GOUTTE
La goutte, comme le rhumatisme, respecte en général le travail réparateur et n'entrave pas d'ordinaire la cicatrisation des plaies. Néanmoins elle se manifeste parfois au lieu blessé par des fluxions, avec douleurs vives, capables de simuler l'inflammation franche, et qui ne sont que des congestions ordinairement passagères. La douleur se montre aussi sans lésion apparente et sous forme de névralgies. Dans ces cas, à la vérité, le processus curatif est momentanément suspendu ou retardé pour le moins. Plus tard des tophus peuvent se montrer autour des articulations blessées, et en cas de fracture on a vu se produire un cal exubérant Les petits traumatismes répétés chez les goût-
A. VERNEUIL. — ÉTATS GÉNÉRAUX ET TRAUMATISME
teux ont vraisemblablement pour effet le développement de certains néoplasmes, l'épithélioma en particulier. Plus que les plaies ouvertes, les lésions sous-cutanées, les entorses, attirent sur elles ces manifestations de la diathëse.
Le traumatisme à son tour influence la maladie, n n'y a guère d'exemple de trauma contracté pendant un accès de goutte, ni ayant provoqué le premier accès d'une goutte latente jusqu'alors. Dans les cas observés, la blessure atteignait, dans Tintervalle de deux accès, un podagre déjà touché plus ou moins souvent. De coutume, les attaques ainsi provoquées de vive force éclatent rapidement, du premier au quatrième jour par exemple. Généralement aussi elles sont peu intenses et peu durables, et semblent réveillées de préférence par les traumas légers. Pour ma part, je les ai vues deux fois succéder à la ponction de Tbydrocèle avec un trocart très fin. Dans un cas où Tinjection iodée fut faite, l'accès de goutte sembla agir comme dérivatif, car Finflammation de la vaginale fut nulle, insuffisante en quelque sorte, d'où la lenteur extrême de la guérison.
En cas de goutte invétérée ou de cachexie goutteuse, chez des podagres atteints de lésions rénales ou hépatiques, le pronostic s'aggrave. Des accidents plus ou moins sérieux peuvent envahir le foyer traumatique, mais c'est aux altérations viscérales qu'il faut surtout les attribuer, plutôt qu'à la dyscrasie goutteuse.
HBRPÉTISME.
Je lui donne une place ici, bien que je n*en fasse ni une diathèse distincte, ni une maladie constitutionnelle à part. Pour moi les herpétiques ne sont que des arthritiques, chez lesquels prédominent les manifestations du côté des muqueuses et de la peau.
L'herpétisme ne saurait donc agir sur les traumas qu'à la manière du rhumatisme et surtout de la goutte, en provoquant au lieu blessé des névralgies précoces ou tardives, intermittentes, rémittentes ou continues, et, du côté du tégument avoisinant le foyer traumatique, des congestions, des fluxions et enfin des dermatoses diverses, parmi lesquelles l'herpès occupe le premier rang, comme le démontrent des observations déjà nombreuses d'herpès traumatique.
Le traumatisme est incontestablement une cause déterminante des manifestations herpétiques ; il fait naître des éruptions cutanées, en des points où elles n'avaient jamais apparu
jusqu'alors, réveille avec la plus grande facilité celles qui étaient éteintes, et perpétue cellei qui existaient déjà dans la région blessée. Les plaies proprement dites agissent sous ce r^ port plus efficacement que les traumas profondii superficiels ou cavitaires.
CANCBR.
Les opérations chirurgicales sont si fMqoeates chez les cancéreux, qu'on doit naturellement rechercher si le cancer influence ou non le traumatisme, et, en cas d'affirmative, qaeDei modifications il apporte au travail répanleor.
