‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 334 sur 343 · PLAIES ANATOMIQUES. — SYMPTOMES · texte numérisé non relu

PLAIES ANATOMIQUES. — SYMPTOMES

substances; cependant (i), on les suppose analogues à la matière, qui, existant sous une forme concentrée dans la salive, constitue la substance active du venin des serpents. M. Brouardel croit que les ptomalnes peuvent se former pendant la vie. Il y a un point sur lequel nous appellerons l'attention, c'est que les effets produits sont indépendants de la quantité de poison absorbé, dans les cas de plaies anatomiques (en employant ce terme dans son sens général). Si faible que soit cette quantité, elle semble agir comme un ferment et changer l'état de toute la masse de sang en circulation. A cet égard, l'analogie semble cesser entre le poison anatomique et celui du venin des serpents, puisque les effets produits par ce dernier sont proportionnés à la quantité et à la concentration de la dose introduite dans l'organisme, comme dans le cas de poisons minéraux ou végétaux donnés pas l'estomac ou par le rectum.

Sympt6m68.

Dans la forme la plus légère, les effets de cette espèce d'empoisonnement semblent purement locaux. Ainsi si celui qui dissèque a une piqûre ou une écorchure à la main, elle peut devenir le siège d'une légère inflammation et au bout d'un ou deux jours, il se fera un petit écoulement de pus (parfois seulement une ou deux gouttes). Mais l'épiderme situé autour de la petite plaie, se mortifie, se desquame, comme après une brûlure, et la rougeur et le gonflement mettent un certain temps à disparaître.

Quelquefois, surtout, quand les doigts se sont trouvés pendant quelque temps en contact avec des liquides purulents , surtout dans le cas d abcès abdominaux, les points atteints par le poison peuvent figurer une sorte de chaîne sur le dos delà main. Ainsi, en 4862, après avoir fait une autopsie de péritonite purulente, je fus atteint de quatre ou cinq petits abcès sur le dos de chaque main. Dans ces cas, il semble que le poison n'a pas d'action plus étendue bien que l'état local soit analogue à celui qui existe quand l'inflammation se propage aux lymphatiques. Parfois les ganglions axiUaires sont un peu tuméfiés, soit sans lésion notable de la main, ou si elle existe, sans que les vaisseaux lymphatiques paraissent atteints. D'après moi, ce n'est pas le poison anatomique qui produit ces effets, qu'on observe quand les cadavres ont été injectés, dans un but d'études, ils paraissent ré-

(1) Gazette médicale, de Paris, 30 juillet 1881.

sulter de l'action irritante du chlorure de zinc ou autre agent antiseptique employé. La tuméfaction des ganglions revêt un caractère chronique, elle est indolente, pas très marquée et n'a pas de tendance à la suppuration, et, d'après ce que j'ai observé , cède graduellement par l'emploi local de la teinture d'iode. Agnew (i) décrit une forme particulière d'ulcère irritable gangreneux de la main, accompagné de troubles généraux, produit par les plaies anatomiques. Je ne l'ai jamais observé, bien que j'aie noté parfois la lenteur de la cicatrisation, de coupures profondes, faites en pratiquant des autopsies; en 4860, j'ai ainsi gardé une coupure non cicatrisée pendant sept mois.

Bryant (2), sous la dénomination de Verruca necrogenica proposée par Wilks, signale un état verru queux qu'il a rencontré à la face postérieure des doigts ou sur les articulations, chez des individus qui disséquaient des sujets frais. Cette lésion appelée aussi « tubercule anatomique » semble constituée par une hypertrophie inflammatoire de l'épiderme, atteignant un peu le derme. La marche en est lente, on n'observe pas de troubles généraux et cède à un traitement local par l'iode et les caustiques

Dans une forme plus grave des plaies anatomiques on observe outre l'irritation locale, une ligne rougeâtre, s'étendant jusqu'à l'avant-bras, indiquant que l'inflammation a gagné un ou plusieurs lymphatiques. On peut aussi rencontrer un gonflement plus ou moins général du membre avec de la sensibilité, de la raideur et un certain degré de fièvre. Les cas de ce genre aboutissent souvent à la tuméfaction des ganglions de la partie antérieure de l'avant-bras, du coude et de l'aisselle. Quand les ganglions suppurent, le poison paraît s'éliminer et tous les symptômes cèdent ; cependant j'ai vu de ces ganglions rester tuméfiés et douloureux pendant quelque temps après que la circulation s'était effectuée. Cet état se rapproche beaucoup de ce qu'on observe dans les cas de blessures du pied. Souvent après une fracture d'un orteil ou môme à la suite d'un traumatisme plus léger, on voit apparaître une adénite inguinale.

On peut encore observer une autre catégorie de cas, ceux dans lesquels le trouble local consiste dans le développement d*un gonflement charbonneux delà main ou du bras oa de phlyc-

(I ) Agnow, Principes and pvactice of Surgery, tome I, p. 210.

(5) Bryant, Manual for the prOttice of Surgery^ 3* édit. américaine, p. 66.

