‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 59 sur 343 · ALCOOLISME · texte numérisé non relu

ALCOOLISME

n faut étudier à part l'intoxication aiguë et l'intoxication chronique. L'ivresse simple modifie certains phénomènes primitifs des blessures : la douleur, la contracture musculaire ; elle peut obscurcir le diagnostic, principalement dans les lésions traumatiques de la tête et du ruchis ; elle rend parfois difficile le traitement de quelques affections chirurgicales, la pose des appareils, l'application des pansements; d*autres fois en revanche, en cas de résolution musculaire, elle facilite la réduction des luxations.

L'ivresse accidentelle n'a pas en général d'action marquée sur le processus traumatique et n'empêche pas l'exécution de certaines opérations d'urgence : trachéotomie, cathétérisme, hémostase, etc., elle constitue cependant une contre-indication à l'emploi des aneslhésiques : on y a eu recours autrefois comme agent thérapeutique dans diverses affections chirurgicales : luxations, tétanos, septicémie, etc. ; mais l'emploi des autres anesthésiques est bien supérieur si l'on veut obtenir la résolution musculaire, et si l'on veut user de l'alcool comme antiseptique il est inutile d'aller jusqu'à l'ivresse.

Le traumatisme modifie parfois le phénomène de l'ébriété dont il augmente ou diminue les effets, tantôt dégrisant celui-ci, tantôt rendant celui-là plus furieux encore.

L'alcoolisme chronique prédispose également aux blessures. L'ivrogne a des hallucinations, une tendance au suicide, il perd aisément le sentiment de la conservation et commet, même à jeun, une foule d'extravagances. L'acuité de ses sens est moindre, ainsi que la promptitude et la précision des actes protecteurs et défcnsifs. Si l'ivresse et l'ivrognerie disparaissaient, on pourrait réduire d'un tiers le nombre des lits dans les salles de chirurgie.

L'alcoolisme chronique modifie profondément le travail réparateur, nuit singulièrement à la guérison des blessures accidentelles ou chirurgicales, et aggrave beaucoup le pronostic du traumatisme en général. En effet, toute blessure, fût-elle de médiocre importance, contusion, fracture sous-cutanée, piqûre, écorchure, peut être suivie de mort chez les ivrognes. Cette ter-

A. VERNEUIL. — ÉTATS GÉNÉRAUX ET TRAUMATISME

mînaison est due souvent à des accidents partis de la plaie: lymphangite, épysipèle, hémorrhagie, phlegmon diffus, inflammation gangreneuse, sphacèle, le tout accompagné ou suivi de fièvre traumatique grave, ou de pyohémie, et de tout le cortège des symptômes adynamiques et ataxiques des toxémies graves .

Ces complications sont d'autant plus alarmantes que la composition chimique et la structure des humeurs et des tissus ont été plus profondément modifiées par Talcool et que les désordres portent sur des organes plus essentiels à la vie, comme le cerveau, ou régissant plus directement la nutrition, comme le poumon, le foie et le rein.

Elles n'entraînent pas toujours la mort prompte et peuvent môme disparaître assez vite ; alors le processus curatif momentanément suspendu reprend sa marche avec plus ou moins d'activité et de rapidité, mais il peut aussi subir de nouveaux temps d'arrêt, languir indéfiniment, et môme rétrograder. C'est alors qu'on observe des suppurations profuses, l'absence de réunion secondaire, la formation de plaies atoniques et d ulcères calleux. Après des alternatives diverses la guérison peut enfin se produire, mais il est au moins aussi commun de voir survenir de nouvelles complications rendant la lésion locale manifestement incurable et ne laissant d'autre alternative qu'une mort par cachexie ou une intervention chirurgicale des plus périlleuses.

Le danger des blessures chez les ivrognes n'est pas moins sérieux quand il résulte, par réciprocité, de l'action du traumatisme sur l'alcoolisme.

