TRAITEMENT PRÉVENTIF
C'est lui qui vient le premier en ligne. Nous comprenons par traitement préventif de l'inflammation l'emploi de moyens qui tendent à favoriser le processus de réparation, cette forme de rinflammation que nous appelons constructive avec Samuels; nous y comprenons en même temps les moyens que nous possédons pour diminuer tout excès de l'action vasculaire ou pour remédier à son défaut, car ces deux causes, en faisant manquer au processus son but réparateur et en produisant la destruction des tissus, constituent la forme destructive de l'inflammation. Nous devons favoriser l'inflammation constructive et éviter ou prévenir s'il est possible la forme destructive. Heureusement, dans la grande majorité des cas, ce double but peut être atteint par les mêmes moyens. Lorsque dans une plaie récente nous avons déterminé la réunion primitive il n'y a généralement plus rien à craindre de l'inflammation.
Gardant toujours en vue ce faitque l'inflammation n'est rien autre chose qu'un effort exagéré ou parfois perverti de l'appareil nutritif local qui s'efforce de préserver l'intégrité menacée de l'organisme, notre premier devoir est de favoriser de toutes façons l'accomplissement régulier des fonctions si importantes de la nutrition. Nous ferons cela en donnant de l'air pur, de la lumière et du soleil, une bonne nourriture, tout en accordant une attention sufûsante aux conditions si diverses qui permettent l'accomplissement régulier des fonctions. Les particularités constitutionnelles, les habitudes acquises d'un individu qui vient de subir une opération chirurgicale doivent toujours être l'objet d'un examen attentif; la nourriture du malade, sa boisson habituelle, les heures de ses repas et celles où il satisfait aux besoins de la nature, doivent être respectées autant que les circonstances le permettent. On doit le considérer comme une machine et le placer dans les conditions les plus avantageuses pour permettre
à cette machine de donner la plus grande sonuos de travail. 11 faut en même temps ne pas perdn de vue l'influence qu'exerce le moral sur Vtccomplissement des fonctions physiques ; il fiuU écarter la crainte et l'anxiété, inspirer, si faire se peut, l'espoir et la confiance. Gomme Claude Bernard l'a montré, l'appréhensiou d'un dangsr dimiuue la température normale du ooipi, température qui est maintenue par le trtfifl propre de la machine nutritive, tandis que l'espoir et les préoccupations de boa augure ont un effet stimulant sur la marche de la goériioiL Le chirurgien doit ensuite, pour prévenir F» flammation, éviter autant que lea circonstancei le permettent toutes les causes qui panent venir troubler le processus de réparation nv* mal, surtout celles qui provoqueraient des mi* nifestations excessives et dangereuses. Les phénomènes qui accompagnent l'action réparatrice^ bien que formant une partie du processus inflammatoire, doivent être reconnus et favorisés, jamais empêchés. C'est contre leur actioa excessive ou pervertie que notre art doit se gardef* Ce sujet sera discuté longuement plus loin; pour le moment et pour éviter toute répétition, nous renverrons à l'étude des causes prédisposantes et excitantes contenues dans les ptgei précédentes, en faisant remarquer que l'action nocive d'un grand nombre d'entre elles est manifestement facile à prévenir. Par exemple si un malade est sous l'influence de la maliria, s'il est d'une contrée palustre, il serait toot à fait indiqué de le placer sous l'influence prophylactique de la quinine, ou en d'autres termes d'ajouter quelques grains de quinine à sa dièle journalière. S'il est syphilitique, le chirurgien agirait judicieusement suivant le degré de l'empoisonnement constitutionnel, en le faisant profiler des propriétés toniques et hématopoîétiqoes de riodure ou des petites doses de bichlonire de mercure.
