INFLAMMATION CHRONIQUE
De tontes les formes que peut revêtir le processus inflammatoire une des plus communes est Vinflammation chronique dans laquelle le môme état tend à persister indéfiniment parce que l'efforv nutritif est impuissant à atteindre le but pour lequel il a cependant été augmenté. Le but n'est pas atteint, c'est là ce qui explique la plupart des phénomènes de l'inflammation chronique.
Dans Vinflammation chronique, on peut retrouver tous les symptômes essentiels, mais à un degré limité par suite de la diminution d'intensité des causes qui l'ont produite. La douleur est comparativement légère sinon même entièrement absente ou intermittente ou encore remplacée par une démangeaison ; on peut noter de la chaleury mais ce n'est pas un symptôme prédominant ; la rougeur est remplacée par une teinte sombre ou même livide par suite d'un hypérémie passive causée par la surdistension antérieure qui a tiraillé les vaisseaux et par la diminution de l'activité circulatoire ; le gonflement, symptôme le plus important, se présente sous forme d'induration, l'exsudat avant eu le temps de s'organiser en tissu ; de là la zone indurée qui entoure un ulcère indolent et la dureté presque cartilagineuse qu'on observe le long d'un trajet fistuleux, dans la fistule à l'anus, par exemple.
Dans cette dernière affection, qui est peut-être le meilleur exemple de l'inflammation chronique parce^ qu'il est le plus fréquent, un abcès n'a pu arriver à la guérison par suite des mouvements qui se produisent à son voisinage. Les parois se sont affaissées, mais elles n'ont pu se réunir par manque de contact suffisamment prolongé ; il se produit toujours un léger degré d'exsudation inflammatoire dont une portion va constituer l'induration cartilagineuse autour du tube qui s'est formé et dont l'autre fournit cette petite quantité du pus séreux qui s'écoule des parois internes de la fistule. Les parois sont limitées par ce qui reste de la surface granuleuse de l'abcès primitif. Les granulations y sont
moins abondantes et plus irrégulières ; la plos i grande partie de la surface est rouge et mt \ et, si on l'examine de près à l'œil nu, on M trouve l'aspect d'une muqueuse. De fait ceili ressemblance étroite de la surface interne d« vieux trajet flstuleux avec une muqueuse anl conduit à cette idée si longtemps prédominaiiti qu'il existait une membrane spéciale chaisèi de sécréter le pus. Le nom de pyogénique qii*« appliquait à cette membrane supposée s'eM* ploie encore aujourd'hui dans le même sqm; mais nos moyens d'investigation actuels noai ont clairement démontré que cette membiiH n'existe pas. La surface à laquelle ce nom t été donné est simplement du tissu de granulition dont le développement a été suspendue! qri attend le moment favorable pour se traosfcM*mer définitivement en tissu de cicatrice.
Cette vue est confirmée par ce fut se passe lorsqu'on ouvre au bistouri un titjet fistudeux. Dans ces circonstances, la lésion predml une stimulation qui renouvelle l'efifort conitrocUf; l'inflammation chronique est remplacée par ua nouvel afflux de sang, il se produit une exsodip tion de meilleure qualité et Tancienne suifiMi granuleuse bourgeonne à nouveau dans son effort vers la cicatrisation.
^ Vinduradon est un des traits les plus caite» téristiques de l'inflammation chronique. Nooi la rencontrons fréquemment dans œitaiiiei inflammations des organes internes, la sdft» rose du poumon ou la cirrhose du foie; dleaÉ constante dans les affections chirurgicales, pir exemple autour des articulations malades depah longtemps. L'induration se produit surtout dut les points où l'inflammation constructive n'a pu atteindre son but et réparer une solution da continuité. Les matériaux nutritifs dont le M était d'aider la réparation restent inemplopét sous forme de tissus plus ou moins organisés qui se collectent autour des capillaires. C'est un nouveau tissu qui avait la réparation pour but mais qui a été détourné de son objet.
Cette augmentation du nombre des éléments de la substance conjonctive qui entoure les vaisseaux capillaires constitue une formation .surabondante d'éléments détournés de leur but; c'est Vhyperplasie de Virchow. Ce terme sot à distinguer une augmentation de volume pu* , duite par induration inflammatoire de Ykfjpth trophie qui est au contraire le développeflôeat d'un organe dont les usages sont augmentéi : , c'est qu'en effet une augmentatkm d'adifili i fonctionnelle nécessite constattaiÂnt iv>* -» plus considérable de mat&r
INFLAMMATIONS GATARRHALES.
n est bon de noter que le tissu de nouvelle formation qui constitue l'induration inflammatoire est organisé d'une façon moins parfaite que celai qui constitue les cicatrices. Aussi TinduratioQ peut-elle disparaître par absorption, par atrophie on par une modification régressive comme la dégénérescence graisseuse. C'est ainsi qu'une pression systématique fera rapidement disparatire la xone d'induration qui entoure un vieil ulcère de la jambe.