Il n'est pas rare de voir un trauma rappeler avec plus ou moins de violence des manifestations d'un alcoolisme latent ou qu'on croyait dissipé depuis longtemps, en première ligne le delirium tremens. Cet accident redoutable peut surgir presque subitement quelques heures après la blessure, et par une véritable action réflexe sur l'organe cérébral préalablement altéré, ou paraître plus tard quand le poison septique né dans la plaie et engendré par les complications locales a plus ou moins empoisonné le sang. Quoi qu'il en soit, ce delirium tremens d'origine traumatique présente une gravité considérable et résiste souvent à tous les moyens qu'on lui oppose.

Le di'lire n'est pas la seule névropathie que le traumatisme fait naître ou réveille chez les alcooliques; il faut noter encore les convulsions épileptiformes, les spasmes tétaniques, les hy-

peresthésies et anesthésies, les hallucinatioDS et autres troubles psychiques. ;

La réaction du traumatisme sur les autni viscères altérés déjà avant la blessure, pour être moins soudaine, moins bruyante, n'en est pas moins fort menaçante. Du cdté du tube digestif se montrent les vomissements, l'anorene parfois absolue, et le dépérissement qui en est la suite. Quand le foie est cirrhotique on stéttosé, les hémorrhagies secondaires sont fort à craindre, tout comme l'albuminurie et les phénomènes urémiques lorsque les reins sont altérés. En cas de dégénérescence graisseuse da cœur, il faut songer à Tasystolie qui t été observée plusieurs fois déjà chez les inognes et qui explique pour certains d'entre eox la mort soudaine ou très rapide.

En d'autres ternies, quand on se rappeUeqae l'alcool produit trois lésions principales : It stéatose et la cirrhose dans les parenchymes, l'athérome dans les vaisseaux, — que chei les alcooliques invétérés tous les tissus ou organes sont plus ou moins détériorés, toutes les foœtions plus ou moins compromises, on comprend que la mort puisse survenir de plusieurs foçoni et en quelque sorte par tous les organes ma^ jeurs.

A certaines lésions correspondent certaini désordres détruisant la vie par un mécanisme constant. Dans les écrasements des membres et les fractures compliquées, par exemple, on succombe à la septicémie aiguë. Le foyer tranmatique devient rapidement le siège d'une inflammation phlegmoneuse intense qui s*étend de proche en proche et envahit bientôt le membre tout entier; le tissu conjonctif s'infiltre de gaz et de fluides putrides, le sphacèle atteint d'emblée les parties contuses et la décomposition cadavérique semble commencer avant la mort.

L'intervention chirurgicale est à peu près inntile : amputations et résections restent Impuissantes. Les pansements antiseptiques appliqués aussitôt après l'accident ont sauvé quelques alcooliques blessés, mais en laissent snccomber encore un plus grand nombre.

MOHPHINISMB.

Nous ne possédons sur cette question que des documents rares et peu circonstanciés. L'opium, administré progressivement et à doses modérées, est plutôt favorable à la cure des blessures, et plus d'un chirurgien jen a préconisé l'usage dans les grands traumatismes.

JUis» comme pour Talcool, la différence est grande entre Fosage et l'abus, et de même qu'il I a un alcoolisme aigu et un alcoolisme chronique, il 7 a une intoxication aiguë et une intoiicaiion chronique par Topium. Cette deroière formey qui n*était jadis connue qu'en Orient, a envahi l'Occident à son tour depuis l'emploi si répandu des injections narcotiques aouA-CQtanées.

Le morphinisme chronique est le seul dont nous connaissions un peu les effets sur le traumatisme. C'est ainsi qu'on a constaté au siège des piqûres hypodermiques des phlegmons, des abcès, des plaques de sphacèle ; puis au foyer des plaies opératoires Térysipèle, le phlegmon bronxè, la suppuration orangée, en un mot des accidents qui ont beaucoup d'analogie avec ceux qu'on observe chez les alcooliques, les diabéljgaes et les albuminuriques.