Or il faut se rappeler 'd'abord que le caneer, quoi qu'on en ait dit, n'est point une milidie constitutionnelle distincte, — qu'il rentre dans une diathèse beaucoup plus étendue, la diathèse néoplasique ou disposition à produire des néoplasmes, spontanément ou sons Faction d'une cause déterminante — que k dlntbèse néoplasique elle-même est sous la dépendance étroite de l'arthritisme ; ce qui revient à dire que les néoplasiques et les cancéreoz ne sont autres que des arthritiques atteints d'une manifestation particulière de la maladie constitutionnelle.
Nous pourrions donc simplement renvoyer aux paragraphes ' précédents, mais quelques développements particuliers ne seront peut^tre pas inutiles.
Les cancéreux forment plusieurs catégories. Chez les uns, le mal est occulte, à l'état de prédisposition ; chez les autres, il existe déjà des manifestations bien caractérisées. Ceux-ci ne présentent qu'une seule tumeur; ceux-là offrent plusieurs dépôts cancéreux, disséminés en divers points du corps. Tantôt les masses morbides siègent dans les parties extérieures, membres ou parois des cavités splanchniques; tantôt elles occupent les viscères ou parenchymes profonds ; souvent on les constate à l'extérieur et à l'intérieur.
Enfin certains cancéreux ne présentent pas d'autres lésions que les tumeurs uniques ou multiples dont ils sont atteints; tandis que chez d'autres on trouve des altérations humorales ou des désordres plus ou moins graves, dans des organes exempts de tout dépôt néoplasique .
Chez certains sujets prédisposés, les blessures et presque exclusivement les contusions, semblent attirer sur elles les manifestations de la maladie. Avant la guérison complète, ou ]^us ou moins de temps après la guérison a]^a-
nota, le foyer traumatiquc est envahi par la oéoplasie : le cancer apparaît au point blessé.
Les cancéreux atteints d*une seule tumeur siégeant dans les organes non essentiels à la fie et dont les viscères sont sains, supportent bienle traomatîsme; le travail réparateur s'effectue convenablement. Les seules complications à craindre sont celles que Ton observe chez les arthritiques et qui présentent ordinairement peu de gravité ; telles, Therpès traumatiqae, les névralgies secondaires précoces, le retour des attaques de rhumatisme ou des accès dégoutte, etc.
Chose remarquable, je ne connais pas d'exemple authentique d'une plaie sanglante lidle sur un cancéreux dans une région exempte de cancer, et ayant subi elle-même la métamorphose cancéreuse. En cas d'ablation de tumeurs, quand l'exérèse a été précoce et largemeot exécutée, les cicatrices sont saines, solides, et généralement à l'abri des récidives, fui se montrent facilement au contraire dans des régions éloignées.
Les cancéreux affectés des dépôts multiples et Rurtoat de tumeurs viscérales, supportent fort ■•1 les blessures accidentelles et les opérations chinu'gicales. Un grand nombre d'entre eux nccombent à la suite de traumas même fort légers : fractures simples, ablation de petites tameurs, opérations palliatives, trachéotomie, inos artificiel, etc.
l^ tojer traumatique peut devenir le siège des accidents ordinaires des plaies : inflammations, héoiorrhagies, érysipèle, pyohémie, etc. ; nais plus Mquemment encore on y remarque leolement une absence à peu près complète du processus réparateur : réunion immédiate, détersion, formation de la membrane granulense, tout fait défaut. En même .temps il y a lèvre intense et adynamie profonde ; la mort nment souvent très rapidement sans qu'on plisse l'attribuer à Tune des complications tfsamatiques décrites.
Même terminaison habituelle chez les cancéreux cachectiques dont les grands viscères, foie, rein, ccBur, sont atteints de stéatose. Chez eux tontetbîs, les accidents qui entraînent la mort sont mieux caractérisés, et l'on retrouve les causes dassiques des insuccès opératoires : inflammations diffuses, érysipèles graves, septicéiDîe, pyohémie, hémorrhagies secondaires, etc.
