TRAITEMENT DU RACHITISME
de préférence avec rallment pour enfants Liebig préparé par Hanley, Horlick ou Mellen. Le lait coodeosé est maintenant en usage dans les villes, et les compagnies américaines le préparent aussi bien que la compagnie anglo-suisse ; mais il n'a pas d'avantages sur le lait ordinaire, si on peut se procurer régulièrement du lait frais. Le seul avantage, c'est qu'il peut être conservé plus longtemps sans fermenter. Pour les enfants de cinq ou six mois, il faut un mélange de farineux et de lait, d'abord en petites quantités, puis on augmente les proportions avec l'âge. La farine d'orge, la farine de gruau, le pain rassis finement émiellé, l'aliment Ridge, Vimpirial'granum du commerce, sont autant d'aliments convenables qu'on peut ajouter au laiL Chez les enfants ayant près d'un an, il faut varier beaucoup la nourriture : on peut leur donner une pomme de terre cuite au four et écrasée fin comme de la farine, du jus de bœuf, du pain rassis avec du beurre, du biscuit à la soude avec du beurre (soda cracker). J'ai dit ailleors que dans l'un des établissements de NevF-Yori[, le rachitis, d'abord fréquent, avait presqu'entièrement disparu, grâce à une alimentation plus généreuse et spécialement à l'usage d*un peu de bouillon concentré (beef-tea). Cependant il ne faudrait pas donner d'instructions absolues en ce qui regarde le régime alimentaire. On peut le modifier selon la saison et selon quelques particularités individuelles. Le lait de vache ne convient pas à quelques enfants, et pendant les temps chauds il déplaît à beaucoup; aussi est-il nécessaire de le remplacer par qoelques farineux, peut-être du jus de viande 00 da blanc d'oeuf.
Les médicaments qui améliorent la nutrition et fortifient Tétat général, sont plus ou moins utiles dans le traitement du rachitisme, mais d'après la nature même de la maladie, on com-
prend que la chaux soit spécialement indiquée. Je n'ai pas exclu, comme d'autres observateurs, l'usage de l'huile de foie de morue, parce que je crois qu'il répond à une indication utile, celle d'améliorer la nutrition générale. On se trouvera bien, dans un grand nombre de cas, de la prescription suivante :
^ Huile de morue, de 4 à 8 onces,
Eau de chaux
Sirop de lacto-phosphate de chaux
4 onces.
On pourra en faire prendre : une cuillerée à thé quatre ou cinq fois par jour à un enfant d'un an. Cette potion pourrait être trop laxative dans les mois d'été, on se servira, en place^ de l'eau de chaux , ajoutée au lait , ce qui constipe. Fleischmann recommande les préparations de fluorine afin d'augmenter et de durcir l'émail des dents. Je n'ai aucune expérience de ces remèdes, mais leur emploi me parait justifié par la théorie. Il recommande l'usage de la fluorine chez les enfants de dix à dix-huit mois, sous la forme de pastilles d'Ehrhardt ou de Hunter, ces pastilles contiennent du fiuorure de potassium. On en donne une par jour.
Parmi les autres agents de quelque utilité, on peut signaler un sirop composé de phosphates, de citrate de fer et de quinquina, le vin ferrugineux, les diverses préparations de quinquina, de Colombo, etc. Ces toniques administrés judicieusement contribuent à relever la santé et lu nutrition. Quand il survient des complications, le traitement sera modifié et adapté aux exigences des cas particuliers. Beaucoup de complications du rachitisme demandent à être traitées comme si elles se présentaient à l'étal de maladies primitives et indépendantes, mais ce qu'il faut éviter, c'est l'emploi de tout moyen capable de déprimer l'organisme.
Ce travail de M. Lewis Smith sur le rachitisme présente une lacune considérable : les travaux dcM. le professeur Parrot n'y sont pas mention- Dés. Or ces travaux ont trop de valeur et la question à laquelle ils touchent a trop d'intérêt pour qu'ils puissent être passés sous silence (i).
(1) Ce résumé des travaux do M. le professeur Pirrota été rédigé par M. le docteur Ch. Schwartz.
Pour M. le professeur Parrot, le rachitisme reconnaît pour cause unique la syphilis héréditaire, et constitue l'altération la plus avancée parmi celles dont cette maladie frappe le système osseux.