Eb attendant que des autopsies bien faites tient montré la nature des lésions histologiqoes produites par l'intoxication morphinique lente» l'expérimentation et la clinique permettent déjà de rapprocher le morphinisme des états eonstitutionnels examinés plus haut. En dtéij en injectant à des animaux des doses toxifaes de morphine, on détermine de Talbumi- Binie, de la glycosurie, et des lésions oculaires comparables à celles que font naître ces deux naladies; on trouve de plus à l'autopsie une congestion intense des centres nerveux, du foie et des reins. Au reste celte albuminurie et cette glycosurie ont été notées déjà chez des morphiomanes. Charcot de son côté a vu survenir chei des morphiomanes un délire furieux, et dins un cas de pneumonie cette dernière affeclilB se termina par la gangrène.

n est aisé de comprendre que les morphinifoes présentent au point blessé des accidents dont ils pourraient être atteints en un point quelconque, sans complication directe et simplement par suite de l'empoisonnement même 00 des lésions viscérales engendrées par lui.

Nous ne savons rien de TinQuence réciproque que le traumatisme peut exercer sur le morphinisme. Rappelons seulement, comme fût intéressant les chirurgiens, que la chloroformisation exige des précautions particulières chei les sujets qui font habituellement abus de la morphine. Si chez eux la résolution est en général facile à obtenir, la narcose peut se prolonger infiniment longtemps et s'accompagner d'une hypothermie qui, dans quelques cas, a éreillé de légitimes inquiétudes.

A la suite de ces lignes sur le morphinisme,

il faudrait sans doute parler d'intoxications plus ou moins analogues causées par la belladone, • le tabac, le haschisch, et quelques autres subs* ' tances stupéfiantes. Malheureusement et jusqu'à nouvel ordre nous devons, faute de ren« : seignements, laisser en blanc une place que l'avenir remplira certainement.

SATin.NISHE.

Les matières animales et végétales n'ont pas seules le fâcheux privilège d'empoisonner l'organisme et de faire naître, comme les maladies générales, des étals constitutionnels permanents ; les métalloïdes et les métaux ont aussi la même propriété. On possède de précieuses notions sur ce genre d'intoxications, dont plusieurs ont même reçu des noms particuliers. C'est ainsi qu'on dit déjà Viodisme, Yhydrargy" risme, le saturnisme, et qu'on dira biontôt le pf^osphorismey l'arsentcisme, etc. La liste s étendra singulièrement le jour où on relèvera dans la pathologie des artisans tous les états morbides spéciaux provoqués par l'emploi continuel de telle ou telle substance toxique.

Ces poisons naturellement apportent à la composition chimique de nos humeurs et à la constitution hislologique de nos tissus et organes des modifications dont quelques-unes déjà sont bien décrites. Naturellement aussi ces dyscrasies et ces lésions périphériques ou viscérales modifieront en cas de blessure le processus réparateur. Malheureusement nous ne pouvons faire ici que des conjectures et des hypothèses, les chirurgiens ne s'étant pas occupés jusqu'alors de la manière dont se comportent les traumatismes chez les sujets intoxiqués par le phosphore, l'arsenic, le mercure, etc.

Plus désireux de marquer une place pour ces recherches que capable d'éclairer le sujet par mon expérience personnelle, j'ai fait un petit chapitre saturnisme parce que j'ai déjà recueilli quelques observations de saturnins blessés. Chez l'un d'eux une contusion fit renaître une attaque de colique de plomb ; chez un autre une plaie insignifiante du gros orteil fut suivie d'une lymphangite à marche rapide. Chez un troisième, l'invasion du saturnisme fit rouvrir un foyer de suppuration fermé depuis dix ans. Deux amputations, l'une de jambe, l'autre de bras, pratiquées chez des saturnins, ne furent suivies d'aucun accident.

On ne pourra arriver à quelques conclusions que lorsqu'on aura réuni des faits plus nombreux.

A. VERNEUIL. — ËTATS GËNËBAUX ET TRAUMATISME.

BÉPATISME, NÉPBRISME, CABDISME.

Nous avons déjà posé en principe que toute lésion ancienne ou sérieuse d'un viscère important, quelles qu'en soient l'origine et les causes, arrive, après un temps plus ou moins long, à changer d'abord la composition chimique des humeurs, puis la constitution anatomique des solides, à créer en un mot un état morbide général imparfaitement défini peut-être, mais aussi compromettant pour la vie qu'une maladie bien déterminée.