Le cas suivant, malheureusement assez comman, est dans l'état actuel impossible à explifoer. On opère, d'une tumeur externe facilement accessible^ un cancéreux qui semble
exempt de toute lésion interne et présente les apparences d'une santé satisfaisante. La plaie ne marche point vers la guérison, les symptômes généraux apparaissent, la mort survient avec ou sans complications locales, et l'on ne trouve rien à l'autopsie, sinon quelques petits noyaux cancéreux disséminés dans le poumon, le foie ou d'autres viscères, et dont rien ne pouvait faire soupçonner l'existence.
Si le traumatisme peut provoquer Tapparitioii prématurée du cancer, en lui donnant pour porte d'entrée et lieu d'élection le foyer traumatique, il réagit plus fréquemment encore sur les tumeurs cancéreuses préexistantes. D'ordinaire il en accélère la marche et imprime une impulsion énergique à la prolifération. Ceci s'observe particulièrement en cas de blessure de la tumeur elle-même : contusions, ponctions exploratrices, opérations incomplètes, etc. Mais cette action excitatrice s'exerce également à distance. Maintes fois on a vu des ganglions petits, indolents, stationnaires, dont on n'avait pas cru devoir faire l'ablation en opérant la tumeur principale, acquérir rapidement un volume considérable, se ramollir. et s'ulcérer. Avant de pratiquer la castration, on examine avec le plus grand soin les régions iliaques et périrénales, et l'on ne découvre rien de suspect. Mais la cicatrisation de la plaie scrotale est à peine achevée, que le sujet accuse des douleurs lombaires et abdominales, et que la palpation découvre dans la profondeur de l'abdomen des tumeurs qui s'accroissent avec une extrême promptitude. Les traumas non opératoires ont la même puissance stimulante ; les plus bénins d'entre eux, les fractures simples, les contusions portant sur les membres, très loin par conséquent des cancers viscéraux, ont pu aggraver ceux-ci de manière à provoquer en quelques jours une mort tout à fait inattendue.
Dans quelques cas exceptionnels, le trauma, surtout s'il est opératoire, parait faire une révulsion momentanée et arrêter le progrès général de la maladie. Cette trêve est ordinairement passagère : à peine la plaie est-elle cicatrisée, que les dépôts cancéreux prennent ou reprennent leur marche envahissante.
Les opérations chirurgicales pour cancers, quand elles s'accompagnent de pertes de sang abondantes ou sont suivies de suppurations profuses ou prolongées, hûtent manifestement l'invasion de la caclicxic.
A. VERNEUIL. - ÉTATS GÉNÉRAUX ET TRAUMATISME
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trations, épanchements, tumeurs hématiques, etc.
A cette première cause de retard dans le processus réparateur local, il faut joindre une absence plus ou moins complète de processus néoplasique; les régénérations histologiques définitives surtout font défaut. De là des ulcérations atoniques, rebelles, de mauvais aspect, une suppuration interminable, le retard dans la consolidation des fractures ou la production de pseudarthroses définitives.
Le cal déjà formé peut se ramollir plus ou moins longtemps après la rupture osseuse ; on cite ménie des cas où le cal solide depuis plusieurs années s*est ramolli par suite d'une attaque de scorbut.
Rien n'autorise à croire que le traumatisme puisse engendrer le scorbut; on a cité des cas dans lesquels une plaie survenue chez un sujet bien portant en apparence avait pris l'aspect scorbutique, après quoi les autres symptômes de la maladie n'avaient pas tardé à se montrer. Or, on peut tout aussi bien expliquer ce fait en disant qu'au moment de la blessure le scorbut n'existait pas, et qu'il est survenu comme maladie intercurrente, ou qu'il était encore naissant, mal caractérisé, et qu'à la manière des autres diathèses il s'est montré d'abord dans le foyer traumatique considéré comme lieu de moindre résistance.
Chez les scorbutiques confirmés, les blessures, par la perte de sang primitive ou secondaire, par la suppuration prolongée, aggravent sensiblement l'état général et contribuent à la ruine de l'organisme.
LKUCOCYTHÉMIE.