On sait bien que les tissus de nouvelle formatîoa ont moins de propriétés d'organisation que let constituants normaux de Forganisme. Les cicatrices sont manifestement susceptibles d'être lésées par les pressions comme cela se prodmt dans un moignon de jambe après l'ampotatioD ; sous l'influence de maladies débilitantes ailes peuvent même s'ulcérer à nouveau, cooioe par exemple dans le scorbut. Mais la fabstaooe de l'induration inflammatoire occupe encore wi degré moins éleyé sur Téchelle de la vitalité organique, et ce manque de propriétés actifes est constamment employé par le cbirurgien dans le traitement des conséquences de l'inflammation. Lorsqu'on ouvre un vieux trajet iHuleux, l'aspect dense et cartilagineux de rindmration qui l'entoure peut paraître décourageant an point de vue de la guérison immédiate; et cependant, si l'opération a été faite trec soin, cette dureté suspecte du tissu lardacé disparaît avec une rapidité surprenante et se trouve remplacée par une couche de tissu en bonne voie de granulation.
Dans les muqueuses^ l'induration qui est caractéristique de Tinflammation chronique comme la suppuration l'est d'un état aigii, s'effectue par une infiltration exsudative dans les Bailles du tissu conjonclif sous-muqueux. Dans les séreuses il se produit également un épaississement par induration, mais le fait est moins commun.
nfPLAMMATIONS GATARRHALES.
Le groupe des inflammations dites catarrhalcs constitue une classe dont les caractères sont bien marqués. On les rencontre seulement sur les moqueuses, et, ainsi que l'implique le terme de catarrhe, elles sont caractérisées par une tngmentation dans la production des liquides comme caractère essentiel. Elles sont rarement «iguës, si ce n'est lorsqu'elles sont causées par le traumatisme, par un contact toxique ou déterminées par le froid ; elles appartiennent donc sox formes chroniques et, en dehors des excep-
tions que nous venons de noter, sont chroniques dès le début, autant au point de vue de la bénignité des symptômes que de la tendance à une durée indéfinie.
Parmi les causes du catarrhe «chronique il faut noter le contact prolongé de substances irritantes ; pour les conduits aérifères ce sont les poussières, l'air trop chaud ou trop froid, les modifications soudaines de la température ; pour les voies urinaires c'est une urine concentrée ou excepti'^nnellement irritante ; pour les voies génitales de la femme ce sont les écoulements internes qui gênent la circulation en faisant varier le volume de l'utérus. Certaines causes constitutionnelles ou météorologiques contribuent largement à la production des inflammations catarrhales chroniques, par exemple l'irritabilité spéciale des muqueuses dans la diathèsc goutteuse, l'état flasque et le peu de tendance à la réparation si fréquents chez les scrofuleux, les modifications soudaines et répétées de la température.
Vécoulement catarrhal consiste en une augmentation de la sécrétion normale par l'adjonction d'un exsudât plus ou moins inflammatoire ; il contient aussi un nombre plus considérable d'éléments cellulaires, en outre de quelques corpuscules muqueux et de débris épithéliaux, sous formes de leucocytes et de cellules épithéliales jeunes. Lorsque la proportion des leucocytes est notable, l'écoulement prend l'aspect du pus. Dans ces cas l'inflammation se rapproche beaucoup de la forme aiguë : l'exfoliation épithéliale est plus complète et l'exsudation qui provient de la surface sous-épithéliale a davantage les caractères d'un véritable écoulement inflammatoire. L'exsudat tend aussi à s'infiltrer dans la couche conjonctive sous-muqueuse en enveloppant les capillaires de leucocytes dont le développement et la multiplication amènent un épaississement de la muqueuse elle-même.
Les histologistes ne sont pas absolument d'accord sur les modifications qui se produisent dans Tépithélium des follicules des muqueuses enflammées. Souvent ces petites glandes muqueuses se dilatent et deviennent proéminentes. Dans la pharyngite foUiculairo leur sécrétion ne vient plus lubrifier la gorge, d'où sécheresse et douleur ; dans l'uréthrite il peut se former de petits abcès sous-muqueux. 11 peut aussi se faire une ulcération par obstruction de l'orifice folliculaire ; mais ce fait est rare si ce n'est dans la tuberculose ou l'épithéliome, ou encore dans les cas où il existe une afi'ection du périoste comme dans l'ozëne syphilitique.