Sont ainsi métamorphosés inévitablement en malades les sujets atteints d'affections du foie, des reins, du cœur, de la rate, des poumons, de l'intestin, et sans doute aussi du cerveau.

11 est vrai que chez beaucoup de ces sujets la lésion du foie, du rein; du cœur, etc., n'est ni primitive, ni isolée, et qu'elle fait, au contraire, partie d'un ensemble morbide préexistant; que par exemple tel hépatique sera alcoolique, tel rénal goutteux, et tel cardiaque rhumatisant. Néanmoins, tout en tenant compte de la maladie générale, il y a grand intérêt à rechercher également quel aspect particulier peut lui donner l'altération plus prononcée de tel ou tel grand viscère.

En effet, les maladies générales n'atteignent pas toujours les mêmes organes et ne s'y fixent pas toujours avec la même intensité ; tous les rhumatisants ne sont pas cardiaques ; tous les alcooliques n'ont pas le foie malade, et on peut être goutteux tout en conservant des reins en bon état. Or, en clinique, il y a lieu de rechercher :

i ^ Quelles différences présenteront trois rhumatisants dont l'un aura une lésion mitrale, le second une lithiase biliaire et le troisième une albuminurie ;

2* Quelles différences offriront trois hépatiques ayant pour causes de leur lésion : l'alcoolisme, la syphilis, ou une suppuration osseuse prolongée.

Sur le terrain chirurgical, l'importance de ces recherches n'est pas moindre, Texpérience ayant démontré que les blessés sont exposés à des accidents sérieux toutes les fois qu'un de leurs grands viscères est préalablement affecté, puis que des rapports étroits existent entre la nature des accidents et la lésion de tel ou tel viscère. . J'ai cru bon de reproduire ici les quelques notions que nous possédons sur ce sujet. Toutefois il est nécessaire d'avertir que si le cadre est dressé, il ne saurait être actuellement

rempli. Nous n'avons de renseignements m peu précis que sur les états créés par les affections hépatiques, rénales et cardiaques; pfau tard sans doute on pourra compléter la série.

Hépatisme. — Il est difficile de définir exact6 ment cet état et d'indiquer brièvement les troubles généraux qui le caractérisent, car les lésions du foie sont nombreuses, de nature très diverse, souvent latentes à leur début, pendant toute leur durée et même quand elles sont à un degré avancé, traduites enfin par une symptomatologie assez complexe.

Néanmoins il est vrai de dire qu'elles portent plus particulièrement atteinte aux fonctions des appareils digestif et circulatoire et qu'elles compromettent la nutrition par les changements produits dans la quantité et la qualité du sang.

Évidemment chaque lésion hépatique distincte : congestion chronique, cirrhose atrophique ou hypertrophique, stéatose, amylose, syphilome, lithiase, rétention biliaire, cancer, kyste, agit à sa manière et avec plus ou moins d'intensité sur la nutrition, la digestion, la circulation périphérique ou cardiaque, la composition et la genèse du sang ; mais au point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire en ce quiconcerne les rapports des affections du foie et des blessures, les différences ne sont pas aussi nuuv quées qu'on pourrait le croire. En effet, à Ftotopsie des sujets hépatiques ayant succombé aux suites de leurs blessures, on a trouvé les altérations les plus diverses : stéatose, cinhose, périhépatite ancienne, amylose, lithiase, cancer, hydatides méconnues, etc. Tout poite à croire que le nombre des faits se mulfipliant, on arrivera à des résultats moins confus, mais en ce moment on est encore forcé de signaler uniquement l'influence des affections du foie prises en bloc sur le traumatisme et réciproquement

Affirmons d'abord sans crainte d'être démenti que cette influence est généralement néfaste; que toute blessure est grave chez un hépatique; que tout hépatique blessé est en péril, et qu'en cas de coïncidence le pronostic s'assombrit pour chacun des deux membres de rassociatlon morbide. Après cette déclaration, d l'on réflé chit à l'extrême fréquence des altérations secondaires du foie, à sa dégradation presque inévitable par les agents toxiques : alcool, a^ senic, poison palustre, poison septiqiie; à son envahissement plus ou moins tardif lA^sqna k rein, la rate ou le cœur sontaf **«<^

ment; à sa participation ^ 4

toutes les cachexies : l«

fanùentBf etc., on comprendra de quel poids pèse lliépatisme dans les indications et contreindicatioos chirurgicales, et on s'étonnera sans doute qQ*un fait aussi majeur soit resté si longtemps méconnu.

