CARACTÈRES ANATOMIQUES DU RACHITISME
le tissu mou, les fragments ne se déplacent pas et ne donnent pas probablement lieu à de la crépitation. Le dépôt de sels calcaires est si réduit, dans les cas typiques, que « les os, dit Trousseau, peuvent être coupés avec un couteau plus facilement qu'une carotte ou toute autre racine molle ». A Tétat sec, le poids spécifique n*est que le sixième ou le huitième du poids normal. Un auteur déclare que l'os rachitique desséché est parfois tellement poreux, par suite de la faible quantité de chaux, qu'il est possible de respirer à travers comme à travers une éponge.
Ordinairement, les os qui présentent de la façon la plus frappante les déformations rachitiques, et qui par suite doivent être l'objet d*un examen minutieux en clinique, sont les os du crâne, les côtes, surtout à leur extrémité stemale, le rachis, spécialement son extrémité inférieure. Il est rare que la maladie, quand elle existe, ne soit pas décelée par ces os, et cela d'une façon plus évidente que par les autres. Ce sont les premiers atteints, et l'extension du mal le rend appréciable à l'observateur.
AltéraÈkmz des os du crdneé — Ces os subissent dlmportantes altérations, leurs bords qui Gorrespondent aux cartilages épiphysaires, de- Tîeanent le siège de proliférations, et s'épaississent Cet épaississement et le retard dans les soudures osseuses, donnent lieu à des sortes de sUkms dont on peut suivre la trace avec le doigt et qui parfois sont appréciables à l'œil nu. Le rachitisme produit l'élargissement du crâne, mais l'élargissement semble plus grand qu'il n'est réellement, à cause de l'arrêt de développement des os de la face. Dans une discussion sur le rachitisme à la Société de pathologie de Londres (1), on a établi que sur dix-sept enfants d'au âge moyen de 4,72, la circonférence de la tête était en moyenne de 21,22 pouces, tandis qaechesles enfants du même âge, non rachitiqnes, cette même moyenne était de 1 9,95 pouces. Le retard dans l'ossification se manifeste non leolementparrécartement des sutures, mais encore par les largesdimensions des fontanelles qui restent non oblitérées longtemps après l'époque babitnelle. La fontanelle antérieure doit se fermer entre le quinsième et le vingtième mois ; dans le rachitisme, elle reste membraneuse jusque dans la seconde et même la troisième et la quatrième année. Comme l'examen de la fontanelle antérieure est devenu un point important dans la détermination du rachitisme, il faut avoir présent à l'esprit que la surface de cet espace
{\)L4meet, ISSO, tome II, p. 1017.
s'acçrolt jusqu'au septième mois, qu'elle atteint alors son maximum, et qu'après le neuvième mois elle va progressivement en décroissant. La forme de la tête rachitique varie: en général, au lieu d'être arrondie, la forme tend à devenir carrée ; dans un autre type parfois observé, il n'y a pas de saillie angulaire, mais le diamètre antéro-postérieur est augmenté. Dans la tête carrée, le front est projeté en avant, et les protubérances frontales et pariétales sont extraordinairement proéminentes, les sutures sont déprimées ainsi qu'il a déjà été mentionné, et les faces antérieure latérales et postérieure du crâne sont plus aplaties qu'à l'état sain.
La suture lambdoïde qui devrait se fermer vers le quatrième mois, et la suture sagittale qui devrait se fermer à la fin de la première année, ont peu de tendance à la soudure alors que la seconde année commence. La proéminence des bosses frontales et pariétales est le résultat de la prolifération exagérée du périoste à la surface de ces os.
Craniotabes, — L'amincissement des os du crâne par places, au point de faire perdre au cerveau toute protection, a été signalé depuis longtemps dans les examens do têtes rachitiques; mais, avant le D' Elsasser, on avait négligé l'étude du mal qui peut en résulter pour l'enfant.
L'usure du crâne survient chez la plupart des malades avant un an et dans beaucoup de cas avant huit mois. 11 a déjà été fait allusion à son existence chez le fœtus, existence démontrée par le cas publié dans le New-York obstétrical Journal en 1870 et dans le cas de Heitzmann. Les facteurs dans la pathogénie de cet amincissement sont le ramollissement rachitique des os et la pression, de dedans en dehors par le cerveau, de dehors en dedans par l'oreiller. Par suite, les régions de la voûte crânienne où survient cette usure sont les postérieures et les latérales, l'occipital et la moitié postérieure des pariétaux. Si l'enfant se couche habituellement sur un côté, dans son berceau, c'est sur ce côté qu'apparaît le craniotabes, alors que des portions du crâne non exposées à la compression ne présentent pas d'amincissement. Les points mous cèdent quand on appuie sur eux, ils paraissent translucides sur le cadavre, quand on les met à la lumière ; le degré de résorption varie beaucoup avec le degré de ramollissement rachitique et la continuité de la pression. Dans quelques cas, il n*y a que quelques dépressions comme des érosions au fond desquelles il ne resterait qu'une mince couche d'os ; mais, dans d'autres cas, et ils ont été particulièrement examinés et étudiés par les