‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 333 sur 343 · PLAIES ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

PLAIES ANATOMIQUES

Sous ce titre, nous comprenons non seulement les plaies contractées en disséquant, mais de plus toute une catégorie de blessures auxquelles sont exposés les chirurgiens, qui opèrent sur le vivant.

Bien que la plupart du temps ce soit une piqûre, une écorchure ou quelque petite lésion de ce genre qui constitue la porte d'entrée pour le poison, cependant il y a des cas où il est hors de doute que le poison a pénétré à travers des tissus sains. C'est ainsi que sir James Paget, rapportant sa propre observation dit : « Je n'avais ni écorchure, ni la plus petite plaie (1 ).» Wiart (2), s'étant piqué en faisant l'autopsie d'un cas d'érysipële en 1862, dit ceci : « Je suis absolument certain que je n'avais pas la plus petite plaie et que je n'avais ni sur les doigts, ni sur la main aucune érosion qui pût servir de voie d'introduction pour le virus (3) ». Mais, quand bien même il n'y aurait pas de plaie, si l'épiderme est assez fendillé, comme près du bord des ongles, pour permettre au poison d'arriver jusqu'au derme, l'absorption peut se faire et causer des accidents.

Cependant quand la matière infectieuse a pénétré, il doit y avoir, comme cela semble probable d'après les faits connus, une certaine disposition de l'organisme qui le prédispose à la maladie. Ceux qui passent, leur vie à disséquer peuvent, comme le fait remarquer sir James Paget, acquérir un degré marqué d'immunité, ce qui fait qu'ils peuvent se couper ou se piquer impunément. Cependant il ne faut pas trop compter là-dessus, et tous ceux qui sont dépri-

(1) Paget, Clinical lectures and Essays, p. 822.

(2) Wiart, Gazette médicale, 33 Jaiilet 1881.

(8) Dans V American journal ofthe médical sciences^ août 1838, p. 396, se trouve l'observation d'un cas typique de phlegmon diffus, rapporté par le D' Harden, déterminé par le mouvement violent du bras pendant une longue course à cheval. En faisant l'autopsie, le D' Harden sMntoxiqua par une petite plaie qu'il avait au doigt. Pendant sa maladie, ce fut son beau-père qui le soigna et qui fit les pansements nécessaires. Ce dernier, après on violent exercice, devint malade K son tour, et fut emporté par un phlegmon diffus. Dans ce cas, il n'y avait pas de plaie, on ne mentionne simplement que le seul contact du pus. Une autre personne, qui soignait également le D' Harden, fut aussi atteinte, mais moins gravement

mes par la fatigue on d'autres causes, comma cela arrive pour les étudiants après leurs tra- Yaux de l'hiver, sont prédisposés à la maladie. La durée de la période d'incubation est très variable ; parfois l'inflammation éclate tout d'un coup ou au bout de quelques heures, tandis que d'autres fois il parait y avoir un processus d'iocubatîon, comme dans l'hydrophobie oudani les fièvres éruptives.

Autrefois, avant l'emploi d'injections antiseptiques, comme celles de solutions de chlorure de zinc, pour la préparation des cadavres destinés à la dissection, les plaies anatomiques suivies de symptômes graves étaient beaucoup plus fréquentes que maintenant. Le danger est plus grand quand l'on manie des sujets, dont la mort est récente, que lorsque l'on a affaire à des cadavres en état de putréfaction avancée et tout le monde sait que l'autopsie d'individas morts de certaines maladies. — surtout de fièvre puerpérale, d'érysipèle ou de pyohémie — est particulièrement dangereuse. Cela semblerait faire croire que ce sont les premières modifications, qui surviennent par le fait de la mort, qui sont la cause du développement du poison. D est fort possible que les ptomaines, alcaloïdes cadavériques qui se rapprochent des alcaloïdes végétaux, récemment étudiés par Selmi (2) Brouardel et Boutmy (3), Ghapuis (4) et autres, jouent un certain rôle dans la production des accidents. On sait encore peu de choses de ces

(1) Peut-être pourrait-on dire à U rigueur qa*ii faudrait faire rentrer dans cette étude celle de Thydropboble (Voy. Rydrophobie et rage,U I, p. 521), do tétanos et de la pyohémie (Voy. Pyohémie^ 1. 1, p. 301 ; et Septicémie, p. SU); mais chacune de cet aiTectioos 8*accompagne d*un ensemble de symptômes tellement à part et si formidables, que la plaie qui en a été le point de départ n*a plus aucune importance. Ofl a rbabitude de les étudier séparément.

(3) Selmi, Des principes alcaloïdigites trouvés dms les viscères, 187?. » Des Ptomasis ou alcaloïdes cadavériques, 1878. ^ Alcaloïdes toxiques, 1S79.

(3) Boutmy, De Cexpérimentation physiologiqtÊt comme preuve de t empoisonnement poi les alealoida organiques {Ann. d'Hyg,^ 1880, tome IV, p. 19). - Brouardel et Boutmy, Développement des alcalddes cadavériques (Ann. (fHyg,^ 1880, tome IV, p. SU; — 1881, tome V, p. 497 et tome VI, p. 9).

(4) Chapuls, Prédf de Toxicologie. Paris, 1883.

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