Les principales complications observées au foyer de la blessure chez les hépatiques sont : les inflammations de mauvaise nature : le phlegmon bronzé, érysipélateux, diffus ; le sphacèle ; rérysipèle ambulant, et comme conséquences oatorelles de ces accidents locaux, les Gèvres traumatiquee graves, la septicémie à forme •dynamique, la pyohémie à marche rapide. Les hémorrhagies secondaires artérielles, veineuses, capillaires, sont surtout à redouter en raison de leur fréquence, de leur gravité, et du peu d'efficacité des moyens hémostatiques commoDi. Le sang, d'ailleurs, ne sort pas feulement des vaisseaux blessés ; il s'échappe aussi à distance par les muqueuses nasale et intestinale.

Indépendamment de ces accidents aigus et gravesy on voit encore chez les hépatiques les plaies prendre mauvais aspect, rester atones, languissantes, fournir un pus abondant, mais lèreax et fétide, en un mot ne présenter auoine tendance à la cicatrisation . J'ai observé plusieurs fois déjà ce processus torpide à la légion anale, alors qu'il n'y avait nulle lésion labercnleuse des poumons.

Les traumas, bien qu'exempts par eux-mêmes de tout phénomène insolite, peuvent réagir directement sur les affections hépatiques préeiîstantes, faire reparaître par exemple l'ictère, la colique biliaire, l'anasarque, l'ascite, les vomissements opiniâtres, l'anorexie obslisèe, la diarrhée profuse, etc.

Sous cette inûuence funeste, tel hépatique fù était dans un état passable et que rien ne oieoaçait prochainement, entre bientôt dans la période de cachexie et finit par succomber au bout de quelques semaines ou de quelques mois.

Mais Faction excitatrice du traumatisme peut être infiniment plus rapide et surtout plus terrible. C'est ainsi qu'on voit un sujet atteint de cancer du foie, de cirrhose, de lithiase biliaire, tomber bientôt après la blessure dans un état ragae, sans nom, sans physionomie bien tranchée, et succomber ainsi en un petit nombre de jours, tout comme les albuminuriques et les diabétiques blessés.

Les probabilités pour l'apparition des accidents locaux ou pour l'action réciproque du traumatisme sur l'hépalisme ne sauraient être

en aucune façon déduites de la nature ou de la gravité des traumas. On a vu la vie fortement menacée et même détruite presque aussi souvent à la suite de blessures légères, piqûres de sangsues, paracentèse abdominale, ouverture d'abcès, fractures et luxations sous-cutanées, que par suite d'opérations sérieuses ou de plaies graves : fractures compliquées, contu« sions fortes, kélotomie, castration, amputation, ablation de tumeurs.

Néphrisme, — C'est l'état général qui s'observe chez les sujets atteints d'une affection rénale grave, ancienne ou récente. Cet état peut être aigu ou chronique, temporaire ou prolongé, latent ou révélé par des symptômes plus ou moins évidents, au premier rang desquels se placent les qualités de l'urine.

Le rôle que joue la sécrétion urinaire dans l'épuration du sang fait aisément comprendre et jusqu'à un certain point prévoir les altéra* tions que subit le fluide nourricier quand le parenchyme rénal ne remplit point son rôle éliminateur. Le néphrisme se rapproche beaucoup des toxémies, avec celte différence que le poison ne vient pas du dehors, mais bien du dedans, manifestant ses effets dès qu'il est accumulé dans la masse sanguine et faisant effort pour s'échapper par des voies complémentaires.

En même temps qu'elles entravent Tindispensable expulsion de matières superflues et nuisibles, certaines lésions rénales permettent encore la spoliation du sang par la sortie malencontreuse de principes utiles, ce qui a lieu dans l'albuminurie par exemple.

