REPOS ET IMMOBILITÉ
Les avantages qui résultent pour une plaie d'un repos parfait, et d'une absence de tout mouTement, ont déjà été indiqués dans nos remarques sur le mouvemefit considéré comme cause déterminante mécanique de Tinflammation. On ne saurait trop insister sur leur importance considérable, aussi bien au point de vue préventif que curatif , dans le traitement de Tinflammation, parce qu'on les estime toujours audessous de leur valeur, aussi bien chez les médecins que chez les malades. Les conseils que l'on donne à un malade en lui disant de maintenir au repos une partie blessée devraient élre accompagnés le plus souvent de bandages chirurgicaux rendant tout mouvement impossible. Un malade, même s'il est intelligent et docile, reste rarement complètement tranquille, lorsqu'il n'y est pas forcé physiquement, ou lorsqu'une douleur ne vient pas lui rappeler qu'il doit rester ainsi, douleur qui ne se produit jamais sans aggravation de la lésion ; aussi le chirurgien ne devrait-il pas se contenter de donner un avis, mais aussi forcer à le suivre. La mauvaise tournure que prennent des lésions insignifiantes situées dans des parties soumises à des mouvements constants, par exemple la suppuration d'une érosion légère au niveau d'une articulation, devrait nous servir de leçon, car le môme fait se produit pour les lésions d'un caractère plus grave.
L'inflammation destructive est souvent provoquée par des mouvements intempestifs ; chez les laboureurs ou les ouvriers par exemple, après une blessure négligée de la main, on peut voir s'étendre à l'avant-bras une inflammation envahissante qui ne se serait certainement pas développée, si l'on avait eu la précaution d'assurer à temps le repos et l'immobilité. La grande moyenne des malades ne comprend pas qu'il est nuisible de remuer une partie blessée, tant que ce mouvement lui-même ne produit pas de douleur. De même un ligament rompu après une entorse ne peut regagner rapidement son intégrité, si la partie à laquelle il appartient n'est pas rendue immobile; un œil enflammé ne peut se guérir lorsqu'on s'en sert constamment. Nous devons donc reconnaître, comme bien établi par l'expérience clinique, que des mouvements exagérés sont aussi certains de relarder le processus de réparation que
d'exciter les phases destructives de l'inflammation.
Les moyens dont dispose le chirurgien pour assurer le repos et l'immobilité d'une partie sont en premier lieu les attelles et les bandit ges, les sparadraps adhésifs. Même alors que le simple séjour au lit semblerait suffisant comme dans certaines fractures, il est généralemeol indispensable d'appliquer des bandages conte&> tifs. Dans les fractures du col du fémur par pénétration, ce serait la meilleure manière de rendre les parties immobiles. Les appareib inamovibles formés de bandelettes durcies pir du plâtre, de l'amidon, de la dextriae ou des silicates, sont faciles à appliquer et rendent des services dans beaucoup de lésions en dehon des fractures. Billroth déclare qu'il a un nombre beaucoup plus considérable de succès dans le traitement des entorses depuis qu'il a adopté le bandage plfttré et Sayre vient de démontrer la valeur du corset plfttré dans les affections de la colonne vertébrale. Les attelles en bds mince, les gouttières en étain ou en fil de fer, la peau préparée, la gutta-percha, qui peuvent être moulées sur les parties lésées, rendent des services dans les affections qui siègent au voisinage des jointures, car c'est là surtout qa'3 faut éviter les mouvements. Pour les petites plaies qui, lorsqu'elles sont négligées, penveot devenir la source de complications sérieuses, fl est bon d'employer les sparadraps adhésifis le taffetas gommé, le collodion. Dans les plûei de la face où une réunion rapide est très désirable pour éviter les cicatrices, le taffetas gommé est très utile, surtout lorsqu'il ne renferme pas de matière colorante. Il en est de même du collodion appliqué non sur la plaie elle-même mais sur les extrémités des fils, poor faire des sutures dans les opérations plastiques de la face.
L'opium, sous une forme quelconque, est le médicament par excellence pour assurer le repos, en soulageant la douleur et en modérant l'agitation qui est souvent une source nouvelle de complications après le pansement d'une plaie; il en est de même pour Texcilabiliiè nerveuse qui accompagne les lésions chirurgicales et surtout pour le délire trawnatique qui est l'expression la plus intense de Texcitation nerveuse, l'hystérie exceptée. Ce médicament, grâce à ces qualités, est d'une telle importance comme adjuvant dans le traitement delmflammation qu'il a acquis la réputation d'être indispensable. Cette réputation est due en premier lieu à sa propriété de diminuer le phénomène
TRAITEMENT DE L'INFLAMMATION
doolear* et en second lieu à son influence sur
iWtebnîté musculaire ; il empoche ainsi les
contractores et les spasmes, et par suite une
mobilité nuisible au niveau de l'inflammation.
C'est cette dernière propriété qui lui a valu sa
réputetioo dans le traitement de la péritonite ;
non seulement il arrête temporairement les
mooTements péristaltiques des intestins, mais
il lalentil l'action du diaphragme, favorisant
ainsi la production d'adhérences et éloignant
une si^ipnration fatale. L'opium est encore émi-
nanment atile pour prévenir les manifestations
destroctiTes de l'inflammation. Aussi après
avoir psoiaé une plaie, après avoir placé la partie
lésée dans Im position la plus favorable, l'indi-
eslûm estreVe de donner un calmant, s'il y a de
la dooleiir on de l'agitation.
ComBe pour tous les médicaments ayant une sdion, on peut abuser de cette propriété que possèdent les calmants de soulager les douleurs physiques et souvent même la faiblesse morale : Topinm ne doit être administré que s'il y a des iodicatione formelles pour son usage. Le plus sonvent Q trouble les fonctions de l'estomac et de l'Intestin et se joint au repos dans la position hoiBonlile, si souvent indispensable après les lèûons chirurgicales, pour nécessiter l'emploi des lasatifo ; il trouble par là la fonction si importante de lliématopoièse et il augmente ainsi la tendance aux troubles généraux et à l'état fébrile. De plus, l'administration d'un caliiiant, surtout si son effet a été favorable, donne an malade le désir de le voir administrer de DouTcau, alors qu'il n'y a plus d'indication snflisanteponr cela. Aussi, bien qu'il puisse être tsoté de profiter de ses propriétés, le chirurgien d<»t-fl se garder contre son abus ; il a en dépôt ce qui a été justement appelé un des dons les plus précieux de Dieu à l'homme et il doit être attentif à le distribuer avec sagesse.