JOHN PACKARD. — PLAIES EMPOISONNËES

lènes de la même région ; dans ce dernier casi ilneuty en avoir une grande entourée d'un certain nombre de petites. Les symptômes gêné* raux, tels que fièvre et dépression, peuvent être frès marqués, en môme temps que les troubles locaux arrivent à leur summum d'intensité.

Parfois le trouble local est plus accentué et provoque le développement d'un phlegmon du doigt, avec suppuration qui tend à suivre la gaine des tendons ; cela peut arriver sans que lés parties centrales soient atteintes. Cependant les troubles généraux peuvent être assez marqués. La plupart du temps tout le membre est plus ou moins envahi et ce groupe de cas se trouverait alors rentrer dans la catégorie précédente. Excepté dans les cas de tubercule anatomique, on observe souvent une zone de rougeur erythémateuse dans le voisinage delà lésion.

Dans la forme la plus grave, les troubles généraux sont très marqués et rinflammation locale se propage très haut et gagne rapidement les parties centrales du corps. A une période variable après Fintroduclion du poison, on observe de la douleur, des démangeaisons, de la brûlure au niveau de la plaie ainsi qu'un sentiment de malaise général et d'abattement. Bientôt surviennent de la céphalalgie, des nausées, des frissons, de la rachialgie lombaire et dorsale. La douleur s'étend jusqu'aux bras et tout le membre devient tuméfié et sensible, surtout sur ses faces antérieure et interne. Une fièvre intense se déclare, surtout la nuit, accompagnée soit d'insomnie, soit de rêves effrayants. Lorsque la suppuration s'établit, et elle peut envahir une grande étendue du tissu cellulaire du bras ou des côtés (l),on constate des frissons et une augmentation de la fièvre. Bientôt apparaît un délire calme avec une grande prostation des forces et des sueurs pro fuses et fétides. La langue d'abord saburrale devient sèche et noirâtre, les dents se recouvrent de fuliginosités. Pendant les accès de fièvre, la température est * très élevée et le pouls très rapide. Parfois le malade paraît succomber à l'empoisonnement général avant que des lésions viscérales n'aient eu le temps de se produire ; mais si la marche

(1) A une réunion de la Société clinique de Londres [The Lancet, 19 fôvr. 1881), MM. Heath et Cilpps ont vapporié un cas de gangrène du bras produite par une plaie empoisonnée. Dans le cas de M. Heath, l'amputation a été suivie do succès ; dans l'autre cas, on y eut recours trop tard et le malade mourut. Dans ces cas la gangrène du tissu cellulaire est la règle, mais celle du membre entier est exceptionnelle.

en est moins rapide, il peat Minrenir une pin-' résie ou une pneumonie, de forme bâtarde, devenant rapidement purulente. La mort peut résulter soit de la prostration produite par le poison, soit de Taltération du saog, soit d'une phlegmasie intercurrente du poumon ou de h plèvre ou peut-être du cœur, soit de Tépoisement qui en est la conséquence. Quand la guérison arrive, la convalescence est très longue et ressemble à celle d'une fièvre typhoïde, eQe peut môme être prolongée par TappaiitioD d'abcès ou d'autres troubles locaux. Eo oatre on observe souvent de rengourdissement ou de la contracture du doigt qui était le siège de l'inflammation primitive. Pendant un oeitaiD temps, quand la gangrène a été — ea élendne, les parties qui en ont été atteintes peuTenteoB^ server de la raideur, qui disparait ensuite aiec le temps.

On voit, d'après ce rapide exposé» que la gravité de ces cas ne le cède en rien à ceDe des autres maladies et qu'ils présentent une aoalogie parfaite avec les érysipèles phlegmoneox, la pyohémie et la septicémie. Aujourd'hui qu'il est admis par tout le monde que la maladie réclame les mesures les plus actives et les plus énergiques, on a recours à un traitement rttionnel et il est très rare que l'on n'arrive pas à arrêter les symptômes avant qu'ils ne revêtent le caractère de gravité, que nous venons de décrire. Cependant, quand il existe une affection antécédente, comme une maladie des relus, un épuisement résultant de la fatigue, le début est parfois très violent et les mesures les plus promptes, les plus énergiques et les mieux dirigées échouent souvent

Anatomie pathologique.

D'après ce que nous venons de dire, l'autopsie d'un cas de cette nature est à la fois difficile et dangereuse, et l'on en connaît peu l'anatomie pathologique. Les tissus du membre atteint peuvent être désorganisés par la suppuration diffuse, la lésion peut également porter sur les veines et les lymphatiques, en même temps qne les viscères présentent des inflammations qai varient d'étendue et d'intensité ; mais, pendant la vie, l'observation la plus attentive ne peut arriver à en pronostiquer les conséquences. Toutefois il semble hors de doute que le système lymphatique joue un rôle capital.

Nous avons dit plus haut que les empoisonnements de cette nature pouvaient reconnaître une autre cause que les dissections. C'est ainsi

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