A partir des derniers mois de la vie intrautérine jusqu'à une époque qui n'atteint jamais le début de la seconde dentition, chez un certain nombre d'enfants, le squelette subit une
S. LEWIS SMITH. — RACHITISME
altération polymorphe, qui évolue d*une manière lente et régulière, toujours la môme, aux mêmes instants de la vie ; et qui, sous sa forme dernière est identique au rachitis. Or tous ceux qui en sont atteints sont en proie à la syphilis héréditaire.
La syphilis héréditaire se révèle, comme on le sait communément, à la surface par deTalopécie, des bulbes, des taches, des plaques, des pustules, des ulcérations; et profondément par des catarrhes, des abcès, des gommes ; et toute une série d'affections viscérales. M' Parrot a ajouté à ces signes une desquamation circinée de la muqueuse linguale, des cicatrices cutanées et une atrophie particulière du système dentaire, toutes affections dont nous ne pouvons donner ici la description.
Examinons maintenant l'affection du squelette, qui, par une série d'étapes, conduit au rachitis, et qui, coïncidant d'une manière à peu près constante avecles signes précédcnts^doit être mise sous la dépendance de la syphilis héréditaire.
Cette affection est essentiellement systématique, chronologique. Elle se présente sous des formes déterminées et distinctes, aux diverses périodes de la vie infantile ; mais chez les différents sujets, la physionomie reste invariable pour une même époque. Ses variétés sont très nombreuses, mais elles peuvent être rangées sous trois types principaux qui correspondent à trois époques successives deTenfance ; ce sont, par ordre de date, celui des ostcophytes durs, celui de l'atrophie gélatiniforme, celui du tissu spoogoïde.
L'altération du premier type se présente dans toute sa pureté chez les fœtus mort-nés, les avortons, et dans les premières semaines de la vie extra-utérine. Elle consiste essentiellement en de véritables ostéophytes qui se développent à la périphérie des os longs et plats. En même temps, dans beaucoup de cas, il existe au voisinage de l'épiphyse, une substance crayeuse, qualiGée de chondro -calcaire par M' Parrot, parce qu'elle n*est autre chose que le tissu cartilagineux infiltré de sels calcaires.
Dans l'altération du deuxième type, on rouvc
les deux modifications précédentes de la diaphyse avec cette légère restriction, que les ostéophytes ont une dureté moins grande ; mais, en outre, et c'est là ce qui la caractérise, certaines portions de l'os sont remplacées par un tissu mou, aqueux, transparent, ayant l'apparence d'une gelée.
L'altération du troisième type est caractérisée par le tissu spongoïde de Jules Guérîn. 11 constitue les ostéophytes péridiaphysaires, et a pour siège de prédilection le voisinage de l'épiphyse, d'où il pénètre sous forme de bourgeons dans la couche chondroïde du cartilage, derenae exubérante. L'os tout entier a perdu sa dureté, ce qui est dû à la décalcification et ^u dé?eloppement anormal de l'élément médullaire. Ces modifications histologiques ont pour conséquences : la tuméfaction des extrémités des os, la déformation des diaphyses et leur fracture.
De toutes ces altérations, les seules qui constituent un fait presque caractéristique, spécifique, sont les ostéophytes, et ces ostéophytes ne diffèrent entre eux qu'en apparence ; en réalité, ils font partie d'un même processus merbide, c'est-à-dire que leur coupe est la même; leur physionomie diverse est une question d'ftge, voilà tout. Or, les deux premiers types sa rencontrent exclusivement chez des sujets in* contestablement syphilitiques ; d'où il faut induire que le troisième et dernier type est, M aussi, sous la dépendance de la syphilis héréditaire. De plus, chex un nombre considérable de sujets actuellement atteints de raffecfion chondro-spongoïde ou présentant les défonnitions qui en sont la conséquence, on trouve des signes de la syphilis héréditaire.
Si maintenant on se rapporte aux descriptions classiques du rachitis, on voit que cette affection ne diffère en rien de la syphilis osseuse arrivée à sa troisième période. Dans l'an et l'autre cas, c'est le tissu spongoïde qui sert de caractéristique ; sans lui, il peut y avoir de l'ostéomalacie, mais il n'y a pas de rachitis.
Donc le rachitisme est engendré parla syphilis héréditaire.