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WILLIAM H. VAN BUREN. - INFIAMMATION
La nature de récoulement dans le catarrhe chronique est donc susceptible de varier non seulement avec la cause déterminante mais aussi avec le degré de Tinflammation, la constitution de rindividu, la région où elle s*est développée. Pour ce dernier point il est très important d'avoir une idée précise. Pour cela il faut examiner avec le plus grand soin les surfaces atteintes et autant que possible étudier de près les caractères physiques et surtout les éléments anatomiques qui constituent l'écoulement. 11 n'est pas rare de voir un écoulement chronique de l'oreille perpétué par la présence d'un corps étranger ; ceci est également vrai du catarrhe nasal. L'odeur de l'écoulement dans l'ozène ou le catarrhe nasal scrofuleux chez les enfants a une véritable valeur diagnostique ; en France on lui donne vulgairement le nom de punaisic» L'odeur exhalée par les sécrétions nasales dans la syphilis, même lorsqu'il n'y a pas d'osnécrosé, est souvent très caractéristique. Comme nous l'avons déjà mentionné, la décomposition chimique du pus, sous l'influence de l'ammoniaque que contient l'urine en stagnation dans le catharre de la vessie, produit une masse gélaliniforme que l'on considère habituellement comme du mucus.
En résumé, nous nous expliquons la signification générale de l'inflammation catarrhale chronique lorsque nous trouvons une cause constante produisant une lésion sur une muqueuse exposée ; la thérapeutique consistera donc principalement dans l'éloignement de cette cause»
INFLAMMATION CHEZ LES SCROPUI.EtJX.
Nous venons de dire que le catarrhe scrofuleux de l'enfance présente des particularités caractéristiques. En effet, toutes les manifestations de l'inflammation chez les personnes atteintes de dialhèse scrofuleuse présentent des caractères si marqués, si différents en beaucoup de points de leur aspect ordinaire, qu'il nous semble bon d'étudier riuflaminalion chez les scrofuleux comme une des variétés les plus importantes du processus.
Celte dialhèse constitutionnelle a toujours été admise et ses symptômes sont trop connus pour qu'il soit nécessaire d'y insister. U n'est pas nécessaire non plus de discuter ici les faits qui semblent justifier l'idée que le tubercule a des propriétés infectieuses et de le différencier de la scrofule qu'on lui donnait comme seule origine. Il est certain qu'il trouve un terrain très favorable chez les scrofuleux.
L'influence de cette dernière diathèse sur la série des modifications vasculaires et organiques qui suivent une lésion est celle qui nous intéresse le plus ; aussi après avoir établi d'une façon catégorique les différents modes suivant lesquels cette influence se manifeste, nous noos efforcerons de chercher la base la plus sûre pour le traitement de Tinflammation chez les scrofuleux.
C'est dans les premières années de la TÎe que les caractères de la scrofule sont le plus apparents. Us se montrent dans la tendance à l'hypertrophie des glandes lymphatiques, dans la propension à certaines formes d'éruptions ca* tanées, aux maladies des articulations et des os. L'effort que nécessite le développement à cette période de la vie semble surpasser la puissaoce vitale insuffisante de ceux qui sont atteints de cette diathèse innée ou acquise. Ce manque de puissance vitale se manifeste primitivement dans les qualités du sang ; par suite il se prodoit un manque de vigueur dans le mécanisme natritH aboutissant à des qualités inférieures pour les tissus et les organes que nous venons d'indiquer, mais surtout pour le système vasculaire. Un enfant scrofuleux grandit bien pendant quelques années puis, sans que rien puisse en rendre compte, il est enlevé parla méningite ou par une affection des vertèbres. La même particularité dans le développement des tissus se manifestera dans la réparation des lésions chei les scrofuleux. Dans le processus de l'inflammation réparatrice, la production et la germination cellulaires seront promptes et très marquées, mais le développement ultérieur des cellules en tissa sain peut manquer ou ne pas produire une réparation complète et parfaite.
Ainsi une entorse qui^ chez une jeune fille en voie de développement mais de constitution robuste, guérirait certainement en une semaine ou deux, traînera au contraire chez un enfant scrofuleux et pourra devenir le point de départ d une affection chronique de la jointure. C'est un état défectueux des propriétés vitales du tissa vasculaire qui expUque des résultats comme celui-ci, résultats qui ne sont pas rares chex les scrofuleux. Les capiUaires ne se forment pas assez vite dans les granulations qui s'organisent pour fournir un apport de sang suffisant ; les cellules constituantes cessent de se développer, elles demeurent dans un état d'hypertrophie qui n'est pas naturel et constituent ces matériaux qui donnent son nom et son apparence fusiforme à cette variété de gonflement qu'on appelle la dégénérescence gélatiniforme. Ce man-