Le sang adultéré ou appauvri nourrit mal les tissus ; le poison en cherchant des issues insolites altère les organes, de sorte qu'au bout d'un certain temps existe une véritable maladie, totius substantiaB, Les fonctions digestives deviennent languissantes, le cœur s'altère, la circulation périphérique s'embarrasse; le sang s'échappe de ses voies et la sérosité s'accumule partout où existent des espaces séreux ou conjonctifs. Enfin les centres nerveux eux-mêmes participent aux désordres.

Les affections rénales, qui sont nombreuses, ne produisent le néphrisme ni avec la même rapidité ni avec la même intensité, mais à la longue, si elles persistent, elles finissent toujours par ruiner l'organisme. Les néphrites généralisées, interstitielles ou parenchymateuses, l'hydronéphrose, la dégénération kystique, sont particulièrement graves ; la lithiase rénale, la pyélo- néphrite viennent ensuite, puis

A. VERNEUIL. — ÉTATS GÉNÉRAUX ET TRAUMATISME

la stéatose et l'amylose. Mais au point de vue chirurgical nous pouvons répéter ce que nous avons dit plus haut à propos des affections du foie, c'est-à-dire que nous ne sommes pas en mesure de dire maintenant quelle néphrite, par exemple, aggrave le plus le traumatisme et en reçoit à son tour Taccroissement le plus funeste. Nous devons nous borner à dire que la coïncidence d'une blessure et d'une affection rénale quelque peu profonde entraîne un pronostic très fâcheux.

Les accidents locaux des plaies chez les rénaux se rapprochent beaucoup de ceux qui ont été signalés déjà chez les hépatiques. C'est ainsi qu'on note les hémorrhagies secondaires, les inflammations diffuses du tissu conjonctif ou des lymphatiques, les érysipèles graves, le sphacèle, Tostéo-myélite, lapyohémie, et comme complications moins sérieuses l'œdème persistant, la lenteur extrême du travail réparateur, la suppuration séreuse interminable, l'aspect boursouflé, saignant, grisâtre des bourgeons charnus, etc.

La mauvaise apparence des plaies s'observe surtout quand elles ont porté sur des tissus déjà infiltrés, comme cela arrive en cas d'albuminurie.

A ces conditions fâcheuses du foyer traumatique, se joignent naturellement des phénomènes généraux, et surtout une fièvre plus ou moins vive souvent accompagnée de frissons. 11 ne faudrait pas toujours en pareil cas croire à l'existence d'une pyohémie. En effet l'accès qui fait craindre l'invasion de cette redoutable complication peut être simplement d'origine rénale, c'est-à-dire provenir du retentissement du traumatisme sur l'affection antérieure du rein. Aux approches de la mort, il n'est pas rare de constater une hypothermie très prononcée.

Si les complications locales des blessures enlèvent un certain nombre de rénaux blessés ou opérés, peut-être la mort survient-elle plus souvent encore par l'action inverse, c'est-àdire par l'aggravation rapide ou progressive que le traumatisme apporte aux lésions rénales préexistantes.

Parmi les opérations, il faut distinguer particulièrement celles qui portent sur l'appareil urinaire lui-même, telles : la taille, la lilhotritie, l'uréthrotomie, et aussi les débridements nécessités par les infiltrations sanguines ou urinaires. I^n les supposant bien exécutées et convenablement traitées dans la suite, ces opérations sont fort bénignes quand les reins sont

en bon état ou faiblement altérés. U en est tout autrement quand il existe une variété quelconque de néphrite. La mortalité devient aion considérable, les opérés succombent d'ord^ naire en peu de jours à l'ensemble des symptômes généraux qui signalent les phases ultimes des affections rénales abandonnées à elleimêmes : inflammations diffuses, gangrène, sirf> fusions séreuses dans les plèvres et le péricarde, œdème pulmonaire, accidents urémiques, comateux, dyspnéiques, éclamptiques, etc. Les blessures et opérations périphériques penveat également, et sans que le foyer traumatigne se comporte anormalement, amener k mort prompte, mais d'ordinaire la marche des acàdents est moins brutale : une albuminurie latente se déclare ou bien s'aggrave, la néphrite se réveille avec fièvre, troubles dyq^^ques, vomissements, sécheresse de la langue, ^c; l'anasarque apparaît ou s'étend. Tout peut rentrer dans l'ordre, mais il n'est pas me de voir l'affection rénale ainsi surexcitée prendre dès lors une allure continue et s'accroître sans cène jusqu'à causer la mort plus ou moins longtemps après la guérison du trauma.