Le nombre de faits recueillis jusqu'à ce jour est encore fort restreint, mais il prouve déjà l'influence funeste que la leucocythémie exerce sur les blessures accidentelles ou chirurgicales .
L'accident le plus souvent observé au foyer traumatique est Thémorrhagie rapide ou lente, presque toujours incoercible et amenant presque inévitablement la mort. Celte hémorrhagie ne se montre pas seulement après de grandes opérations; elle suit aussi bien des plaies insignifiantes, morsure de la langue, paracentèse abdominale, application de sangsues, coupure de la gencive, etc.
Les rares opérés qui ne succombent pas à la perte de sang périssent de phlegmon, de phlé-
bite, de pyohémie, de péritonite, surtout à k suite de la splénectomie.
Cette dernière opération pratiquée déjà une quinzaine de fois sur des leucocythémiques t toujours entraîné la mort. I
Quelques observations plus ou moins pro* hantes portent à croire que le traumatisoM peut engendrer de toutes pièces la leucoçytbAmie. On a cité d'abord des contusions spléni* ques, cas où l'hypothèse est acceptable, p<ii une fracture de cuisse, une entorse, l'exUipi» tion d'amygdales chroniquement enfUmméeSi en un mot de traumas n'altérant pas primitiTement la rate. Pour ces derniers cas au mdas, il parait plus probable que la leucoc|ttiémie préexistait, mais peu grave et à l'état latent, et que le traumatisme l'a aggravée et rendue évidente. Cette action stimulante est d'aiUeiirs démontrée dans un fait où une plaie de la jambe donna lieu à une péritonite partie de la rate malade.
Le traumatisme ébranle parfois l'organisme des leucocythémiques à ce point qu'ils tombent aussitôt dans un coUapsus rapidement mortel.
BÉMOPHILIE.
On serait certainement surpris de ne pas voir figurer dans la liste des états constitutionnels en rapport avec le traumatisme cette condition particulière à certains sujets, chei lesquels la sang tendrait à s'échapper par toutes les issoss et l'hémostase spontanée n'aurait aucune |ftpension à se produire.
Toutefois, avant de rappeler ce qui se troofl dans tous les livres, j'éprouve un certain embarras, parce que je n'ai vu dans ma pratique assez longue déjà aucun cas d'hémophilie — parce que les sujets chez lesquels j'ai constaté moi-même cette facilité des hémorrhagies et cette difficulté de l'hémostase étaient simple» ment des hépatiques, des paludiques, des dis* bétiques, des scorbutiques, des leucocythémiques, etc. ; — parce que parmi les observations publiées, la plupart sont très incomplètes, aussi bien au point de vue clinique que sous le rapport anatomo-pathologique ; — parce que d'aÛleurs ces observations deviennent de plus en plus rares à mesure qu'on connaît mieux les hémorrhagies diathésiques ; — parce que, poor dire ma pensée en un mot, je ne suis nullement convaincu qu'il existe un état spécial, méritant une place spéciale dans le cadre nosographique, et un nom spécial, et parce que si
léellement l'hémophilie existe, j'attends qu'elle ne soit un peu mieux démontrée.
STPHIUS.
Pendant sa durée toujours très longue, sinon même indéfinie, la syphilis peut se manifester oa disparaître plusieurs fois, être en d'autres termes alternativement patente et latente. Le premier état est commun au début de la mala- &, dans les deux ou trois premières années et |tii8 tard même, quand le traitement a été nul 00 imparfait. Dans les conditions opposées, le lyphUitiqae peut sans aucun indice apparent jouir pendant de longues années d'une santé excellente.