Mais de tous les moyens préventifs que nous puissions employer pour éviter une inflammation nuisible dans le traitement des plaies ouvertes, ce sont les précautions antiseptiques qui ont pris dans ces derniers temps la place prépondérante. En jugeant d'après les résultats seuls, sans se prononcer sur la théorie base de la méthode, en se plaçant uniquement an point de vue d'un empirisme intelligent, en suivant enfin la méthode qui semble promettra le plus de bénéfice à son malade, le chirurgien d'aujourd'hui est forcé par la logique des faits d'accepter le traitement de Lister. La cicnliisn* tion des plaiea onferlae ani» ancon tetnid M
TRAITEMENT DE L'INFLAMMATION
MD8 formation de pus, comme si elles étaient sous-cutanées ou sous-crustacées, constitue un de ces faits, et c'est là un résultat que Ton peut attendre avec toute la certitude que comportent les entreprises humaines,' si Ton observe avec soin tons les détails de la méthode antiseptiqoa. Do antre de ces faits est la diminution si marquée, pour ne pas dire l'absence complète, des formes infectieuses de Tinflammation et ëe la ièirre dans tous les cas chirurgicaux qui dès le débat ont été traités avec soin par la méthode antiseptique. Mais il faut remarquer que ce qui empêche son adoption complète ce sont les aOégatioas douteuses de beaucoup d'auteurs (et par saite leur faible adhésion à la nouvelle nMioda) et le peu de soins que l'on donne aux délifls par manque de foi, par jugement prématmé sur la question, par attachement aux ancMBaeB méthodes ou enfin par répugnance i appnndre des détails nouveaux et minutieux. Od 7 UTÎvera cependant, cela est probable, eomma conséquence des succès matériels obteinis Cane façon générale par les chirurgiens qui pratiquent la méthode antiseptique dans tons tes détails ; peut-être aussi ces détails serMit*ils heureusement modifiés. Pendant ce temps les antiseptiques prennent graduellement la place des antiphlogistiques ; ces derniers perdrai la confiance des praticiens à mesure que les premiers la gagnent, et de fait cette opinion fait tous les jours des progrès que les anlisepliqiHB constituent les meilleurs moyens préventib contre l'inflammation destructive.
L'expérience populaire n'est pas un témoigaage absolument à dédaigner dans l'appréciation des remèdes locaux destinés à prévenir les complications inflammatoires. Lorsque la chirurgie était encore indigne de s'appeler une idence, les applications les plus employées sur les plaies étaient des teintures spiritueuses, des sulMtances balsamiques, des résines, des térébenthines ; tous ces remèdes devaient sans aucun doute leur popularité comme vulnéraires à leurs propriétés antiseptiques. L'un d'eux, dont la réputation a plusieurs siècles, le baume eu emmnandeiur que préconisait déjà Ambroise Pure, a sa place dans la pharmacopée américame sous le nom de teinture composée de benjuin. Bien des plaies récentes pansées avec ce Tolnéraire qui est encore largement employé èiDS la pratique domestique et maintenues ensuite au repos se sont guéries sans aucune inflammation. L'onguent basilicum, ceratum rcftna?, possède une réputation populaire due aux mêmes causes. L'alcool était le pansement fa-
vori de Nélaton et possède encore des défenseurs enthousiastes ; il coagule, dit-on, les substances albuminoïdes, les rend imputrescibles, et en même temps contracte les vaisseaux capillaires empêchant ainsi leur pouvoir d'absorption. 11 jouit d'une grande popularité sous forme d'eau de Cologne ou de substances analogues. L'alcool camphré était employé par Valentin Mott sous forme de lotions, et Veau sédative de Raspail qui consiste principalement en camphre et en sel commun dissous dans l'ammoniaque est une panacée universelle en France.
L'axonge en application empêche le contact de l'air, et lorsqu'elle est mélangée à un baume antiseptique, elle forme la base de la plupart des onguents et des emplâtres qui servent au pansement des plaies. L'onguent péruvien de l'hôpital de New-York contient une drachme de baume du Pérou pour une once de cérat. La vaseline, qui est antiseptique et ne devient jamais rance, remplace peu à peu toutes les autres applications onctueuses.
Il faut remarquer que les pansements antiseptiques de toutes sortes ont pour caractère commun d'être des pan.«emi^nts rares ; la raison parait en être qu'il n'est pas nécessaire d'intervenir fréquemment. Celte circonstance seule impliquant le repos et permettant une température toujours égale, favorise une guérison rapide et complète ; toutes choses étant égales, cette forme de pansement qui demande à être moins fréquemment renouvelé doit toujours être préférée pour prévenir le mauvais état des plaies.
Addison rapporte le cas d'un enfant qui tomba dans un chaudron de puix bouillante ; en enlevant ses vêtements, les manches adhéraient si étroitement qu'on dût les laisser sur ses bras. L'enfant finit par guérir, mais son médecin Ait très surpris de voir les bras se cicatriser beaucoup plus rapidement et plus sûrement que les autres parties du corps qui avaient été pansées tous les jours.
En dehors de la question des antiseptiques, il est évident, au point de vue clinique, que l'exclusion du contact de Tair favorise une bonne guérison, et tend à empêcher la suppuration dans les plaies en surface, comme les abrasions et surtout les brûlures. Sur une petite échelle, l'emploi populaire des taffetas gommés en est une preuve. L'application immédiate d'une étoffe gommée imperméable a pendant longtemps rendu de grands services à l'hôpital de New- York, dans le traitement des brûlures. A King's Collège, de Londres, on emploie de la
WILLIAM H. VAN BUREN. — INFLAMMATION
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même façon un mélange d'huile de ricin et de coUodion.