Une blessure a plus d'une fois déjà provoqué la première apparition ou le retour soudain ds la colique néphrétique.

Le traumatisme portant sur une région donnée du système nerveux central a pu faire naftre une albuminurie ou une polyorie généralement passagère.

Les blessures du rein lui-même sont graves quand elles provoquent l'oligurie et soirlDiit l'anurie, car les symptômes,' bien qu'accideDtellement produits, impliquent un état de l'économie tout aussi grave que s'ils résultaient d'une ancienne lésion rénale.

On ne comprendra bien l'influence réciproque du traumatisme et du néphrisme que lorsqu'on aura démontré que toute blessure modifie la composition de l'urine, que toute modification de l'urine suppose une modification correspondante dans la composition do sang, cl que cette modification peut dans certains cas agir sur le travail réparateur.

Cardisme. — Les troubles de la circulalioQ centrale, même intenses, ne dérangent pas 1& marche du processus réparateur, s'ils sont passagers. Au contraire, les lésions valvulaires et les dégénérescences du myocarde peuvent, en changeant les conditions statiques et dynamiques de la circulation tout entière, modifier la composition chimique du sang, détériorer de grands viscères comme le îdé cm les pM-

alièxer le tissa conjonclif si indispensai deatrisation, en ua mot créer localesi dans tout Torganisme des conditions ^Torables à la bonne évolution du tra- ; cicatrisation. Ainsi, plusieurs fois déjà, loté chez les cardiaques des hémorrhaassiTeSy tantôt secondaires, précoces ou !8, en tout cas difficiles à arrêter, puis un ( considérable de la région blessée, et au dn gonflement, des plaques d*érythème, lèle, de sphacèle même, comme on en tre sur tous les tissus infiltrés quelle que canae de l'infiltration ; enfin une atonie [oi métamorphose facilement la plaie en et tourne indéfiniment la cicatrisation.

feadkm du traumatisme sur les cardiopapréexistantes est beaucoup plus sérieuse !, sans parler des syncopes graves, mormême, qui peuvent suivre immédiatea blessure. On voit assez fréquemment, de dégénérescence graisseuse du cœur, ilatîon et la respiration s'embarrasser et nés succomber rapidement sans que rien taire prévoir cette terminaison, et quand ooiUait aller pour le mieux. On a mis sur ipte du chloroforme et du choc plus catastrophe due simplement à l'arrêt le on lent d'un cœur déjà afi'ecté.

i des cas moins graves, le traumatisme le à révéler des cardiopathies méconnues rées même des patients, à accroître les ^mes, et en particulier Tanasarque et les ODS séreuses, à augmenter les phénod'oppression, de dyspepsie, en aggravant ordres secondaires du côté des poumons, n'avons que peu de renseignements sur sures chez des sujets atteints d*anévrys- : l'aorte. J'ai pourtant connaissance de la i d'un sac anévrysmal, survenue à la e la simple ponction d'une hydrocèle, Qce de la tumeur sanguine n'étant point nnée.

>pére souvent sur des membres atteints orne artériel, et on dit qu'en pareil cas norrhagies secondaires sont à craindre, ssertion ne parait pas bien démontrée et >eaucoup plus à redouter la gangrène en plaie contuse, ou le sphacèle entier ou des lambeaux d'amputation. Une comn peut-être encore plus grave serait me- 3 ; à partir du point blessé, le vaisseau nmant, une endartérite aiguë desceners la périphérie et remonterait jusqu'à arde, entraînant toutes les conséquences X facile de prévoir.

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