La a^plûlis peut donc être récente ou an* denna, éridente ou larvée, quand le traumatisme intervient. Dans l'immense majorité des cas, la hleasure évolue naturellement sans paraître infloencée par la maladie constitutionnelle; mais parfois il en est autrement, de sorte qae le travail réparateur est plus ou moins compromis.
n n'est pas inutile, pour faire apprécier les modifications subies, de rappeler que les procesiiis pathologiques de la syphilis ressemblent fart à ceux de la scrofule. En effet, on retrouve idcette prolifération, ces néoplasies conjonctives, ibondantes mais inutiles, superflues, nuisibles même, car le tissu nouveau étouffe les tissus tndeos et les remplace finalement par des productions fibreuses ou cicatricielles. On constate également des tendances à l'ulcération rebelle^ anx réparations indéfiniment egournées. On renarqoe qne les deux maladies constitutionnelles le faent volontiers sur les mômes systèmes : tégoment interne ou externe, système osseux, lyrtème lymphatique, etc.; — qu'enfin dans ieors périodes ultimes ou leurs formes graves des engendrent des produits en quelque sorte spéciaux et très voisins, le tubercule pour Tune, et la gomme pour l'autre.
On doit cependant inscrire au profit de la syphilis la tendance beaucoup plus prononcée qu'ont ses manifestations locales à disparaître spontanément ou à céder à la thérapeutique, quitta à revenir à la moindre occasion, sous la même forme ou avec un aspect différeat.
Ces données permettent de comprendre ce qui se passe parfois au foyer traumatique : En cas de fracture, le retard ou le défaut complet de consolidation, la réparation se bornant à ftramir un cal fibreux qui n'envahit point l'osaification ; en cas de simple contusion osseuse.
l'ostéite, la périostite, l'exostose, la périostose, les gommes suppurées, les abcès sous-périostiques, les dénudatlons osseuses, les nécroses interminables faute de séquestration naturelle.
La contusion, bien que bornée aux parties molles, y provoque des phlegmons indolents, parfois à marche chronique, suppurant à peine et laissant après eux ou des fistules, ou des indurations, ou des plaies ulcéreuses. Si la contusion est forte et circonscrite, la peau peut être frappée de sphacèle, et à la chute de Teschare on trouve une plaie ayant tous les caractères des syphilides ulcéreuses ou de la gomme ulcérée.
Des plaies par instrument tranchant peuvent également subir l'action de la dia thèse, quoique le fait soit plus rare. On a noté d'abord l'échec ordinaire de la réunion immédiate, et comme conséquence l'insuccès des autoplasties ; puis des modifications prochaines ou tardives dans la marche de la cicatrisation. Tantôt la plaie prend l'aspect d'une syphilide ulcéreuse, parfois même serpigineuse ; tantôt elle s'ulcère sans prendre l'aspect spécifique et ne guérit pas ; tantôt enfin elle garde l'apparence d'une plaie ordinaire, mais s'éternise ou encore se cicatrise quelque temps pour se rouvrir bientôt.
Au reste, incertitude complète sur l'époque à laquelle il convient à la diathèse de troubler le travail curatif. Ce trouble, en effet, survient immédiatement après la blessure, ou quelques jours après, et même quelques semaines ou quelques mois plus tard. Il est commun de voir la plaie suivre d'abord une marche normale, puis rester stationnaire, et à la fin prendre la livrée syphilitique.
La syphilis, pendant les premiers mois de son existence, envahit rarement les foyers traumatiques ; elle s'y porte plus aisément quand elle est plus ancienne, quand elle imprègne en quelque sorte plus intimement l'économie. Toutefois on ne peut, à cet égard, formuler encore aucune règle précise, puisque dans un très grand nombre de cas on a vu les traumas subir la métamorphose spécifique chez des sujets exempts de toute manifestation syphilitique depuis 10, 15, 20 ans et même davantage.
Les chances de cette métamorphose semblent du reste d'autant plus grandes que le trauma porte sur des tissus déjà altérés, même autrement que par la syphilis.
