‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 43 sur 343 · INFILTRATION PURULENTE AVEC NÉCROSE DU TISSU · texte numérisé non relu

INFILTRATION PURULENTE AVEC NÉCROSE DU TISSU

CONJONCTIF.

Nous avons décrit les trois modes suivant lesquels la formation du pus se produit dans l'organisme : 1* A la surface des plaies guérissant par granulations ; 2<* sur les surfaces séreuse, muqueuse et tégumentaire; 3^ sous forme d'une collection creusée dans les tissus et limitée par des parois bien définies, sous forme d'abcès. 11 existe une quatrième variété de formation du pus qu'on rencontre assez fréquemment, c'est VinfiUration dans la substance môme d'une partie avec tendance à l'extension et sans disposition à la limitation sous forme d'abcès ; on la voit surtout dans les mailles du tissu conjonctif et dans les espaces occupés par cette substance. L'abcès est toujours caractérisé par des parois limitantes ; ce mode de formation du pus s'en distingue nettement : c'est une infiltration purulente ou, comme on dit encore, une inflammation diffuse.

Ce terme obscur a été appliqué par Duncan, d'Edimbourg (1), à cette formation de pus au-

(I) Andrew Duncan, Ceu d'inflammaiion diffuse du

WILLIAM H. VAN BUREN. — INFLAMMATION

trefois si commune dans l'aisselle et au milieu des muscles du bras et du thorax après les piqûres anatomiques ou les saignées, cas dans lesquels la tendance à la limitation manque absolument. Depuis lors il a été appliqué par les chirurgiens anglais à la suppuration diffuse cl envahissante qui accompagne l'érysipèle lorsque cette affection atteint les parties profondes. Les chirurgiens français appellent phkgnion diffus cette variété de Tinflammation. Le rapport qui la relie à Térysipèle a toujours été très vaguement défini; cependant nos idées sont devenues plus nettes depuis que la pathologie chirurgicale moderne a reconnu que chacune de ces formas d'inflammation envahissante, aussi bien que Férysipèle cutané simple, a pour cause un poison infectieux spécial, analogue à celui que Koch a trouvé dans la gangrène envahissante des souris. L'effet commun de ces poisons chez l'homme est de déterminer une mort plus ou moins rapide du tissu conjonctif lorsqu'il est mis en contact avec lui, soit par les lymphatiques, soit par toute autre cause. L'effet produit par une urine altérée ou putride lorsqu'elle se répand dans le tissu conjonctif montre bien la susceptibilité de ce tissu et la facilité avec laquelle il meurt après ce contact toxique. C'est l'élément putride qui tue dans ce cas, car l'expérience a démontré que le contact d'une urine saine avec les tissus ne diminue pas nécessairement leur vitalité (i).

Une plaie contuse de la main dans laquelle une prompte guérison a été empêchée par négligence ou toute autre condition peut se compliquer d'un gonflement diffus de l'avant-bras avec infiltration purulente des espaces intermusculaires. Cette complication a été appelée inflammation sous-aponévrotique. En réalité c'est une nécrose du tissu conjonctif due à un poison qui a été emporté par les lymphatiques depuis la plaie suppurante de la main. Weir Mitchell, dans son étude sur les effets du venin du serpent à sonnettes, décrit avec soin l'influence de ce poison sur les tissus dans la plaie et autour d'elle. Lorsque la victime survit aux premiers effets sur les centres nerveux, la suppuration qui se produit à la suite de la morsure du ser-

(1) Cliez an malade ayant reçu une balle à travers la vessie distendue, la guérison survint sans aucune mortification (Van Buren, New-York Médical Journal, May, 1865). Dos injections sous-cutanées d'urine fraîche faites par Keyes chez Thomme n'ont été suivies d'aucune irritation, d'aucun trouble (Van Buren et Keyes, Diseases of the genito-urinary organt, p. 144, New-York, 1874).

pent appartient à la variété diffuse : les tissus du voisinage à demi empoisonnés semblait, pour un temps au moins, impuissants à formci une barrière de granulations pour limiter f» tension de la suppuration et servir de baseik réparation ; aussi, avant la guérison complète, des masses de tissu nécrosé sont-elles toiigovi rejetées au dehors. Ce dernier phénomène «k mentionné par Duncan dans ses cas d'inflaii> mation cellulaire diffuse auxquels les n» lades survécurent; c'est un symptôme \àm connu de Férysipèle phlegmoneux et de llih flammation sous-aponévrotique.

En un mot la pathologie actuelle ne reconnaît pas une signification spéciale à aucun dt ces termes et tend à leur substituer ceux dt mort du tissu par contact d^unpoison, et fomuUm de pus ayant pour but d'éliminer les Osius néenses. L'effort dans la formation du pus est faible et diffus, simplement parce que Tinfluence du contact toxique diminue plus ou moins k vitalité des tissus voisins et affaiblit leurs forcM pour une saine et prompte guérison. Dès que l'influence toxique cesse d'agir, il se forme des granulations plus vigoureuses et la production d'un tissu conjonctif nouveau s*accompIit comme dans l'inflammation constructive ordi* naire.

Les symptômes caractéristiques de celte v^ riélé d'inflammation sont une sensation ptrtîculière d'empâtement, une douleur profonde à la pression, rarement une fluctuation distindAi un degré variable de rougeur superficielle» po* fois un épaississement marqué de la peau ai niveau de la partie affectée, enfin une tendance à la gangrène sous forme de plaques par sup* pression de l'apport vasculaire à la peau. Aussi une des meiUeures choses que puisse faire k chirurgien est-elle d'empêcher l'escharification de la peau et la fièvre par de larges incisions dn tégument ayant pour but de faciliter Téliroina* tion des parties profondes nécrosées. Par ces incisions il reconnaît l'état à demi solide de 2a couche sous-cutanée dont les mailles sembJeat distendues par une exsudation liquide de consistance variable, et par des portions de tissu évidemment nécrosées qui ressemblent, à de Tétoupe mouillée et qui sont baignées dans k pus ; parfois aussi on y trouve des portions de muscle nécrosé et ramolli.

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