du mercure, et qui a une tendance aux rechutes et à produire des ulcérations, je serais porté à prolonger le traitement considérablement : je ne permettrais pas au malade de se marier avant dix-huit mois ou deux ans après la disparition de tous les signes extérieurs de la maladie et la cessation d'un traitement mercuriel avant ainsi duré au moins dix-huit mois ou deux ans, ce qui fait environ quatre ans en

ARTHUR VAN HAKLINGEN. - SYPHILIS

tout. Ces mesures équivalent en pratique presque à une prohibition ; mais si dans ces cas le médecin n'est pas ferme, il peut avoir à regretter plus tard sa complaisance. Des malades se marieront, s'ils Font ainsi décidé, en dépit des avertissements de leur médecin; mais il vaut mille fois mieux risquer de passer pour avoir trop de précaution, que de laisser venir au monde un malade, engendré sans la sanction du médecin.

Quant à la quatrième proposition, qui est intimement liée à celle que nous venons de discuter, la question ici va plus loin; on désire savoir quel dommage peut survenir aux enfants d'un père qui a eu la syphilis longtemps avant son mariage, qui ne présente plus aucun signe de la maladie, et dont la descendance, par conséquent, parait ne devoir présenter aucun signe de syphilis sous sa forme ordinaire. La tare syphilitique peut-elle produire le rachitis, la scrofule et les maladies analogues ? Je répondrai à cette question que non seulement il est contraire à toute notre expérience qu'une maladie puisse donner naissance à une autre maladie entièrement différente, mais qu'en dépit de la fascination qu'a exercée sur les esprits la théorie d'une dérivation de la scrofule de la syphilis, il n'a jamais été possible de produire un nombre de preuves suffisantes pour convaincre ceux qui n'ont pas d'avance pris leur parti dans la question. Nous l'avons dit au début de col article, la syphilis est une entité distincte, elle ne peut engendrer que la syphilis. Elle peut se développer et marcher parallèlement à la scrofule. Elle peut favoriser par son influence cachectique le développement des affections dites scrofuleuses, ou bien la base scrofuleuse peut prédisposer le sujet aux formes graves de la syphilis. Mais, quant à une combinaison des deux maladies, telle qu'elle a été imaginée, analogue ù une combinaison entre deux éléments chimiques (scrofulate de syphilis, de Devergic), jamais l'existence n'en a été démontrée.

Bien loin de se transformer graduellement en scrofule, la syphilis se termine brusquement et s'éteint. On voit beaucoup d'enfants et d'adultes dans un état de santé florissante, dont un des parents ou tous les deux ont eu la syphilis à une certaine époque.

Quand un individu se marie avec des symptômes de syphilis déjà manifestes, ou contracte la syphilis étant marié, les considérations qui se présentent sont différentes : La question est alors d'empéchcr la transmission de la maladie

aux autres membres de la famille, et principalement au mari ou à la femme, selon le cas.

Quand un homme a un chancre génital, il est rare qu'il expose sa femme sciemment à la contagion, et naturellement il est nécessaire d*éviter absolument tout rapport sexuel à ce moment. Le médecin, consulté dans ces circonstances, doit interdire positivement tout commerce de ce genre ; il traitera en même temps la lésion, si les circonstances le lui permettent, soit en la recouvrant fréquemment de collodion, soit par de légères cautérisations an nitrate d'argent, soit par Tapplication d'un médi camentempôchantlapossibilité du coït. L'homme marié, en effet, qui s'est exposé à contracter la syphilis, n'est pas un individu assez délicat pour reculer devant la perspective d'infecter sa femme, quand sa propre satisfaction est en question. Mais si on peut lui persuader qu'il peut en résulter un dommage pour lui-même, on le déterminera peut-être à prendre des précaution» et à s'imposer des privations; je n'ai pas trouve qu'il fût bien sûr d'en appeler dans ces cas à d'autres raisons qu'à des raisons personnelles.

Le danger de chancre passé, le danger le plus prochain, et en pratique le plus commun, est celui qui provient des plaques muqueuses de la bouche et des lèvres. L'homme marié qui a eu un chancre, doit examiner sa bouche et sa gorge tous les jours pendant des mois, afin de découvrir la première trace de ces lésions eitrê* mcment communes. Quand elles existent, elles doivent être cautérisées légèrement tous le? jours avec le nitrate d'argent, dans le but do revClir leur surface et de les rendre moins virulentes ; en même temps on doit défendre au malade de donner des baisers à aucune personne de sa famille ; on doit défendre aux autres de se servir après lui d'ustensiles de table, comme cuillers, tasses, etc., sans les avoir préalablement laves. Si la femme d'un syphilitique devient enceinte, elle doit être soumise à un traitement mercuriel, pour empêcher le développement de la syphilis chez le fœtus. Plus ce traitement de la mère sera précoce et complet, plus elle aura de chances de mettre au mou^lo un enfant sain (1).

(1) Pour plus de renseignements à ce sujet, voir les ouvrages suivants :

Langlebfrt, La syphilii dans set rapports avec It nianage. Paris, 1873.

DiDAY, Le péril vénérien dans la famille. Paris,

Alfred Foiumeb, Syphilis et mariage, Piriâ, 18^

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