D'ailleurs d'autres exemples prouvent également la prédilection avec laquelle la syphilis s'empare des lieux de moindre résistance créés plus ou moins longtemps avant son invasion. C'est ainsi qu'on l'a vue plus d'une fois choisir
A. VERTWUIL. — ËTATS GÉNÉRAUX ET TRAUMATISME.
pour siège de ses manifestations locales d'anciens foyers traumatiques toat à fait éteints, et dont i sans elle la guérison ne se serait jamais démentie.
Si la qualité des tissus blessés établit une prédisposition évidente, si la qualité, du poison est probablement aussi pour quelque chose dans la détermination des formes bénignes, moyennes ou graves de Tempoisonnement, certes il est permis d'admettre à priori que les qualités de la constitution, c'est-à-dire l'état constitutionnel antérieur du syphilitique blessé, réagira sur le trauma, contribuera à modifier sa marche et ses terminaisons, et y appellera en certains cas la manifestation diathésique. Reconnaissons toutefois que ce qui est si probable n'est point encore démontré.
Chez les syphilitiques en état de cachexie ou atteints de lésions viscérales graves du côté du foie, du poumon, des reins, des centres nerveux, le travail réparateur ne se comporte pas mieux que chez tous les autres sujets à organisme ruiné et peut se compliquer des désordres communs à toutes les cachexies : gangrènes, hémorrhagies, inflammations diffuses, etc. Dans ces désordres, la part de la syphilis proprement dite est relativement minime ou du moins très indirecte.
Parlons maintenant de l'action réciproque. Elle manque beaucoup plus souvent qu'elle ne s'exerce : nous ne nous occuperons ici que des cas où elle est manifeste.
Le traumatisme ne saurait bien entendu créer la syphilis, mais il peut l'introduire dans l'économie, l'attirer au point blessé, l'aggraver, la faire passer de l'état latent à Tétat patent.
Dans l'immense majorité des cas, l'infection se produit à la faveur d'un trauma, à la vérité fort minime, presque microscopique. Nous avons déjà dit que les anciennes blessures étaient parfois envahies par les accidents syphiUtiques de préférence aux tissus sains ; mais les cas les plus communs sont ceux dans lesquels le traumatisme atteint des syphilitiques infectés depuis plus ou moins longtemps. Ici deux cas se présentent: ou bien il existe des manifestations syphilitiques évidentes, ou bien la maladie est tout à fait latente. Dans le premier cas, les lésions reçoivent une impulsion plus ou moins vive et deviennent plus ou moins graves ; dans le second elles semblent nattre de toutes pièces et envahir des organes ou des régions respectées jusqu'alors. Elle se montrent sous la forme d'accidents secondaires ou tertiaires suivant la période à laquelle est arrivée l'intoxication ches
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le sujet blessé. C'est la forme tertiaire qui prédomine quand la syphilis date de quelques années, alors môme qu'elle n'aurait jamais produit que des manifestations secondaires. Ca accidents se montrent au point blessé, dans le foyer traumatique ou dans ses environs ; c'esth manifestation locale fixée sur le trauma oa i distance, mais dans un seul organe ou dam une région circonscrite, ou enfin dans plusieon points de l'économie à la fois, comme s'il sV gissait d'une infection récente en voie de gén^ ralisation.
Les manifestations diathésiques ainsi proioquées de vive force par l'action stimulante Al traumatisme sont un précieux moyen de diagnostic et décèlent ainsi l'existence de syphîlii que les patients eux-mêmes ignoraient m croyaient depuis longtemps éteintes. Généralement elles ne présentent pas de graiité SKceptionneUe et cèdent assez aisément au Iraitemeot bien dirigé.
PALUDISMB.
Le paludisme est peut-être de tous les étals constitutionnels celui qui réagit le plus sur la foyer traumatique et qui réciproquement ressent le plus souvent le contre-coup du traumatisme; aussi, dans les pays où l'intoxicafioD palustre est endémique, s'attend-on à voir sans cesse le travail réparateur troublé par des accidents divers, pendant que les blessures de leur côté éveillent ou réveûlent la fièvre intermit* tente. Dans nos climats tempérés et dans les grandes cités, ces faits, pour être rares, n'es existent pas moins.
Le paludisme fait naître au lien blessé difwses complications telles que les hèmorrhagiflii les névralgies, Térysipèle, les spasmes et j» qu'au tétanos, complications qui alors offrent k type intermittent et qui cèdent à l'empbidB sulfate de quinine. Toutefois l'influence de l'empoisonnement ne se traduit pas inévitablement par des accidents périodiques. On voit, en effet, certaines plaies prendre mauvais aqiectou pour le moins rester stationnaires jusqu'au moment où, la cause étant soupçonnée, on donne les préparations de quinquina qui fonimenrdile. C'est surtout en cas de cachexie palustre que l'on observe cette longueur et cette insuffisance de la réparation aboutissant à des inflammatioBi graves, diffuses, à la gangrène même, et dont ne triomphe pas toujours la médication antipériodique.
Le traumatisme peul sunanlr dun ks ci^ constances suiTanlM t
itl RAPPORTS DES DIVERS ÉTATS CONSTITUTIONNELS AVEC LES BLESSURES. U5
i* Chez m si^et actuellement en proie à la lèTre intennittente. Dans ce cas la blessure, iurtontsieUeaétésuivied'hénfiorrhagie, aggrave lonsidérableinent et rapidement la maladie ;
2* Chez un siyet qui a été atteint jadis de iëTre périodiqae, mais qui semble en être comilètemeot gnéri. La blessure, alors même [a'elle est de peu d'importance : contusion, ractnre sous-cutanée, piqûre, plaie ou opération (gère, et que la guérison de la fièvre remonte iXm grand nombre d'années, 5, 10, 15 ans et lins, rappelle cette dernière ou en reçoit elle- Déme l'influence, se traduisant sous forme racctdents locaux intermittents. Il peut arrirer même que ces accidents : hémorrbagie, nérralgîe, spasme, au lieu d'élire domicile au point blessé, apparaissent en toute autre région du corps respectée par le traumatisme, ce qui indique daiiement le réveil de la maladie tout entière.
3* Ches on sujet qui n'a jamais eu la fièvre intermittente, et qui habite un pays salubre, mais qui a jadis séjourné dans une contrée paludiqoe. La blessure en pareil cas peut faire naître de toutes pièces en apparence la fièvre ou les accidents intermittents, il est bien clair que le traumatisme, ne pouvant engendrer à lui seul une intoiîcation véritable, n'a fait que pro- Toquer l'explosion d'une maladie latente jusqu'alors et la forcer à se trahir par des manifestations pathognomoniques. Ces derniers cas De sont pas très rares et on les observe précisément dans les grandes villes et dans les régions les pins saines. Il faut éviter de les confondre avec d'antres faits où l'intermittence se montre aussi, mais sans relation aucune avec le paludisme.
Tout d'abord on s'étonne qu'une maladie gé- Déralement bien caractérisée et facile à reconnaître puisse rester si longtemps et si complètement latente. On serait moins surpris si Ton se rappelait que la fièvre n'est pas absolument le seul indice de l'intoxication palustre, et que sans avoir eu jamais un seul accès dans une contrée infectée, on peut cependant être imprégné dn poison. L'anémie palustre, les névralgies larvées, caractérisent presque aussi bien le palo^ame que la fièvre tierce ou quarte.
n tnx prendre garde d'ailleurs, en quelque lien que ce soit, de confondre la fièvre réveillée avec ces cas assez nombreux où Tintermittence existe sans avoir pourtant la moindre relation STSC llnfection palustre. Je citerai entre autres ces Jtiaits curieux de blessure de la rate donnant iea àla qpUaite tramnatique, laquelle s'accompt^M d*aoe|^IMbaOsB nettement périodiques et
cédant vite à la médication quinique ; puis encore ces accès également intermittents, également justiciables du sulfate de quinine, et qui sont liés à des affections des voies urinaires chez l'homme dont le rein est intéressé.